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Pierre Leyris (Traducteur)John Davies Jump (Préfacier, etc.)F. N. Lees (Auteur du commentaire)
ISBN : 2080706683
Éditeur : Flammarion (1993)

Note moyenne : 4/5 (sur 258 notes)
Résumé :
CALIBAN

Sois sans crainte! L'île est pleine de bruits, De sons et d'airs mélodieux, qui enchantent Et ne font pas de mal. C'est quelquefois Comme mille instruments qui retentissent Ou simplement bourdonnent à mes oreilles, Et d'autres fois ce sont des voix qui, fussé-je alors A m'éveiller après un long sommeil, M'endorment à nouveau; - et dans mon rêve je crois que le ciel s'ouvre; que ses richesses Vont se répandre sur moi... A mon réveil, J'ai bien ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
Nastasia-B06 février 2013
  • Livres 4.00/5
Une pièce superbe. Une écriture vive et belle, malgré les altérations subies par l'anglais depuis lors et l'outrage que constitue toute tentative de traduction, quelle qu'elle soit.
Comment voulez-vous rendre en polonais, en laotien, en swahili, en hindi ou en piètre français des formules aussi sublimes que :
« We are such stuff as dreams are made on ; and our little life is rounded with a sleep… »
Pour vous en convaincre, essayez donc de traduire en anglais le fameux « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». Vous obtenez des choses miteuses dans le genre : « Triumph without peril brings no glory » ou bien « In conquering without danger we triumph without glory. » ou bien alors l'indigent « To win without risk is to triumph without glory » ou encore l'horrible « If one beats without difficulty, one triumphs without glory ». Bref, des bredouillis insoutenables et incomparables en force et en beauté à l'original. (J'aurais pu choisir pour ma démonstration tout autre formule merveilleuse comme « Mais pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes » ou « Couvrez ce sein que je ne saurais voir »)
Il ne faut pas espérer mieux en retour quand on s'immisce sur les terres anglophones, ou quelque terres que ce soit, d'ailleurs. Comme l'exprime si bien Umberto Eco, on ne peut s'efforcer que de dire « presque la même chose », avec tout l'abîme contenu dans le « presque ».
Il nous faut donc nous contenter, nous autres francophones, de « presque » la même pièce, avec « presque » la même force et « presque » la même émotion.
Il n'en demeure pas moins, même en français, une belle pièce, que l'on pourrait qualifier de tragi-comédie, un peu à la façon de Lope de Vega, d'aucuns disent également qu'il s'agit d'une romance. Peu importe la case dans laquelle on la glisse, l'important est ce qu'il y a dedans.
Prospéro était, il y a des années de cela, le légitime duc de Milan. Il a été dépossédé de son titre par son frère Antonio avec la complicité du roi de Naples, Alonso. Échappant de peu à la mort, Prospéro et sa toute jeune fille Miranda échouent sur une île quasi déserte, à l'exception d'une sorcière et de son diable de rejeton Caliban. Durant de nombreuses années, avec ses quelques livres, au fond de sa grotte, Prospéro a le temps de s'adonner à son art des sciences occultes et acquiert même une certaine dextérité en matière de magie. Il a aussi le temps de voir grandir sa fille et de constater l'échec de sa tentative d'éducation du petit sauvage Caliban.
Vient ensuite le moment où Prospéro, qui s'est rendu maître d'un certain nombre d'esprits en tout genre, décide de rentrer en possession de son bien, le duché de Milan. Pour se faire, il organise avec son esprit de main Ariel, le naufrage du bateau royal d'Alonso, lequel, avec toute sa suite s'était rendu au mariage de sa fille avec le roi de Tunis.
Le fils du roi Alonso, Ferdinand, l'un des seuls à conserver un coeur pur est l'objet des soins de Prospéro, qui souhaite une union entre sa fille Miranda et lui…
Complots, machiavélisme à tout crin émaillent cette histoire, mais aussi des scènes carrément burlesques, notamment sous la houlette de Stéphano, le sommelier ivrogne et de Trinculo, le bouffon d'Alonso.
