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> Bernard Lortholary (Traducteur)

ISBN : 2070404587
Éditeur : Gallimard (1999)


Note moyenne : 3.93/5 (sur 1241 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
A l'âge de quinze ans, Michaël – le narrateur – découvre l'amour dans les bras d'Hanna, une voisine de vingt ans son aînée ; pendant six mois, il la rejoint tous les jours et partage avec elle plaisirs de la chair et moments de ... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par lehane-fan, le 30 avril 2012

    lehane-fan
    Lu puis vu dans la foulée . Une fois n'est pas coutume , la version cinématographique tres fidele m'a beaucoup plus enthousiasmé que la version papier...Winslet y est juste éblouissante !
    Une fois de plus , la 4e de couv' balance allègrement les ¾ du récit ! Pénible , limite énervant ! Ça commençait mal...Contrairement à Michael qui , du haut de ses 15 ans , rencontrait Hanna , de 20 ans son ainée – cougar avant l'heure - et par la même , l'amour . Leurs rendez-vous prendront tres rapidement la forme de rituels immuables . La lecture avant le plaisir . Hanna , étrangement , ne concevant pas l'acte avant que celui qu'elle ne cessera d'appeller «  garçon «  ne lui déclame quelques pages de grands classiques . Education sentimentale versus enseignement . Chacun semble y trouver son compte , laissant l'attachement et l'affection les lier un peu plus chaque jour jusqu'à ce qu'Hanna ne disparaisse , sans crier gare , vouant Michael au désespoir le plus total...
    Un bouquin en trois actes équilibrés et intenses . de la rencontre à l'abandon , des retrouvailles au dénouement final , ce court roman se tient parfaitement en allant à l'essentiel . Ce qui m'a véritablement laissé sur le carreau , spectateur passif - voire parfois ennuyé - d'un récit initiateur de réflexions incontournables , c'est cette narration descriptive et distanciée de l'auteur . Hermétisme le plus complet au style Schlink . Un récit pourtant narré à la premiere personne mais qui ne m'a jamais permis d'adhérer , d'intégrer , de m'enthousiasmer plus que de raison ! Des faits cliniques manquant profondément de chaleur , de sentiments tout simplement . Alors , bien sur , difficile dans cette Allemagne d'apres-guerre , de demander aux protagonistes d'effectuer un numéro de claquettes tout en balançant des confettis en jouant le Petit Bonhomme en Mousse au gazou mais quand meme...
    Bon , le style de l'auteur est affaire de bon goût et je suis tres , tres loin d'en avoir le monopole . Par contre , si la narration émeut peu , les multiples questionnements suscités font mouche ! Quid du degré de responsabilité de l'éxécutante tortionnaire zélée , aussi aveugle et inculte soit-elle . Peut-on se relever , se reconstruire suite à une histoire d'amour qui vous a marqué au fer rouge ? Est-on à meme de comprendre , de pardonner quelqu'un jugé et condamné pour avoir perpétré les pires horreurs qui soient et ce , sans éprouver ce sentiment de honte prédominant d'avoir indirectement participé à tout cela ? Par ricochet , difficile d'appréhender , d'assumer ce que firent nos parents , nos ainés durant cette sale guerre sans en devenir les témoins dépositaires taraudés par la légitimité des exactions commises au nom du sacro saint National Socialisme . Et que dire de l'opprobe concernant Hanna ? de ce terrible secret qui aura gouverné toute sa vie , orienté malheureusement tous ses choix , la poussant meme au sacrifice supreme en la forçant à endosser des faits qu'elle n'engendra jamais ...Plutot mourir que se dévoiler ! L'abnégation supreme plutot que la déshonorante confession ! Glaçant...
    Au final , des themes forts portés par une écriture qui l'est beaucoup moins...
    The reader , digeste !
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    • Livres 5.00/5
    Par Ode, le 19 novembre 2012

