> Éléonore Bakhtadzé (Traducteur)

ISBN : 2714450059
Éditeur : Belfond (2011)


Note moyenne : 4.33/5 (sur 6 notes) Ajouter à mes livres
La redécouverte d'un livre-culte qui a marqué des générations de lectrices. Un roman psychologique d'une émotion poignante, une inoubliable peinture de l'obsession amoureuse doublée d'un portrait de femme du siècle dernier aussi troublant que Tess d'Uberville ou LesHaut... > voir plus
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Critiques et avis(5)

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    • Livres 5.00/5
    Par Couperine, le 08 juillet 2011

    Couperine
    Rarement un roman a produit cet effet sur moi. J'ai littéralement dévoré celui-ci, abandonnant tout pour le lire et ne pensant plus qu'à ça dès que j'avais deux minutes de temps libre. Pourtant peu adepte des romans d'amour, là, je me suis laissée embarquer dans l'histoire. Dès le chapitre d'exposition, on remarque que l'histoire va être peu commune puisque le roman s'ouvre avec l'abattage d'une vache par le père de l'héroïne, Agnès Dempster. le champ lexical de la violence et de la mort est bien présent et ce sont justement ces deux thèmes qui vont être non seulement les fils conducteurs de la narration mais encore tout ce qui va caractériser la vie de la narratrice.
    Cette dernière nous raconte son enfance sous forme de flash-backs. Ainsi, le lecteur apprend qu'Agnès déteste son prénom, ce qui n'est pas anodin ici puisque dès les premières pages (page 35 ici) on peut déjà se dire que la psychologie va jouer un rôle primordial.
    Sa mère, Helen Saltonstall, quitta le domicile familial à la mort du pater familias, Ed. Selon Agnès, « elle était persuadée que ma grand-mère avait tué ma mère (P69) ». le ton est donné ! Elle part alors dans la pension de famille d'une amie, Béa Brown. C'est là qu'elle rencontrera le père d'Agnès, Amon Dempster. Ils auront un premier enfant, un garçon, qui mourra à deux ans d'une épidémie de choléra. Helen ne s'était pas attachée à cet enfant car elle voulait une fille. Celle-ci arriva lors d'une tempête. Helen dut être accouchée par sa propre mère. Prénommée Majella, elle était qualifiée d'enfant magique. Elle était celle qu'Helen attendait par-dessus tout. Malheureusement, encore une fois, le malheur s'abat sur le jeune couple puisqu'à l'âge de 5 ans, alors qu'Helen faisait la lessive, la petite s'est faite tomber le chaudron bouillant sur elle. Helen tombe enceinte de son troisième enfant, Agnès. Celle-ci dira (P91) : « Comme le mauvais temps, j'approche. Songeant au passé, c'est ainsi que je vois mon arrivée : comme une subite attaque de chaleur, comme un ciel torride, et pas une goutte d'eau à espérer ». Comme on pouvait s'y attendre, la petite Agnès est rejetée dès sa naissance par sa mère. Pourtant, elle ne lui en voudra pas mais elle haïra sa défunte sœur. « Comment croire que je n'étais pas là durant ces jours torrides ? (…) Je n'existais pas encore, mais déjà j'avais besoin de réconfort car, déjà, leur souffrance m'habitait ». On comprend dès lors l'état psychologique de la narratrice et surtout le fait qu'elle n'aimait pas son prénom. Elle aurait voulu être Majella, ne pas être maltraitée par sa mère. Lorsqu'Eurydice, sa grand-mère, meurt, elle lui lègue tous ses biens. Agnès a 16 ans. Elle part, réglant ses comptes avec la figure génitrice. A Montpelier, dans le Vermont, elle réside à la pension d'Iris Trowbridge. Elle fait alors la connaissance de Charlie et, surtout, de celui qui lui fera perdre la tête, Frank Holt. Après un premier flirt avec Charlie, elle tombe dans les bras de Frank. Et, finalement, bien qu'elle se pense heureuse, elle met un doigt dans l'engrenage du malheur.
    Je n'en raconte pas plus car ce serait dévoiler l'histoire. Ces quelques 800 pages se lisent avec une facilité déconcertante car on veut toujours en savoir plus. Bref, dès qu'on y met le nez dedans, on n'en ressort plus. L'histoire me rappelle, bien sûr, Les hauts de hurlevent d'Emily Brontë, ouvrage mentionné par ailleurs dans le roman puisque la narratrice le lira, mais aussi Madame Bovary de Flaubert et sa non moins excellente suite, Mademoiselle Bovary de Maxime Benoît-Jeannin. Et lorsque l'on sait que ce livre s'inspire d'une histoire vraie qui a défrayé la chronique au XIXe siècle, le charme opère d'autant plus.
    A lire sans attendre !
    Un grand merci à l'équipe de News Book ainsi qu'aux Éditions Belfond pour ce partenariat.


