> François-Victor Hugo (Traducteur)

ISBN : 2290335290
Éditeur : Librio (2004)


Note moyenne : 4.09/5 (sur 272 notes) Ajouter à mes livres
Pour mener à bien sa vengeance sans éveiller les soupçons, Hamlet feint la folie. Lorsque le fantôme de son père lui révèle que Claudius, souverain actuel et frère du défunt roi, est le meurtrier de celui-ci, on s'attend ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Abettik, le 29 mars 2011

    Abettik
    [Ce billet sur Hamlet fait partie d'une analyse plus large du roman "le temps disloqué" de Philip K Dick]
    à retrouver dans
    http://sfetal.blogspot.com/2011/03/le-temps-desarticule-philip-k-dick-et.html
    The time is out of joint. O cursed spite
    That ever I was born to set it right!
    Hamlet, Acte I, scène V, Shakespeare (1603)
    - L'époque, déclara Ragle, est désarticulée.
    Le Temps désarticulé, Philip K. Dick (The Time Out of Joint, 1959), p 74
    La SF a cela de passionnante qu'elle s'inspire explicitement de tous les champs de la connaissance: sciences dures et technologie, bien entendu, mais aussi sciences sociales, Histoire et, en ce qui nous concerne ici, les œuvres classiques. C'est bien la raison d'être de ce blog.
    Alors, autant le dire tout de suite, je n'avais pas, et n'aurais sans doute jamais lu Hamlet si je n'y avais pas été incité par la curiosité de comprendre le pourquoi de cette citation explicite dans un roman de Philip K. Dick. Je l'ai donc lu pour les besoins de cet article et autant dire que la lecture est ardue, principalement à cause de la langue (très difficile en anglais, mais plus fluide et plus musical; finalement pas beaucoup plus facile en français). Je l'ai vu il y a une bonne dizaine d'années (Kenneth Branagh (1996) et même Franco Zeffirelli (1990) avec Mel Gibson [Attention, cette version n'est pas en araméen et ne contient aucune injure à caractère sexiste ou antisémite]). Quant aux critiques et autres analyses, j'ai dû me contenter d'une ou deux pistes glanées au gré de nombreux clics. Je n'ai donc pas trouvé beaucoup de matériel pour étayer cette introduction d'esquisse de rapprochement (de loin); qu'à cela ne tienne, cela m'aura laissé la liberté de lancer quelques réflexions armé de mes seuls neurones. Et puis, eh, Hamlet (si ce n'est Shakespeare) souffrira bien d'une nouvelle interprétation, fut-elle mineure, scolaire et maladroite.
    Words, words, words: des mots, toujours des mots
    (Dalida et Alain Delon, 1973)
    (Hamlet, Acte II, scène 2, Shakespeare )
    Imaginez. Imaginez une quatrième de couverture vantant une ambiance de meurtres, de lutte pour le pouvoir et d'amour contrarié, de spectre réclamant vengeance depuis l'au-delà à un fils préférant la folie à la réalité, le tout se terminant dans un duel à l'épée. Déplacez l'action du Danemark à la Fédération Intergalactique ou donnez les moyens à ce fils de sombrer définitivement dans une réalité alternative dont il cherchera à s'échapper, finissez le tout par un duel aux sabres laser ou aux lames bien tranchantes devant lentement pénétrer les limites d'un bouclier atomique personnel.
    Autrement dit, face à l'assassinat de son père, à la révélation par le fantôme de celui-là même, de la culpabilité de son oncle (qui a depuis épousé sa mère), devant son amour contrarié pour Ophélie (vous suivez?), Hamlet décide (vraiment ?, là (aussi) est la question) de sombrer dans la folie (avouez, on le serez à moins).
    Alors bien entendu, le titre en premier lieu. Il est tiré de la toute fin de l'acte I, dans la scène 5, lorsque le fantôme du père d'Hamlet lui révèle le forfait de son oncle. Ce sont même même les derniers mots (juste avant Nay, come, let's go together. qu'on pourrait traduire, mais sans doute un peu rapidement, par ok mes cailles, on se déboulonne) :
    The time is out of joint. O cursed spite
    That ever I was born to set it right!
    Hamlet, Acte I, scène 5, Shakespeare (1603)
    Notre époque est détraquée. Maudite fatalité, que je sois jamais né pour la remettre en ordre !
    Hamlet, Acte I, scène 5
    [voir le site inlibroveritas pour l'ensemble des traductions]
    Cette déclaration sonne comme un jugement définitif sur une époque de folie mais préfigure aussi la folie d'Hamlet. Or, c'est bien là l'une des questions soulevées par ce drame: cette folie est-elle ou non simulée ? Quoiqu'il en soit, il semble effectivement fuir une réalité qui lui est trop pesante et tient des propos incohérents dés lors qu'on l'interroge.
    Polonius. [aside] [...] What do you read, my lord?
    Hamlet. Words, words, words.
    Polonius. What is the matter, my lord?
    Hamlet. Between who?
    Polonius. I mean, the matter that you read, my lord.
    Hamlet. Slanders, sir; for the satirical rogue says here that old men have grey beards; that their faces are wrinkled; their eyes purging thick amber and plum-tree gum; and that they have a plentiful lack of wit, together with most weak hams. All which, sir, though I most powerfully and potently believe, yet I hold it not honesty to have it thus set down; for you yourself, sir, should be old as I am if, like a crab, you could go backward.
    Polonius. [aside] Though this be madness, yet there is a method in't.- [...]
    POLONIUS. - [...] Que lisez-vous là, monseigneur ?.
    Hamlet. - Des mots, des mots, des mots !
    POLONIUS. - de quoi est-il question, monseigneur ?.
    Hamlet. - Entre qui ?.
    POLONIUS. - Je demande de quoi il est question dans ce que vous lisez, monseigneur !
    Hamlet. - de calomnies, monsieur ! Ce coquin de satiriste dit que les vieux hommes ont la barbe grise et la figure ridée, que leurs yeux jettent un ambre épais comme la gomme du prunier, qu'ils ont une abondante disette d'esprit, ainsi que des jarrets très faibles.
    Toutes choses, monsieur, que je crois de toute ma puissance et de tout mon pouvoir, mais que je regarde comme inconvenant d'imprimer ainsi : car vous-même, monsieur, vous auriez le même âge que moi, si, comme une écrevisse, vous pouviez marcher à reculons.
    POLONIUS, à part. - Quoique ce soit de la folie, il y a pourtant là de la suite
    Hamlet, Acte II, scène 2
    On retrouve évidemment, dans ce discours aux apparences d'incohérence (mais pas que, ainsi que semble le comprendre Polonius), les réflexions de Dick sur les mots dans le temps disloqué.

