Et revoilà la petite Marji… À la fin du précédent volume de Persepolis, Marjane Satrapi quittait ses parents et s'envolait pour l'Autriche, loin de la révolution islamique et de ses excès. Au moment où débute ce troisiè... > voir plus
L'exil oblige sans cesse à se réinventer, surtout pour une petite fille. Marjane Satrapi nous le le rappelle par ce long récit traçant au passage les portraits de sa famille, droite et digne mais aussi dévastée par l'histoire. Et l'on suit cela saisi à la fois de solides éclats de rire et de soudains frissons d'émotions. Persépolis bouleverse par la représentation simple d'un réel terriblement concret : un pays (l'Iran) marqué par les malheurs et la violence. Ce roman graphique devenu un best-seller dit une vérité de façon bien plus parlante que n'importe quel reportage télé.
Je pense que je préférais me mettre sérieusement en danger plutôt que d'affronter ma honte. La honte de ne pas être devenue quelqu'un, la honte de ne pas avoir rendu mes parents fiers après tous les sacrifices qu'ils avaient faits pour moi. La honte d'être devenue une nihiliste médiocre.
- Promets-moi qu'on restera toujours amis.
- Je te le promets.
Je donnai ma parole mais j'étais trop jeune pour la tenir. Cet amour chaste me frustrait plus qu'il ne m'épanouissait. Je voulais aimer et être aimée pour de vrai.
Elle [sa mère] ne me posait jamais de question sur ma situation. Certainement par pudeur et aussi parce qu'elle avait peur des réponses. Si elle s'était sacrifiée pour que je vive librement, il fallait au moins que je me porte bien.
Ma mère est partie.
Je suis sûre qu'elle comprit la détresse de mon isolement et même si elle se voila la face et ne fit rien paraître, elle me laissa un bagage affectif qui m'aida à tenir plusieurs mois.
Une allumée, un punk, deux orphelins et une tiers-mondiste, voilà qui faisait une belle bande de copains. Eux s'intéressaient à mon histoire. Surtout Momo ! Il était fasciné par la vision de la mort.