    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-des-xxe-et-xxie-si..
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    • Livres 4.00/5
    Par Nadael, le 12 juillet 2011

    Nadael
    Voici un roman dont je me souviendrais longtemps. Pourtant, j'appréhendais la lecture de ce pavé de 800 pages ; je pensais y trouver du sentimentalisme à outrance, des longueurs et une écriture légère. Que nenni ! J'ai été littéralement happé par l'existence chaotique de l'héroïne, Agnès Dempster.
    S'inspirant d'un fait réel, l'auteure nous dévoile, entre délicatesse et rudesse, la vie de cette femme de la fin du 19 ème siècle dans le Vermont, différente, surprenante, incroyablement belle et touchante mais dotée d'une personnalité fortement complexe. Ainsi défile sous nos yeux son ascendance ; une grand-mère aimée au caractère bien trempé et fantaisiste, une mère détestée qui ne s'est jamais remise du décès de Majella, soeur d'Agnès qu'elle n'a pas connue mais qui prend beaucoup de place et un père présent mais insignifiant.
    A 16 ans, elle décide de rejoindre la ville en quête de changement. Sa grande beauté attire très vite le regard des hommes et des femmes. Elle tombe éperdument amoureuse de Frank Holt, éprouve un sentiment nouveau qui la submerge de bonheur et de malheur à la fois. Insatiable, à la recherche d'un idéal, possessive et terriblement jalouse – on ne peut s'empêcher de songer à Emma Bovary-, elle va se perdre dans cet amour qui n'est pas pleinement partagé. La passion amoureuse la mènera tout droit à un geste fatal, irrémédiable ; elle tuera et tentera de se donner la mort.
    L'auteure décrit alors avec maîtrise le procès ; de longues journées où le cas d'Agnès est débattu, soutenue par Maître Kingsley - très beau personnage - jugé par des hommes (les femmes étant exclues à cette époque de cette décision), analysé par des experts scientifiques... On voit aussi, en ce début du 20 ème siècle l'explosion de la presse et de ses gros titres tapageurs.
    Déclarée folle, Agnès est internée dans un asile psychiatrique – elle y restera près de 20 ans – on y étudiera ses cauchemars ( prémisses de l'interprétations des rêves / début de la psychananalyse). Libérée à quarante ans de cet isolement, elle retrouvera une vie plus douce et redécouvrira même pour un temps le sentiment amoureux.
    J'ai beaucoup aimé le style et l'écriture de Susan Fromberg Schaeffer. Sa description de la nature environnante se fond parfaitement avec le caractère changeant et les sautes d'humeur d'Agnès. Les émotions à fleurs de peau sont superbement retranscrites, les mots sont choisis avec soin et intelligence. C'est un magnifique roman.