    Suis-je ou ne suis-je pas ?
    D'autant que la folie d'Hamlet questionne aussi le réel. Est-il déjà fou dès le début de la pièce, désespéré par la mort de son père et le remariage de sa mère, au point de concrétiser ses désirs dans la personne du fantôme? Vit-on le rêve, le fantasme d'Hamlet qui voudrait venger la mort de son père, vivre son amour pour Ophélie mais se trouve empêtré dans sa propre inaction ? Ou bien encore, Hamlet n'est-il finalement que ce qu'il paraît être, le personnage d'une pièce dramatique ?
    J'ai trouvé les traces de cette hypothèse dans l'analyse suivante:
    At the same time, Hamlet seems somewhat aware that he is, in fact, playing a role on stage. He notices his own costume and makeup (“'Tis not alone my inky cloak, good mother [...]” (I.ii.77 ff.)); he refers to specific areas in the theater (as when he notes that the ghost is “in the cellarage” (I.v.150)); in short, he seems at once to be the most typical of types, and to be an audience to his own typecasting – and furthermore, he seems to be distressed about being so typecast, and anxious to prove that there is something genuine behind his theatrical veneer. In general, critics have long noticed that Hamlet is a play about plays, most specifically a revenge tragedy about revenge tragedy, and the pretzel-like self-referentiality of the protagonist is the main reason why.
    [http://www.gradesaver.com/Hamlet/study-guide/section1/]
    Dont je vais tenter une traduction:
    Dans le même temps, Hamlet semble par certains aspects conscient d'être, en fait, en train de jouer un rôle sur scène. Il remarque son propre costume et son maquillage: "Ce n'est pas seulement ce manteau noir comme l'encre, bonne mère, ni ce costume obligé d'un deuil solennel, [...]" (I.ii.77 ff.)); il fait référence à des lieux particuliers du théâtre (quand il note que le fantôme est "à la cave"[1] (I.v.150)); pour faire court, il semble d'un coté être le plus caricatural des archétypes [?], et de l'autre être le public de sa propre performance [?] - et de plus, il semble bouleversé d'être aussi [cantonné dans propre rôle?] et inquiet de prouver qu'il y a quelque chose d'authentique derrière cette apparence théâtrale. Plus généralement, les critiques ont depuis longtemps [souvent ?] remarqué qu'Hamlet est une pièce sur les pièces, et plus spécifiquement une tragédie sur la revanche parlant de la tragédie sur la revanche et l'[auto-référencialité] retournée sur elle-même [image du Bretzel] des protagonistes en est la raison principale.
    [1] the cellarage fait aussi référence à une zone située sous la scène dans un théâtre
    Comme si Hamlet, tout comme Ragle, avait l'intuition d'apercevoir une réalité qui lui est dissimulée derrière les rideaux de celle où il est condamné à évoluer. A moins justement de ne vouloir s'en échapper par la folie.
    L'analyse telle que je l'ai trouvée s'arrête ici mais elle m'a ouvert les yeux sur une interprétation possible au très énigmatique (pour moi, tout du moins, jusque là) "To be or not to be":

    Hamlet To be, or not to be- that is the question:
    Whether 'tis nobler in the mind to suffer
    The slings and arrows of outrageous fortune
    Or to take arms against a sea of troubles,
    And by opposing end them. To die- to sleep-
    No more; and by a sleep to say we end
    The heartache, and the thousand natural shocks
    That flesh is heir to. 'Tis a consummation
    Devoutly to be wish'd. To die- to sleep.
    To sleep- perchance to dream: ay, there's the rub!
    For in that sleep of death what dreams may come
    When we have shuffled off this mortal coil,
    Must give us pause. There's the respect
    That makes calamity of so long life.
    For who would bear the whips and scorns of time,
    Th' oppressor's wrong, the proud man's contumely,
    The pangs of despis'd love, the law's delay,
    The insolence of office, and the spurns
    That patient merit of th' unworthy takes,
    When he himself might his quietus make
    With a bare bodkin? Who would these fardels bear,
    To grunt and sweat under a weary life,
    But that the dread of something after death-
    The undiscover'd country, from whose bourn
    No traveller returns- puzzles the will,
    And makes us rather bear those ills we have
    Than fly to others that we know not of?
    Thus conscience does make cowards of us all,
    And thus the native hue of resolution
    Is sicklied o'er with the pale cast of thought,
    And enterprises of great pith and moment
    With this regard their currents turn awry
    And lose the name of action.- Soft you now!
    The fair Ophelia!- Nymph, in thy orisons
    Be all my sins rememb'red.
    Hamlet, Acte III, scène 1
    Soit, en VF:
    Hamlet. - Etre, ou ne pas être, c'est là la question. Y a-t-il plus de noblesse d'âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s'armer contre une mer de douleurs et à l'arrêter par une révolte ? Mourir... dormir, rien de plus ;... et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du coeur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c'est là un dénouement qu'on doit souhaiter avec ferveur. Mourir... dormir, dormir ! peut-être rêver ! Oui, là est l'embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés de l'étreinte de cette vie ?
    Voilà qui doit nous arrêter. C'est cette réflexion-là qui nous vaut la calamité d'une si longue existence. Qui, en effet, voudrait supporter les flagellations, et les dédains du monde, l'injure de l'oppresseur, l'humiliation de la pauvreté, les angoisses de l'amour méprisé, les lenteurs de la loi, l'insolence du pouvoir, et les rebuffades que le mérite résigné reçoit d'hommes indignes, s'il pouvait en être quitte avec un simple poinçon ? Qui voudrait porter ces fardeaux, grogner et suer sous une vie accablante, si la crainte de quelque chose après la mort, de cette région inexplorée, d'où nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté, et ne nous faisait supporter les maux que nous avons par peur de nous lancer dans ceux que nous ne connaissons pas ?. Ainsi la conscience fait de nous tous des lâches ; ainsi les couleurs natives de la résolution blêmissent sous les pâles reflets de la pensée ; ainsi les entreprises les plus énergiques et les plus importantes se détournent de leur cours, à cette idée, et perdent le nom d'action... Doucement, maintenant ! Voici la belle Ophélia... Nymphe, dans tes oraisons souviens-toi de tous mes péchés.
    Hamlet, Acte III, scène 1
    Hamlet s'interroge: vaut-il mieux vivre que mourir ? Vivre, c'est vivre, selon lui, dans la douleur: il martèle assez bien ce point d'une longue liste à la pervers. Mais la mort n'est pas peut être pas la fin de tout. Toute la question est là, contenue dans une seule phrase au milieu de ce long monologue : la mort, c'est avant tout l'inconnu.
    For in that sleep of death what dreams may come
    When we have shuffled off this mortal coil,
    Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés de l'étreinte de cette vie ?
    Hamlet, Acte III, scène 1

