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Éditeur : Gallimard Jeunesse (2011)

Note moyenne : 4.52/5 (sur 135 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Une nuit de juin 1941, Lina Vilkas, une jeune lituanienne de quinze ans, est arrêtée par la police secrète du régime stalinien.
Avec sa mère et son petit frère, Jonas, ils sont déportés en Sibérie. Là, logés dans des huttes, sous-alimentés, brutalisés et harcelés... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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  • Par emmyne, le 04 février 2012

    emmyne
    Un roman témoignage sur ces générations oubliées des pays baltes sacrifiées par le régime stalinien, " l'épuration " de la population par l'assassinat et la déportation des personnes ( avec famille au complet ) considérées comme antisoviétiques : nantis et hommes d'affaires, professionnels considérés comme intellectuels - enseignants, journalistes, universitaires, médecins, avocats - et donc susceptibles d'avoir des liens, des sympathies, pour les sociétés étrangères, les officiers de l'armée nationale et toute personne considérée comme complice parce que trop proche de celles qui ont traversées la frontière vers l'ouest.
    " Je regardai le petit visage rose qui émergeait du paquet. Un nouveau-né. Il n'était au monde que depuis quelques minutes mais il était déjà considéré comme un criminel par les Soviétiques. Je le serrai étroitement contre moi et déposai un baiser sur son front. Jonas s'appuya contre mon épaule. S'ils traitaient ansi un bébé, comment allaient-ils nous traiter, nous ? "
    Ce roman est celui d'une mémoire, celle de la patrie familiale. L'auteur, Ruta Sepetys, est née aux USA, fille d'un exilé lituanien qui est parvenu à s'enfuir alors qu'il était encore qu'un tout jeune homme. Dans la postface, elle rappelle les faits historiques et sa démarche d'auteur. de nombreuses scènes du roman sont réelles. L'un des personnages aussi. Ruta Sepetys a effectué deux voyages en Lituanie pour écrire ce livre, rencontrant sa famille, des historiens, des psychologues ainsi que des survivants des goulags ( qui ne revinrent dans leur pays que dans les années 50 sous surveillance avec interdiction de témoignage sous peine de nouvel emprisonnement ).
    " Je fermai la porte des toilettes et entrevis mon visage dans la glace. Je n'avais pas la moindre idée de la vitesse à laquelle il allait changer, se faner. Si je l'avais seulement pressenti, j'aurais fixé avec attention mon image, j'aurais essayé de la mémoriser. C'était la dernière fois que je pouvais me regarder dans un miroir; je n'en aurais plus l'occasion avant une décennie, et même plus. "
    Dès l'ouverture du livre, la découverte de la carte accompagnée d'un calendrier présentant le trajet dans ces trains innommables effectué par Lina et sa famille terrifie : six semaines jusqu'à une " ferme collective " de l'Altaï dans un convoi marqué " voleurs et prostituées ". Dix mois d'esclavage. Puis la déportation toujours plus loin à travers la Sibérie, jusqu'au Pôle Nord.
    Plusieurs perspectives sont particulièrement frappantes dans ce roman sur cette tragédie historique trop peu racontée.
    Le premier, c'est l'ignorance dans laquelle ces populations se retrouvent enfermées dès 1941, sans le moindre renseignement sur le déroulement et les enjeux de la Seconde Guerre Mondiale, sur l'évolution du monde. Des bribes d'informations leur parviennent parfois, difficilement compréhensibles et interprétables. L'ennemi est russe, pas allemand. Lorsque la nouvelle de l'invasion de la Lituanie par les troupes d'Hitler leur est connue, la majorité se réjouit. Ceux qui combattent les Soviétiques ne peuvent que leur venir en aide.
    " Les gens dans le wagon discutaient de la guerre; ils tentaient d'imaginer de quelle façon les Allemands pourraient nous sauver. Pour une fois, le Chauve ne soufflait mot. Je me demandai si ce qu'il avait dit à propos d'Hitler était vrai. Pourrions-nous échanger la faucille de Staline contre quelque chose de pire ? Personne ne semblait être de cet avis.
    La question lancinante de ce récit est justement celle d'une ignorance effrayante : sait-on ce qui nous arrive ? Allons-nous disparaître ?
    Ce roman soulève un paradoxe nécessaire sur l'histoire et la violence de cette période : le paradoxe entre l'image des combattants du nazisme de l'Armée Rouge, les héros de la bataille de Stalingrad, et ces militaires du NKVD, les tortionnaires des camps; le paradoxe entre idéal et idéologie, soulignant les dérives et exactions de tout régime dictatorial, d'une politique qui se développe sur une police, qu'elle soit fasciste ou communiste. le parallèle entre ces pouvoirs totalitaristes et extrémistes est aussi dérangeant que stupéfiant et effroyable; cette pérénnité du fanatisme idéologique criminel. Ce sont les mêmes méthodes d'oppressions, la même volonté de destruction identitaire, de condamnation culturelle, d'arrestations et de spoliations, les mêmes wagons à bestiaux, les mêmes camps de travail voués à l'extermination, le même sadisme, les mêmes horreurs perpétrées, la même négation de toute dignité humaine.
    La force du récit est soutenue par l'alternance entre les chapitres relatant le voyage et les conditions de (sur)vie dans le " kolkhoze " avec les souvenirs - en italiques - qui surgissent en contraste de certaines scènes et qui peu à peu précisent la situation de la Lituanie d'avant-guerre autant que celle de la famille de l'héroïne. Une narration parfaitement gérée, aussi puissante que fluide, une lecture qui prend, un livre qu'on ne peut et veut pas poser, laisser reposer, avant d'en avoir tourné la dernière page. Les dernières lignes de la quatrième couverture sont trompeuses, on est bien au-delà de la romance qui tempère le propos. C'est toute une galerie de personnages, sans caricature au service des différents aspects historiques à développer, qui se déploie; un récit sans complaisance pour une description répétitive de cruautés mais sans concession; une Histoire humaine inhumaine à l'épilogue amer et qui pourtant appelle à l'espérance.
    Ce roman, c'est aussi celui de l'art par lequel s'expriment la colère, la volonté et la liberté de vivre, de résister, de témoigner, de préserver les sentiments, l'humanité et l'identité reniés. de nombreuses références à la peinture de Munch ponctuent le récit. C'est son cri.
    " Promenant le bout de mon index dans la poussière qui recouvrait le plancher, j'écrivis son nom. Munch. Je reconnaîtrais son style n'importe où, dans n'importe quel oeuvre. Et Papa reconnaîtrait le mien. Et il pourrait nous retrouver si je laissais derrière moi un sillage de dessins. "
    L'art pour mémoire, pour espoir.
    " Ce témoignage a été écrit pour laisser une trace ineffaçable et tenter l'impossible : parler dans un monde où nos voix ont été éteintes. "
    A lire et faire lire.