CQFD, ferments tragédiens + comédie = tragi-comédie. Et je dois reconnaître qu'elle est suffisamment riche pour donner lieu à de multiples interprétations. La première, et la plus classique, consiste à considérer chaque personnage un peu comme un symbole ou une allégorie d'un trait de la nature humaine avec ses multiples facettes, parfois noble, désintéressée et sublime, parfois fourbe, arriviste et pendable.
On peut encore y voir une allégorie du colonialisme et de la nature féroce des rapports qu'entretiennent les autochtones et les colonisateurs.
Mais on peut aussi, bien que je ne rejette en rien les autres interprétations, y voir un clin d'oeil propre de William Shakespeare, dont on sait qu'il s'agit probablement de sa dernière pièce, suite à son choix de se retirer de la scène. le personnage de Prospéro prend alors une tout autre dimension et c'est alors, l'auteur lui-même que l'on voit poindre à travers lui. Prospéro, l'homme du livre et du savoir, qui règle ses vieux comptes avec ses pairs. Prospéro qui s'en retourne sur ses terres, loin de la sauvagerie. (Il faut alors entendre que c'est Londres, la terre de sauvagerie et d'empoignade, et que lui retourne dans son paisible pays natal de Statford, tout comme Milan représente le paisible âge d'or pour Prospéro.)
On peut y lire aussi que Prospéro ne se fait pas d'illusions sur la nature humaine, il sait qu'elle peut être belle et noble, mais aussi félonne et impitoyable. Lui range ses sortilèges tout comme Shakespeare plie ses gaules et quitte le théâtre, sur une note d'espoir, avec un peu d'humour, mais sans trop y croire tout de même.
Mais de tout ceci, vous aurez noté qu'il ne s'agit que de mon interprétation, c'est-à-dire, pas grand-chose, car nous sommes de la même étoffe dont sont faits les songes, et que notre petite vie est cernée de sommeil…
P. S. : la fabuleuse tirade de Prospéro de l'Acte IV, Scène 1 est un monument difficilement égalable que je vous retranscris tel quel :
Like the baseless fabric of this vision, the cloud-capped towers, the gorgeous palaces, the solemn temples, the great globe itself, yea, all wich it inherit, shall dissolve, and, like this unsubstantial pageant faded, leave not a rack behind : we are such stuff as dreams are made on ; and our little life is rounded with a sleep...
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PiertyM
PiertyM14 août 2014
Franchement le titre m'a longtemps repoussée à lire cette pièce, je m'attendais à y trouver des histoires du genre où la tempête se lève et des matelots doivent simplement y faire face... Or la tempête, ici, est une entité à part entière agissant sur le passé qui renaît de ses cendres, du présent qui s'agite comme la tempête elle-même et du futur qui est la somme d'une soif de vengeance et de l'interpellation à l'indulgence...
Derrière la tempête se cache une histoire, celle de maître Prospero, maître parce qu'il est non seulement le chef suprême de l'île mais il est aussi le possesseur de la nature, il domine sur les êtres et sur les esprits allant jusqu'à engendrer une tempête, en complicité de son humble serviteur Ariel, qui est un esprit capable de s'incarner en toute chose visible ou invisible.
Derrière cette tempête, Prospero est le maître du jeu, il tire les ficelles à sa guise, il déplace les hommes, les esprits les vagues comme des pions qui doivent tous chuter dans son panier de vengeance.
Bannis avec sa fille de Milan par son propre frère et jeté comme un traître dans un bateau de fortune en mer, Prospero se retranche dans cette île isolée où il mène une lutte acharnée avec la sorcière Sycorax, vainqueur, il devient le chef de l'île... Pendant que le vaisseau du roi, avec tous ses sujets est en mer, Prospero soulève une tempête et laisse le bateau faire naufrage afin que les naufragés se retrouvent sur son île et qu'il mette à exécution tous ses plans conçus avec délicatesse...
Prospero, le maître du jeu, segmente les naufragés selon ses objectifs, notamment en les entraînant chacun à révéler sa vraie nature, aussi découvre-t-on de la traîtrise, l'esprit malin du crime, l'histoire du bannissement de Prospero... de l'amour aussi...tout se dévoile devant le roi... A l'instar de tout, les jeux de notre maître ont permis à chaque personnage de se regarder comme dans un miroir et de se faire une rétrospection.
Vraiment un petit bijou à découvrir!!!