    C'est là pour lui l'unique justification à notre choix de préférer la vie à la mort, notre peur de l'inconnu:
    Thus conscience does make cowards of us all,
    Ainsi la conscience fait de nous tous des lâches ;
    Hamlet, Acte III, scène 1

    Doit-on en conclure qu'on choisirait la mort si l'on était courageux ? Hamlet laisse la réponse en suspend, se borne à constater que c'est la peur de l'inconnu qui nous retient.
    Revenons-en à l'interrogation initiale, voire ultime. Au regard des remarques précédentes sur la folie d'Hamlet et sur ses questions quant à la réalité de ce qu'il vit, on pourrait voir dans ce Etre ou ne pas être, un suis-je ou ne suis-je pas : suis-je ou ne suis-je pas fou ? Suis-je ou ne suis-je pas vivant ?
    Alors finalement, à cette question posée tout autant au genre humain qu'à lui-même, et face à l'alternative binaire, vivre ou mourir, une troisième voie n'est-elle pas suggérée par touche, tout au long de cette réflexion? le saucissonnage n'est sans doute pas une bonne idée dans un texte si dense, mais j'oserai cependant isoler les trois propositions suivantes:
    [...] To die- to sleep-
    No more; [...]
    [...] To die- to sleep.
    To sleep- perchance to dream: [...]
    Thus conscience does make cowards of us all,
    Mourir... dormir, rien de plus ;
    Mourir... dormir, dormir ! peut-être rêver !
    Ainsi la conscience fait de nous tous des lâches ;
    Hamlet, Acte III, scène 1
    Si la conscience fait de nous des lâches, si la mort n'est pas forcément souhaitable car terra incognita, ne pourrait-on alors altérer cette conscience et choisir le rêve pour fuir la dure réalité de la vie. Voilà une hypothèse éminemment dickienne: parions qu'Hamlet à la sauce sixties aurait adoré le LSD.

    Alors, finalement, oui ou non ?
    Réponse de Normand à défaut d'être Danois: oui et non. Ou plutôt le contraire.
    Non, Hamlet, même s'il interroge la folie du monde, celle qui lui est propre, et même la réalité qui l'entoure n'est pas à proprement un simulacre. Il n'y a pas d'altération particulière de la réalité par un tiers impliqué dans ce drame.
    Sauf à rechercher ce tiers en dehors de la pièce. Sauf à envisager un (simulacre)^2.
    Sauf, donc, à considérer le rapport entre les personnages et l'auteur lui-même: si Shakespeare écrit une tragédie sur les tragédies, il plonge ses personnages dans une situation artificielle visant à faire s'interroger le lecteur sur ce genre. Hamlet, lui-même, flirtant avec la folie, semble prendre conscience par moment de sa condition de pantin.

    Et puis finalement, rien d'original à cela, me direz-vous, car de par la richesse et l'intemporalité des thèmes qui y sont abordés, ce texte est voué à supporter toutes nos attentes, à éclairer nos interrogations, comme un Yi-King romancé accompagnant l'humanité à travers son Histoire, chaque époque y trouvant les sources de compréhension de ce temps disloqué qui lui est propre.
    [Ce billet sur Hamlet fait partie d'une analyse plus large du roman "le temps disloqué" de Philip K Dick]
    à retrouver dans
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    • Livres 5.00/5
    Par Aline1102, le 31 mars 2012

    Aline1102
    Il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark!
    Le fantôme du défunt roi apprend à Hamlet, son fils, qu'il n'est pas mort de façon naturelle, mais assassiné par Claudius, le frère du défunt et nouveau roi du Danemark. Et Claudius a également profité de ce méfait pour épouser la veuve du roi, Gertrude.
    Choqué par ces événements et par l'inceste auquel se livre sa propre mère, Hamlet décide de se venger. Mais il ne faut surtout pas que sa conduite éveille les soupçons et que le complot qu'il prépare à son tour soit deviné. Hamlet décide donc de se faire passer pour fou.