    Lien : http://www.lire-et-merveilles.fr/litterature-jeunesse/romans-adolesc..
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    • Livres 5.00/5
    Par MrsNobody, le 18 juin 2013

    MrsNobody
    J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre. Ce n'est pourtant absolument pas le genre de livre qui m'attire, je n'aime pas du tout ce genre de sujet en général, mais j'en avais lu tellement de bien que j'ai été obligée de me laisser tentée, et je ne regrette vraiment pas ! C'est un livre touchant, émouvant, et instructif. Et il m'a donné envie d'en savoir plus sur la Lituanie et sur son histoire.
    Les personnages sont tous très bien approfondis malgré leur nombre assez importants. On apprend vraiment à les connaitre que ce soit personnages principaux ou secondaires. J'ai beaucoup aimé le personnage d'Elena, la mère de Lina. Je l'ai trouvée admirable, c'est une femme forte et courageuse, qui ne perd jamais espoir et qui arrive à garder son sang froid même dans les pires situations. de plus, elle s'impose dès le départ comme une sorte de " chef " car elle est la seule à parler couramment le russe. C'est en partie grâce à elle que les autres garde espoir et ne cèdent pas à la panique. J'ai également beaucoup aimé Lina également, suivant l'exemple de sa mère, elle reste elle aussi forte et garde espoir, et j'ai bien aimé son côté rebelle et qui n'a pas peur de dire ce qu'elle pense, même si ça doit la mettre en danger. Quant à Jonas, il est vraiment adorable, il fait preuve d'une surprenante maturité pour son âge et est d'une grande aide tout au long de l'histoire. Sans oublier Andrius, dont la présence aide Jonas à supporter le voyage, et qui a l'esprit aussi rebelle que celui de Lina, et qui sera lui aussi d'une aide capitale au camp de travail de l'Altaï. Par contre, le Chauve, Mr Stalas, m'a vraiment tapé sur les nerfs. Toujours à se plaindre et toujours négatif, il était vraiment énervant, même si on peut comprendre son désespoir.
    " Nous étions comme des allumettes enfermées dans une toute petite boite. " p 103
    Une des choses les plus frappantes dans le livre, c'est la manière dont sont traités les déportés. En effet, pour parcourir la distance entre Kaunas, en Lituanie, et l'Altaï, au nord de la Chine ( d'après la page 102 ), on les enferme dans des wagons à bestiaux durant 6 semaines, entassés les uns sur les autres, sans toilettes, ni nourriture, et pratiquement aucune couchettes. de plus ils sont pratiquement tout le temps dans l'obscurité, il fait une chaleur de plomb à cause de la promiscuité et leur muscles rétrécissent à force d'être constamment assis, n'étant pas autorisés à sortir de leur wagon. Je ne peux même pas imaginer à quel point ce doit être dur de survivre dans ces conditions et de ne pas craquer. le NKVD n'a aucune considérations pour ces gens, qui pourtant sont des gens respectables, des professeurs, bibliothécaires, avocats, philatéliste, entre autre, et qu'on déporte dans un train sur lequel est écrit " Voleurs et Prostituées ", salissant ainsi jusqu'à leur réputation. Et cela ne s'arrange pas dans les camps de travail, où ont les entasse dans des huttes déjà habitées où ils se font mal accueillir et dans lesquelles il n'y a rien. On les fait travailler toute la journée jusqu'à l'épuisement pour 300 misérables grammes de pain, et ils n'ont même pas de lits où dormir. Et malgré tout ça, ils restent dignes, ils ne perdent pas espoir et réagissent admirablement fasse à un traitement aussi inhumain, ce qui ne les rends que plus admirables encore.
    " Il était difficile d'imaginer que la guerre faisait rage quelque part en Europe. Nous menions notre guerre à nous, attendant que le NKVD choisisse sa ou ses prochaine(s) victime(s) et nous jette dans la prochaine fosse. " p 199
