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Roulements de tambours pour Rancas1Ajouter à mes livres
Chronique désespérément vraie d’un combat solitaire : celui que livrèrent dans les Andes centrales, entre 1950 et 1962, les hommes de quelques villages visibles seulement sur les cartes d’état-major des troupes qui les rasèrent.
Le titre "Roulements de tambours pour Rancas" est une allusion à la manière dont, en pays quechua (ici le Pérou) les cérémonies funèbres sont accompagnées de chants et de danses pour que l'esprit du défunt, dont le corps retourne à la mère mythique, la terre, puisse rejoindre l'Esprit protecteur de la communauté. C'est l'histoire, racontée par les voix, venues d'outre-tombe, des victimes de la répression contre un mouvement d'opposition, dans un village indien, à l'annexion de la terre par une compagnie minière étrangère. On peut y voir l'ambiance du village, les activités journalières et les autorités: le juge de paix, le docteur Montenegro, complice de la compagnie et responsable de la répression et le maire. Les ouvriers de la compagnie minière arrivent, posent une clôture de barbelés, ce qui constitue un acte barbare contre la terre nourricière, la Pachamama, et les hommes du village résistent.
C'est la chronique d'une lutte. La répression ( el escarmiento) va être féroce et la résistance sera une question de survie dans la dignité.
Un sujet d'actualité remarquablement bien traité. Une vision très intéressante du monde indien vu de l'intérieur, l'auteur étant d'origine quechua.
Tous les ans, le jour anniversaire de la République du Pérou, fondée par les armes dans cette pampa, les élèves du collège Daniel A. Carrion organisent des excursions. C'est une date attendue par les commerçants. Des hordes de lycéens souillent le village, et épuisent les stocks de biscuits et de bouteilles de Kola Ambina. L'après-midi, les professeurs leur récitent la proclamation gravée en lettres de bronze sur le mur verdâtre de la mairie: c'est la harangue que Bolivar, le Libertador, prononça ici quelques heures avant la bataille de Junin, le 2 août 1824. Les potaches, abrutis, écoutent la proclamation, puis tout le monde repart. Et Roncas se recroqueville pour un an dans sa solitude.
Roncas a toujours été un village sans histoire. Ou plutôt, Rancas avait toujours été un village sans histoire jusqu'au jour où un train s'y arrêta.