    J'ai lu "Hamlet" pour la première fois à l'âge de 12 ans! Un peu jeune pour comprendre toutes les implications de cette pièce, j'ai quand même adoré l'ambiance générale qui se dégageait de cette lecture.
    Tout se trouve dans cette pièce, tous les sentiments humains, les plus louables comme les plus vils: l'honneur, la loyauté, le courage, l'amitié, l'inceste, le meurtre, la jalousie, le complot, la vengeance. "Hamlet" est une sorte de condensé de la société, qui illustre la manière dont la race humaine se conduit lorsqu'elle est face à un drame.
    Ce sont surtout les intériorisations des personnages qui rythment la lecture et marquent le lecteur. L'action en elle-même est très secondaire face à de longues et profondes réflexions, écrites comme des poèmes.
    Le personnage d'Hamlet en lui-même un personnage extrêmement dramatique, qui renvoit chacun de nous non seulement à sa propre conduite (ses doutes quant à la façon dont il conduit son complot peuvent s'appliquer à toute action humaine), mais également à sa propre solitude. Car malgré ses quelques amis et sa fiancée, la célèbre Ophélie, Hamlet donne l'impression d'être seul. Comme si le fait d'apprendre le meurtre de son père avait tracé une frontière invisible mais néanmoins très solide entre lui et le reste de l'humanité; comme si Hamlet était obligé de vivre loin des autres, si pas physiquement, au moins psychologiquement. On le sent perdu et on aimerait lui tendre la main pour l'aider à retrouver le chemin qu'il doit emprunter.
    Hamlet se torture suivant lui-même en se lançant dans de nombreuses réflexions sur la légitimité de sa vengeance, sur la cruauté du destin qui l'a privé de son père. Et cette torture, ajoutée à sa prétendue folie, déstabilise ses interlocuteurs, jusqu'à mener Ophélie au suicide. Un malheur de plus pour ce prince qui peut presque être considéré comme déchu, tant sa vie semble irrémédiablement gâchée.
    "Hamlet "est donc un drame, mais un drame magnifique, composé avec brio par Shakespeare, qui parvient à émouvoir son lecteur, à le révolter, à l'exalter, à lui faire ressentir une multitide d'émotions (parfois même contradictoires); tout en l'amenant à réfléchir sur sa propre place dans le monde. du grand Shakespeare!
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  • Par bib_aulnay, le 27 décembre 2011

    bib_aulnay
    Conférence de Jean Delabroy, le 15 décembre 2011 – Bibliothèque Dumont
    « Hamlet » de Shakespeare, traduit par JM Déprats, folio théâtre Bibliothèque Dumont (notes d'Edwige)
    Pièce « majuscule », rendez-vous impressionnant. Ophélie a inspiré de nombreux peintres …
    1600 : date phare dont nous sommes les héritiers car tous les problèmes des siècles à venir, quels que soient les régimes ou les nations, sont là. Cette pièce a vertu de modélisation. Jean demande donc à ses étudiants d'apprendre l'acte I par cœur... !
    Hamlet a environ 20 ans et Ophélie 15 ou 16 ans, comme toutes les héroïnes de Shakespeare. Ce jeune homme est parti faire ses études dans les prestigieuses universités européennes. Il arrive avec ses cahiers pleins de philosophie du Moyen-Age, l'immense héritage d'Artistote – la somme de St Thomas d'Aquin. Tout cela va exploser car ce n'est pas pertinent par rapport à la mort de son père
    (cela me fait penser au texte « La méthode Mila » de Lydie Salvayre, où toute la philo de Descartes explosait par rapport à la déchéance de la mère. Ses principes n'étaient d'aucun secours).
    Hamlet est obligé de changer de paradigme par rapport à la mort violente de son père.
    Avant cela, il est poète, amoureux d'Ophélie, pour qui il compose un poème fragile de quelques vers.
    Hamlet exprime la vérité dans un monde gagé par Dieu. La vérité EST (on peut être égaré, mais la vérité est disponible, c'est une parole sacrée). Il lui dit qu'Ophélie peut douter de tout, mais pas de la vérité de son amour. Que son cœur est une place incorruptible.
    L'acte I se termine sur « Time is out of joint » - le temps est désarticulé. « All is not well » : l'entrée dans les ténèbres, qui est cette cour et ses courtisans , une cour agitée par les rumeurs.
    C'est une pièce éminemment politique, un feuilletage de plans, de points de vue : sentimental, érotique, religieux, policier, métaphysique.
    Le père avait réussi à garder le royaume du Danemark. Après sa mort, problème de succession.
    La terrasse d'Elseneur est une nuit où tout le monde veille, et a la trouille.
    Le spectre est une apparition problématique car on ne peut lui faire confiance : il peut être un démon. C'est un des appels de la vengeance, pour rétablir le droit. Les 50 tragédies londonniennes écrites entre 1590 et 1630 tournent souvent autour de ce thème, sur les torts faits ; une d'entre elles se nomme d'ailleurs « la tragédie du vengeur ».
    Nous sommes dans une anthropologie négative, celle du fratricide et de l'inceste.
    Où est le sacré de l'amour ? Hamlet médite sur les draps pleins du stupre de son oncle. Ses paroles traduisent son profond dégoût et l'obscénité des actes de ce couple incestueux. Il médite aussi sur l'incroyable difficulté de vivre avec un corps : comment ne pas être dans le pêché ?
    Shakespeare nous donne à voir les deux mondes : celui des apparences, des signes extérieurs dont il faut douter et celui du dessous des cartes.
    A partir de là, tout le reste de la pièce est une descente dans un trou, et cela finit par le plateau jonché de cadavre où arrive Fortinbras II : une entrée allégorique dans un royaume où il n'y a plus rien de sacré, sans Etat, où le plus fort gagne, dans une logique précaire et informe .
    Hamlet renverse cinq siècles de culture !
    Shakespeare est un type parti de rien, un acteur, et donc est décrié par les savants de son époque, les « scholar ». Il est jalousé, pris dans des cabales.
    Il saute sur le pouvoir étrange de la RePrésentation (comme une reconstitution des faits dans les scènes policières pour que le meurtrier se dévoile) et donc Hamlet écrit une pièce où Claudius va « sortir » car il sera rempli de terreur et de pitié, envahi par l'émotion de son crime.
    Cela s'appelle une mise en abyme – à l'origine procédé pictural où le miroir montre le contrechamp de ce qui est représenté sur le tableau (on y voit parfois le peintre …) .
    Le texte écrit par Hamlet dans la pièce jouée par les comédiens de passage à Elseneur (intitulée « La tapette à souris »!) est fait pour produire la vérité. C'est une réponse sarcastique (= qui mord) , ironique de Shakespeare. Il parodie aussi les pièces de ses copains auteurs, avec des allusions aux bagarres de l'époque, et des vols d'enfants qui constituaient les choeurs dans les pièces. Il fait une mise en abyme de la fonction théâtrale.
    S'il n'y a pas de vérité : tout le monde devient un espion.
    Polonius est un vieux couillon et premier ministre, c'est donc un excellent courtisan (Lire Norbert Elias, spécialiste de cette philosophie). Il est toujours en représentation, n'a pas de vie privée. Cela oblige à la vertu (en principe!) . Il envoie son fils à l'étranger et le fait espionner : il est moderne en ce sens, car il postule qu'il n'y a pas de vérité. Il incarne le nouveau monde, où la vie est une scène, où on est toujours sous le regard de quelqu'un.
    A partir de l'acte II, tout geste est observé et Hamlet portera « an antic disposition » = le masque du fou, sous lequel il sera indéchiffrable, dissimulé.
    Mais sous le masque, il espionne ceux qui l'espionnent : une autre pièce se joue là, celle de la folie.
    Le masque a deux dimensions : c'est une tactique mais c'est aussi une liberté.
    La tactique est d'essayer de sortir Ophélie de ce jeu (Me voilà, je suis Hamlet le Danois ! Il se reconnaît une seule fois comme le roi et dit « j'aimais ta soeur » Il tend sa main … la repousse, l'humilie car il ne peut pas lui dire la vérité. Les scènes deviennent donc intenables. Il lui dit même de partir au couvent (le mot anglais signifie le couvent, mais aussi le bordel …). Shakespeare
    explore l'équivoque -toutes les possibilités du langage- , et la schizophrénie, qui fissure les êtres.
    La liberté : Hamlet dit la vérité à tous les pantins, dont ses deux copains d'école, tournés en dérision. Il s'immerge avec volupté et drôlerie dans cette liberté, comme un fou : je joue le fou, je le deviens...
    Hamlet est une figure de la mélancolie car il prend conscience que le monde n'a pas de sens. « I do not delight man » est un euphémisme.
    To be or not to be est une plongée dans la question de l'irrésolution. Car ce qui empêche qu'on se suicide, c'est qu'on ne sait pas ce qu'il y a après la mort. Et on remet à demain … (procrastination).
    Les nœuds du tragique : plus on avance, moins on a de chance de s'en sortir « on est tous faits comme des rats » cf . la tapette à souris ;-) Les paroles forment des nœuds aux conséquences mortelles.
    Dans les pièces de Shakespeare, il y a toujours les Clowns / les « bouseux » qui donnent le point de vue des morts. Dans Hamlet, les plus scrupuleux par rapport à Ophélie morte, sont les fossoyeurs (s'est-elle suicidée ou pas?) . Aux bouseux revient le vrai point de vue sur l'humanité : tout cela finit en vers de terre … anti-philosophie, anti- métaphysique (Acte V).
    On assiste encore là à une mise en abyme , une bouffonnerie drolatique et extralucide, où nous arrête peut être cette pièce, à moins que ce ne soit de l'autre côté, funèbre, sur le mot de Hamlet mourant : « le reste est silence ».

