La quatrième de couverture est légèrement trompeuse : Juliet n'est pas contactée parce que Dawsey est un de ses admirateurs mais parce qu'il a trouvé un vieux livre qui lui a jadis appartenu (il le sait parce qu'il a trouvé son nom dessus), Les essais d'Elia, morceaux choisis de Charles
Lamb. Sur ce livre, il y avait le nom et l'adresse de Juliet. (p.19). Il lui explique qu'il adore cet évricain mais qu'il n'y a aucune librairie à Guernesey. Il lui demande, si elle pourrait lui donner le nom d'une d'entre elle à Londres car il souhaite lire d'autre livres de son écrivain préféré. Tout commence ainsi et une belle amitié se lie entre ces deux êtres.
Ensuite, le nom du cercle littéraire tel qu'il est nommé dans ce roman traduit est le cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates. (titre vo :
The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society)
Bref...
Bien que les deux auteurs de ce roman ne soient pas anglaises mais américaines et que l'action se déroule en grande partie sur l'île de Guernesey, ce livre est pétri de culture "so english". J'ai souvent eu l'impression d'avoir sous les yeux une lecture victorienne (heureusement que le fond historique de fin de Seconde Guerre mondiale était là pour me désillusionner), avec également un gros clin d'oeil à
Agatha Christie !! J'ai vraiment bien ri, parce qu'en plus c'est fait avec beaucoup d'humour !
Ce qui est également excellent, c'est que Juliet est biographe d'
Anne Brontë, et ça va sans dire qu'elle évoque les trois soeurs dans ses lettres, ce qui provoque l'admiration d'Isola, l'une de ses correspondantes de Guernesey, qui a aussi, par ailleurs, pour référence littéraire
Jane Austen.
"J'aime les histoires de rencontres passionnées. N'en ayant jamais vécu moi-même, je peux à présent m'en faire une idée. Au début, je n'ai pas aimé
Les hauts de hurlevents, mais à la minute où le spectre de Cathy s'est mis à gratter à la vitre de ses doigts osseux, j'ai senti ma gorge se nouer, et le noeud ne m'a pas relâché avant la fin du livre. J'avais l'impression d'entendre les sanglots déchirants d'Heathcliff à travers la lande. Je ne crois pas avoir lu un auteur d'aussi grand talent d'
Emily Brontë".
Comme un écho à cette histoire victorienne d'amour tragique, Juliet va en découvrir une tout aussi dramatique, bien ancrée dans son époque et se lancer à la recherche de son fantôme, qui sera l'objet de son prochain roman.
Pour l'histoire, il est difficile d'en parler sans dévoiler l'essentiel. Je me contenterai donc de dire qu'elle est très savoureuse ! Sur un fond historique tragique,
Mary Ann Shaffer et
Annie Barrows parviennent à distraire énormément le lecteur et à aller au-delà des a priori (les Allemands n'étaient pas tous des nazis, même les soldats envoyés sur l'île, juste des hommes pris dans les tourments de l'Histoire).
Ce roman est aussi un bel hommage aux livres et à la lecture avec d'innombrables clins d'oeil ! Si je vous dis, qu'on y rencontre aussi notre sacré coquin d'
Oscar Wilde, je ne sais pas trop si vous allez me croire ! Et encore moins, si je vous dis que Juliet se trouve un bien embarassant et obscur prétendant (du nom de Mark Reynolds) spécialiste de
Wilkie Collins, qui lui apprend que ce cher Wilkie "entreten[ait] deux foyers avec deux maîtresses et deux nichées d'enfants" (rhooo !!).
Franchement, je me suis régalée !!!