Note moyenne : 4.33/5 (sur 3 notes)
De la destruction comme élément de l'histoire naturelle2Ajouter à mes livres
Ce livre tient sa source dans les conférences qu'il a prononcées à Zurich en 1997. Il en a retravaillé le texte et inclus une réflexion suite aux lettres de témoignages qu'il a reçues. Le livre se termine par une étude sur Alfred Andresch, écrivain allemand de l'après-g... > voir plus
"De la destruction" est un livre profond qui traite de l'incapacité des Allemands à aborder de manière réaliste - documentaire - l'écrasement des villes allemandes lors des bombardements de 1942-1945. C'est surtout l'absence de ce sujet dans les lettres allemandes de l'immédiat après-guerre qui retient l'attention de Sebald.
Les raisons de cette absence? L'oubli comme moyen de pouvoir se projeter dans l'avenir, la quasi-impossibilité de décrire de manière réaliste et 'froide" la situation vécue, mais aussi la puissance d'une culpabilité chez ceux qui ont exterminés tant d'humains...Tous ces arguments sont connus et n'apportent pas de regard original sur le sujet.
En revanche, Sebald traque les vieux réflexes allemands dans une psyché marquée par l'héroisme et par la rhétorique fasciste consistant à faire du sacrifice - même effroyable - le fondement nécessaire de toute renaissance. Tout est dit sur cette psyché allemande et sur ce qui en a résulté après-guerre : une volonté inébranlable de survivre et de reconstruire. le temps d'un retour objectif sur les souffrances allemandes n'est pas encore venu.
Étrange texte que celui qui, d'abord prononcé sous forme de conférences à Zurich, parut finalement en un livre intitulé Guerre aérienne et littérature.
Étrange ou plutôt paradoxal puisque son sujet même échappe aux pouvoirs même de la littérature, y compris, nous le verrons, lorsque l'auteur se veut purement froid et objectif.
A la place, c'est l'autre phénomène naturel qui se réveilla avec une promptitude étonnante : la vie sociale. L'aptitude des hommes à oublier ce qu'ils ne veulent pas savoir, à détourner le regard de ce qu'ils ont devant eux, a rarement été mise à l'épreuve comme dans l'Allemagne de cette époque.