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    • Livres 5.00/5
    Par Folfaerie, le 02 juin 2010

    Folfaerie
    Je ne vous ferai pas l'affront de résumer la pièce la plus célèbre du répertoire Shakespearien, la plus longue aussi, pour vous raconter plutôt quelques anecdotes sur sa création et son interprétation.
    Les siècles ont passé mais cette pièce est certainement l'une des plus disséquées et des plus étudiées.
    L'origine d'Hamlet se perd dans les limbes de l'histoire du nord de l'Europe, pays celtes ou scandinaves, mais il est à peu près certain que Shakespeare a tiré l'essentiel de sa pièce d'un ouvrage écrit au XIIème siècle par Saxo Grammaticus (que je vous recommande d'ailleurs) qui se veut une histoire du Danemark et qui s'intitule La geste des Danois. L'un des chapitres est consacré au Prince de Jutland, Amlethus, qui simula la folie pour venger la mort de son père.
    En ce qui concerne son interprétation, les nombreuses escarmouches en France furent bien souvent le résultat des erreurs de traduction. Je ne sais pas si on trouve encore aujourd'hui la traduction d'Hamlet due à Marcel Pagnol, mais dans une excellente préface, celui-ci révèle les erreurs de traduction qui firent de la pièce un momument d'absurdités au début du XXème siècle (et à la fin du XIXè aussi d'ailleurs). Les grands sujets de discussion portèrent sur son aspect physique et sa folie.
    A titre d'exemple, voici quelques erreurs dûment relevées par M. Pagnol :
    Lors du dialogue entre Hamlet et Ophélie, au troisième acte, les propos tenus par le prince sont relativement crus et obscènes. Les traducteurs s'empressèrent donc de gommer cet effrayant aspect mais il en résulta des phrases compliquées et ridicules, et pour tout dire...incompréhensibles.
    Enfin, une erreur de traduction fut également à l'origine de discussions sans fin sur l'une des tirades les plus célèbres, et probablement d'une erreur de compréhension. Jugez plutôt : Au début de la pièce, après qu'Hamlet ait vu le fantôme de son père, il entame un monologue qui va expliquer toute sa conduite future. le vers anglais était celui-ci : "While memory holds a seat, In this distracted globe !". La plupart des traducteurs crurent qu'il s'agissait du globe terrestre, et par conséquent, le vers français n'avait aucun sens. Marcel Pagnol proposa alors une autre solution. Et si par "globe" Hamlet voulait dire sa tête, son crâne ? Après avoir vu le fantôme, il sentait qu'il devenait fou... distracted globe. On peut donc se demander si le pauvre Hamlet a simulé la folie jusqu'au bout, ou bien s'il était plutôt la proie de crises nerveuses, et de folies passagères contre lesquelles il ne pouvait rien...
    Bref, le mieux est encore de lire et de relire Hamlet, qui a toujours été une de mes pièces préférées, et que, personnellement, je considère comme le chef d'oeuvre du grand maître.
    A noter également, que parmi toutes les adaptations cinématographiques, de Laurence Olivier à Kenneth Brannagh, aucune n'a trouvé grâce à mes yeux, hormis l'adaptation de la formidable pièce de Tom Stoppard "Rozencrantz et Guilderstein sont morts" interprétés par les excellents Tim Roth et Gary Oldman. Avis aux amateurs.
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    • Livres 5.00/5
    Par Lellia, le 22 mars 2012

