ISBN : 2070400557
Éditeur : Gallimard (1996)


Note moyenne : 4.26/5 (sur 122 notes) Ajouter à mes livres
Déporté à Buchenwald, Jorge Semprun est libéré par les troupes de Patton, le 11 avril 1945. L'étudiant du lycée Henri lV, le lauréat du concours général de philosophie, le jeune poète qui connaît déjà tous les intellectuels parisiens découvre à Buchenwald ce qui n'est p... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par folivier, le 07 mai 2011

    folivier
    Très beau récit. Semprun écrit ce livre en 1992, presque cinquante ans après avoir été libéré du camp de concentration de Buchenwald. le récit nous révèle par des incessants allers-retours au fil des souvenirs et de la mémoire de l'auteur, comment il a été possible pour lui d'écrire après avoir vécu l'horreur absolue des camps. Comment écrire de la fiction ? Comment raconter ? Où est le rêve, la réalité ? Où est la vrai vie ? Les rescapés des camps de concentration n'en sont jamais réellement sortis, le mal absolu les hante pour toujours et leur donne cette sensation que la réalité est le camp et que maintenant ils vivent un rêve terrible car ils vont finir par se réveiller, ou ce qu'ils ont vécus n'est qu'un cauchemar et que ces années d'horreurs n'ont jamais existé. Sensation renforcée par l'incrédulité des gens lorsque la vérité sur les camps a été révélé. Semprun raconte comment Primo Levi n'a pas trouvé d'éditeur lorsqu'il a voulu publier son premier livre "Et SI C'Est UN Homme".
    Semprun nous livre des réflexions admirables sur le mal, la volonté de vivre, la mort, l'écriture.
    Si les premières pages du récit sont assez perturbantes par le style, au fil des pages on se laisse prendre par ces sauts incessants dans la mémoire de l'auteur. Les souvenirs et les thèmes reviennent de manière incessante et lancinante comme des leitmotiv qui hantent l'esprit de Semprun et qui l'empêche de vivre. La neige symbolise l'enfer de Buchenwald et revient sans cesse dans ses cauchemars.
    Au fil du récit on a le sentiment d'écouter Semprun réfléchir à haute voix, d'être à ses côtés et de comprendre comment pendant des années écrire serait le droit chemin à la mort.
    Seul l'art, la fiction sera capable de raconter.
    "Comment raconter une vérité peu crédible, comment susciter l'imagination de l'inimaginable, si ce n'est en élaborant, en travaillant la réalité, en la mettant en perspective? Avec un peu d'artifice donc!....... par l'artifice de l'oeuvre d'art bien sûr!" (p166 Ed Folio).
    "A Buchenwald, les SS, les Kapo, les mouchards, les tortionnaires sadiques, faisaient tous partie de l'espère humaine, que les meilleurs, les plus purs d'entre nous, d'entre les victimes... La frontière du Mal n'est pas celle de l'inhumain, c'est tout autre chose. D'où la nécessité d'une éthique qui transcende ce fonds originaire où s'enracine la liberté du Bien que celle du Mal... Une éthique, donc, qui se dégage à jamais des théologies, puisque Dieu par définition, est innocent du Mal. Une éthique de la Loi et de sa transcendance, des conditions de domination, donc de la violence qui lui est justement nécessaire..." (p216 Ed Folio).
    La fin de l'ouvrage est désespérante. La réflexion sur l'inéluctable disparition des rescapés des camps et donc la perte de la mémoire physique du Mal absolu "dans la juste mesure où il es niché en chacun d'entre nous, comme liberté possible" (p374) vient en contradiction sur ce que nous révèle Semprun concernant l'utilisation de Buchenwald par les staliniens comme camp de concentration et où une nouvelle fois des milliers de personnes ont disparu. le Mal absolu continu d'être présent parcequ'il est une liberté possible de chacun d'entre nous et donc il y aura toujours des témoins pour parler de ce Mal.
    Un seul petit reproche au récit de Semprun, de nombreuses citations de poèmes, de textes en anglais, en allemand, en espagnol, italien,... m'ont perturbé dans ma lecture car la qualité et la profondeur de ces extraits m'ont échappé, ne connaissant pas suffisamment toutes ces langues, même si Semprun donne au fil du texte des traductions morcelées et des commentaires.
    Livre très intellectuel mais une fois dépassé les références littéraires, philosophiques et poétiques on se laisse prendre par ce récit. Semprun nous invite, au travers de son expérience douloureuse, à une très belle réflexion sur le Mal.
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    • Livres 4.00/5
    Par JeanLouisBOIS, le 29 janvier 2011

    JeanLouisBOIS
    Après avoir lu Adieu, vive clarté... relatant l'adolescence et l'exil du narrateur et Le Grand Voyage retraçant l'arrivée de Gérard à Büchenwald, je viens de finir L'écriture ou la vie racontant la sortie du camp du personnage principal. Bien sûr, ces trois romans ont un contenu très fortement autobiographique même s'ils ne suivent pas de façon précise la réalité chronologique et authentique de la vie de Semprun et parfois s'en écartent franchement. Mais là n'est pas l'intérêt majeur du livre : Semprun reste avant tout un écrivain des sensations, seule semblent compter pour lui les émotions qui ont forgé sa mémoire et qui lui permettent de relier entre eux des moments espacés de sa vie. Il nous montre au-delà de la réalité narrative, la façon dont il construit ses romans et les rapports très étroits qu'ils entretiennent avec son organisation mentale et ses convictions d'homme. Cette façon d'écrire donne une impression très forte de romans clos, d'enfermement de l'auteur dans son monde, ce qui d'un certain point de vue renforce l'impact et le sens de sa narration. On ne soulignera jamais assez son extrême pudeur à évoquer les moments les plus déchirants de son existence sans jamais les aborder en toute clarté, en nous laissant sur le bord de la confession: à nous de combler les vides... ou du moins d'essayer de les imaginer!
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    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 07 août 2011

