ISBN : 2070400557
Éditeur : Gallimard (1996)


Note moyenne : 4.28/5 (sur 138 notes) Ajouter à mes livres
Déporté à Buchenwald, Jorge Semprun est libéré par les troupes de Patton, le 11 avril 1945. L'étudiant du lycée Henri lV, le lauréat du concours général de philosophie, le jeune poète qui connaît déjà tous les intellectuels parisiens découvre à Buchenwald ce qui n'est p... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par ballad, le 24 avril 2012

    ballad
    Jorge Semprun fut arrêté très jeune dans la résistance française et déporté vers Buchenwald. Grâce à sa connaissance de l'allemand, il tint le registre des entrées et des sorties, poste relativement épargné. Dans ce récit autobiographique, l'auteur raconte par bribes ses souvenirs de prisonnier. le récit commence dans le passé, au premier jour de sa libération du camp de Buchenwald. L'auteur raconte dans ce livre quelques anecdotes inattendues mais il n'a pas choisi de faire une description directe et entière des camps de concentration.
    « Mon problème à moi, mais il n'est pas technique, il est moral, c'est que je ne parviens pas, par l'écriture, à pénétrer dans le présent du camp, à le raconter au présent… Comme s'il y avait un interdit de la figuration du présent… Ainsi, dans tous mes brouillons, ça commence avant, ou après, ou autour, ça ne commence jamais dans le camp.. Et quand je parviens enfin à l'intérieur, quand j'y suis, l'écriture se bloque, je suis pris d'angoisse, je retombe dans le néant, j'abandonne… Pour recommencer autrement, ailleurs, de façon différente… Et le même processus se reproduit… »
    Ce livre est un témoignage sur l'histoire des camps, celui de Semprun, qui lui permet de développer un discours de vie et non de mort, un discours poétique tourné vers l'écriture et le développement personnel. Dès le départ, on voit que réciter de la poésie est pour lui comme une incantation. Il le fait pratiquement dans toutes les situations. Il récite du Baudelaire à un mourant ou il clame des vers dans une cour pour exprimer son bonheur.
    Cette lecture m'a plu, j'ai trouvé les anecdotes très belles et poétiques, si l'on peut dire, même si elles sont, pour toutes celles qui se passent sur le camps, pleines de noirceur. Cependant les références d'auteurs ont été beaucoup trop nombreuses à mon goût, même si on peut apprendre beaucoup de choses par là. Je retiens par exemple Malraux dans son livre « La lutte avec l'ange » publié en 1916, qui raconta avant l'heure un épisode d'une attaque allemande par les gaz.
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    Critique de qualité ? (23 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par folivier, le 07 mai 2011