    Lellia
    J'ai un grave problème avec les classiques ou plutôt quand je dois donner mon avis après une lecture de classique, d'un côté j'ai parfaitement conscience que quoi que je puisse dire ce sera du vu et revu, et de l'autre avec un auteur comme Shakespeare je suis pratiquement sûre d'avoir compris à un moment ou un autre un truc de travers et par conséquent mon analyse sera forcément toute pourrie.
    Je fais donc ici le choix de la facilité, je vais donner mon avis sans me risquer à en faire une analyse (de toute manière je ne fais jamais de véritable analyse de mes lectures donc bon…) et tant pis si cela manque de piment.
    Jusqu'à présent je connaissais peu William Shakespeare en dehors d'une lecture d'une mauvaise traduction de Romeo et Juliette il y a une dizaine d'années et des adaptations cinématographiques plus ou moins réussies. Mais voilà, HAMLET s'est présenté à moi et je n'ai pas eu le culot de le repousser, d'autant plus que parfois une bonne grande tragédie ne fait pas de mal quand on a tendance à se laisser guider par les sirènes de la facilité (young adult et bit lit me voici !). Ici, on sait dès le début que l'histoire va se terminer en bain de sang, le pourquoi nous étant rapidement expliqué par le biais d'un spectre vengeur qui dénonce son assassin et pousse HAMLET à le venger. Mais voilà pour arriver à ses fins, HAMLET mime la folie, pousse son oncle à se dévoiler à demi mots, condamne sa mère par ses paroles et ses actions, commet des meurtres directs et indirects et au final on se demande si il n'a pas réellement perdu la raison. Des personnages qui pourraient n'être que de simples spectateurs finissent par prendre part à cette tragédie et la précipite encore d'avantage au fil des pages.
    La plume de William Shakespeare est bien entendu un délice et ses tirades sont de véritables délices. Un grand moment de littérature mais je reste convaincue qu'une pièce ne peut vivre qu'en étant jouée, par conséquent, j'ai hâte de pouvoir voir cette pièce sur scène.
    Prochaine étape : Othello !
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Citations et extraits

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  • Par Satine, le 24 décembre 2010

    Extrait 1 :
    Hamlet reproche à sa mère La Reine d’avoir épouser le frère de son mari récemment décédé et de ne point porter le deuil. A l’évidence Hamlet lui en tient rigueur :
    La Reine : « Qu’y a-t-il dans ton cas qui te semble si singulier ?
    Hamlet : - Qui me semble, madame ? Oh non : qui est ! Je ne sais pas ce que sembler signifie ! Ce n’est pas seulement mon manteau d’encre, ma chère mère, ni ce deuil solennel que l’on porte selon l’usage, ni les vains geignements des soupirs forcés, ni les fleuves intarissables nés des yeux, et non plus l’air abattu des visages ou rien qui soit une forme ou un mode ou un aspect du chagrin, qui peut me peindre au vrai. Ce ne sont là que semblance en effet, ce sont là les actions qu’un homme peut feindre, les atours, le décor de la douleur, mais ce que j’ai en moi, rien ne peut l’exprimer.
    Le Roi : - C’est votre bon, votre louable naturel, Hamlet, qui rend à votre père ces devoirs funèbres. Mais, ne l’oubliez pas, votre père perdit un père, ce père avait perdu le sien ; et, s’il convient que par pitié filiale le survivant garde un moment la tristesse du deuil, s’obstiner dans cette affliction, c’est faire preuve d’entêtement impie, d’un chagrin indigne d’un homme, c’est marquer une volonté contraire au Ciel, un cœur sans énergie, une âme sans frein, un jugement débile et inéduqué. Car ce que nous savons qui doit advenir, ce qui est ordinaire autant que la chose la plus commune, pourquoi nous faudrait-il, dans notre absurde révolte, le prendre à cœur ? Allons donc, c’est pécher contre le ciel, pêcher contre les morts et contre la nature, et c’est absurde surtout devant la raison, dont le lieu commun est la mort des pères, elle qui toujours a crié, depuis le premier mot jusqu’à aujourd’hui, « Il doit en être ainsi »… Jetez, nous vous en prions, cet impuissant chagrin dans la poussière […]
    Hamlet (seul) : - O souillures, souillures de la chair ! Si elle pouvait fondre, et se dissoudre et se perdre en vapeurs ! Ou encore, si l’Eternel n’avait pas voulu que l’on ne se tue pas soi-même ! O Dieu, ô Dieu, qu’épuisant et vicié, insipide, stérile me semble le cours du monde ! [...] En être là ! Et seulement deux mois après sa mort. Deux mois ? Non, même pas. Un roi, si grand qui fut à celui-ci ce qu’Hypérion est au satyre ; et pour ma mère, si tendre qu’il ne permettait pas que les vents du ciel passent trop durement sur son visage. Cieux et terre ! Est-ce à moi de m’en souvenir ? Quoi, elle se pendait à lui comme si son désir d’être rassasié ne cessait de grandir, et pourtant, en un mois… Que je n’y pense plus ! Faiblesse, tu es femme ! Un petit mois. Ces souliers ne sont pas usés avec lesquels elle a suivi son triste corps. […] Un simple mois, et avant que le sel des larmes menteuses eût cessé d’irriter ses yeux rougis, elle se remariait. Oh, quelle hâte criminelle, de courir si ardemment aux draps incestueux ! »

