Catégorie : Roman absolument magnifique.
Né en Afrique du sud, George a quitté le pays à l'âge de cinq ans. Son père était diplomate, sa mère vient de mourir, les yeux tournés vers ce pays jamais oublié et Georges quitte la Suisse pour une semaine durant laquelle il espère régler quelques affaires et retrouver Rietvlei, la ferme de ses grands parents Neethling. Hélas seuls l'attendront quelques souvenirs affleurant à la surface, des ruines et des rosiers sauvages presque défleuris.
Des voisins fermiers, les Hattingh, l'accueillent simplement et insistent pour qu'il rencontre les fermiers du voisinage. Anciens citadins ayant connu des jours meilleurs ou fermiers autrefois riches devant vivre frugalement, ceux-ci évoquent un passé regretté et des événements terribles les obligeant à vivre sans guère d'espoir d'une vie meilleure et dans une peur diffuse.
George, perdu dans ses souvenirs, ne comprend pas ou ne veut pas comprendre ce qui l'entoure; après des années d'exil, il se sent chez lui dans ce pays dont il parle la langue, mais en même temps tout lui échappe. Tâtonnant sans trop de conviction, il parvient à saisir quelques fils, mais ne peut s'engager et repart : "le lendemain, il serait chez lui".
Repliés sur eux-mêmes, vivant dans le passé ou cherchant la lutte, les membres de cette communauté rurale ne dévoileront pas tous leurs secrets.
Quels événements ont poussé à l'exil tant d'habitants il y a une génération? Pourquoi la violence? Les luttes? Les interventions policières? Aucune explication dans ce roman. Rien dans l'histoire de l'Afrique du sud n'est éclairant (le roman est paru en 1972, en plein apartheid) Que ce roman demeure hors du temps, voire hors d'un lieu précis, quelle importance? Il n'en est que plus fort.
Douleur de l'exil, incompréhension de George, méfiance des autres, attentes déçues, tout cela baigne dans une ambiance souvent pesante, sous la menace d'un danger imprécis. Ce roman magnifique, superbement écrit, se lit d'une traite.
"Non, ça ne fait rien, méprise-nous tant que tu veux. Mais tu sais, quand on arrête de considérer quelqu'un comme un être humain, quand on ne le traite plus comme tel, il oublie peu à peu qu'il en est un. Il perd sa fierté, sa dignité; alors la seule chose qui compte est de rester en vie, on rampe, on se tortille, on s'humilie sur commande, j'ai vu cela chez mes propres parents, et j'ai peur, j'ai peur de cette déchéance, beaucoup plus que de la vieillesse, de la maladie ou de la pauvreté. C'est ce qu'ils pouvaient nous faire de pire. Passe encore qu'ils nous aient chassés, cela n'a plus d'importance; ce qui me fait vraiment peur, c'est l'idée de ne plus être un être humain, de ne plus rien pouvoir faire, de ne plus rien signifier."
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