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Darkcook
Darkcook03 décembre 2012
  • Livres 5.00/5
Une oeuvre qui m'est chère, mon avatar Babelio en témoigne. C'est avec elle que je me relevai, sur le plan des études littéraires, après une très longue passe morose, de doutes quant à ma compatibilité avec la littérature. C'est avec la lecture de la Tempête et le cours qui allait avec que je vécus une renaissance littéraire et humaine qui n'a jamais cessé depuis, que j'arrivai jusqu'au Master, dévorant polars et tragédies à n'en plus pouvoir.
Je ne connaissais rien de la pièce lors de sa lecture, et je la voyais comme une tragédie. le poids immense des paroles de Prospéro, exilé, qui s'apprête à prendre sa revanche, déchaîner les éléments et le spectacle, était pour moi le même que celui d'Hamlet. J'ignorais qu'il s'agissait d'une des fameuses pièces à problème, tragi-comédie, inclassable... Et tant mieux. L'équilibre est parfait, la gravité tragique cède la place à l'entente, les moments de comédie sont réussis et compatibles avec les évènements... le chant du cygne de Shakespeare, et un de ses chefs d'oeuvre, sur lui-même, en tant qu'artiste, dramaturge, metteur en scène, créateur, démiurge, sur nous tous, artistes et artophiles.
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loreleirocks
loreleirocks03 janvier 2014
  • Livres 4.00/5
Voici une pièce qui, parmi les quelques oeuvres de Shakespeare que j'ai lues, me semble assez différente. Tout d'abord parce que bien que tragicomique, elle n'est pas aussi tragique, ni aussi comique que ses autres tragédies et comédies. Elle me paraît cependant bien plus sérieuse dans le fond. Et elle se déroule dans un seul lieu et linéairement. Même le langage est d'une apparente simplicité.
La raison de ma relecture influence sans doute cette impression : dans le cadre d'un séminaire sur l'écocritique et Shakespeare, me voilà lancée dans la recherche d'un thème à exploiter dans un extrait d'oeuvre de Shakespeare afin de le mettre en parallèle avec un autre extrait autour du même thème, d'un point de vue écocritique. J'ai choisi The Tempest pour sa quasi absence de critique de la société élizabethaine et parce que c'est ma préférée.
Elle me paraît cette fois comme une réflexion sur les effets de la colonisation, les interactions humaines et entre l'homme et la nature.
Outre les interventions comiques des quelques personnages et la vengeance de Prospero envers ceux qui l'ont trahis, mon intérêt s'est focalisé sur les relations de Prospero et Ariel d'une part et Prospero et Caliban de l'autre. Bien que Prospero soit toujours qualifié positivement, tant bien dans son caractère que dans son utilisation de la magie, Shakespeare laisser percer l'oppression que Prospero fait subir aux habitants de l'île sur laquelle il s'est échoué, qu'ils soient animaux, végétaux, esprits ou humains. Il exploite les connaissances de l'île et de ses ressources offertes par Caliban, et en fait son esclave, qui tout aussi sauvage soit-il exprime son île avec plus de poésie que de plus nobles personnages. Ariel aussi. Sous prétexte de l'avoir délivré d'un sortilège jeté par la mère de Caliban, Prospero l'utilise afin de mener à bien sa vengeance, faisant miroiter sa libération à plusieurs reprises. Sans jamais remettre en question son attitude dominante basée sur ses livres et sa magie.
L'île est aussi décrite selon differentes perceptions et conceptions. Pour Prospero, sans l'aide de Caliban et Ariel pour l'exploiter, est déserte et peu propice à l'homme. Pour Caliban et Ariel, elle est verte et abondante, riche en vie, selon le goût et l'esthétique de l'homme européen ou pas, elle est pleine de beauté subtile.
On voit en cette pièce Shakespeare tirant sa révérence, à travers l'épilogue de Prospero. On pourrait peut-être aussi voir dans son départ de l'île et l'abandon de sa magie, comme dans sa libération d'Ariel, une prémonition sur les effets de la colonisation qui, à l'époque de l'écriture de The Tempest, se propage en Amérique.
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Satine
Satine30 juin 2016
  • Livres 4.00/5
Le livre de poche de la collection Folio théâtre que j'ai acheté est plus que complet. Il débute par une longue préface d'Yves Bonnefoy qui analyse certaines parties de l'histoire à l'aide d'autres de Shakespeare. le roman, quant à lui est bilingue ici : l'oeuvre originale à gauche, l'oeuvre traduite en français par Bonnefoy à droite. Ceci est très intéressant d'ailleurs car on se demande d'abord pourquoi les vers en français ont cette coupe un peu aléatoire, mais on se rend compte qu'elle est identique en anglais et que ce n'est pas à cause des rimes car il n'y en a pas. Un dossier complet finit le livre, Bonnefoy y relate la bibliographie de Shakespeare, les sources et références ainsi que de nombreuses notes sur les représentations de la pièce à l'époque de Shakespeare mais aussi sur les choix des traductions qu'il a faits.
Résumé : L'ancien duc de Milan Prospéro et sa petite fille ont été exilés sur une île déserte. Prospéro a été trahi par son propre frère qui lui a volé son poste. Il survit pendant de nombreuses années sur cette île avec sa fille Miranda et un esprit Ariel doté de pouvoirs magiques. Prospéro va alors utiliser plusieurs sortilèges pour faire échouer le bateau transportant ses ennemis et les ramener sur l'île afin d'assouvir sa vengeance.
Cette histoire est plus qu'originale pour Shakespeare pour plusieurs raisons.
Si le terrible naufrage n'est pas une nouveauté puisqu'il a déjà été exploité dans "le soir des rois", il est ici bien plus malveillant, plus sombre car les rescapés se retrouvent sur une île déserte où ils doivent survivre, dispersés, pensant que les autres sont tous morts. C'est d'ailleurs un judicieux parallèle avec ce qui s'était passé des années auparavant pour Prospéro et sa fille Miranda.
Le rôle de la seule femme est ici mineure alors que bien souvent Shakespeare met les femmes de ses romans en avant.
La magie est employée dans toute sa splendeur, les sortilèges sont le sang de cette histoire. C'était le seul moyen pour Prospéro, perdu sur une île déserte, d'assouvir sa vengeance, de faire payer aux responsables son exil forcé avec sa fille. Par quel autre moyen aurait-il pu accéder aux vies humaines sur le bateau lointain pour leur tendre son piège machiavélique ?
Il est difficile au début de retrouver toute la beauté et la malice de Shakespeare. Mais plus on avance dans la lecture, plus les monologues deviennent subtils et beaux, certaines répliques sont vraiment drôles et dans mes choix pour les extraits ci-dessous j'ai essayé de vous mettre un joli panachage de ce qui m'a plu. J'ai trouvé que par rapport aux autres oeuvres lues, l'histoire mettait plus de temps à se mettre en place et à passionner le lecteur mais le milieu et la fin sont vraiment intéressants, donc soyez patients et laissez-vous sublimer par les pouvoirs de Prospéro. Bon spectacle !
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Citations & extraits (60) Voir plus Ajouter une citation
SatineSatine30 juin 2016
Extraits :
Acte I Scène 2 :
Prospéro à Miranda :
Mon art, repose ici.
Et toi, essuie tes yeux, console-toi,
Car l'horrible spectacle de ce naufrage
Qui éveilla ta compassion, si vertueuse,
Mon art, ma clairvoyance l'ont réglé
Si précautionneusement que pas une âme
N'en a pâti ; et que sur ce vaisseau
Où l'on criait si fort et que tu vis sombrer
Personne n'a perdu pas même un cheveu.