    Extrait 2 :
    Hamlet voyant le spectre de son père :
    Hamlet : « Ministre de la grâce, anges, secourez-nous ! Que tu sois un élu ou un démon, que tu apportes l’air céleste ou les bouffées de l’enfer, que tes fins soient malignes ou charitables, tu viens sous un aspect si mystérieux que je te parlerai, que je te nommerai Hamlet, mon roi, mon père et Danemark ! Oh, réponds-moi ! Ne fais pas que j’étouffe d’ignorance, dis pourquoi tes os bénis dans leur coffre funèbre ont percé leur linceul ? Et pourquoi le sépulcre, dans lequel je t’ai vu reposer en paix, a soudain desserré ses mâchoires de marbre pour te jeter ici-bas ? O toi corps mort et de nouveau debout dans l’acier, que veut dire que tu viennes revoir les lueurs de la lune, et faire affreuse la nuit, et nous, les dupes de Nature, si durement nous ébranler dans tout notre être par des pensées que l’âme n’atteint pas ? Pourquoi cela, pourquoi ? Dis, que veux-tu de nous ? »
    […]
    Le spectre : Je suis l’esprit de ton père, condamné pour un certain temps à errer la nuit, et à jeûner le jour dans la prison des flammes tant que les noires fautes de ma vie ne seront pas consumées. Si je n’étais astreint à ne pas dévoiler les secrets de ma geôle, je pourrais te faire un récit dont le moindre mot déchirerait ton âme, glacerait ton jeune sang, arracherait tes yeux comme deux étoiles à leur orbite, et déferait tes boucles et tes tresses, dressant séparément chaque cheveu comme un piquant de l’inquiet porc-épic. Mais le savoir de l’éternel est refusé aux oreilles de chair et sang. […] Ecoute, Hamlet, on a dit que, dormant dans mon verger, un serpent me piqua. Et tout le Danemark est ainsi abusé, grossièrement, par cette relation menteuse. Mais, mon fils, toi qui es jeune et qui es noble, sache-le : le serpent dont le dard tua ton père porte aujourd’hui sa couronne. »

    Extrait 3 :
    Hamlet se fait passer pour fou afin de pouvoir davantage berner son oncle. Sa tendre amie Ophélie le découvre ainsi en proie à sa folie :
    Ophélie : « Oh ! Quelle âme noble voici détruite ! Les manières d’un prince, la parole d’un savant, et le glaive d’un soldat, l’espérance et la fleur d’un heureux royaume, le miroir du haut goût, le modèle de l’élégance, le centre de tous les regards, tout cela, tout cela brisé, et moi, de toutes les femmes la plus accablée, la plus triste, ayant goûté au miel de ses beaux serments, voir maintenant cette raison noble et royale comme un doux carillon désaccordé gémir, et cette grâce sans rivale, cette jeunesse fleurie dans l’égarement se flétrir ! Oh ! Quel est mon malheur d’avoir vu ce que je voyais, et de voir maintenant ce que je vois ! »

    Extrait 4 :
    Le Roi prenant conscience de son crime :
    Le Roi : « Oh, mon crime est fétide, il empeste le ciel, la plus vieille malédiction, celle du premier fratricide, pèse sur lui ! Et je ne peux prier ! Si grands soient mon désir et ma volonté, la grandeur de ma faute les accable et comme un homme astreint à deux travaux je demeure hésitant au lieu d’entreprendre et ne fais rien. Pourtant, cette main maudite, serait-elle doublée dans son épaisseur par le sang fraternel, n’y a-t-il pas assez de pluie aux cieux cléments pour la laver et la faire aussi blanche que la neige ? La merci, c’est de considérer le péché en face, et la prière, n’est-ce pas la vertu double qui peut nous retenir au bord de la faute ou nous en vaut le pardon ? Je pourrais relever la tête, mon péché serait aboli… Hélas ! Quelle prière me conviendra ? « Pardonne-moi mon horrible meurtre » ? Certes non s’il est vrai que je jouis encore de ce gain dont l’appât me fit meurtrier, ma couronne, ma reine et l’éclat du pouvoir. Peut-on trouver le pardon sans se détacher du crime ? De par les voies corrompues de ce monde, la main du crime pleine d’or peut bien écarter la justice, et souvent l’on voit le gain même de l’acte réprouvé permettre d’acheter le pardon de la loi, mais il en va là-haut tout autrement. Là, plus de faux-fuyants, là nous sommes astreints, devant la face grimaçante de nos fautes, à nous justifier… Alors, que reste-t-il ? Essaierais-je du repentir ? Oui, que ne peut-il pas ? Mais aussi que peut-il quand on ne peut se repentir ? O situation misérable ! O conscience noire comme la mort ! Ame engluée qui, en se débattant pour se libérer, s’enlise de plus en plus ! Anges, secourez-moi ! Essayez, mes genoux rétifs, de vous plier, et vous, fibres d’acier de mon cœur, devenez les tendres nerfs de l’enfant nouveau-né… Tout va changer, peut-être. »

