ISBN : 2070394824
Éditeur : Gallimard (1996)


Note moyenne : 4.35/5 (sur 17 notes) Ajouter à mes livres
- Il m'a empoisonnée ? - Eh oui, madame.
- Mais pourquoi ? pourquoi ? - Vous le gêniez, répond la vielle dame. Il a eu votre dot. Maintenant il lui faut celle de votre soeur. Eve joint les mains dans un geste d'impuissance et murmure, accablée : - Et Lucette est ... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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  • Par J-line, le 23 février 2011

    J-line
    Des hommes armés, au pas cadencé.
    Partout, l'Ordre et la terreur - l'ordre par la Terreur.
    Mais il y a Pierre, qui ne veut -ne peut?- courber l'échine: car Pierre croit en la liberté... et en l'homme. Il veut changer le monde; sans compter que, la faim, la misère, la honte, il connaît - a déjà donné. Et désormais il lutte contre "les autres" (détenteurs de pouvoirs, gardiens du Temple des choses établies...).
    Mais il y a Eve, une "autre" justement.
    Autre monde, autres intérêts... Et autre souffrance, réelle tout autant (mauvais mari, mauvais mariage).
    Ces deux-là ne devaient pas se rencontrer; ceux-là se sont trouvés: un grain de sable dans L'Engrenage ('L'Engrenage', autre pièce de l'auteur).
    Ici, le grain de sable s'appelle Lucien, qui dénonce, qui trahit, qui a honte... Et pense supprimer cette honte, et le témoin de l'ignominie, en déscendant Pierre ... ... au moment précis où le conjoint de celle-ci la tue...
    La suite est attendue: nos deux morts se retrouvent dans l'au-delà, se découvrent, s'aiment et en gagnent la Terre comme d'autres pourraient gagner le ciel. Car la vie leur est rendue pour qu'ils se consacrent à leur amour. Làs, nul n'échappe à lui-même: "Les Jeux sont faits voyez-vous. On ne reprend pas son coup", LJSF, p.185.
    Cette courte pièce, très accessible, très agréable à la lecture également, permet d'approcher sans souffrance ni connaissance particulière l'un des thèmes essentiels du philosophe: la liberté (celle du sens à constuire, à donner, à soutenir).
    D'un point de vue philosophique, tout le paradoxe sartrien s'y retrouve: d'une condition humaine prise dans une suite de données indépassables "en faits" (la situation) mais qu'il s'agira de soutenir et réorienter en fonction d'un but librement choisi... L'orgueil sartrien donc, qui conduit à introduire cette notion de liberté absolue...
    Ainsi, "est mort" celui qui n'agit plus.
    "Est mort" celui qui est sans attaches ni contraintes ni buts (choisis, voulus, assumés).
    Ou encore, celui qui est sans corps, sans émotions, sans rien.... : libre et cependant aliéné car perdu à lui-même - hors l'humain.
    Reste donc à inventer la liberté: comme idéal, au sens platonicien (un modèle, mais un modèle agissant).
    Pierre ne voulait pas mourir, ni Eve... :"L'essentiel, c'est d'avoir fait ce qu'on avait à faire"...
    Tout est joué donc, sauf le sens du jeu. Ou, plus techniquement, il est des pathologies de la liberté à surmonter – que Sartre mettra en scène dans ses différentes pièces de Théâtre, précisant que l'unique imposition de la conscience est celle de sa contingence, que l'unique fatalité de l'individu recouvre son absolue et incessible liberté.
    Une liberté qui s'alimente, s'enivre et s'angoisse de sa puissance.
    Une liberté qui quelquefois s'égare ou se démet : s'abandonnant à l'autre, s'aveuglant de contraintes ou de nécessités.
    Ou rêvant d'aligner le monde et son action et sa morale sur son absolu (in 'Le diable et le bon dieu') mais se condamnant alors à son autre : soit l'impuissance d'une action suspendue, soit la violence d'une action assénée contre les autres hommes (en leur concrétude, singularité, sensibilité et liberté).
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    • Livres 5.00/5
    Par Seraphita, le 01 janvier 2011

