ISBN : 2070424545
Éditeur : Gallimard (2002)


Note moyenne : 3.67/5 (sur 18 notes) Ajouter à mes livres
«Dans le brouhaha de la boîte de jazz, dans la fumée des cigarettes, nous avions levé nos verres et trinqué à la santé de Walter Bartel.

- Rotfront ! s'était écrié Jiri Zak.

Et je lui avais répondu :

- Rotfront !

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Critiques et avis(2)

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    • Livres 2.00/5
    Par kathy, le 16 août 2011

    kathy
    Dans ce livre, Jorge Semprun nous convoque 40 ans en arrière, à Buchenwald, le temps d'un week-end.
    Une lettre, en provenance de Berlin pourrait mettre la vie de Jorge Semprun en péril. L'organisation communiste clandestine du camp décide alors de lui faire endosser l'identité d'un moribond, « Le Mort qu'il faut », pour tenter de lui sauver la vie. Allongé dans l'infirmerie du camp à côté de cet homme du même âge que lui, arrivé au camp en même temps que lui, avec qui il a eu l'occasion de discuter, il nous confie ses tourments, ses réflexions, son organisation psychique, pour résister à l'horreur du camp.
    Sa planche de salut pour résister à l'oppression allemande : une activité solidaire (en tant que militant au sein de l'organisation communiste infiltrée à l'intérieure du camp ; engagement qui lui sauvera la vie) ; activité sociale et intellectuelle (en tant que participant à des discussions sur Gide, Giraudoux, Faulkner…, près des latrines –seul endroit que fuyaient les SS-, et malgré la chaleur et la pestilence) ; activité onirique (dans sa recherche d'intimité et de solitude, loin des regards omniprésents des « autres », par l'invitation intime de poètes tels que Baudelaire, Verlaine, …
    Plus globalement, à travers ce témoignage, c'est une réflexion sur la vie, la mort, la chance, le hasard, la volonté, la cruauté, la solidarité, dans un cadre hors du commun, que nous livre l'auteur.
    Un bémol me concernant : les digressions soudaines et permanentes de l'auteur, les citations en allemand, espagnol… (pas toujours traduites), les références littéraires et philosophiques multiples, bref, UN style, occasionnant quelques « décrochages » dans le plaisir de lire.
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    • Livres 4.00/5
    Par JeanLouisBOIS, le 15 février 2011

    JeanLouisBOIS
    On retrouve dans ce roman à forte teneur autobiographique Jorge Semprun écrivain d'une humanité à la fois généreuse et pudique. Bien sûr, il nous parle de Buchenwald, mais à la façon de celui qui a su trouver en lui-même les ressources lui permettant de se donner des chances de surmonter cette dévastation, en étant bien conscient que cette volonté ne suffit pas, il lui a fallu aussi beaucoup de chance. La littérature n'est jamais bien loin et fait partie intégrante de cette résistance intérieure et de la façon dont il la reconstruit dans ses romans : notamment, on ne soulignera jamais assez l'importance capitale des digressions dans le style et dans le récit de l'auteur Semprun!
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Citations et extraits

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  • Par kathy, le 16 août 2011

    Je regardais François L., je pensais que je ne verrais pas apparaître son âme, son vrai visage. C'était déjà trop tard.
    Je commençais à comprendre que la mort des camps, la mort des déportés, est singulière. Elle n'est pas, comme toute autre mort, comme toutes les morts violentes ou naturelles, le signe désolant ou consolant d'une finitude inéluctable; elle ne vient pas, dans le cours de la vie, dans le mouvement de celle-ci, clore une vie. D'une certaine manière, dans toutes les autres morts, cette fin pouvait faire surgir l'apparence du repos, de la sérénité sur le visage du trépassé.
    La mort des déportés n'ouvre pas la possibilité de voir affleurer l'âme, sourdre le vrai visage sous le masque social de la vie qu'on s'est faite et qui vous a défait. Elle n'est plus la réponse de l'espère humaine au problème du destin individuel: réponse angoissante, ou révoltante, pour chacun d'entre les hommes, mais compréhensible pour la communauté des hommes dans leur ensemble, dans leur appartenance à l'espèce, précisément. Parce que la conscience de sa finitude est inhérente à l'espèce, dans la mesure où elle est humaine, où elle se distingue par là de toute espèce animale. Parce que la conscience de cette finitude la constitue en tant qu'espèce humaine. Imagine-t-on, en effet, l'horreur d'une humanité privée de son essentielle finitude, vouée à l'angoisse prétentieuse de l'immortalité?
    La mort des déportés -celle de François, à l'instant, sous mes yeux, à portée de ma main- vient au contraire ouvrir un questionnement infini. Même quand elle prend quasiment la forme d'une mort naturelle, par épuisement des énergies vitales, elle est scandaleusement singulière : elle met radicalement en question tout savoir et toute sagesse à son sujet.
    Il suffit de regarder, aujourd'hui encore, tant d'années plus tard, un demi-siècle plus tard, les photographies qui en témoignent, pour constater à quel point l'interrogation absolue, frénétique, de cette mort, est restée sans réponse.
    Je regardais le visage de François, sur lequel on ne verrait pas apparaître l'âme, une heure après sa mort. Ni une heure, ni jamais. L'âme c'est-à-dire la curiosité, le goût des risques de la vie, la générosité de l'être-avec, de l'être-pour, la capacité d'être autre, en somme, d'être en avant de soi par le désir et le projet, mais aussi de perdurer dans la mémoire, dans l'enracinement, l'appartenance; l'âme, en un mot, sans doute facile, par trop commode, mais clair cependant, l'âme avait depuis longtemps quitté le corps de François, déserté son visage, vidé son regard en s'absentant.
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  • Par JeanLouisBOIS, le 15 février 2011