    folivier
    Très beau récit. Semprun écrit ce livre en 1992, presque cinquante ans après avoir été libéré du camp de concentration de Buchenwald. le récit nous révèle par des incessants allers-retours au fil des souvenirs et de la mémoire de l'auteur, comment il a été possible pour lui d'écrire après avoir vécu l'horreur absolue des camps. Comment écrire de la fiction ? Comment raconter ? Où est le rêve, la réalité ? Où est la vrai vie ? Les rescapés des camps de concentration n'en sont jamais réellement sortis, le mal absolu les hante pour toujours et leur donne cette sensation que la réalité est le camp et que maintenant ils vivent un rêve terrible car ils vont finir par se réveiller, ou ce qu'ils ont vécus n'est qu'un cauchemar et que ces années d'horreurs n'ont jamais existé. Sensation renforcée par l'incrédulité des gens lorsque la vérité sur les camps a été révélé. Semprun raconte comment Primo Levi n'a pas trouvé d'éditeur lorsqu'il a voulu publier son premier livre "Et SI C'Est UN Homme".
    Semprun nous livre des réflexions admirables sur le mal, la volonté de vivre, la mort, l'écriture.
    Si les premières pages du récit sont assez perturbantes par le style, au fil des pages on se laisse prendre par ces sauts incessants dans la mémoire de l'auteur. Les souvenirs et les thèmes reviennent de manière incessante et lancinante comme des leitmotiv qui hantent l'esprit de Semprun et qui l'empêche de vivre. La neige symbolise l'enfer de Buchenwald et revient sans cesse dans ses cauchemars.
    Au fil du récit on a le sentiment d'écouter Semprun réfléchir à haute voix, d'être à ses côtés et de comprendre comment pendant des années écrire serait le droit chemin à la mort.
    Seul l'art, la fiction sera capable de raconter.
    "Comment raconter une vérité peu crédible, comment susciter l'imagination de l'inimaginable, si ce n'est en élaborant, en travaillant la réalité, en la mettant en perspective? Avec un peu d'artifice donc!....... par l'artifice de l'oeuvre d'art bien sûr!" (p166 Ed Folio).
    "A Buchenwald, les SS, les Kapo, les mouchards, les tortionnaires sadiques, faisaient tous partie de l'espère humaine, que les meilleurs, les plus purs d'entre nous, d'entre les victimes... La frontière du Mal n'est pas celle de l'inhumain, c'est tout autre chose. D'où la nécessité d'une éthique qui transcende ce fonds originaire où s'enracine la liberté du Bien que celle du Mal... Une éthique, donc, qui se dégage à jamais des théologies, puisque Dieu par définition, est innocent du Mal. Une éthique de la Loi et de sa transcendance, des conditions de domination, donc de la violence qui lui est justement nécessaire..." (p216 Ed Folio).
    La fin de l'ouvrage est désespérante. La réflexion sur l'inéluctable disparition des rescapés des camps et donc la perte de la mémoire physique du Mal absolu "dans la juste mesure où il es niché en chacun d'entre nous, comme liberté possible" (p374) vient en contradiction sur ce que nous révèle Semprun concernant l'utilisation de Buchenwald par les staliniens comme camp de concentration et où une nouvelle fois des milliers de personnes ont disparu. le Mal absolu continu d'être présent parcequ'il est une liberté possible de chacun d'entre nous et donc il y aura toujours des témoins pour parler de ce Mal.
    Un seul petit reproche au récit de Semprun, de nombreuses citations de poèmes, de textes en anglais, en allemand, en espagnol, italien,... m'ont perturbé dans ma lecture car la qualité et la profondeur de ces extraits m'ont échappé, ne connaissant pas suffisamment toutes ces langues, même si Semprun donne au fil du texte des traductions morcelées et des commentaires.
    Livre très intellectuel mais une fois dépassé les références littéraires, philosophiques et poétiques on se laisse prendre par ce récit. Semprun nous invite, au travers de son expérience douloureuse, à une très belle réflexion sur le Mal.
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    Critique de qualité ? (15 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 11 mars 2012

    carre
    Dans ce récit remarquable, le grand et regretté Jorge Semprun raconte sa déportation puis la libération du camp de Buchenwald par les américains en 1945. Sorti vivant physiquement certe, mais comment reprendre gout à la vie après avoir cottoyé la mort et l'horreur au quotidien. Bien plus qu'un récit sur les camps, Semprun raconte comment grâce à l'écriture et aussi au rôle essentielle d'une jeune femme, il a réussit à revenir au pays des vivants. le livre d'un intellectuel engagé, en lutte constante contre la barbarie, la dictature.
    Un texte qui résonne longtemps en vous, car comment dire l'indicible tout en restant debout, Semprun à constamment lutter avec ce questionnement dire pour ne pas oublier, ne rien dire pour s'oublier. Magnifique et indispensable.
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    Critique de qualité ? (19 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Chouchane, le 25 avril 2012