    Une autre chose qui m'a frappée, c'est le contraste entre la cruauté, l'impassibilité du NKVD, et l'humanité et la bonté des Lituaniens. Les agents du NKVD sont vraiment détestables, odieux, dénués de compassion. Ils ne font jamais d'exceptions, et c'est ce qui les rends si antipathiques. Je me suis d'ailleurs plusieurs fois énervée sur mon livre contre le NKVD tellement leur comportement me révoltait xD Je n'ai pas réussi à digérer ce qu'ils font la veille de Noël, je ne peux même pas croire qu'ils puissent exister des gens aussi cruels. Parce que ça reste des hommes, comment peuvent-ils faire preuve d'aussi peu de compassion ?! Heureusement, tout comme M Stalas est l'exception parmi les Lituaniens ( car il est le seul pessimiste à vouloir mourir quand tout les autres luttent pour survivre ), Kretzky, que j'ai pourtant haï au début du livre, est l'exception parmi le NKVD, et se rattrape bien à la fin du livre. Néanmoins, le comportement du NKVD ne fait que montrer d'avantage à quel point les Lituaniens sont courageux et soudés. En effet, tous s'entraide du mieux qu'ils peuvent, et particulièrement lorsqu'ils sont au camp de travail de l'Altaï ou à Trofimovsk, où tous font preuve de solidarité, volent pour les autres à leur risques et périls, se rendent des services, s'aident du mieux qu'ils peuvent. Et le fait qu'ils continuent de célébrer les fêtes et les anniversaires ensemble, même en ayant rien, montre qu'ils gardent espoir encore et toujours, et qu'ils ne laisseront pas le NKVD gagner.
    Un autre élément important de l'histoire est le fait que Lina dessine. Elle se sert de ce don comme d'un exutoire à sa colère, sa tristesse, et cela l'aide à supporter la vie dans le camp de travail. Ca lui permet de s'évader pour quelques minutes. On apprend à mieux la connaitre à travers ses dessins, qui exprime ce qu'elle ressent et qu'elle ne peut pas dire sous peine d'avoir des ennuis. de plus, dessiner l'aide à garder espoir, espoir que l'un de ses dessins réussisse à parvenir à son père et qu'il puisse venir les secourir, sa mère son frère et elle. Et il lui permet également de gagner des rations de nourriture supplémentaires en travaillant avec le NKVD. J'ai également aimé tout les flash-backs de la vie de Lina, qui permette de mieux connaitre sa vie d'avant, et aide aussi à comprendre pourquoi sa famille a été déportée.
    La relation que Lina tisse avec Andrius est également importante. le fait qu'ils soient soudés les aide à tenir dans ces conditions de vie si difficiles, et cela donne aussi à l'histoire une touche de légèreté, une pause dans ce cauchemar.
    Le livre est composé de trois parties distinctes, et plus on avance, plus les conditions de vie des Lituaniens empire, pour devenir vraiment révoltantes dans la troisième partie, qui se déroule à Trofimovsk, le point le plus haut du cercle arctique. Les maladies due à la malnutrition et à la fatigue s'installent et très vite arrive la nuit polaire, qui les plongent dans une constante obscurité. Sans oublier qu'ils sont gelés et subissent régulièrement de grosses tempêtes de neige qui les empêchent de pouvoir aller travailler pour gagner de quoi manger.
    L'épilogue est très touchant, et on y apprend tout ce qu'on pourrait désirer savoir sur ce qui va arriver à Lina et Jonas entre autre par la suite.
    En conclusion, " Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre " est un livre très bien écrit, qui fait réfléchir, et que je vous conseille fortement de lire car vous ne le regretterez pas ! Et il ne fait aucun doute que j'en parlerai autour de moi pour convaincre mes ami(e)s de le lire eux aussi ! =)

