Le fils Sardou est loin de m'être inconnu puisqu'il a débarqué sur mon blog avec grand fracas grâce à son excellent Pardonnez-nos offenses pour lequel j'ai eu un gros coup de coeur. Il est de ces auteurs qui m'ont réconcilié avec le genre historique après mon expérience traumatisante liée à La Princesse de Clève (et ce n'était pas rien !). Je n'ai donc pas hésité à me tourner vers cet écrivain lorsqu'il a fallu choisir la lettre S du challenge ABC 2012. Première boulette : j'étais persuadée d'avoir dans mon interminable pile à lire
Sauver Noël qui, d'après de multiples avis, changeait agréablement des genres de prédilection de Sardou. Finalement, je me suis aperçue (trop tard) que c'était
L'Éclat de Dieu qui végétait sur mon étagère depuis un long moment déjà. "Un mal pour un bien !" me suis-je dis en lisant la quatrième de couverture car une fois encore, il est question de Templiers, de Croisades, d'ésotérisme et de pouvoir, bref, tout ce que j'aime.
J'ai donc attaqué cette lecture comme on attaque l'ascension d'un joli sentier forestier (oui, j'ai l'âme lyrique en ce moment, je lis le Trône de Fer), "bon pied bon oeil", pour me retrouver toute démunie quelques dizaines de pages plus tard. Pourquoi ? J'ai longtemps hésité à le glisser dans ma chronique (le spoiler, toussa) puis finalement je vous le dit quand même, sinon cette chronique n'irait pas bien loin : Sardou s'amuse avec les voyages dans le temps. Concrètement, nos chevaliers et pèlerins qui entament le voyage vers la Terre Sainte (donc en 1099) se déplacent... en vaisseaux spatiaux. Oui oui, vous avez bien lu, et je vous en donne même un aperçu :
La petite hypernef de Hugo de Payns se posa sur la station orbitale de la planète de Clairvaux. Suivant finalement les conseils de l'Aveugle rencontré au bord du lac, il était passé par la lune de Bar. Sitôt arrivé, il traversa les sas de décontamination puis descendit vers l'abbaye.
Étrange, non ? Mais après tout, pourquoi pas ! J'avais hâte de voir dans quelle direction l'auteur allait mener sa barque et comment il interpréterait
L Histoire.
Malheureusement, passé les premières minutes d'étonnement et d'excitation, j'ai assez vite déchanté. Peut-être mon imagination est-elle assez limitée mais l'auteur tisse son récit de manière déstabilisante en jouant sur la multiplicité des voix, des époques, des évènements. Ne pas savoir où l'on est ni quand l'on est se révèle vite assez éprouvant d'autant que plus on avance dans l'histoire, plus
Romain Sardou introduit des concepts difficilement assimilables pour l'esprit humain (l'infini pour n'en citer qu'un). La trame vaguement policière disparaît au profit de longues théories sur les mondes parallèles, Dieu, l'univers, et tout un tas d'autres sujets fort intéressants, soit, mais terriblement angoissants. Peut-être est-ce uniquement mon sentiment, mais la conscience de sa finitude et de sa vanité est une pensée à laquelle j'essaye d'échapper le plus souvent possible sous peine de bouffées de chaleur. le livre, une fois refermé, continue d'actionner ses rouages dans notre esprit, ce qui est loin d'être idéal juste avant de dormir...
En conclusion, même si j'ai aimé la trame de départ et l'univers médiéval (sans surprise), je me suis vite retrouvée "noyée" dans les méandres spatio-temporels de
Romain Sardou. J'ai en outre terminé ma lecture avec un désagréable sentiment de petitesse (le même qui nous pousse à nous diriger instinctivement vers un buisson dans une plaine trop vaste) et de frustration face aux paradoxes de l'esprit humain, capable d'imaginer des concepts qu'il ne pourra jamais maîtriser.
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