Les réflexions sur la philosophie et sur l'existence marquées au sceau de la mélancolie que mènent
Frédéric Schiffter, lui-même professeur de philosophie en classes terminales, à Biarritz, la « capitale de l'ennui », se défendent des carcans et des systèmes. Dans un monde de ressentiment, le blabla est un écran de mots sur un fond flou dont use le rhéteur pour convaincre le « ressentimenteux » ; le chichi est une posture que prend un individu pour contrecarrer son idiotie c'est-à-dire sa singularité et par là même sa quasi insignifiance. Il n'y a qu'une vie ici-bas et rien ne tient la route bien longtemps. Ecrire de façon brève et concise, sur le modèle de l'aphorisme, reste la visée intellectuelle et littéraire de l'auteur. La brièveté de l'écriture se trouve ainsi au diapason de la fragilité de la vie : « Vivre c'est faire bref et un essai, sur ce point, doit imiter la vie ». le désœuvrement qui habite en permanence l'esprit de l'auteur enfante un abattement physique. Atteint par le haut mal, les crises d'épilepsie qui le secouent lui apportent alors la mort sur un plateau : « le haut mal a fait de moi un intermittent du néant ». Lucide, sensible et lassé de regarder ses semblables « traîner le poids de leurs désirs sans objet », il se réfugie dans son bureau pour opposer « au monde une fin de non-percevoir ». L'essai de
Frédéric Schiffter a souvent l'éclat de la clarté. De belles formules ailées, véritables flèches noires, font mouche. On aimerait lui dire qu'il n'est pas seul dans ce bateau, mené par les vents conjoints de la déréliction et de la vacuité mais cela ne retirerait rien au désespoir qui l'habite en permanence.