    Lien : http://anaislovestoreadbooks.blogspot.fr/2013/06/ce-quils-nont-pas-p..
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    • Livres 5.00/5
    Par Melopee, le 18 août 2012

    Melopee
    Lina est une jeune Lituanienne douée en dessin et qui s'apprête à intégrer une prestigieuse école d'art à Vilnius, la capitale. Elle vient de Kaunas, au Nord et c'est donc une perspective particulièrement excitante pour la jeune fille. Sauf que le sort en a décidé autrement et qu'une nuit de juin 1941, elle est déportée ainsi que sa famille en Sibérie. Elle est d'abord séparée de son père dans des wagons à bestiaux différents et doit cheminer ainsi des jours et des jours, alors que les forces s'amenuisent, que la nourriture vient à manquer et que les conditions de voyage sont plus que déplorables. Mais l'espoir de reconstituer sa famille heureuse et unie lui sert de leitmotiv alors, elle, son petit frère (Jonas) et sa mère luttent pour survivre. Première étape du voyage, le camp de travail de l'Altaï où tous sont parqués dans des iourtas avec des autochtones qui les acceptent bien difficilement. le travail n'est pas de tout repos puisqu'il s'agit pour les uns de couper du bois, pour les autres de creuser des trous profonds (dans quel but?). Toute l'organisation est orchestrée par le NKVD et ses officiers russes sont intransigeants voire sadiques dans le déroulement des tâches. Lina creuse, Jonas coud et il y a aussi Andrius, un jeune homme dont la force de caractère rejoint pleinement Lina. Les enfants ne sont donc pas épargnés et la nourriture est rationnée : une miche de pain et puis c'est tout (et n'ayez pas le malheur de tomber malade, vous n'auriez plus aucune portion). Les gens s'affaiblissent et les nouvelles venant de l'extérieur sont filtrées.
    Mais l'itinéraire de cette famille ne s'arrête pas là puisqu'un jour une partie des déportés est condamnée à reprendre la route. Et la destination, pour le coup, c'est le glacial et désert Pôle Nord où les bâtiments se comptent sur les doigts d'une main et où pour survivre il va leur falloir se construire un toit.
    Comme je l'ai dit dans la discussion de la semaine, j'ai tout aimé dans ce livre, du titre au contenu en passant par la couverture. C'est un livre fort et poignant qui a été désigné meilleur roman jeunesse de l'année 2011 selon le magazine Lire. Et c'est amplement mérité !
    Le récit dicté par une Lina incroyablement mûre et lucide. On est comme pris par la main par cette narration à couper le souffle qui nous fait voyager sur des milliers de kilomètres à travers des paysages fantomatiques et dévastés où la liberté n'a plus sa place. Les personnages sont tous, quelque part, empreints d'un charisme qui nous les rend sympathiques. On a le cœur noué de suivre la mère de Lina forte tout en étant complètement perdue sans son mari. Quant à Jonas, il nous parait déjà avoir le sens du devoir, de la famille et du sacrifice. On se dit que c'est un sacré bonhomme qui a bien du courage ! Et enfin Andrius, c'est un peu la poigne de fer de ce récit, qui tient toujours la barre haute et insuffle de la motivation à tout ceux qui l'entourent.
    Vous l'aurez compris, j'ai pris un immense plaisir à suivre ce petit cercle de Lituaniens dans un périple qui semble perdu d'avance. Autant j'avais été désarçonnée et pas spécialement touchée par Purge dont les personnages sont Estoniens, autant les personnages ce cet autre pays Balte qu'est la Lituanie m'ont paru pleins d'humanité, de profondeur et de bonté. C'est qu'au fond, tout au long de cette expérience difficile, subsiste une lueur d'espoir de retour à la vie "d'avant", celle où les hommes n'étaient pas traités comme des bêtes.
    Un roman sans aucun doute à mettre entre toutes les mains. Lisez-le puis faites-en profitez votre conjoint, votre entourage... ils vous en sauront gré ! Ce fut une belle claque que ce livre jeunesse car j'avais un a-priori sur le genre (du survol plutôt que du récit méthodique) et celui-ci s'est tout bonnement envolé !
    A noter aussi les cartes du trajet en début de livre qui sont particulièrement parlantes car même s'il s'agit d'une fiction, d'autres ont été contraints à cet exil. D'autre part la note de l'auteur en fin de récit apporte une autre dimension, encore plus réelle et douloureuse. Les déportations par la NKVD ont été le lot commun de nombreux Baltes en cette année 1941. Voilà une part d'Histoire que j'ignorais mais la lacune est comblée avec ce récit juste et sensible.
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    • Livres 5.00/5
    Par Archessia, le 15 octobre 2011