    Extrait 5 :
    Hamlet tentant de montrer à sa mère l’erreur qu’elle a commise en épousant le frère de son mari :
    La Reine : « Qu’ai-je fait pour que tu oses darder ta langue si durement contre moi ?
    Hamlet : - Un acte tel qu’il souille de la pudeur la rougeur aimable, taxe d’hypocrisie la vertu, arrache la rose du tendre front d’un innocent amour et y imprime son fer ! Oh, une action qui fait du voeu nuptial le même mensonge qu’un serment de joueur, et qui retire de tout contrat son âme, et de la douce religion fait un vain bruit de mots ! En rougit la face du ciel, et la compacte et l’impassible lune, le visage enflammé comme à la veille du Jugement, en est malade de dégoût.
    La Reine : - Dieu, quelle est cette action qui tonne et qui rugit dans ce prologue ?
    Hamlet : Regardez ce tableau, puis celui-ci ! Ce sont les portraits de deux frères, et voyez quelle grâce était sur ce front ! Les boucles d’Hypérion ! De Jupiter ! Le front de Mars cet œil qui commande et menace, et la prestance de Mercure, le messager, quand il se pose sur un faîte auprès du ciel. En vérité ce fut une alliance, une forme où chaque dieu semblait y apposer son sceau pour faire à l’univers la promesse d’un homme. Il fut votre mari… Maintenant, voyez l’autre, votre nouveau mari, la nielle noire qui a détruit le bon grain. Etes-vous aveugle, avez-vous pu quitter la superbe montagne pour paître dans ce marais ? Ah ! Etes-vous aveugle ? Ne dîtes pas que c’est par amour : à votre âge l’ardeur du sang se calme et, maîtrisée, se fie à la raison. Et quelle raison choisirait celui-ci après celui-là ? Vous avez des sens, sinon vous seriez inerte, mais vos sens sont paralysés, sûrement. Car la folie ne délire jamais ni ne trouble les sens au point de ne savoir même plus distinguer êtres si dissemblables. Quel démon vous a ainsi dupée à colin-maillard ? Les yeux sans le toucher, le toucher sans la vue, les oreilles sans yeux ni mains, l’odorat seul, la plus faible partie d’un unique vrai sens ne serait pas si stupide. Honte, rougiras-tu ? Et toi, enfer rebelle, si tu peux secouer les os d’une matrone, que la vertu ne soit pour l’ardente jeunesse qu’une cire, qui fonde dans son feu ! Plus de vergogne quand bondira la passion dévorante, puisque le gel lui-même est un feu si vif et la raison l’entremetteuse du désir !
    La Reine : - Hamlet, tais-toi ! Tu tournes mon regard vers le fond de mon âme et j’y vois de si noires taches, dont la teinte ne disparaîtra plus !
    Hamlet : - Oui et cela pour vivre dans la rance sueur d’un lit graisseux, et croupir dans le stupre, et bêtifier, forn
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  • Par Satine, le 15 mai 2011

    Le Roi : « Oh, mon crime est fétide, il empeste le ciel, la plus vieille malédiction, celle du premier fratricide, pèse sur lui ! Et je ne peux prier ! Si grands soient mon désir et ma volonté, la grandeur de ma faute les accable et comme un homme astreint à deux travaux je demeure hésitant au lieu d’entreprendre et ne fais rien. Pourtant, cette main maudite, serait-elle doublée dans son épaisseur par le sang fraternel, n’y a-t-il pas assez de pluie aux cieux cléments pour la laver et la faire aussi blanche que la neige ? La merci, c’est de considérer le péché en face, et la prière, n’est-ce pas la vertu double qui peut nous retenir au bord de la faute ou nous en vaut le pardon ? Je pourrais relever la tête, mon péché serait aboli… Hélas ! Quelle prière me conviendra ? « Pardonne-moi mon horrible meurtre » ? Certes non s’il est vrai que je jouis encore de ce gain dont l’appât me fit meurtrier, ma couronne, ma reine et l’éclat du pouvoir. Peut-on trouver le pardon sans se détacher du crime ? De par les voies corrompues de ce monde, la main du crime pleine d’or peut bien écarter la justice, et souvent l’on voit le gain même de l’acte réprouvé permettre d’acheter le pardon de la loi, mais il en va là-haut tout autrement. Là, plus de faux-fuyants, là nous sommes astreints, devant la face grimaçante de nos fautes, à nous justifier… Alors, que reste-t-il ? Essaierais-je du repentir ? Oui, que ne peut-il pas ? Mais aussi que peut-il quand on ne peut se repentir ? O situation misérable ! O conscience noire comme la mort ! Ame engluée qui, en se débattant pour se libérer, s’enlise de plus en plus ! Anges, secourez-moi ! Essayez, mes genoux rétifs, de vous plier, et vous, fibres d’acier de mon cœur, devenez les tendres nerfs de l’enfant nouveau-né… Tout va changer, peut-être. »
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  • Par Theoma, le 29 novembre 2010

    Maintenant grave dans ta mémoire ces quelques préceptes. Refuse l'expression à tes pensées et l'exécution à toute idée irréfléchie. Sois familier, mais nullement vulgaire. Quand tu as adopté et éprouvé un ami, accroche-le à ton âme avec un crampon d'acier ; mais ne durcis pas ta main au contact du premier camarade frais éclos que tu dénicheras. Garde-toi d'entrer dans une querelle ; mais, une fois dedans, comporte-toi de manière que l'adversaire se garde de toi. Prête l'oreille à tous, mais tes paroles au petit nombre. Prends l'opinion de chacun ; mais réserve ton jugement. Que ta mise soit aussi coûteuse que ta bourse te le permet, sans être de fantaisie excentrique ; riche, mais peu voyante ; car le vêtement révèle souvent l'homme ; et en France, les gens de qualité et du premier rang ont, sous ce rapport, le goût le plus exquis et le plus digne. Ne sois ni emprunteur, ni prêteur ; car le prêt fait perdre souvent argent et ami, et l'emprunt émousse l'économie. Avant tout, sois loyal envers toi-même ; et, aussi infailliblement que la nuit suit le jour, tu ne pourras être déloyal envers personne.
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  • Par Eliza-Bennett, le 17 février 2010

    Doute que les étoiles soient de feu,
    Doute que le Soleil se meut,
    Doute que la verité mente elle-même
    Mais ne doute pas que je t'aime.
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  • Par iarsenea, le 26 octobre 2011

    S'ils sont nés (ce dont ils ne sont pas coupables, car la créature ne choisit pas son origine) avec quelque goût extravagant qui renverse souvent l'enceinte fortifiée de la raison, ou avec une habitude qui couvre de levain les plus louables qualités, ces hommes, dis-je, auront beau ne porter la marque que d'un seul défaut, livrée de la nature ou insigne du hasard, leurs autres vertus (fussent-elles pures comme la grâce et aussi infinies que l'humanité le permet) seront corrompues dans l'opinion générale par cet unique défaut. Un atome d'impureté perdra la plus noble substance par son contact infamant.
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