Ton oncle, quand un jour il fut passé maître
Dans l'art de satisfaire ou de rejeter les requêtes,
Favorisant un tel, empêchant tel autre
De se pousser trop haut, eh bien, il fit siens mes hommes,
Il les changea, il en fit d'autres êtres,
Il eut la clef du clerc comme du bureau,
Il fit de tous les coeurs, partout dans l'Etat,
Les cordes de sa musique, bref, il devint
Li lierre qui couvrit mon tronc princier,
Et en tarit la sève...
[...]
Fais bien attention, je te prie !
Comme je négligeais les choses du monde,
Tout à cette retraite dont j'attendais
Le perfectionnement de mon esprit
Par cette science qui, d'être trop secrète,
Passe certes l'entendement des gens du commun,
J'éveillai dans mon frère, ce déloyal,
Sa mauvaise nature ; ma confiance même,
Comme celle d'un trop bon père, fit naître en lui
En sens inverse, une traîtrise égale
A cette fois qui n'avait pas de bornes,
Hélas, non, pas de bornes ! Et lui, le maître
Ainsi de tout, prérogatives, revenus,
Et qui mentait si bien qu'à force de mentir
Il corrompit sa mémoire elle-même
Qui l'assura qu'était vrai son mensonge,
Lui, donc, ne douta plus qu'il était le duc
Donc il avait les dehors, le pouvoir,
Et, ambitieusement, de plus en plus...

