Je savais que ça n'avait quasi aucune chance de me plaire mais je me suis dit que 100 pages (je n'ai lu que le début de la pièce de
Théâtre qui suit et c'est laaaargement suffisant :S) en police 16, ce n'était pas la mer à boire. J'avais tort.
Pour preuve, j'ai dû mettre un CD de Mozart pour arriver à finir les 10 dernières pages et encore ce fut une épreuve (je précise que j'ai lu 90% du bouquin en diagonale par charité envers moi-même).
Je n'ai pas écouté le CD non plus, non que je n'aime pas Beethoven mais je n'aime pas lire avec de la musique en fond sonore, sauf force majeure.
Tout n'est pas à jeter dans le livre mais globalement c'est du Schmitt : c'est gentil, décousu, vaguement profond à l'occasion, ça tourne en rond et, surtout, c'est blindé de poncifs au-delà du raisonnable. Je veux bien faire un effort et me mettre en condition pour lire EES mais il ne faut pas qu'il abuse de ma bonne volonté ;) le pire étant un passage concernant les bons sentiments. Sa justification est à hurler de rire ou presque.En l'occurrence, ce livre n'est pas une pure fiction puisque l'auteur évoque sa relation avec Beethoven. Cela ne serait pas dérangeant si on n'avait pas parfois/souvent le sentiment que l'auteur carbure à dieu seul sait quelle substance vraisemblablement illégale. Je veux dire : j'adore Mozart mais on discute rarement lui et moi et je n'ai jamais eu le sentiment qu'il m'envoyait des messages et m'aidait à résoudre mes problèmes. Schmitt dira que c'est parce que justement la musique de Mozart s'adresse à dieu tandis que Beethoven, c'est l'humain.
C'est d'ailleurs toute la thèse de Schmitt : un peu plus de Beethoven dans ce monde et l'humanité en serait transfigurée.
Si je le suis sur le fait que l'humanité court à sa perte, je le lâche de suite quand il en appelle à la musique de Beethoven. Je fais partie de ses gens qui croient fermement aux pouvoirs de la musique et à ceux des arts en général mais un peu de pragmatisme n'a jamais tué personne et c'est là que Schmitt délire un poil à mon sens. Entre son arbre musicien (je n'ai absolument pas compris en quoi l'arbre était musicien au passage) et son "credo de l'optimisme moderne" (sic), j'ai quand même eu le sentiment que l'auteur était dedans jusqu'au cou (j'imagine que de son côté, il me range du côté des crétins, des insensibles).
Pour Schmitt, Beethoven est le symbole de l'optimisme et si je trouve merveilleux que LVB ait ce pouvoir sur EES, la démonstration est parfois un peu poussive. En gros, en dépit de ses difficultés, Beethoven n'a pas renoncé et à même écrit un "hymne à la joie", preuve donc que "on peut chanter dans une impasse, revendiquer l'optimisme en ayant conscience du tragique." C'est beau ; je me sens presque malheureuse de ne pas arriver à adhérer.
Mais ce n'est pas le pire. Non, LVB "croyait à l'affirmation individuelle" (EES semble avoir des infos de première main !).
En vérité, ce qui me gêne, ce ne sont pas les convictions de EES mais sa façon de les rattacher à LVB. Moi aussi, je suis pour la revalorisation de l'individu dans une époque où ce dernier est broyé, moi aussi je trouve dommage que nous ayons démissionné face à un monde corrompu et je suis pour plus de positivisme afin de renverser la tendance... mais je ne vois pas le rapport avec LVB.
Quand EES explique que la mort de LVB coïncide avec la fin d'un certain humanisme et que cela conduira aux camps de concentration, ça me semble "un peu" extrême comme position...
Alors, je sais bien que mes critiques pourraient être balayées d'un coup de : "il ne faut pas lire ce livre au premier degré" mais l'auteur fait tout pour nous maintenir dans ce premier degré et c'est un point que je lui reproche tout particulièrement. EES en reste à de la psychologie pour ado !
Pour finir sur une bonne appréciation et prouver ma bonne volonté, j'ai apprécié "son" analyse de la comédie et de la tragédie (analyse empruntée à
Aristote - l'auteur le précise) : "la comédie peint ce qu'il y a de petit en l'homme, la tragédie montre ce qu'il y a d'élevé. Comédie et tragédie ne s'opposent pas sur le rire et les larmes [...] mais sur le contenu philosophique. La comédie souligne les défauts des hommes... la tragédie en exalte les qualités... La comédie diminue, la tragédie agrandit."
Le seul pb c'est que LVB n'est pas le seul compositeur dont la vie fut tragique et donc que s'en servir pour étayer ce genre de thèse est nécessairement réducteur (bon, pour la fille qui voulait finir sur une note positive, c'est un peu raté :D Pourtant, je fais des efforts !!!).