    Ode
    "Le liseur" n'est pas exactement un livre sur la deuxième guerre mondiale du côté allemand, mais plus une réflexion sur la justice, la culpabilité et la difficulté d'une réparation. C'est aussi le récit d'une singulière initiation amoureuse, et des répercussions de ce premier amour sur la vie entière de Michaël, le narrateur de cette histoire.
    Les atrocités de la guerre servent d'amplificateur à Bernhard Schlink pour montrer, à travers l'histoire d'Hanna, que privilégier un accommodement personnel au détriment de l'intérêt collectif peut avoir des conséquences désastreuses pour les autres, comme pour soi-même. Pour ne pas dévoiler un secret dont elle a honte, Hanna fera des choix qui l'amèneront non seulement à participer aux crimes nazis en tant que surveillante d'un camp de concentration, mais aussi, plus tard, lors de son procès, à être condamnée bien plus lourdement que ses coaccusées.
    Au camp, Hanna entretenait des relations avec certaines détenues qui devenaient temporairement ses "protégées", selon un rituel précis qui comprenait notamment des séances de lecture. Ce schéma n'est pas sans rappeler l'éprouvant film "Portier de nuit", dans la fascination qu'exerce le surveillant du camp sur la jeune déportée. Une emprise qu'Hanna reproduira d'une certaine façon pendant l'après-guerre, par les rituels de sa relation avec le jeune Michaël, alors âgé de quinze ans, qui ignore tout de son passé.
    Michaël sera à jamais marqué par Hanna. Pendant ses études, il assistera, passif, à son procès ; ce n'est que plus tard qu'il cherchera à la comprendre. le souvenir obsédant de son premier amour le poussera ainsi à reprendre contact avec Hanna en prison, pour entreprendre, à sa manière, un multiple et délicat travail de réparation.
    Ce récit juste et distancié, sans effet ostentatoire, m'a considérablement émue. Une émotion retrouvée dans la fidèle adaptation cinématographique avec Ralph Fiennes dans le rôle de Michaël adulte, et Kate Winslet dans celui d'Hanna.
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    • Livres 5.00/5
    Par Guylaine, le 13 décembre 2012

    Guylaine
    Et voilà… ce soir je viens de tourner la dernière page du livre Le liseur. Je ne sais pas si vous avez un pincement, parfois, vous aussi, lorsque cette fichue dernière page est finalement tournée ? Et bien là, c'est le cas.
    Le liseur, c'est l'histoire d'un homme, Michaël, qui, toute sa vie, sera obnubilé par la première femme dont il est tombé amoureux, alors qu'il n'avait que 15 ans : Hanna.
    Rapidement, elle réclame qu'il lui lise des livres, après, voire avant leurs ébats. Elle est passionnée par ses lectures, qu'elle écoute avec avidité.
    Et puis un jour, sans la moindre explication, Hanna disparaît.
    Il la retrouvera des années plus tard, alors qu'il est étudiant en droit, lors d'un procès sur des gardiennes de camps de concentration.
    Hanna est l'une des accusées.
    Imaginez... vous découvrez que celle que vous avez adulée, a pris part à ce qui vous fait le plus horreur dans l'histoire de votre pays.
    C'est un terrible choc. Et c'est d'autant plus culpabilisant pour Michaël qu'il n'arrive pas à tourner la page, à ne plus penser à Hanna. Elle est en lui.
    L'auteur nous guide dans les méandres des pensés du narrateur et on suit ses questionnements sans violences, sans heurts… mais hélas sans réponse non plus…
    Comme lui, on est sous le charme d'Hanna, on préfèrerait tellement la haïr, mais non, elle nous touche malgré nous…
    Il est question d'analphabétisme également dans ce livre, et des engrenages qu'un tel manque peut générer (et ce point me touche également beaucoup).
    Je conseille évidemment ce roman.
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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 26 juin 2011