    Archessia
    Ils l'ont arrêtée en chemise de nuit.
    Cette nuit où tout a basculé, voilà la première pensée qui a choqué Lina, 15 ans, Lituanienne, quand la police soviétique a débarquée chez elle pour les prendre, elle, son frère Jonas de 10 ans, et sa mère, Elena.
    Elle sera la première d'une liste presque interminable de chocs pour la jeune fille.
    Que se passe t-il réellement ? Où les emmènent-on ? Pourquoi eux et pas certains voisins ?
    Ce n'est que le début des questionnements, des doutes, des peurs, des indignations, des souffrances.
    Séparée de son père, elle vivra un enfer sans nom aux côtés de sa mère et son frère, mais également de tout un groupe dans le même état qu'eux.
    Entassés dans un wagon à bestiaux pour un voyage dont ils ignorent la destination ou la durée, les liens qui vont se tisser entre ces personnes seront-ils suffisant pour leur donner la force à tous de garder la tête haute et de résister à tout ce que leur feront subir les soviétiques ?
    Comment peut-on vivre quand on se demande tout les matins qui sera le prochain à mourir aujourd'hui ?
    Voici le récit d'une fille de 15 ans dans l'enfer des déportations.
    Pfiou ...
    Bon, rien qu'en écrivant ce résumé, j'avais les larmes aux yeux en pensant à cette lecture.
    Beaucoup de qualificatifs forts pourraient convenir pour en parler, comme intense, poignant, bouleversant ou inoubliable.
    Je l'ai déjà dis dans de précédentes chroniques, je n'aime pas l'histoire. Je suis la première que ça ennuie, car j'ai l'impression de passer à côté de pleins d'évènements importants à notre culture.
    J'avais donc peur, en commençant ce livre, de ne pas vraiment m'y retrouver, d'être perdue et de me sentir un peu larguée. Car, soyons honnête, franchement, la deuxième guerre mondiale, désolée, mais je n'y connais rien, à part les très grandes lignes et quelques noms vaguement connus.
    Donc, pour rassurer ceux qui seraient dans le même cas que moi : ça n'a aucune importance !
    Non seulement car ce titre est essentiellement axé sur l'émotionnel, mais également car, quand un minimum d'information est nécessaire, des explications sont subtilement insérées dans le récit, de manière fluide et discrète.
    Idéal donc !
    Le ton est donné dès les premières lignes : ce que vous allez lire va être poignant et dur, rien ne vous sera épargné.
    Rien n'est censuré ou édulcoré, et certains passages sont parfois vraiment éprouvants à lire, j'avoue sans honte avoir pleuré plusieurs fois, tellement je percevais certains moments comme un véritable coup douloureux au coeur.
    Mais cette dureté dans le ton est, je pense, sa plus grande qualité, car il évite au récit entier de tomber dans le mélodrame, le larmoiement gratuit, du genre sortez les violons.
    Non, ici, tout nous est exposé sans fard, la cruauté, l'égoïsme, la torture, la mort, le désespoir, ...
    Du coup, les moindres émotions positives sont exacerbées également, grâce à la formidable plume de l'auteur.
    Espoir, amitié, amour, solidarité, ... la moindre joie est décuplée, et colle un énorme sourire sur notre visage. On a envie d'y croire en même temps que les personnages, que c'est possible qu'ils s'en sortent, que ça ne peut pas terminer mal.
    Pouvez-vous seulement imaginer, par exemple, le bonheur renversant de prendre une douche après plusieurs semaines à stagner dans la crasse, entouré de plusieurs dizaines de personnes dans le même état, couverts de poux ? Non, personne ne peut se l'imaginer. Et pourtant, Ruta Sepetys arrive à nous faire ressentir cette ivresse, cette joie indescriptible, comme si on avait également traversé ces épreuves.
    Je trouve que c'est un énorme talent, et cette écriture rend ce livre d'autant plus vibrant et incroyable.
    Lina fait partie de ces personnages que l'on oublie pas de sitôt, qui fait preuve d'énormément de courage et de détermination dans l'adversité.
    Sa passion, le dessin, l'aidera à garder la tête hors de l'eau, à se fixer des buts, à s'échapper quelques fois.
    Mais la personne qui m'a le plus marquée dans cette histoire, c'est sa mère, Elena.
    Cette femme aura su rester digne jusqu'au bout, et bien que traversant les même épreuves que les autres personnes l'entourant, elle n'aura comme seule obsession de tout faire pour ses enfants et pour aider un maximum les gens autour d'elle.
    Une grandeur d'âme époustouflante qui ne peut que forcer le respect, elle a dégagé, pour moi, une beauté comme rarement je n'en avais vue dans un livre.
    Je terminerais en vous laissant une citation, figurant dans le mot de l'auteur à la fin de l'ouvrage. C'est la première fois que je le fais, mais pour moi elle résume parfaitement la teneur du récit, et met en avant l'espoir et la force de ces milliers de gens qui ont subis le pire, et qui pourtant, ont su garder fierté et amour.
    "La guerre, en général, se caractérise par des opérations militaires. Mais pour les peuples baltes, cette guerre était essentiellement d'ordre idéologique. En 1991, après cinquante ans d'occupation, les trois pays baltes ont retrouvé leur indépendance et, avec elle, la paix et la dignité. Ils ont préféré l'espoir à la haine et montré au monde qu'une lumière veille toujours au fond de la nuit la plus noire. S'il vous plaît, réfléchissez à cela. Parlez-en autour de vous. Ces trois minuscules nations ont appris au monde qu'il n'est pas de plus puissante arme que l'amour. Quelle que soit la nature de cet amour - qui peut aller jusqu'à pardonner à ses ennemis -, il nous révèle la force miraculeuse de l'esprit humain."

