Madame de Sévigné excelle dans ces « conversations à distance » que sont les
Lettres. Les qualités qui lui sont généralement prêtées par ses amis ou contemporains – finesse de vue, liberté de ton – se retrouve dans sa correspondance. Cette forme de sociabilité particulière poursuit et amplifie l'échange mondain. C'est aussi le lieu de l'écriture de soi, le style doit y être « nature », c'est-à-dire proche du ton que l'on adopterait en société. C'est sa fille, Françoise Marguerite qui devient à partir de son installation à Grignan, dans la Drôme, en 1671, sa correspondante principale.
Les échanges sont tendres et passionnées. Pas une lettre qui ne comporte des formules de tendresse, la « chère enfant », « la plus jolie fille de France », « je vous assure ma chère bonne que je pense à vous continuellement », « vous dirais-je que je vous aime ? » « Adieu, ma très chère et très aimable enfant, je vous aime plus que vous ne sauriez le désirer ». Leur correspondance presque quotidienne va durer près de vingt-cinq ans. Elles sont à la fois une chronique du temps à travers les anecdotes, les coiffures et pratiques religieuses qui s'y trouvent consignées mais aussi en filigrane, un témoignage de la condition des femmes de la noblesse.
Françoise marguerite a accouché à Paris et part quelques mois après sans sa fille qu'elle laisse à la garde de sa mère et d'une nourrice. Celle-ci vivra avec sa grand-mère jusqu'à l'âge de cinq ans puis entrera dans un couvent dont elle ne sortira plus. La marquise doit son indépendance à son statut de veuve - son mari meurt des suites d'un duel alors qu'elle n'avait que vingt-cinq ans- d'ailleurs son fils, qui évoque son impuissance avec une de ses maîtresses, se plaint de tenir d'elle sa froideur. Mme de
Sévigné prie pour sa fille afin qu'elle aie un fils, vœu qui sera exaucé quelque temps plus tard.
Fille et mère, outre leur correspondance quotidienne, se verront pendant de très longues périodes.
Mme de
Sévigné se rend pour la première fois à Grignan en 1672 en compagnie de sa petite fille et y restera jusqu'en octobre 1673. L'année suivante, c'est sa fille qui la rejoint à Paris et reste à son tour un peu plus d'une année, puis revient de décembre 1976 à juin 1677. Mme de Grignan restera une très longue période auprès de sa mère, de 1680 à 1688. Et à son tour, en 1694 Mme de
Sévigné séjournera chez sa fille jusqu'à sa mort.
Dans ses
Lettres, Mme de
Sévigné s'inquiète de la santé de sa fille, s'enquiert de son état, l'encourage et lui prodigue de nombreux conseils. Sa fille y répond et tente de distraire sa mère de son chagrin. L'amour filial est fusionnel ; l'attachement semble excessif, parfois intrusif de la part de Mme de
Sévigné. Mais à l'époque où les mères ne se souciaient guère de leurs enfants, cet amour filial semble plutôt de bon aloi !
Lien : http://www.litterama.fr/article-mme-de-sevigne-une-mere-passionnee-6..