    LiliGalipette
    À quinze ans, Michaël rencontre Hanna Schmitz qui en a trente-cinq. Il devient son amant, son « Garçon ». Entre eux s'instaure rapidement un rituel amoureux très précis : « Lecture, douche, faire l'amour et rester encore un moment étendus ensemble, tel était le rituel de nos rendez-vous. C'était une auditrice attentive. » (p. 54) Hanna aime qu'on lui fasse la lecture. Ce qui semble un simple agrément dissimule en réalité un secret. Hanna disparaît un jour, sans prévenir. Pour le jeune homme, le choc est terrible. « Je m'étais certes détourné du souvenir d'Hanna, mais sans le surmonter. » (p. 100) Des années plus tard, Michaël, étudiant en droit, la retrouve. « J'ai revu Hanna en cours d'assises. » (p. 102) Hanna est accusée avec quatre autres femmes de la mort de prisonnières pendant la seconde guerre mondiale. Au cours du procès, Hanna reconnaît les faits, mais se défend maladroitement. Elle demande la justice et la justesse, mais son attitude et ses propos jouent sans cesse en sa défaveur. Michaël perce alors le secret d'Hanna à jour. Alors que la révélation pourrait aider l'accusée, Michaël choisit de se taire pour préserver l'orgueil blessé d'une femme déterminée et courageuse.
    Le procès de ces cinq surveillantes de camp est le procès d'une génération qui n'a pas empêché les crimes. Hanna pose sincèrement au juge la question de la responsabilité, mais la réponse de celui-ci est sans valeur pour Hanna. « Elle aurait voulu savoir ce que, dans sa situation, elle aurait dû faire, et non s'entendre dire qu'il y a des choses qu'on ne fait pas. » (p. 128)
    La lecture orale, dont on entend beaucoup parler, ne se fait jamais entendre dans le roman. L'oralité, la formulation et l'écoute sont des sujets centraux, mais aucun texte ne se fait jamais entendre pour lui-même au cours du récit. Cette absence fait écho au secret d'Hanna : on est toujours face à des textes empêchés, à des lectures entravées.
    Le personnage d'Hanna est remarquablement écrit : cette femme est difficile à saisir jusqu'à la révélation de son secret. Tout s'éclaire ensuite et les contours se précisent. le narrateur s'adresse à nous, son récit est une barrière contre l'oubli, mais aussi le portrait d'un jeune Allemand dans un pays qui ne cesse d'interroger son passé et de compter ses coupables et ses victimes.
    Je m'attendais à un texte plus dense voire plus étouffant, mais Bernhard Schlink est étonnant de subtilité et de délicatesse. Les ressorts dramatiques sont présents, mais ils ne grincent pas. L'émotion se dégage sans nuire à la réflexion qui, elle-même, n'est pas pesante ni vaine. L'auteur ne prétend pas réécrire l'Histoire, ni absoudre certains crimes ou coupables : il met un visage sur une barbarie très humaine.
    Le film de Stephen Daldry avec Kate Winslet et Ralph Fiennes m'avait beaucoup touchée. J'avais particulièrement aimé les scènes où le jeune Michaël fait la lecture à Hanna. Kate Winslet est étonnante de justesse dans ce rôle. Quant à Ralph Fiennes... encore un coup de maître pour le bel acteur, tout en retenue et en puissance contenue.
    Les couleurs de ce film m'avaient particulièrement bouleversées, entre sépia, gris et brun. Très peu de couleurs vives et donc une atmosphère légèrement brumeuse. La représentation des camps est pudique et sans pathos.
    Le film est très fidèle au livre. Un coup double réussi !
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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 31 mai 2012