    Lien : http://lesmotsdelafin.over-blog.com/article-folie-d-une-femme-seduit..
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    • Livres 4.00/5
    Par jostein, le 16 juillet 2011

    jostein
    Difficile de sortir indifférent de ce roman. D'une part parce que l'auteur nous fait vivre près de cinquante ans avec la narratrice et héroïne, Agnès Dempster. Elle nous décrit ses pensées dans les moindres détails. D'autre part, parce que le roman traite de thèmes forts comme la passion amoureuse et la folie.
    Au commencement, nous entrons dans le destin tragique des superbes filles Druitt. Si belles que des peintres et des sculpteurs viennent de loin pour immortaliser leur image. Mais tant de perfection et d'hérédité fragilisent ce jeunes filles.
    D'une famille dépressive, Agnès, née après la mort de sa jeune soeur, ébouillantée par la chute d'une lessiveuse d'eau bouillante, est rejetée par sa mère. Son seul refuge est auprès de sa grand-mère ou de sa vache. Lorsque ces deux repères disparaissent, Agnès quitte le domicile de son père pour aller vivre en ville mais elle n'a que seize ans.
    Elle tombe éperdument amoureuse de Frank Holt, jeune et beau tailleur de pierres. Elle se sent prédestinée à être son amante, elle l'aimait avant de le rencontrer.
    "Un amour aussi fort peut ruiner une vie."
    Même plusieurs vies, et Agnès oscille entre dépression et excitation, jusqu'à en perdre son âme et tenter de se suicider.
    La seconde partie de l'histoire sur le procès d'Agnès est tout aussi intéressante grâce à un avocat charismatique et à un psychiatre qui débute l'application des théories freudiennes.
    Comment ne pas se laisser emporter par cette femme entière, au destin tragique, une grande héroïne de roman. Avec elle, j'ai ressenti l'agacement à cause de son caractère capricieux, égoïste, mais aussi la passion, la tendresse, la compassion.
    Je regrette que l'on sache dès le départ qu'une balle a été tirée et que la narratrice est enfermée.Mais il reste toutefois une réelle intrigue et une vraie passion à découvrir tous les détails de cette histoire.
    Il faut effectivement reconnaître à l'auteur une grande maîtrise pour maintenir l'intérêt du lecteur pendant les descriptions aussi détaillées d'un destin de femmes. L'auteur veut pousser la passion à son paroxysme pour nous faire basculer avec Agnès.
    Mais, il faut aussi dire que Susan Fromberg Schaeffer sait enchaîner des thèmes passionnants et constructifs comme la vie à la ferme et la vie ouvrière à la  fin XIX e siècle, la passion amoureuse, la fragilité des femmes, l'avortement clandestin, la justice, la presse, la psychanalyse.
    Je me suis demandée si un récit plus court aurait pu atteindre le même objectif mais je ne regrette pas d'avoir lu autant de descriptions de paysages, de rêves, d'états d'âme car j'ai ainsi eu l'impression de m'immerger dans le monde d'Agnès.

    Lien : http://surlaroutedejostein.over-blog.com/article-folie-d-une-femme-s..
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    • Livres 4.00/5
    Par Mireil, le 11 octobre 2011

    Mireil
    J'ai adoré même si les 127 premières pages mériteraient d'être écourtées (manque de rythme et d'intérêt pour certains passages). Dès le départ d'Agnès pour Monpelier on n'a plus envie de fermer ce pavé de 778 pages. C'est avec regret que j'ai lu les dernières lignes hier. A LIRE
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    • Livres 5.00/5
    Par claracambry, le 27 juin 2011

    claracambry
    Je lis très rarement des « pavés » mais mes poignets étant en forme ( alléluia !), j'en ai profité pour me lancer dans cette lecture. Et j'ai été soufflée ! Résumer ou décrire l'ensemble de ce livre est difficile car les thèmes abordés sont nombreux. Il faut savoir qu'il a été inspiré d'un fait réel qui défraya la chronique dans les années 1890. Je peux vous dire que la psychologie, la folie sont les pivots de ce roman remarquable. Remarquable car tout y est décrit avec brio.
    La suite sur : http://fibromaman.blogspot.com/2011/06/susan-fromberg-schaeffer-folie-dune.html

    Lien : http://fibromaman.blogspot.com/2011/06/susan-fromberg-schaeffer-foli..
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Citations et extraits

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  • Par Couperine, le 08 juillet 2011

