C'est encore une très bonne BD, toute en noir et blanc ou blanc sur noir, avec une mise en page qui se permet de belles surprises, et des images qui remplissent certaines pages avec bonheur.
C'est l'histoire d'une dépression et d'un étrange suicide que
Marjane Satrapi nous conte ici.
Une introduction campe bien le contexte : un musicien cherche à trouver un tar pour remplacer celui avec lequel il a fait toute sa carrière et son apprentissage, et que sa femme vient de casser, dans un accès de colère. Il n'en trouvera pas qui convienne, le plaisir de jouer a disparu avec l'instrument.
Alors, la dépression s'installe et le musicien qui n'a plus le goût de jouer, n'a plus le goût de vivre non plus...Il va se laisser mourir en huit jours. Ces huit jours sont huit chapitres de la bande dessinée dans lesquels l'auteure déroule le fil du récit jusqu'aux racines de ce mal qui l'anéanti.
Chaque journée sera l'occasion pour cet homme de revisiter les souffrances de son enfance, de son adolescence et de l'âge adulte. Mais la blessure la plus profonde dans toute cette histoire, n'est finalement pas celle que l'on croît. Il ne parle que de son tar cassé par sa femme qu'il maudit, mais meurt sans doute parce que la femme de sa vie ne l'a pas reconnu quand il l'a rencontrée dans la rue.
Cette histoire se passe en Iran dans les années 50. En fond, on entend parler de la nationalisation du pétrole iranien puis du coup d'état soutenu par les Etats Unis et la Grande Bretagne .
Marjane Satrapi se fait conteuse subtile pour dérouler l'histoire de son grand oncle, le musicien Nasser Ali Khan.
Elle parle avec beaucoup de tact et de finesse du lien privilégié qu'il avait avec sa plus jeune fille. Marjane l'a vu se laisser mourir, des années plus tard, sur d'autres prétextes...
http://sylvie-lectures.blogspot.com/2007/06/poulet-aux-prunes-marjane-satrapi.html