    Lien : http://archessia.over-blog.com/article-ce-qu-ils-n-ont-pas-pu-nous-p..
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    • Livres 5.00/5
    Par CelineGe, le 13 mai 2013

    CelineGe
    En marge de la Seconde guerre mondiale, les déportations des peuples baltes par les Russes au début des années 40 est un sujet moins "médiatique" que le génocide opéré par les nazis. On ne parle évidemment pas ici d'extermination planifiée massivement mais le nombre de morts au final, sous le règne de Staline, est éloquent.
    La Lituanie, ce petit pays balte, coincé entre le géant soviétique à l'est et l'Allemagne expansionniste d'Hitler, tout comme l'Estonie et la Lettonie, a été envahie par la Russie en 1939, en vertu des accords secrets du pacte de non-agression germano-soviétique qui prévoyait le partage des États tampons situés entre ces deux puissances.
    Il ne faisait alors pas bon clamer haut et fort, et même plus discrètement, son opposition à cette présence.
    Les Russes dressent des listes de personnes considérées comme étant des éléments antisoviétiques socialement dangereux et nuisibles. "Les médecins et les avocats, les professeurs et les écrivains, les musiciens, les artistes et même les bibliothécaires, les soldats de carrière et les hommes d'affaires étaient tous considérés d'office comme antisoviétiques et furent ajoutés à la liste toujours plus longue des victimes d'un projet d'extermination massive" (extrait des notes de l'auteur p. 417). Les intellectuels, au sens large, ainsi que des hauts fonctionnaires et des militaires ont été emprisonnés, exécutés, puis déportés en Sibérie à partir de 1941.
    Ceux qui n'ont pas vu la menace venir et qui n'ont pas pu fuir à l'étranger sont alors raflés par le NKVD en juin de cette année, quelques jours avant que l'Allemagne, en violation du pacte signé en 1939, envahisse à son tour la Lituanie...
    Ainsi, Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre s'ouvre sur cette rafle. Lina, 15 ans, que tout promettait à de brillantes études de dessin, son petit frère Jonas et leur mère Elena doivent quitter leur maison en catastrophe. Juste le temps de prendre une valise avec deux, trois habits. le père, doyen de l'université n'est pas rentré à la maison.
    Ils sont conduits à la gare, où ils retrouvent une foule d'autres Lituaniens. Femmes, enfants, vieillards d'un côté, hommes de l'autres. Ils sont contraints de monter dans des wagons à bestiaux. Sur celui de Lina est placardé "Voleurs et prostituées". Des wagons très semblables à ceux qui, à la même époque, ont emmené les Juifs dans les camps de concentration. Une destination différente, certes, mais une fin promise, à plus ou moins long terme, aux plus faibles.
    Après plusieurs semaines de voyage, vers l'Est, dans des conditions de promiscuité inhumaines, les plus solides d'entre eux arrivent en Sibérie occidentale, dans les monts de l'Altaï. Ils rejoignent alors un kolkhoze et sont répartis dans des habitations déjà occupées par des paysans qui cultivent la betterave. Des mois et des mois d'esclavage commencent pour Lina, sa famille et leurs compagnons d'infortune, où la croûte de pain quotidienne doit se gagner en travaillant dur à couper du bois à longueur de journée, ou à creuser des trous. Seuls ceux qui acceptent de signer un contrat dans lesquels ils reconnaissent être des criminels et la peine de 25 années de travaux forcés qui en découle, voient leurs conditions de vie légèrement améliorées...
    Des mois et des mois coupés du monde, sans nouvelles du pays et des hommes, si ce n'est celles que l'on arrive à monnayer avec les agents du NKVD.
