> Vincent Raynaud (Traducteur)

ISBN : 2070782891
Éditeur : Gallimard (2007)


Note moyenne : 3.87/5 (sur 91 notes) Ajouter à mes livres
Ce ne sont pas les camorristes qui choisissent les affaires, mais les affaires qui choisissent les camorristes. La logique de l'entreprenariat criminel et la vision des parrains sont empreintes d'un ultralibéralisme radical. Les règles sont dictées et imposées par les a... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par kedrik, le 07 septembre 2011

    kedrik
    C'est Pierre Desproges qui disait :
    Il y a deux sortes d'Italiens : les Italiens du nord qui vivent au nord et les Italiens du sud qui meurent au sud.
    Gomorra, c'est l'anti-Sopranos, le contrepied du Parrain, de Scarface et des Affranchis. Il n'y a ni honneur ni morale dans cette mafia. C'est au contraire la guerre perpétuelle entre des arrivistes qui se sautent à la gorge au moindre signe de faiblesse. Des gens que la misère pousse à bout, y compris à nier la valeur d'une vie humaine. Des petits caïds qui rêvent de tutoyer des mannequins, des adolescents avec pour seul horizon la came, le braquage et la prison. Pas d'échappatoire, ou si peu.
    Roberto Saviano décrit un système poussé dans ses derniers retranchements. La camorra, c'est la libre entreprise extrême, le libéralisme le plus sauvage qui soit. Les fusions/acquisitions se font à coup d'AK47 dans les rues de Naples. Les parrains ne sont ni plus ni moins que des entrepreneurs qui délocalisent en Chine et appliquent toutes la logique néolibérale pour rogner sur les frais et augmenter les bénéfices. Les petits soldats sont payés à coup de lance-pierre, transportant des montagnes de dope pour des salaires de misère, quand ils sont payés. Et pour conquérir de nouveaux marchés, il faut les arracher aux mains des concurrents qui lorgnent depuis toujours sur le voisin dans l'espoir de voir une ouverture dans la défense adverse.
    Cette Naples là, c'est le tiers-monde au cœur de l'Europe, une vaste machine à broyer les enfants pour en faire des hommes qui accepteront tous les sacrifices pour rêver de quelques miettes de pouvoir. Ce sont aussi des jeunes filles condamnées à épouser des mafieux pour ne pas à avoir à travailler au noir dans des usines sordides, en s'usant les mains sur des machines à coudre qui tissent la soi-disante mode italienne à grande rafale de misère. Tout passe par Naples, le port des trafics : drogue, tissus, contrefaçons, technologies, armement, main d'oeuvre... C'est le point névralgique de l'économie européenne, celle dont on nie l'existence quand on parle de CAC40 et de croissance.
    C'est vrai que c'est loin, Naples. C'est presque une autre planète. Mais les intérêts de la camorra s'éparpillent de partout dans le monde. En bon investisseurs, plus fortiches que des gestionnaires de fonds de pension, les camorristes mondialisent comme des bêtes. Ils étaient déjà là quand l'URSS s'est effondré pour se tailler la part du lion dans l'arsenal militaire qui se bradait. Ils sont présents en Chine. Les grandes villes du monde ont des magasins chics qui vendent du luxe pour une poignée de parrains qui vendent de l'image de marque fabriquée par des sans-papiers. Un atavisme étrange qui poursuit les italiens même à l'étranger : la petite Italie de Montréal n'échappe pas à sa tradition, avec son clan sicilien, ses neufs cafés incendiés en un mois, le financement occulte des parties politiques par des entreprises de construction...
    Dans une Italie berlusconienne, dénoncer la mafia semble aussi utile que de pisser dans un violon. Et pourtant, Roberto Saviano monte au barricade en racontant la camorra qui pollue son coin de pays. Avec le fantôme du juge Falcone en arrière-plan, on sait que ça risque de mal se terminer pour ce journaliste qui dissèque cette gangrène. Il doit se cacher, composer avec des gardes du corps, comme s'il vivait dans la Russie de Poutine. Des compatriotes comme Umberto Eco ont beau le soutenir, c'est le pot de fer contre le pot de terre. Parce que c'est enraciné dans les mentalités, c'est devenu un état de fait qu'on tolère d'autant plus facilement que l'on est pas éclaboussé par cette merde.
    Elle est insupportable, cette indifférence morne face au meurtre. Pour une fois, c'est pas la faute aux jeux vidéos, ni celle du black metal. Non, c'est une nation qui a baissé les bras, de guerre lasse. le monstre a gagné.
    En plus du livre, Gomorra c'est également un film qui fait penser à la misère de La Cité de Dieu, la samba et Everybody was kung-fu fighting en moins. L'accent change, le bidon-ville est remplacé par du béton pourri, mais derrière ça c'est la même jeunesse qui se fourvoie dans le crime et la violence et qui bazarde son avenir, faute de mieux. Et comble de l'ironie, certains acteurs du film ont été arrêtés parce qu'ils étaient membres de la camorra. C'est comme si James Gandolfini travaillait réellement pour la mafia du New Jersey.
    Si je fais des grandes phrases et que je semble découvrir tout à coup la dureté de la vie, c'est qu'une partie de mon patrimoine génétique vient de ce pays. Pas de Naples, non, plutôt du nord. Des bribes de souvenirs familiales, je crois me souvenir que la famille possède une usine de parpaings. Ouais, ça tutoie le monde de Gomorra, quelque part. En lisant le livre de Roberto Saviano, je me dis que si la Mama n'avait pas traversé les Alpes quand Benito faisait des siennes, qui sait quelle vie m'aurait tendu les bras...