    Seraphita
    Eve est une jeune femme qu'André a épousée pour sa dot. Elle meurt, empoisonnée par lui, sous les yeux horrifiés de Lucette, sa sœur. Pendant ce temps, Pierre, partisan de la liberté, fomente une insurrection contre le Régent et sa milice. Mais un traître stoppe tous ses projets en l'assassinant. Eve et Pierre se relèvent et leurs destins vont se croiser. Jusqu'à l'inexorable…
    Cette lecture fut pour moi un vrai coup de cœur. Il y aurait tant à dire sur cette belle œuvre, notamment sur un plan philosophique. Je m'en tiendrai à l'aspect littéraire et à mes ressentis.
    Cette œuvre est un scénario qui a été conçu en 1943 et publié pour la première fois en 1947. J'ai beaucoup apprécié ce genre : le style est dépouillé, sobre, efficace et va à l'essentiel. Les descriptions sont sommaires, les dialogues nombreux. On peut sans peine imaginer les scènes du film qui en a été tiré en 1947 (réalisé par Jean Delannoy, avec Micheline Presle et Marcel Pagliero). Les diverses scènes, titrées par le lieu où elles se déroulent, sont courtes, ce qui donne du souffle et un rythme intéressant à l'œuvre.
    J'ai notamment beaucoup aimé le début quand Sartre met en place l'intrigue : il sait prendre le temps de décrire la situation initiale des deux principaux protagonistes puis de montrer le croisement de ces deux destinées. Sartre a écrit une véritable partition réglée au millimètre près. Les événements s'enchaînent selon une progression savamment pensée jusqu'au final éblouissant de tragédie.
    J'ai apprécié la noirceur de l'œuvre qui dépeint l'après vie : Sartre a-t-il voulu décrire un enfer ? Je rapproche le thème de « Les Jeux sont faits » d'une BD que je lis actuellement : « Purgatoire » de Chabouté où on donne l'occasion au héros décédé brutalement de racheter ses fautes passées en devenant la conscience éclairée des vivants. On pourrait aussi faire un lien avec le célèbre « Huis clos » de Sartre qui donne une vision désespérée de l'enfer.
    Le titre de l'œuvre délivre le message de l'auteur : « Les Jeux sont faits » :
    « - Et vous deux… Vous n'avez pas… ? fait le vieillard.
    - Non, réplique Eve, non, nous n'avons pas… Les Jeux sont faits, voyez-vous. On ne reprend pas son coup » (p. 162).
    Même si on vous donne une deuxième chance, même si la vie peut vous sourire une deuxième fois, Les Jeux sont faits : on ne peut revenir en arrière, la mort vous rattrape fatalement, inexorablement.
    Un beau livre qui nous fait réfléchir à l'amour, la mort, les illusions de la jeunesse, la liberté, la révolte. Un livre court, au style ciselé et sobre, qui se dévore d'une traite. Une histoire originale et une fin bouleversante.
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    • Livres 5.00/5
    Par gill, le 31 janvier 2012

    gill
    Jean Paul Sartre, avec ce scénario écrit en 1943, semble faire une incursion dans le fantastique. Pierre et Eve viennent de mourir, assassinés. Au guichet d'admission des âmes vers un autre monde on leur annonce la possibilité pour eux de redescendre dans notre monde s'ils arrivent à s'aimer sincèrement pendant 48H00. Sartre nous parle ici de la prédestination, de la force de l'amour, des intérêts qui interfèrent dans les sentiments et de la place que laisse la société et ses conventions sociales à ses derniers. le choix pour les deux héros de cette histoire est simple. Soit ils tournent le dos à leur ancienne vie pour vivre leur amour à peine naissant, soit ils ne le peuvent pas et alors une nouvelle existence leur est refusée. Un formidable film a été tiré de ce scénario réalisé par Jean Delannoy avec Micheline Presle et Marcel Pagliero. Cet ouvrage est avec "L'Engrenage" un des deux scénarios écrits par Sartre.
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  • Par Bne, le 21 septembre 2010

    Bne
    je pense qu'il est bon
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Citations et extraits

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  • Par gill, le 01 février 2012

    Posément, la vieille dame tourne les pages de son registre.
    - ...Da, da, di, di, do, du...Dumaine, nous y voilà...né en 1912 ?
    Pierre est maintenant stupéfait ; le chat profite de la situation pour lui grimper sur les épaules.
    - En juin 1912, oui...
    - Vous étiez contremaître à la fonderie d'Answer ?
    - Oui
    - Et vous avez été tué ce matin à 10H35 ?
    Cette fois Pierre se penche en avant, les mains appuyées sur le rebord de la table, et fixe la vieille dame avec stupeur. Le chat saute de ses épaules sur le registre.
    - Tué ? articule Pierre d'un air incrédule.
    La vieille dame acquiesce aimablement. Alors Pierre se rejette brusquement en arrière et se met à rire.
    - C'est donc çà...C'est donc çà...Je suis mort...
    (extrait du chapitre "l'arrière-boutique")
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  • Par Seraphita, le 01 janvier 2011

    - Et vous deux… Vous n’avez pas… ? fait le vieillard.
    - Non, réplique Eve, non, nous n’avons pas… Les jeux sont faits, voyez-vous. On ne reprend pas son coup.
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Vertiges du désir - Ollivier Pourriol .
Par l?auteur de Cinéphilo, les noces du cinéma et de la philosophie sur un thème ô combien désirable : le désir.Fidèle à sa méthode consistant à faire dialoguer philosophie et cinéma, Ollivier Pourriol dévoile les grandes théories du désir à l??uvre dans des films aussi variés que le Mépris, Kingdom of Heaven, Heat, Beau Travail, Casino, Eyes wide shut, Eros, THX 1138, Blow Up ou Toy Story.Fruit des conférences Studiophilo - où la philosophie est expliquée par le cinéma, et le cinéma par la philosophie - ce livre nous fait comprendre ce qu?est le désir, tout en nous ouvrant les yeux sur certaines scènes célèbres du cinéma : Sartre nous éclaire sur les fesses de Brigitte Bardot dans le Mépris, Hegel sur la lutte à mort entre al Pacino et Robert de Niro dans Heat, Girard sur le désir mimétique dont sont victimes les jouets de Toy Story, Deleuze sur l?électricité sexuelle de Sharon Stone dans Casino, Platon sur les vertiges de l?amour dans Les ailes du désir.Un livre précis, ludique et accessible qui unit cinéma et philosophie dans leur désir commun : désirer toujours plus, et toujours mieux.








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