> Jorge Semprun (Préfacier, etc.)
> Jean-Baptiste Para (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070413020
Éditeur : Gallimard (2000)


Note moyenne : 4.25/5 (sur 12 notes) Ajouter à mes livres
Le demi-siècle qui va de 1890 à 1940 est pour la poésie française l'époque de son plus somptueux épanouissement. Elle est marquée aussi bien par la diversité de ses figures de proue que par un renouvellement radical des thèmes et des modes d'expression.
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  • Par ignatus-reilly, le 16 avril 2011

    LES QUATRE SANS COU

    Ils étaient quatre qui n'avait plus de tête,
    Quatre à qui l'on avait coupé le cou,
    On les appelait les quatre sans cou.

    Quand ils buvaient un verre,
    Au café de la place ou du boulevard,
    Les garçons n'oubliaient pas d'apporter des entonnoirs.

    Quand ils mangeaient, c'était sanglant,
    Et tous quatre chantant et sanglotant,
    Quand ils aimaient, c'était du sang.

    Quand ils couraient, c'était du vent,
    Quand ils pleuraient, c'était vivant,
    Quand ils dormaient, c'était sans regret.

    Quand ils travaillaient, c'était méchant,
    Quand ils rodaient, c'était effrayant,
    Quand ils jouaient, c'était différent.

    Quand ils jouaient, c'était comme tout le monde,
    Comme vous et moi, vous et nous et tous les autres,
    Quand ils jouaient, c'était étonnant.

    Mais quand ils parlaient, c'était d'amour.
    Ils auraient pour un baiser
    Donné ce qui restait de leur sang.

    Leurs mains avaient des lignes sans nombre
    Qui se perdaient parmi les ombres
    Comme des rails dans la forêt.

    Quand ils s'asseyaient, c'était plus majestueux que des rois
    Et les idoles se cachaient derrière leurs croix
    Quand devant elles ils passaient droits.

    On leur avait rapporté leur tête
    Plus de vingt fois, plus de cent fois,
    Les ayant retrouvés à la chasse ou dans les fêtes,

    Mais jamais ils ne voulurent reprendre
    Ces têtes où brillaient leurs yeux,
    Où les souvenirs dormaient dans leur cervelle.

    Cela ne faisait peut-être pas l'affaire
    des chapeliers et des dentistes.
    La gaieté des uns rend les autres tristes.

    Les quatre sans cou vivent encore, c'est certain
    J'en connais au moins un
    Et peut-être aussi les trois autres.

    Le premier, c'est Anatole,
    Le deuxième, c'est Croquignolle,
    Le troisième, c'est Barbemolle,
    Le quatrième, c'est encore Anatole.

    Je les vois de moins en moins,
    Car c'est déprimant à la fin,
    La fréquentation des gens trop malins.

    - Fortunes - Robert DESNOS
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SMEP 2011 Alexandra de Broca
Nouveau numéro de notre série "Les déblogueurs à Saint-Maur en Poche" tourné en juin 2011 avec en diffusion cette semaine l'écrivain-productrice Alexandra de Broca. Elle nous présente son livre "La princesse effacée" sorti récemment en format poche, ainsi que deux coups de cœur... Regardez... L'Ecriture ou la vie de Jorge Semprun aux éditions Gallimard Déporté à Buchenwald, Jorge Semprun est libéré par les troupes de Patton, le 11 avril 1945. L'étudiant du lycée Henri©lV, le lauréat du concours général de philosophie, le jeune poète qui connaît déjà tous les intellectuels parisiens découvre à Buchenwald ce qui n'est pas donné à ceux qui n'ont pas connu les camps : vivre sa mort. Un temps, il va croire qu'on peu exorciser la mort par l'écriture. Mais écrire renvoie à la mort. Pour s'arracher à ce cercle vicieux, il sera aidé par une femme, bien sûr, et peut©être par un objet très prosaïque : le parapluie de Bakounine, conservé à Locarno. Dans ce tourbillon de la mémoire, mille scènes, mille histoires rendent ce livre sur la mort extrêmement vivant. Semprun aurait pu se contenter d'écrire des souvenirs, ou un document. Mais il a composé une oeuvre d'art, où l'on n'oublie jamais que Weimar, la petite ville de Goethe, n'est qu'à quelques pas de Buchenwald. Un aristocrate à la lanterne de Pierre Moustiers aux éditions Gallimard Emprisonné à Marseille au printemps 1793, Philippe Egalité écrit « pour éclairer sa lanterne » et pour écarter de sa pensée le spectre de la guillotine ...








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