    Lien : http://hu-mu.blogspot.com/2009/11/gomorra.html
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    • Livres 5.00/5
    Par maltese, le 06 mars 2011

    maltese
    On comprend rapidement pourquoi la tête de Roberto Saviano est mise à pris par les parrains de la camorra, car, même si finalement tout ce qu'il dévoile est déjà connu des autorités, il n'hésite pas à citer directement des noms, à dire les implications de chacun, à décrire toutes les ficelles de l'organisation et à critiquer l'ensemble.
    La camorra, c'est la mafia de la région napolitaine, région d'où l'auteur est originaire, c'est dire s'il a baigné dans cette atmosphère trouble depuis son enfance.
    Roberto Saviano nous livre tout autant un reportage qu'un témoignage: il rend compte de l'état de sa terre natale, parfois de façon lyrique, nous expliquant qu'il s'agit pour lui d'un savoir dont il rend compte. En effet, il sait que les choses sont telles qu'il les décrit, une intime conviction qui le bouleverse et l'amène à tout nous dévoiler.
    Il aborde la question sous tous les angles possibles: sociologiques, politiques, culturels...
    La mafia ne se résume pas au seul trafic de drogue, tous les domaines de l'économie semblent être gangrénés: dès qu'il y a de l'argent à prendre, le système place ses billes pour en tirer un maximum. Ainsi les hommes comme la terre sont saignés à blanc pour obtenir le plus de profit.
    Et tout cela est bien en place et la guerre d'usure que livre la police ne mène pas très loin: lorsqu'une tête tombe, elle est aussitôt et facilement remplacée.
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    • Livres 4.00/5
    Par Alcapone, le 11 juin 2011

    Alcapone
    A mi-chemin entre l'enquête et le témoignage, Gomorra, juste mélange entre la ville de Gomorrhe et la Camorra, nous plonge dans les banlieues nord de Naples où la misère et la pauvreté ont eu raison des scrupules de ses habitants : jeunes et vieux, hommes et femmes, tout le monde participe à l'expansion de la pieuvre que représente le clan : traficants d'armes, dealers de quartier, gros industriels ou même simples "sous-marins", toutes les classes sociales et tous les métiers sont représentés à la Camorra. La guerre gronde entre les clans et la violence règne en maître dans le "système". L'un des plus grands réseaux international du crime organisé a trouvé son QG et l'expression "oeil pour oeil, dent pour dent" n'a jamais été aussi vraie.
    De l'histoire de ce grand styliste italien qui vend son savoir-faire aux chinois, en passant par la guerre du quartier de Secondigliano, de ce témoignage de Mariano qui voue un véritable culte à Mikhaïl Kalachnikov ou encore de ces enfants qui s'entraînent à devenir camorristes en se faisant tirer dessus à travers un gilet pare-balle, tous les crimes de la mafia, sont passés au crible : Roberto Saviano n'épargne pas le lecteur. Les meurtres sont commandités par dizaines et les règlements de compte n'en finissent plus d'empoisonner la vie des napolitains. Mais c'est comme ça. Et l'auteur nous montre bien comment se régit la loi implacable des parrains. Des nombreux films qu'on a tous pu voir sur le sujet comme Scarface, rien n'est exagéré : trafics en tous genres, règlements de compte, blanchiment d'argent, tous ces crimes sévissent bel et bien de nos jours.