    Woland
    Der Vorleser
    Traduction : Bernard Lortholary
    Avant toute chose, je tiens à dire que je n'ai pas compris pourquoi l'on n'avait pas traduit le titre tout simplement par "Le Lecteur." En effet, dans certains milieux, les dames de compagnie servaient aussi de "lectrices." Alors, pourquoi ne pas adopter ici le masculin puisque, effectivement, le héros sert bien de lecteur à sa maîtresse ? ... Enfin, passons.
    Le style est simple, fluide, les chapitres ramassés et l'auteur va droit à l'essentiel. Mais alors, question personnages et surtout thèmes choisis, quelle complexité et plus encore quelle ambiguïté, mes aïeux !
    Oui, l'on peut dire que l'auteur soulève ici la question de la perception des agissements du Troisième Reich par les générations qui n'ont pas vu les Nazis directement à l'oeuvre. Maintenant, soutenir qu'il s'agit là du seul thème traité avec, bien sûr, l'inévitable Shoah, c'est tout de même un peu fort de café ! Déjà, le jugement que porte sur les faits dont Hanna s'est rendue coupable l'homme qui l'a jadis aimée est plus qu'ambigu. Ces faits, il les réprouve, certes - qui ne les réprouverait ? - mais il laisse aussi la porte ouverte à un effort de compréhension de ces actes, compréhension qui ne les justifie en rien, cela va de soi. de temps à autre, comme il semble redouter, en tant qu'Allemand - et on le comprend ! - d'écrire un mot de trop ou de travers sur la question, Schlink sort une ou deux phrases hautement vertueuses et délaie consciencieusement sa sauce. Ca a pour principal effet de rendre son propos encore plus ambigu mais - à moins qu'ils ne soient complètement idiots ou naïfs - ça ne convaincra que ceux qui veulent bien se laisser convaincre.
    C'est d'ailleurs en cela que "Der Vorleser" est intéressant et même, à certains moments - comme l'instant où Hanna demande au juge : "Et vous, qu'auriez-vous fait ?" - carrément passionnant - et oh ! combien dérangeant.
    Pourtant, elle n'a pas l'air bien dangereuse, au premier abord, cette histoire d'amour entre un adolescent de quinze ans (Michael Berg, qui est aussi le narrateur) et une femme de trente-six ans (Hanna Schmitz.) Un jour, Hanna disparaît. Comme ça, brusquement, sans rien dire. Comme Michael commençait alors à s'intéresser à des filles de son âge, ça le soulage plutôt qu'autre chose : c'est la vie, pourrait-il dire.
    La deuxième partie s'ouvre vraisemblablement au début des années soixante, à l'époque des derniers grands procès des anciens collaborateurs des Nazis. Michael, maintenant étudiant en droit et jeune Allemand conscient du fardeau qui pèse sur la génération de ses parents, assiste régulièrement à ces procès. Or, un jour, il aperçoit Hanna parmi les accusés. Une Hanna de quarante-trois ans maintenant, donc un peu plus lourde, un peu changée mais c'est bien elle tout de même. Au fil des audiences, le jeune homme apprend qu'elle a été gardienne dans divers camps de concentration.
    Plus tard - une vingtaine d'années à peu près - Berg demandera à Hanna si, pendant leur liaison, dans ces moments où ils étaient dans les bras l'un de l'autre, il lui arrivait de penser à cette époque-là de sa vie. "Non", répondra-t-elle simplement.
    C'est qu'Hanna n'a pas rejoint l'administration nazie par désir d'exercer son sadisme et sa méchanceté. Non, à l'époque, le responsable de l'usine où elle travaillait voulait la faire passer contremaître. Et Hanna a préféré laisser tout tomber et "se réfugier", en quelque sorte, dans cette carrière de garde-chiourme : tout ça pour ne pas avoir à avouer qu'elle était analphabète.
    C'est là le grand, le terrible secret d'Hanna. C'est ce qui la poussait à demander à son jeune amant de lui lire à haute voix les livres que lui-même aimait et connaissait. C'est ce qui la poussait, dans les camps, à choisir, toujours parmi les plus faibles, parmi celles qui n'auraient pas résisté aux travaux forcés, une déportée capable de lui faire chaque soir la lecture.
    Mais les juges ne le sauront jamais - Berg, qui comprend enfin durant le procès, ne sait comment en parler au président et, finalement, en dépit de sa conscience qui le tourmente, se résigne à ne rien dire. Impuissant et comme anesthésié - un mot qui revient souvent sous sa plume - il voit même Hanna accepter en silence d'endosser la responsabilité d'un rapport mensonger sur un crime de guerre alors que, ne sachant ni lire, ni écrire, elle aurait été bien incapable de le rédiger. Cet aveu, bien sûr, alourdira sa peine : dix-huit ans de prison.
    Devant une intrigue apparemment si simple, le lecteur, qui ne s'y attendait guère, n'arrête pas de se poser des questions. Et la principale, la voici :
    Le personnage d'Hanna, qu'on est parfois tenté de qualifier d'"animal" dans le sens de "sain, sans complication, naturel", symbolise-t-il l'Allemand moyen de sa génération, pas plus mauvais qu'un autre finalement mais qu'un concours de circonstances aberrantes, allié sans doute à l'instinct de conservation propre à l'être humain, a contraint à composer avec le gouvernement nazi en espérant que tôt ou tard, celui-ci chuterait ?
    J'entends d'ici les arrogants, les sûrs d'eux, les pour ainsi dire parfaits, s'exclamer en un choeur vertueux : "Et le libre-arbitre, alors ?" Et ils auront raison : le libre-arbitre, ça existe ...
    ... Dommage que le juge qui va condamner Hanna n'ait pas finalement l'air si convaincu de cette existence ...
    "Le liseur" de Bernhard Schlink : un livre ambigu et qui pose les bonnes questions à ceux qui veulent bien ne pas se boucher les oreilles. Si vous êtes de ceux-là, lisez-le. Sinon, rendormez-vous sur votre confort moral : on vous réveillera au prochain arrêt. ;o)
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 31 mai 2012