    brigittelascombe
    "Ô mort vieux capitaine, il est temps de lever l'ancre"
    La poésie, Jorge Semprun,lauréat du concours de philosophie, poète connu des milieux littéraires, la connait sur le bout des doigts.
    Ce sont les mots qui étayent sa survie dans les camps de Buchenwald où il va être déporté. Des mots qui courent sur le bout de sa langue. Etre le seul déporté espagnol à connaitre l'allemand, le comble de la chance, quelle dérision!
    Et là il se souvient. le "meister" le maître à l'allure martiale, un mot qui fait froid dans le dos! Surtout lorsque l'on règne à coups de gueule et à coups de trique.
    La violence.La répression.La corruption.L'horreur.L'agonie.La mort.Les cadavres.La mort qui parle yiddish.Les morts pour le führer.La mort qu'il tient dans ses bras.Et... la liberté lorsqu'il se récite des poèmes.
    A son retour, le sans cheveux moribond, avec ses frusques usées jusqu'à la corde, avec l'horreur dans son regard et l'obession de l'odeur empuantie de la fumée, celle qui chassait les oiseaux et montait des fours veut écrire et cracher tout ça pour vivre enfin, mais écrire c'est revivre la mort et c'est dur!
    Ce roman est le roman d'un survivant qui préfère vieillir car paradoxalement les années l'éloignent de la mort, ce roman est un exorcisme, dur et fort il a obtenu le prix de la paix des libraires allemands 1994.
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    • Livres 5.00/5
    Par spicyfrog, le 18 novembre 2011

    spicyfrog
    L'écriture ou la vie est un des meilleurs livres que j'ai lu de toute ma vie. Jorge Semprun reflète son passé à travers son écriture et son histoire avec une plume accrocheuse. C'est difficile de ne pas passer à travers ses pensées. On ressent ce qu'il vit à chaque page tourner et on se demande juste: comment a-t-il fait pour ne pas sombrer dans cette folie d'avoir échapper in extremis à la mort dans les camps et d'avoir vu tout ce qu'il a vu? On ne peut pas l'imaginer sans l'avoir vécu mais avec ce livre on se rapproche d'une des pires périodes de l'histoire et on se demande alors: comment pouvait-on vivre dans une telle société? Merci Jorge pour ce livre qui nous fait pleurer, qui ne nous laisse pas indifférent.
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    • Livres 2.00/5
    Par ides60, le 27 février 2011

    ides60
    je pensais tomber sur un témoignage sur l'univers concentrationnaire, or, le livre de Semprun est d'un niveau beaucoup trop élevé pour mes petites connaissances. Ce livre est plutôt à portée philosophique et métaphysique. Je n'ai pas suffisamment de culture pour pouvoir l'apprécier et si je me suis entêtée à en achever la lecture c'est uniquement par respect pour le rescapé du camp qui vit tous les jours de sa vie hanté par la mort.
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Citations et extraits

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  • Par Lyjazz, le 29 janvier 2012

    Je n'ai pas voulu dire autre chose que ceci : c'est que la littérature est possible seulement au terme d'une première ascèse et comme résultat de cet exercice par quoi l'individu transforme et assimile ses souvenirs douloureux, en même temps qu'il se construit sa personnalité.
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  • Par nadejda, le 29 juin 2011

    Sur la place d'appel de Buchenwald, un jour de mois de mars 1992, je me suis récité à voix basse le poème d'Aragon (Chanson pour oublier Dachau)

    Il y a dans ce monde nouveau tant de gens
    Pour qui plus jamais ne sera naturelle la douceur
    Il y a dans ce monde ancien tant et tant de gens
    Pour qui toute douceur est désormais étrange
    Il y a dans ce monde ancien et nouveau tant de gens
    Que leur propre enfants ne pourront pas comprendre

    Oh vous qui passez
    Ne réveillez pas cette nuit les dormeurs
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  • Par ArnaudP, le 21 décembre 2010

    Un rêve à l'intérieur d'un autre rêve, sans doute. Le rêve de la mort à l'intérieur du rêve de la vie. Ou plutôt : Le rêve de la mort, seule réalité d'une vie qui n'est elle-même qu'un rêve. Primo Levi formulait cette angoisse qui nous était commune avec une concision inégalable. Rien n'était vrai que le camp, voilà. Le reste, la famille, la nature en fleurs, le foyer, n'était que brève vacance, illusion des sens.
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  • Par nadejda, le 29 juin 2011

    Une idée m’est venue, soudain -- si l’on peut appeler idée cette bouffée de chaleur, tonique, cet afflux de sang, cet orgueil d’un savoir du corps, pertinent --, la sensation en tout cas, soudaine, très forte, de ne pas avoir échappé à la mort, mais de l’avoir traversée. D’avoir été, plutôt, traversé par elle. De l’avoir vécue, en quelque sorte. D’en être revenu comme on revient d’un voyage qui vous a transformé : transfiguré, peut-être.

    (...) C’était excitant d’imaginer que le fait de vieillir, dorénavant, à compter de ce jour d’avril fabuleux, n’allait pas me rapprocher de la mort, mais bien au contraire m’en éloigner. p27 28
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  • Par ArnaudP, le 05 décembre 2010

    Une sorte de tristesse physique m'a envahi. J'ai sombré dans cette tristesse de mon corps. Ce désarroi charnel, qui me rendait inhabitable à moi-même.
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