    Chouchane
    Démonstration magistrale que pour vivre il faut oublier mais que l'oubli est impossible. L'écriture ou la vie… raconte la lente avancée vers la vérité d'un homme qui cherche à s'éloigner de ce qu'il estime être sa mort. le matricule 44904 du camp de Buchenwald fut un étudiant remarquable du Lycée Henri IV passionné de poésie et de philosophie, érudit, résistant et communiste. Déporté deux ans dans le camp de concentration jouxtant la ville de Weimar où vécu Goethe, c'est une armée américaine, à l'opposé de la rigidité militaire des nazis, peuplée de militaires noirs, latinos, juifs d'origine allemand qui le libère. Dans ce récit autobiographique Jorge Semprun ne s'interroge pas seulement sur la « radicalité du mal », ni sur ses raisons, ni même sur les formes qu'elle prend mais sur ses seize années de mutisme concernant son vécu dans les camps. Comment raconter ? Qui nous croira ? sont les questions des survivants, les siennes aussi. Ainsi, même si le blanc glacial de la neige de Buchenwald illuminée sous les projecteurs des miradors l'obsède, il n'en demeure pas moins silencieux. Pour vivre, il se tait. Il ne voudra pas rencontrer Primo Levi malgré l'occasion qu'il en a, taira son expérience quand d'autres se raconteront, ne dira pas aux femmes qu'il rencontre qu'il fut une victime de la déportation. Cependant, l'odeur écœurante de la fumée des crématoires, le hurlement guttural des SS, les coups, le froid, la faim, le rattrapent sans cesse. Ces pages ne s'attardent pourtant pas sur la brutalité des SS ou sur les horreurs si souvent décrites sur dans les camps. Semprun essaie de s'arracher à la puanteur de la mort pour retrouver ses souvenirs de vie, les premiers pas de danse du revenant, une bonne bouteille bue dans un train. Il renoue avec les auteurs qu'ils lisaient à cette époque Kant, Wiggenstein, Malraux, Heidegger qui ne reconnaitra jamais l'abomination. On découvre que la poésie fut pour ces intellectuels plongés dans l'horreur plus qu'une forme littéraire, une prière, une incantation pour éloigner le mal. « Ô Allemagne mère blafarde » de Brecht sillonne les pages, Baudelaire chuchoté accompagne la mort d'un ami atteint de dysenterie «Ô mort vieux capitaine, il est temps, levons l'ancre… nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons…". Un orchestre clandestin jouera du jazz dans les entrailles de cet enfer, on parle philosophie sur les latrines seul endroit dont la pestilence tient les nazis à l'écart. Après un prix littéraire et la notoriété internationale, Semprun s'autorise à revenir 40 ans plus tard sur le lieu de ses souffrances. Et nous restons médusés et perplexes devant ce que dit Semprun de son retour à Bunckenwald « J'étais ému le mot est trop faible. J'ai su que je revenais chez moi (…) je revenais chez moi, je veux dire dans l'univers de mes vingt ans ».
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    Critique de qualité ? (8 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par JeanLouisBOIS, le 29 janvier 2011

    JeanLouisBOIS
    Après avoir lu Adieu, vive clarté... relatant l'adolescence et l'exil du narrateur et Le Grand Voyage retraçant l'arrivée de Gérard à Büchenwald, je viens de finir L'écriture ou la vie racontant la sortie du camp du personnage principal. Bien sûr, ces trois romans ont un contenu très fortement autobiographique même s'ils ne suivent pas de façon précise la réalité chronologique et authentique de la vie de Semprun et parfois s'en écartent franchement. Mais là n'est pas l'intérêt majeur du livre : Semprun reste avant tout un écrivain des sensations, seule semblent compter pour lui les émotions qui ont forgé sa mémoire et qui lui permettent de relier entre eux des moments espacés de sa vie. Il nous montre au-delà de la réalité narrative, la façon dont il construit ses romans et les rapports très étroits qu'ils entretiennent avec son organisation mentale et ses convictions d'homme. Cette façon d'écrire donne une impression très forte de romans clos, d'enfermement de l'auteur dans son monde, ce qui d'un certain point de vue renforce l'impact et le sens de sa narration. On ne soulignera jamais assez son extrême pudeur à évoquer les moments les plus déchirants de son existence sans jamais les aborder en toute clarté, en nous laissant sur le bord de la confession: à nous de combler les vides... ou du moins d'essayer de les imaginer!
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Citations et extraits

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  • Par nadejda, le 29 juin 2011

    Sur la place d'appel de Buchenwald, un jour de mois de mars 1992, je me suis récité à voix basse le poème d'Aragon (Chanson pour oublier Dachau)