    Témoin privilégié d'une Naples rongée par la corruption et la terreur, Roberto Saviano a mené une investigation dangeureuse au coeur du système. Originaire de la ville, l'auteur connait certains acteurs de la mafia. D'ailleurs, tous les napolitains connaissent au moins un affilié. S'appuyant sur les enquêtes menées par la DDA (Direzione distrettuale antimafia) et par les procureurs, les témoignages des repentis et bien sûr ceux des napolitains, Roberto Saviano a joué au détective. le résultat de son travail est très dense et la lecture de son livre ne laisse pas indemne. Les détails sont décrits avec une froideur déconcertante et c'est peut-être ça finalement qui donne tant de force au roman. Seule l'écriture m'a dérangée : j'ai trouvé le style inégal. L'auteur navigue entre le style direct et indirect, entre le roman et l'article journalistique, entre le récit et l'énumération. Et je trouve ça bien dommage car cela a nui à la fluidité du récit.
    Suite à la publication de son livre, Roberto Saviano est obligé de vivre sous protection rapprochée. Son oeuvre a mis au jour l'un des réseaux mafieux internationaux les plus puissants. L'adaptation cinématographique de Gamorra très bien réalisée par Matteo Garrone a reçu un immense succès à sa sortie en salle en 2008. L'extrait présenté ci-dessous correspond au début du film.

    Lien : http://livresacentalheure-alcapone.blogspot.com/2010/04/gomorra-dans..
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  • Par xgalaup, le 19 décembre 2009

    xgalaup
    Ce n'est pas un roman policier et pourtant Gomorra en a la puissance narrative et la noirceur effrayante. Dès la première page, le lecteur prend sa première claque avec la chute de corps depuis un conteneur. Cet accident vite effacé semble banal dans ce port de Naples où transite aussi des nombreuses marchandises illicites. C'est le début d'une longue série de constats précis et documentés sur le fonctionnement de la mafia italienne et de son poids économique. Une telle accumulation produit vertige et écoeurement auprès du lecteur. De la mode à l'immobilier en passant par le traitement des déchets, rien n'échappe à la voracité financière cette mafia. Il n'est pas étonnant que son auteur se soit attiré les foudres de la Camorra avec une tel document à charge...
    La seule lueur d'espoir vient de Don Peppino Diana, un prètre, qui s'oppose par le verbe et l'écrit non seulement à leurs trafics mais aussi à la philosophie de cette camorra qui banalise et encourage les délits, les assassinats et la loi du silence. Il ne se contente pas d'homélies ou de condamnations lors des enterrements, Don Peppino publie aussi une tribune dans un journal. Malgré le respect que la mafia peut avoir pour la religion, elle fera assassiner ce prêtre devenu trop dangereux... J'ai été très sensible à cette belle ode à la résistance par les mots qui mériterait d'être reprise dans beaucoup d'autres domaines.
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    • Livres 4.00/5
    Par HK, le 21 décembre 2010

    HK
    Roberto Saviano a accompli un travail titanesque sur "Gomorra". La richesse de son contenu reflète des heures de recherche, de documentation et d'enquête. Mais s'il s'était limité au simple compte rendu, "Gomorra" n'aurait pas rencontré un tel succès planétaire. le tour de force de Saviano réside dans sa capacité à resituer la mafia dans le paysage économique actuel, à savoir un système dans le système. En effet, les mafieux modernes sont devenus de véritables hommes d'affaires et le crime ne constitue plus pour eux qu'un secteur d'activités parmi d'autres, plus légaux. Une mafia multiforme donc, qui s'est remarquablement adaptée à l'ultralibéralisme et propose quand elle investit un secteur économique des services à des prix défiant toute concurrence. Une mafia dont l'activité recouvre aussi bien le commerce de cocaïne que le retraitement des déchets. Et c'est ce qui rend la tâche de la justice italienne si malaisée, elle doit lutter contre de véritables empires économiques disposant d'un bataillon d'avocats et de ressources en armement plus importantes que la police elle-même.
    Saviano en est convaincu, toutes ces révélations ne sont pas à l'origine du contrat sur sa tête Que les vrais noms et les méfaits des camorristes aient été mis au grand jour ne revêt pas une grande importance, ils ne craignent pas un procès supplémentaire. Par contre, "Gomorra" a attiré sur eux les regards du monde entier, ce qui a considérablement nui à leurs affaires, chose inacceptable...