    Au printemps 1942, Lina et les autres sont de nouveau déplacés. Toujours plus à l'Est. Et même plus au Nord, au-delà du cercle polaire arctique. Certains nourrissent l'espoir fou de rejoindre le détroit de Boering, destination les USA. La réalité est encore plus terrible que celle qu'ils ont eu à supporter jusqu'à présent et nombreux sont ceux qui regrettent déjà le camp de l'Altaï. C'est un nouveau bagne qui les attend, sorti ex-nihilo, dans la neige et ses tempêtes, la glace, le froid et la nuit polaire. Aucune habitation, aucune cabane. S'ils veulent survivre, les déportés doivent construire d'urgence leurs abris à l'aide de morceaux de bois trouvés, ou volés, à droite et à gauche, consolidés de boue.
    Et toujours, travailler dur en extérieur pour pouvoir toucher leur maigre ration alimentaire. Survivre, au jour le jour, et, le plus difficile, passer le premier hiver...
    Ce livre, qui est un roman, est donc peuplé de personnages fictifs (sauf un, à la fin) mais toutes les situations décrites sont inspirées d'événements bel et bien réels.
    L'auteur, Ruta Sepetys est américaine. Son père était le fils d'un officier lituanien qui a réussi à s'échapper du pays via l'Allemagne. Elle a effectué deux voyage en Lituanie pour pouvoir écrire ce livre et rencontré et interrogé des membres de sa familles, des survivants aux déportations, des psychologues, historiens et fonctionnaires du gouvernement.
    Les notes qu'elle a ajoutées à la fin de son roman sont très intéressantes et permettent de faire le point sur ce qui s'est passé après la période couverte par l'histoire qu'elle a écrite.
    "Ceux qui ont survécu ont passé entre dix et quinze ans en Sibérie. A leur retour au pays, vers le milieu des années 1950, les Lituaniens ont découvert que les Soviétiques avaient occupé leurs maisons, profitaient de tous leurs biens et avaient même adopté leurs noms." (extrait des notes de l'auteur p. 418)
    En 1944, suite à la défaite de l'Allemagne nazie, les Soviétiques se sont réinstallés en Lituanie.
    "Ils avaient tout perdu. En outre, ils étaient traités comme des criminels, obligés de vivre dans des zones sévèrement délimitées et sous la surveillance permanente du KGB (la police secrète jadis connue sous le nom de NKVD). Ils ne pouvaient se permettre d'évoquer leur terrible expérience, ce qui leur aurait valu l'emprisonnement immédiat ou une nouvelle déportation en Sibérie, et ils l'enfermaient dans le silence de leur cœur. Ce n'était plus qu'un hideux secret partagé par des millions de gens." (extrait des notes de l'auteur p. 418)
    Les trois pays baltes ne retrouveront leur indépendance qu'en 1990. Et avec elle, la paix et la dignité. "Ils ont préféré l'espoir à la haine et montré au monde qu'une lumière veille toujours au fond de la nuit la plus noire." (extrait des notes de l'auteur p. 420)
    À travers les personnages de Lina et Jonas, la sœur et le frère, Ruta Sepetys signe un vibrant témoignage contre l'oubli et, avant toute chose, un témoignage pour faire connaître cette partie de l'Histoire de petits pays oubliés. Et je trouve que c'est parfaitement réussi. Elle m'a réellement donné envie d'en lire plus sur ce qui s'est passé dans ce petit coin du monde.
    "On estime que Joseph Staline a assassiné plus de vingt millions de personnes durant son règne de terreur. Les trois États baltes (Lituanie, Lettonie et Estonie) ont perdu plus du tiers de leur population pendant le génocide soviétique. Les déportations touchèrent jusqu'aux Finlandais. Beaucoup de Russes continuent de nier farouchement l'existence de ces déportations."
    Un très beau livre, publié dans la collection Scripto de Gallimard-Jeunesse.
    Originalement édité aux États-unis en 2011 sous le titre de Between shades of gray (à ne pas confondre...), il a déjà été multi-récompensé et traduit dans le monde entier.
    Un livre qui marque, à mettre entre toutes les mains, dès 15 ans.