    Il y a dans ce monde nouveau tant de gens
    Pour qui plus jamais ne sera naturelle la douceur
    Il y a dans ce monde ancien tant et tant de gens
    Pour qui toute douceur est désormais étrange
    Il y a dans ce monde ancien et nouveau tant de gens
    Que leur propre enfants ne pourront pas comprendre

    Oh vous qui passez
    Ne réveillez pas cette nuit les dormeurs
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  • Par ArnaudP, le 21 décembre 2010

    Un rêve à l'intérieur d'un autre rêve, sans doute. Le rêve de la mort à l'intérieur du rêve de la vie. Ou plutôt : Le rêve de la mort, seule réalité d'une vie qui n'est elle-même qu'un rêve. Primo Levi formulait cette angoisse qui nous était commune avec une concision inégalable. Rien n'était vrai que le camp, voilà. Le reste, la famille, la nature en fleurs, le foyer, n'était que brève vacance, illusion des sens.
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  • Par nadejda, le 29 juin 2011

    Une idée m’est venue, soudain -- si l’on peut appeler idée cette bouffée de chaleur, tonique, cet afflux de sang, cet orgueil d’un savoir du corps, pertinent --, la sensation en tout cas, soudaine, très forte, de ne pas avoir échappé à la mort, mais de l’avoir traversée. D’avoir été, plutôt, traversé par elle. De l’avoir vécue, en quelque sorte. D’en être revenu comme on revient d’un voyage qui vous a transformé : transfiguré, peut-être.

    (...) C’était excitant d’imaginer que le fait de vieillir, dorénavant, à compter de ce jour d’avril fabuleux, n’allait pas me rapprocher de la mort, mais bien au contraire m’en éloigner. p27 28
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  • Par Chouchane, le 25 avril 2012

    Un jour viendra relativement proche, où il ne restera plus aucun survivant de Buchenwald : plus personne ne saurait dire avec des mots venus de la mémoire charnelle, et non d'une reconstitution théorique, ce qu'auront été la faim, le sommeil, l'angoisse, la présence aveuglante du Mal absolu (...) Plus personne n'aurait dans son âme et son cerveau, indélébile, l'odeur de chair brûlée des fours crématoires.
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  • Par ballad, le 24 avril 2012

    En tout cas, je me suis souvenu d’un poème de Char :

    Beauté, je me porte à ta rencontre dans la
    solitude du froid. Ta lampe est rose, le
    vent brille. Le seuil du soir se creuse…
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SMEP 2011 Alexandra de Broca
Nouveau numéro de notre série "Les déblogueurs à Saint-Maur en Poche" tourné en juin 2011 avec en diffusion cette semaine l'écrivain-productrice Alexandra de Broca. Elle nous présente son livre "La princesse effacée" sorti récemment en format poche, ainsi que deux coups de cœur... Regardez... L'Ecriture ou la vie de Jorge Semprun aux éditions Gallimard Déporté à Buchenwald, Jorge Semprun est libéré par les troupes de Patton, le 11 avril 1945. L'étudiant du lycée Henri©lV, le lauréat du concours général de philosophie, le jeune poète qui connaît déjà tous les intellectuels parisiens découvre à Buchenwald ce qui n'est pas donné à ceux qui n'ont pas connu les camps : vivre sa mort. Un temps, il va croire qu'on peu exorciser la mort par l'écriture. Mais écrire renvoie à la mort. Pour s'arracher à ce cercle vicieux, il sera aidé par une femme, bien sûr, et peut©être par un objet très prosaïque : le parapluie de Bakounine, conservé à Locarno. Dans ce tourbillon de la mémoire, mille scènes, mille histoires rendent ce livre sur la mort extrêmement vivant. Semprun aurait pu se contenter d'écrire des souvenirs, ou un document. Mais il a composé une oeuvre d'art, où l'on n'oublie jamais que Weimar, la petite ville de Goethe, n'est qu'à quelques pas de Buchenwald. Un aristocrate à la lanterne de Pierre Moustiers aux éditions Gallimard Emprisonné à Marseille au printemps 1793, Philippe Egalité écrit « pour éclairer sa lanterne » et pour écarter de sa pensée le spectre de la guillotine ...








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