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Citations et extraits

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  • Par Ecureuil, le 12 novembre 2009

    De fait, le nombre de balles qu'on reçoit indique quel traitement on mérite. Si on prend une balle dans la tête ou dans le ventre, c'est un meurtre délicat, un geste nécessaire, chirurgical, sans rancune. Mais si le véhicule qu'on conduit est la cible de deux cents projectiles et qu'on est criblé de quarante balles, cela indique la volonté farouche d'effacer quelqu'un de la surface du globe.
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  • Par Ecureuil, le 12 novembre 2009

    Choisir de sauver la vie à celui qui doit mourir, c'est vouloir partager son sort, car ici la volonté ne fait pas bouger les choses. Aucune décision ne permet de résoudre un problème, aucune prise de conscience, aucune idée ni aucun choix ne peut donner la sensation d'agir de la meilleure des façons. Quoiqu'on fasse, ce sera une erreur, pour une raison ou pour une autre. C'est ça, la vraie solitude.
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  • Par lependu, le 07 janvier 2010

    (Saviano cite une lettre d'un jeune détenu)

    Tous ceux que je connais sont soit morts, soit en prison. Moi, je veux devenir un parrain. Je veux avoir des centres commerciaux, des boutiques et des usines, je veux avoir des femmes. Je veux trois voitures, je veux que les gens me respectent quand je rentre quelque part, je veux des magasins dans le monde entier. Et puis je veux mourir. Mais comme meurent les vrais, ceux qui commandent pour de bon. Je veux mourir assassiné.
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  • Par Vienlivre, le 18 octobre 2011

    L'éthique est le frein des perdants, la protection des vaincus, la justification morale de ceux qui n'ont pas su tout miser et tout rafler. La loi existe, sur le papier, mais la justice est autre chose. C'est un principe abstrait, qui implique chaque homme et permet de condamner ou d'innocenter en fonction du sens qu'on lui donne. Les ministres sont coupables, les papes sont coupables, les saints et les hérétiques sont coupables, les révolutionnaires sont coupables, et les réactionnaires sont coupables. Tous coupables d'avoir trahi, tué, commis des erreurs. Coupables d'avoir vieillis et d'être morts. Coupables d'avoir été dépassés et défaits. Tous coupables devant le tribunal universel de la morale historique, tous innocentés par celui de la nécessité. Justice et injustice n'ont de valeur que dans un cadre concret, victoire ou défaite, actions commises ou subies. Celui qui nous insulte ou qui nous maltraite commet un acte injuste.
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  • Par benjetpascal, le 27 février 2012

    Si l'on fait la somme de tous les chiffres résultant des enquêtes du parquet de Naples et de celui de Santa Maria de Capua Vetere depuis la fin des années quatre-vingt-dix, on peut estimer à environ cinq cent millions d'euros le bénéfice économique obtenu par les entreprises qui se sont adressées aux clans. Je savais bien que les enquêtes n'avaient révélé qu'une partie des infractions, et c'est pourquoi ces chiffres me donnaient le vertige. De nombreuses entreprises du Nord avaient pu se développer et recruter du personnel, elles avaient contribué à rendre le tissu industriel du pays assez compétitif pour que l'Italie passe à l'euro, une fois débarrassée du poids que représentait le traitement des déchets par les clans de Naples et de Caserte.
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Roberto Saviano sur Rue89 3/3 .
A l'occasion de la parution en France de "Le combat continue" (éd. Robert Laffont), Roberto "Gommora" Saviano a reçu Rue89. A lire sur http://www.rue89.com











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