    Lien : http://linecesurinternet.blogspot.fr/2013/05/notre-sens-de-lhumour-i..
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Critiques presse (3)


  • Ricochet , le 13 avril 2012
    Premier roman percutant de Ruta Sepetys, librement inspiré par l'histoire de son père qui, jeune garçon, a fui la Lituanie pour se retrouver en Allemagne dans un camps de réfugiés.
    Lire la critique sur le site : Ricochet
  • LeFigaro , le 18 novembre 2011
    Ce livre, souvent publié à l'étranger sous la bannière adulte, est, en France, proposé dans la collection «Scripto» de Gallimard. La jeunesse de l'héroïne, sa perception de la vie et du drame qui la frappe rendent ce récit particulièrement palpable aux adolescents. Sa lecture laissera des traces.
    Lire la critique sur le site : LeFigaro
  • Lexpress , le 09 novembre 2011
    Qu'on ne soit pas rebuté par ce sujet difficile. Car happé par la puissance de ce récit qu'on ne peut lâcher, le lecteur se sent le témoin privilégié d'un épisode important de l'Histoire.
    Lire la critique sur le site : Lexpress

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Citations et extraits

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  • Par ausra, le 16 juin 2013

    Un jour, Papa m'avait dit que, d'après les conjectures des savants, la Terre vue de la Lune paraissait bleue. Ce soir-là, je le croyais, je voulais bien le croire. Je l'aurais volontiers représentée ainsi : bleue et pleine de larmes.

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  • Par ausra, le 16 juin 2013

    Vous êtes-vous jamais demandé ce que vaut une vie humaine? Ce matin-là, mon petit frère ne valait pas plus qu'une montre à gousset.

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  • Par Mcharlotte, le 11 juin 2013

    "tandis que je lui frayais un chemin à travers la page, je sentis le fusain vibrer légèrement."

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  • Par Jumax, le 26 octobre 2011

    "Ce témoignage a été écrit pour laisser une trace ineffaçable et tenter l'impossible : parler dans un monde où nos voix ont été éteintes. [...]J'espère de tout mon coeur que les pages ici cachées feront jaillir de votre âme la source de compassion la plus profonde. J'espère aussi qu'elles vous inciteront à faire quelque chose, a en parler à quelqu'un. C'est le seul moyen de nous assurer que les hommes ne permettront pas au mal de se reproduire sous cette forme."
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  • Par Melo, le 29 septembre 2011

    - Comment peuvent-ils décider que nous sommes des animaux ? Ils ne nous connaissent même pas.
    - Nous nous connaissons, répondit Mère. Ils se trompent. Ne leur permet jamais, Lina, de te convaincre du contraire. Comprends-tu ?
    J’acquiesçai d’un signe de tête. Mais je savais qu’un certain nombre de nos compagnons s’étaient déjà laissé persuader de leur condition inférieure. Ils avaient une expression abattue, dénuée de tout espoir et se faisaient tout petits devant le NKVD. J’aurais voulu les dessiner tous.
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