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Élisabeth Janvier (Traducteur)Michel Le Bris (Préfacier, etc.)
ISBN : 2859406263
Éditeur : Phébus (28/05/1999)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 18 notes)
Résumé :
Dans une ferme perdue au coeur du bush sud-africain, où l'on dirait que chacun vit enfoncé dans un rêve, deux enfants essaient de survivre et de comprendre le monde, tandis qu'autour d'eux les êtres se heurtent, se déchirent, livrés à la seule brutalité de l'instinct. Ces enfants, nous les voyons grandir, aimer, souffrir, tourmentés par un obscur sentiment de révolte, confrontés à un destin qui semble s'ingénier à ruiner l'attente de leur jeunesse. Comme si aucune e... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (4) Ajouter une critique
oblo
28 juillet 2015
D'abord refusé de publication pour son caractère jugé scandaleux en Grande-Bretagne, La nuit africaine connut pourtant un succès dans ce même pays, dépeignant avec fidélité un pays que connaissait bien Olive Schreiner pour y être née et y avoir vécu, l'Afrique du Sud. Pays multiculturel, déjà, puisqu'en plus des populations africaines d'origine zouloue, y vivaient, au début du 20ème siècle, les descendants des premiers colons néerlandais - mais aussi huguenots français - et ceux des colons britanniques, bien plus récents. Schreiner, elle, était fille de pasteur allemand et mariée à un fermier afrikaaner ; elle s'opposa à Cecil Rhodes, le gouverneur britannique qui manoeuvra en faveur d'une guerre contre les Boers, les descendants de colons néerlandais.
Son roman crépusculaire met en scène deux personnages perdus dans l'immense nature africaine autant que dans la société coloniale. Waldo, le jeune garçon, est un rêveur qui, après les travaux des champs et des bêtes, s'interroge sur le sens de sa vie et remet en cause la religion (le protestantisme rigoriste enseigne très tôt la culpabilité au jeune enfant, sans que celui-ci n'ait rien fait), lui le fils de pasteur luthérien allemand. le personnage de Lyndall, plus intelligent, se révèle aussi plus profond et davantage révélatrice des aspirations d'Olive Schreiner. En effet, Lyndall est l'exemple rare d'une femme, isolée pourtant, qui se promet d'être indépendante, au risque même de sa vie.
L'Afrique du Sud sert les décors vastes et beaux de ces parcours mi-chaotiques, mi-initiatiques ; loin de toute ville, la vie se déroule dans les campagnes arides où les bêtes sont recluses. Les hommes s'intéressent à Lyndall, lui jurent que sans eux elle ne pourra s'en sortir.
La nuit africaine est réellement bouleversant, car Schreiner y livre une vision du monde forcément personnelle (l'éducation protestante, le rôle de la femme jugée inférieure dans le monde, les beautés brutes de l'Afrique) et pourtant formidablement universelle et progressiste. C'est le roman d'une artiste qui photographie son monde, le critique de manière acide et le fait, dans le même temps, avancer.
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Ys
12 avril 2017
Nous voici vers le milieu du XIXe siècle, dans les plaines d'Afrique du Sud. le soleil pèse comme du plomb sur la terre rouge désséchée où ne poussent guère que l'euphorbe et le figuier de Barbarie, où survivent comme ils peuvent quelques troupeaux de moutons. Une ferme s'est installée là, au pied d'une colline de pierres surgie du fond des âges, gérée d'une main de fer par une hollandaise à l'esprit lourd, au corps pesant.
Dans cette solitude immense, trois enfants apprennent peu à peu la vie. Il y a Em, petite blonde au visage ingrat, aux manières effacées, terne et bonne, qui passera toujours après tous les autres. Il y a Waldo, avec ses belles boucles brunes, jeune garçon assoiffé d'absolu qui verra bientôt basculer dans l'abîme toutes ses vieilles idoles. Et puis il y a Lyndall, la très belle, très impérieuse Lyndall, dont les yeux noirs font déjà plier plus fort qu'elle, prête à défier le monde entier pour gagner sa liberté.
Le temps file, les saisons, les années passent, quelques étrangers aussi, porteurs d'un peu de bien ou de beaucoup de mal. Les adultes comptent, mentent et meurent. Et les enfants grandissent, portés par des rêves qui sans cesse leur échappent, sans cesse se reforment, nourris de mille promesses confuses face au vertige inquiétant du vide.
C'est un roman magnifique que cette Nuit Africaine, qui offre à la lecture un rare mélange d'effervescence intellectuelle, d'exaltation spirituelle et de puissante sensibilité. Cela parle de la difficulté d'être au monde, de tous les mirages que les hommes s'inventent pour supporter d'exister, faire reculer le néant. de la beauté infinie de la nature et de la nécessité absolue de rêver. de la solitude, de la soif d'amour, du pouvoir de la volonté et de la condition féminine. Et cela en parle avec une fièvre contagieuse, dans un récit qui bouleverse les codes du roman, avance à grands bonds, recule, bouscule, s'apaise en lentes contemplations, emprunte à la magie mystique du poème en prose comme à la virulence du réquisitoire, à la satire et au conte. C'est drôle parfois, mais d'une drôlerie cruelle. C'est poignant, souvent, et fascinant de bout en bout.
