Saisir la vérité de l’instant, capter le jaillissement de la vie, faire vibrer le présent : telle est la magie du haïku. Renouer le lien primordial avec la nature, cultiver la modestie et la simplicité, rechercher la spontan... > voir plus
Une merveilleuse introduction au monde du haïku, son historique et sa spiritualité.
L'Art du Haïku c'est saisir la beauté de toute chose, saisir les instants précieux, à chaque moment de la vie, laisser la sérénité nous pénétrer.
L'Art du Haïku est un art de vivre, il est un des chemins possibles vers la sagesse et l'équilibre intérieur.
Voyager, c'est se déplacer, se mouvoir. Ce seul fait modifie l'équilibre des perceptions et des représentations. Quand on chemine sur de longues distances, on finit par faire abstraction du but à atteindre, par se dégager mentalement de l'intention initiale. Les repères bougent, se dérobent, se métamorphosent. Le corps prend le pas sur l'esprit. L'appréhension des choses insensiblement change. L'intellect cesse de conditionner, d'encapsuler les sensations. La conscience s'aère, la médiation de la volonté s'estompe, on devient comme absent de soi-même à mesure que le monde se fait plus présent. Les sensations prennent une acuité nouvelle. Le temps s'étire, se distend. Dans le temps interminable peut advenir l'instant.
S'engager dans la voie du haïku, explique Bashô, c'est suivre le cours du monde en faisant des quatre saisons ses compagnes. Alors, il n'est rien que l'on regarde qui ne soit fleur, rien que l'on conçoive qui ne soit lune.
Faut-il ne contempler de fleurs qu'épanouies et la lune seulement quand le ciel n'est pas obscurci ? Regardant la pluie qui tombe aimer la lune, être claquemuré et ne pas voir le printemps qui passe sont choses bien plus émouvantes. Les branches d'un arbre qui n'a point encore fleuri, un jardin jonché de pétales flétris sont à maints égards dignes d'admiration.
Dans ce même passage, Kenkô ajoute : Faut-il absolument que nous contemplions les fleurs et la lune de nos propres yeux ? Qu'au printemps sans quitter la maison nous imaginions, dans notre chambre, la nuit éclairée par la lune, voilà qui est plaisant, voilà qui est charmant.
Le voyageur, pour Bashô, est celui qui s'est engagé sur le chemin de la vérité, autrement dit celui qui ne craint pas de s'exposer aux "premières pluies d'hiver", qui se porte au-devant des intempéries, du froid, des rigueurs de la saison inclémente qui s'annonce. Le poète n'est pas un promeneur qui se repâît du spectacles paisible de la nature. Il ne se contente pas, pour nourrir son inspiration, pour éprouver des sentiments, d'aller contempler les phénomènes saisonniers, il se met littéralement à leur épreuve, il se met à l'épreuve de la nature afin que la nature et lui-même ne fassent qu'un.
Les distances se dilatent et se contractent. Le microscopique et le cosmique, le vaste et l'infime sont des notions relatives et réversibles. Selon le bouddhisme, chaque grain de poussière contient le cosmos tout entier. L'infiniment petit et l'infiniment grand l'un dans l'autre s'abîment. Issa :
Des montagnes au loin
le reflet sur la prunelle
d'une libellule