    [...] ... Quelquefois, Hanna remporta une sorte de succès. Je me rappelle son interrogatoire sur les sélections dans le camp. Les autres accusées nièrent avoir jamais rien eu à voir avec cela. Hanna reconnut si facilement y avoir participé, non pas seule, mais comme les autres et avec elles, que le président jugea bon d'insister.

    - "Comment se déroulaient les sélections ?"

    Hanna expliqua que les surveillantes s'étaient mises d'accord pour retirer dix déportées de chacun des six groupes de même effectif dont elles avaient la responsabilité, soit en tout soixante déportées, mais que, l'état sanitaire pouvant être très différent d'un groupe à l'autre, c'est finalement en commun qu'elles décidaient qui serait renvoyé. [= à Auschwitz et à la mort.]

    - "Aucune d'entre vous n'a refusé de procéder ainsi, vous avez toutes agi en plein accord ?

    - Oui.

    - Vous ne saviez pas que vous envoyiez ces détenues à la mort ?

    - Si, mais les nouvelles détenues arrivaient, et il fallait que des anciennes leur laissent la place.

    - Donc, pour faire de la place, vous avez dit : toi, toi et toi, vous allez être renvoyées et mises à mort ?"

    Hanna ne comprit pas ce que le président voulait lui demander.

    - "J'ai ... Je veux dire ... Qu'est-ce que vous auriez fait ?"

    Il y eut un moment de silence. Il n'est pas d'usage, dans la procédure en vigueur en Allemagne, que des accusés posent des questions aux juges. Mais voilà, la question avait été posée, et tout le monde attendait la réponse du président. Il était obligé de répondre, il ne pouvait éluder la question ni la balayer d'une remarque acerbe ou en posant lui-même une question en contre-feu ; c'était évident pour tout le monde, y compris pour lui, et je compris pourquoi il avait choisi ce truc de prendre l'air irrité. Il en avait fait un masque, derrière lequel il pouvait se donner un peu de temps pour trouver la réponse. Mais pas trop de temps : plus il attendait, plus la tension montait ; et plus la réponse devrait être bonne.