"Un de ces livres très rares qui, comme Moby Dick, Jude l'Obscur ou Les Hauts de Hurlevent, peuvent changer la vie de leurs lecteurs, parce qu'ils les emportent jusqu'aux limites de l'esprit humain", en dit un jour Doris Lessing - et je suis bien d'accord avec elle. Je le découvre trop tard pour qu'il change ma vie, tout ce qu'il contient est déjà là, en moi, remué et retourné depuis longtemps déjà, mais les échos qu'il trouve en moi n'en sont pas moins profonds, pas moins vibrants. Un immense coup de coeur, en somme, pour ce qui est avant tout un très grand livre, reconnu comme tel Outre-Manche dès sa parution et bien injustement méconnu en France.
La préface de Michel le Bris rend en outre un bel hommage à l'auteur, personnalité aussi fascinante que son oeuvre dont je serais bien curieuse de lire une biographie.
Lien : http://ys-melmoth.livejourna..
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wagnerdavid
24 juillet 2012
Attention Chef d'oeuvre! L'action se passe en Afrique du Sud mais pourrait se passer n'importe où tant elle est universelle.
Un roman à la fois poétique et social,qui nous dépeint avec brio les racines de l'apartheid,le choc culturel entre les natifs et les immigrants hollandais, et plein d'autres choses...
Critique nulle mais livre vraiment génial!!!
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paulotlet
17 juin 2011
L'histoire se passe dans une ferme, au milieu de nulle part en Afrique du Sud. Olive Schreiner décrit la vie extrêmement austère de deux enfants élevés dans ce que la morale protestante fait de pire. Un récit très dur qui laisse un goût de cendre en bouche tant on se sent accablé en refermant le livre.
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Citations & extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
YsYs11 avril 2017
Quand vient le jour où, brisé, vous vous laissez tomber au sol, que plus personne n'est là pour vous soutenir, que vos amours sont mortes ou demi-mortes ; que même votre soif de savoir, sans cesse contrariée, s'est éteinte ; que le présent n'a plus aucun désir à vous offrir ni le futur aucun espoir ; alors, avec quelle bienfaisante tendresse la nature vous prend dans ses bras !
Les gros flocons de neige tout blancs qui tombent doucement, un à un, vous murmurent : "Calme-toi, pauvre cœur, calme-toi !" Et c'est comme si votre mère vous consolait en vous caressant les cheveux.
Le bourdonnement des abeilles aux pattes jaunes vous berce comme une mélodie enchantée. Sur les pierres brunes du mur, la lumière crée des formes qui sont comme des œuvres d'art. Le soleil qui scintille à travers une feuille vous affole le cœur.
C'est alors qu'il faudrait mourir. Car si vous continuez à vivre, aussi sûrement que les années succèdent aux années, aussi vrai que le printemps suit l'hiver, les passions vont se réveiller. Elles vont revenir se glisser une à une dans la poitrine qui les avait chassées, elles vont s'y agripper et c'en sera fini de cette paix. Le désir, l'ambition, les élans déchirants de l'amour qui vous pousse vers les êtres - tout cela ressurgira. La nature laissera retomber un voile sur son visage, vous ne pourrez pas même en soulever le coin, vos regrets seront impuissants à faire revivre ces jours de paix. C'est maintenant qu'il faudrait mourir !
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YsYs11 avril 2017
De la force ! Bien sûr que nous en avons, de la force ! Et puisque nous ne pouvons pas l'employer à percer des tunnels, à guérir des malades, à faire des lois - ou tout simplement de l'argent - nous l'exerçons sur vous. Vous êtes notre terrain d'action, nos objets, nos marchandises. Nous vous achetons, nous vous vendons, nous vous bernons, nous vous roulons à cœur joie. Nous vous tenons la dragée haute, vous êtes une demi-douzaine à ramper à nos pieds pour obtenir une seule caresse de notre petite main. On dit qu'à la source de tout chagrin, de toute souffrance et de tout désespoir il y a une femme. Rien n'est plus juste. Vous ne voulez pas qu'on étudie le droit, les sciences, les arts - eh bien, c'est vous que nous étudions ! Nous connaissons par cœur vos moindres nerfs, vos moindres fibres. Nous vous faisons danser dans le creux de notre petite main, par demi-douzaines. Et voilà - nous vous laissons tomber. Jamais un homme ne dira un mot pour les femmes, qu'il n'en ait déjà dit deux pour les hommes et trois pour toute l'espèce humaine.
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YsYs11 avril 2017
Les barreaux de la réalité nous enserrent et nous ne pouvons ouvrir nos ailes sans qu'elles s'y heurtent et retombent ensanglantées, mais si nous pouvons nous glisser entre eux pour atteindre au delà le Grand Inconnu, nous voguerons à l'infini dans l'azur splendide.
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YsYs11 avril 2017
La beauté est un vin que Dieu verse aux âmes qu'il veut récompenser - il les enivre ainsi.
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tipimenttipiment27 août 2011
L'expérience finit toujours par nous apprendre que les règles de vie les plus sages et les droites ont des sources bien plus profondes que les lois édictées par les hommes ou les dieux, plus profondes que l'essence même de la nature humaine. Elle nous enseigne que tel qui verse le sang d'autrui, quand bien même nul ne le punirait, quand bien même il n'aurait à craindre ni enfer ni vengeance, sentira tomber sur son âme chaque goutte du sang versé qui le rongera comme un acide. Elle nous enseigne que tel qui s'approprie illégalement un être aimé cueille une fleur dont chaque pétale est un poison. Que tel qui cherche la vengeance a deux tranchants sur son épée : l'un pour son adversaire, l'autre pour lui-même. Que celui qui ne vit que pour lui est déjà mort avant d'être enterré. Que celui qui nuit à autrui amasse des nuées que sa tête. Que celui qui pêche en secret a devant lui le juge le plus impitoyable, celui dont les condamnations sont toujours sans appel :lui-même.
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