    Je me remontai dans mon lit de façon à être assise sur l'oreiller, le dos appuyé au montant. Pour qui se prenait-il, avec ses paupières tombantes et son air supérieur ? Pénétrer ainsi dans ma chambre et me mettre dans tous mes états ! Je regardai ma main pour m'assurer quelle était bien là. Je sus ce qu'éprouvait le mulot quand le faucon s'en saisit, cette sensation formidable d'être agrippé et dévoré, d'être contraint d'exister dans les fibres d'un autre, de sentir son propre cœur pomper le sang d'un autre. La chambre se vidait de Frank et me revenait. Je me ressaisissais. Et j'eus soudain le pressentiment de ce qui allait arriver, de la fournaise gigantesque qui allait rugir dans l'âtre de mon corps, des flammes immenses qui allaient jaillir de mes yeux et de ma bouche. Je savais que je m'entendrais dire des choses auxquelles je n'osais penser. Je savais que le feu allait grimper le long du mur intérieur indispensable que j'avais construit avec autant de soin qu'un faux bourdon sa ruche. Je connaissais la force qu'aurait le vent quand le feu l'embraserait et l'enverrait gronder dans l'espace. J'ignorais comment j'y ferais face, mais je savais aussi que je n'avais plus envie de vivre dans ces pièces propres, desséchées par le temps, pareilles à l'amadou, dans ces murs comme des feuilles mortes racornies, amincies par un soleil brûlant et lointain. J'avais presque dix-sept ans et rien ne m'était arrivé. J'étais née en attendant qu'il se passe quelque chose. J'avais vécu toutes ces années en sachant que j'étais née à l'écart des autres mais sans savoir pourquoi. J'allais enfin savoir pourquoi j'avais été conçue.

    Soudain je ne voulus plus savoir. Comme s'ils étaient dans la chambre, je vis les engrenages de l'énorme pendule de ma grand-mère qui tournaient contre le mur. Je me vis sur des roues dentées. Au fur et à mesure qu'elle tournait, ma robe se prenait dans les dents de roues plus petites, et je me vis déchiquetée.
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  • Par Nadael, le 12 juillet 2011

    Voilà ce qui avait changé dans le monde. Il n'y avait plus de comme si...Ce n'était pas comme si je contemplais le royaume des merveilles derrière la vitre ; c'était le royaume des merveilles. Je n'adorais pas Frank comme un dieu ; il était un dieu. Ce n'était pas comme si je le vénérais, puis que je le vénérais. Le monde était ce qu'il semblait. Le vide était devenu du solide. Je baissais les yeux sur ma main et je l'aimais, non parce que c'était ma main, mais parce que Frank l'aimait et la touchait.
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  • Par Nadael, le 12 juillet 2011

    Je m'assis sur mon lit et jetai un coup d'oeil à la pile de livres posée sur le sol. Des livres ! Avec des personnages enfermés entre leurs pages, comme moi dans ma vie. Impossible d'y échapper. Même Aristote le disait. Tout être obéit à une loi qui lui est propre. Quelle bêtise que d'avoir cherché une issue, une nouvelle page, un autre livre !
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  • Par Nadael, le 12 juillet 2011

    Quand il se retirait dans sa chambre, j'étais jalouse des meubles parce qu'ils étaient près de lui et moi pas, et quand il partait travailler, j'étais jalouse de ses compagnons de travail, des pierres et même du sol qu'il foulait.
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  • Par Nadael, le 12 juillet 2011

    Puis je cru qu'il pleuvait, et levai la tête, surprise, car la pluie n'aurait pas dû me mouiller à l'intérieur de l'église. Je passai ma main sur mes joues ; elles ruisselaient. Je vis des gouttes d'eau qui roulaient sur le devant de mon corsage. L'étoffe noire en était tout humide. Lentement, précautionneusement, je portai la main à mes cheveux. Ils étaient secs. N'y comprenant rien, je jetai un coup d'oeil à la fenêtre. Le soleil brillait. Pas un nuage. Alors seulement je m'aperçus que je pleurais. Impossible de m'arrêter de pleurer. Comme si mon corps indépendamment de moi, avait décidé de pleurer la mort de ma mère.
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