    - "Il est des choses dans lesquelles on n'a tout simplement pas le droit de tremper et qu'il faut fuir, si cela ne vous coûte pas la vie."

    Cela aurait peut-être suffi s'il avait dit la même chose, mais en parlant d'Hanna, ou encore de lui-même. Parler de ce que l'on doit et ne doit pas, et de ce que cela coûte, cela ne répondait pas au sérieux de la question qu'avait posée Hanna. Elle avait voulu savoir ce que, dans sa situation, elle aurait dû faire, et non s'entendre dire qu'il y a des choses qu'on ne fait pas. La réponse du juge était désemparée et pitoyable. Tout le monde le sentit. On réagit avec un soupir de déception, et l'on eut un regard étonné pour Hanna, qui avait en quelque sorte gagné cet échange. Mais elle restait plongée dans ses pensées.

    - "Donc j'aurais ... Je n'aurais pas ... Je n'aurais pas dû, chez Siemens, aller m'engager ?"

    Ce n'était pas une question adressée au juge. Elle parlait pour elle-même, se posait à elle-même la question, en hésitant, parce qu'elle ne se l'était jamais posée, qu'elle doutait que ce fût la bonne question, et qu'elle en ignorait la réponse. ... [...]
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  • Par FRANGA, le 28 janvier 2012

    A quinze ans, j'ai eu la jaunisse. La maladie débuta en automne et se termina au printemps. Plus l'année finissante devenait froide et sombre, plus j'étais faible. C'est seulement avec l'année nouvelle que je remontai la pente. Janvier fut tiède, et ma mère installa mon lit sur le balcon. Je voyais le ciel, le soleil, les nuages, et j'entendais les enfants jouer dans la cour. Par un début de soirée de février, j'entendis chanter un merle.
    Ma première sortie, de la rue des Fleurs où nous habitions au deuxième étage d'un gros immeuble datant du début du siècle, fut pour aller dans la rue de la Gare. C'est là qu'un matin d'octobre, en rentrant du lycée, j'avais été pris de vomissements. Cela faisait plusieurs jours que je me sentais faible, plus faible que je ne l'avais jamais été encore de ma vie. Chaque pas me coûtait. Quand je montais des escaliers, à la maison ou au lycée, mes jambes me portaient à peine. Je n'arrivais pas non plus à manger. Même lorsque je me mettais à table en ayant faim, les aliments me dégoûtaient tout de suite. Le matin, je me réveillais la bouche sèche, avec l'impression que dans mon ventre les organes pesaient et n'étaient pas à leur place. J'avais honte d'être aussi faible. J'eus encore plus honte de vomir. Cela ne m'était encore jamais arrivé non plus. Ma bouche se remplit, j'essayai d'avaler, je serrai les lèvres et plaquai ma main sur ma bouche, mais ça jaillit et passa entre mes doigts. Alors, prenant appui sur le mur d'un immeuble, je regardai le vomi à mes pieds, en rendant des glaires liquides. La femme qui vint à mon aide le fit presque brutalement. Elle me prit par le bras et m'emmena, par une entrée sombre, dans une cour intérieure. En hauteur, d'une fenêtre à l'autre, du linge pendait à des cordes. Des piles de bois étaient entreposées dans la cour ; par la porte béante d'un atelier, une scie hurlait et des copeaux volaient. Près de la porte par laquelle nous étions passés, il y avait un robinet. La femme l'ouvrit, rinça d'abord ma main, puis prenant l'eau dans le creux de ses mains, m'aspergea la figure. Je m'essuyai avec mon mouchoir. "Prends l'autre!" Deux seaux étaient posés près du robinet, elle en prit un et le remplit. Je pris et remplis l'autre, et je traversai l'entrée derrière elle. D'un grand geste, elle jeta l'eau sur le trottoir, le flot entraîna le vomi dans le caniveau. Elle me prit des mains l'autre seau et acheva de rincer le trottoir à grand eau.
    Elle se redressa et vit que je pleurais. "Garçon, dit-elle tout étonnée, garçon!". J'étais à peine plus grand qu'elle, je sentis ses seins contre ma poitrine, sentis ma mauvaise haleine et l'odeur de sa sueur fraîche, et je ne sus que faire de mes bras. Je cessais de pleurer.
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  • Par Ode, le 19 novembre 2012

