De retour d’Autriche, Marjane retrouve l’Iran, son pays. La guerre avec l’Irak est terminée mais l’ambiance des rues de Teheran n’évoque pas pour autant la joie de vivre. Marjane découvre un Iran toujours aux prises avec le fanatisme religieux où les libertés individuel... > voir plus
L'exil oblige sans cesse à se réinventer, surtout pour une petite fille. Marjane Satrapi nous le le rappelle par ce long récit traçant au passage les portraits de sa famille, droite et digne mais aussi dévastée par l'histoire. Et l'on suit cela saisi à la fois de solides éclats de rire et de soudains frissons d'émotions. Persépolis bouleverse par la représentation simple d'un réel terriblement concret : un pays (l'Iran) marqué par les malheurs et la violence. Ce roman graphique devenu un best-seller dit une vérité de façon bien plus parlante que n'importe quel reportage télé.
A part mes parents, la seule personne avec qui j'avais vraiment envie de parler était ma grand-mère. D'ailleurs, elle vint après tout le monde.
- Mamie, mais où t'étais ?
- Ben, j'ai attendu que la tribu passe d'abord !! Oh la la !!! Comme tu as grandi ! Tu pourras bientôt attraper les couilles du seigneur !
Elle était toujours égale à elle-même.
- Ah, que c'est bon le thé iranien !
- Oh oui, surtout avec une cigarette. Tu en veux une ?
- Maman ! ! !
- Ben quoi ? Tu connais le proverbe : "Deux choses font la prospérité. Un thé après le repas, une cigarette après le thé".
C'était la première fois que ma mère me parlait sur ce ton : maintenant, à ses yeux, j'étais devenue une adulte.
Ce jour-là, j'appris une chose fondamentale : on ne peut s'apitoyer sur soi que quand nos malheurs sont encore soutenables...
... une fois cette limite franchie, le seul moyen de supporter l'insupportable, c'est d'en rire.
Il n'y avait pas que le voile auquel je devais me réhabituer, il y avait aussi tout le décorum : la présentation de martyrs par des fresques murales de vingt mètres de haut, ornées de slogans les honorant, comme "Le martyr est le cœur de l'histoire" ou "J'espérais être un martyr moi-même" ou encore "Le martyr est vivant à jamais".
Surtout après quatre ans passés en Autriche où on voyait plutôt sur les murs "Meilleures saucisses à vingt shillings", le chemin vers la réadaptation me paraissait très long.
Je savais que j'avais grandi mais c'est seulement une fois dans les bras de mon père que je l'ai vraiment compris. Lui qui m'avait toujours paru si imposant auparavant, faisait presque la même taille que moi.