    On a le droit de faire sursauter un lecteur, de le prendre à rebrousse-poil, de le provoquer à réfléchir ou à réagir au plus profond de lui-même: on peut aussi le laisser de glace, bien sûr, lui passer à côté, le manquer ou lui manquer. Mais il ne faut jamais le dérouter, on n'en a pas le droit : il ne faut jamais, en effet, qu'il ne sache plus où il en est, sur quelle route, même s'il ignore où cette route le conduit. (p.99)
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  • Par kathy, le 15 août 2011

    C'est au regard qu'on s'aperçoit du changement soudain, de la fêlure, lorsque la détresse atteint un point de non-retour. Au regard subitement éteint, atone, indifférent. Lorsque le regard n'est plus la preuve, même douloureuse, angoissée d'une présence; lorsqu'il n'est plus qu'un signe d'absence à soi-même et au monde. Alors, on comprend, en effet, que l'homme est en train de lâcher prise, de lâcher pied, comme si ça n'avait plus de sens de s'obstiner à vivre; alors, on saisit dans l'absence à quoi se résume le regard qu'on avait peut-être connu vif, curieux, indigné, rieur, on comprend que l'homme, inconnu, anonyme, ou un camarade dont on sait l'histoire personnelle, est en train de succomber au vertige du néant, à la fascination médusante de la Gorgone.
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  • Par kathy, le 15 août 2011

    Je me suis assis à côté de cet inconnu de mon âge.
    Je lui ai parlé, il semblait écouter. Je lui racontais la nuit lointaine de l'arrivée à Buchenwald, la nuit de notre arrivée, ensemble. Je voulais, même si sa capacité d'écoute, d'attention, de compréhension, était amoindrie, émoussée par la dérélection physique et spirituelle, je voulais raviver en lui l'étincelle du souci de soi, de la mémoire personnelle. Il ne pourrait s'intéresser de nouveau au monde que s'il parvenait à s'intéresser à lui-même, à sa propre histoire.
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  • Par JeanLouisBOIS, le 15 février 2011

    S'il y a une morale, ici, ce n'est pas celle de la pitié, de la compassion, moins que jamais une morale individuelle. C'est celle de la solidarité. Une solidarité de la résistance, bien sûr : une morale de résistance collective. (p.173)
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SMEP 2011 Alexandra de Broca
Nouveau numéro de notre série "Les déblogueurs à Saint-Maur en Poche" tourné en juin 2011 avec en diffusion cette semaine l'écrivain-productrice Alexandra de Broca. Elle nous présente son livre "La princesse effacée" sorti récemment en format poche, ainsi que deux coups de cœur... Regardez... L'Ecriture ou la vie de Jorge Semprun aux éditions Gallimard Déporté à Buchenwald, Jorge Semprun est libéré par les troupes de Patton, le 11 avril 1945. L'étudiant du lycée Henri©lV, le lauréat du concours général de philosophie, le jeune poète qui connaît déjà tous les intellectuels parisiens découvre à Buchenwald ce qui n'est pas donné à ceux qui n'ont pas connu les camps : vivre sa mort. Un temps, il va croire qu'on peu exorciser la mort par l'écriture. Mais écrire renvoie à la mort. Pour s'arracher à ce cercle vicieux, il sera aidé par une femme, bien sûr, et peut©être par un objet très prosaïque : le parapluie de Bakounine, conservé à Locarno. Dans ce tourbillon de la mémoire, mille scènes, mille histoires rendent ce livre sur la mort extrêmement vivant. Semprun aurait pu se contenter d'écrire des souvenirs, ou un document. Mais il a composé une oeuvre d'art, où l'on n'oublie jamais que Weimar, la petite ville de Goethe, n'est qu'à quelques pas de Buchenwald. Un aristocrate à la lanterne de Pierre Moustiers aux éditions Gallimard Emprisonné à Marseille au printemps 1793, Philippe Egalité écrit « pour éclairer sa lanterne » et pour écarter de sa pensée le spectre de la guillotine ...








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