    Je n'ai pas manqué un seul jour du procès. Les autres étudiants s'en étonnaient. [...]
    Une seule fois, Hanna regarda vers le public et vers moi. [...]
    Parfois son chignon serré laissait échapper des mèches qui venaient boucler sur le cou et flottaient dans un déplacement d'air. Parfois, Hanna portait une robe assez décolletée pour qu'on voie le grain de beauté qu'elle avait en haut de l'épaule gauche. Je me rappelais alors que j'avais soufflé sur cette épaule pour en écarter les cheveux, que j'avais embrassé ce cou et grain de beauté. Mais ce souvenir, je ne faisais que l'enregistrer, je ne ressentais rien.
    Tout au long des semaines que dura le procès, je ne ressentis rien : ma sensibilité était comme anesthésiée.
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  • Par Carosand, le 29 octobre 2013

    Est-ce cela qui me rend triste ? Ce zèle et cette foi qui m'habitaient alors et arrachaient à la vie une promesse qui ne put jamais être tenue ? Quelquefois, je vois le même zèle et la même foi dans les visages d'enfants et d'adolescents, et je les vois avec la même tristesse que je me revois moi-même à l'époque. Cette tristesse est-elle la tristesse tout court ? Est-ce elle qui nous accable lorsque de beaux souvenirs rétrospectivement se détériorent, parce que le bonheur dont on se souvient ne tenait pas seulement à la situation, mais à une promesse qui n'a pas été tenue ?
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  • Par bacoltrane, le 02 février 2010

    J’avais tant aimé son odeur, jadis. Une odeur toujours fraîche : de linge frais ou de sueur fraîche, une odeur de femme fraîchement lavée ou fraîchement aimée. Elle mettait parfois un parfum, je ne sais pas lequel, et il sentait aussi plus frais que tout. Sous toutes ces odeurs fraîches, il y en avait encore une autre, lourde, sombre, entêtante. Souvent j’ai flairé sa peau comme un animal curieux, je commençais par le cou et les épaules qui sentaient la toilette toute fraîche, j’aspirais entre les seins un effluve de sueur fraîche, qui se mêlait aux aisselles avec l’autre odeur, je retrouvais presque pure cette odeur lourde et sombre à la taille et au ventre, et entre les jambes avec une coloration fruitée qui m’excitait, je reniflais aussi ses jambes et ses pieds, les cuisses où l’odeur lourde se perdait, le creux derrière les genoux où je retrouvais le léger effluve de sueur fraîche, et les pieds avec leur odeur de savon ou de cuir ou de fatigue. Le dos et les bras ne sentaient rien de particulier, ne sentaient rien mais sentaient elle tout de même, et dans le creux des mains était l’odeur de la journée et du travail : encre des tickets, métal de la poinçonneuse, oignon, poisson ou friture, eau de lessive ou vapeur du repassage. Quand on les lave, les mains ne trahissent d’abord rien de tout cela. Mais le savon n’a fait que recouvrir les odeurs et, au bout d’un moment, elles sont de nouveau là, atténuées et fondues en un unique parfum du jour et du travail, le parfum du terme du jour et du travail, le parfum du soir, du retour à la maison, du chez-soi. (p 183)

    P 125 : Hanna ne savait pas lire.
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