[...]
Miranda
Mais comment se fait-il
Qu'on ne nous ait pas tués, cette nuit-là ?

Prospéro
Bonne question, ma fille. Mon récit
Y incite, c'est sûr. Ils n'osèrent pas, mon aimée,
Mon peuple m'aimait trop. Ils se gardèrent
De teindre leur méfait de sang, ils voulurent peindre
Un horrible projet de belles couleurs,
Bref, ils nous ont jetés dans une barque
Et conduit à des lieues au large, où attendait
Par leurs soins un rafiot, coque pourrie,
Sans voilure, sans mâts, et que les rats même
Avaient abandonnée, d'instinct. Là ils nous laissèrent
A pleurer dans la mer qui, en retour,
Nous hurlait ses clameurs ; à gémir dans les vents
Dont la pitié, c'était de gémir de même
Mais sans trop nous secouer, comme avec amour.

Miranda
Las, quelle gêne
Je dus être pour vous !

Prospéro
Tu fus un ange,
C'est toi qui me sauvas. Tu souriais,
Forte d'une assurance venue des cieux,
Alors que moi j'agrémentais la mer
D'un supplément de sel avec les larmes
Que mon fardeau m'arrachait. C'est toi
Qui me mis coeur au ventre, qui me donnas
L'énergie d'affronter ce qui allait suivre.

Acte II Scène 1
Alonso
Tais-toi, de grâce ! Tes discours ne me sont de rien.

Gonzalo
J'en crois aisément Votre Grandeur. Et je ne parlais de la sorte que pour donner occasion de plaisanter à ces gentilshommes, qui ont la rate si sensible et primesautière que c'est leur habitude de rire à propos de rien.

Antonio
De rien, en effet, puisque c'est de vous que nous rions.

Gonzalo
De moi qui ne suis rien auprès de vous pour le persiflage, en effet. Si bien que vous pouvez continuer de rire à propos de rien.

Antonio
Voilà qui est porter un bon coup !

[...]

Ariel qui chante à l'oreille de Gonzalo
Pendant que tu dors ici
D'autres veillent, qui ont ourdi
Un complot contre ta vie.
Si tu tiens à ton existence
Réveille-toi, prends conscience.
Debout, debout !

Acte II Scène 2

Stéphano
Si tu es bien Trinculo, sors de là-dessous. Je vais te tirer par tes jambes les plus courtes... Si jambes de Trinculo il y a, il faut que ce soit celles-là. (Il le tire de sous le manteau) Trinculo ! Du pur Trinculo, ma parole ! Comment t'y es-tu pris pour te faire l'étron de ce rejeton de la lune ? Est-ce qu'il chierait des Trinculos ?

Acte III Scène 1

Ferdinand
Il est des exercices bien éprouvants
Mais dont pourtant la durée rehausse
Un plaisir qu'on y trouve ; des abaissements
Que l'on endure sans déchoir ; et d'extrêmes misères
Qui peuvent enrichir. Cette basse besogne
Me serait aussi accablante qu'odieuse
Si la maîtresse que je sers ne donnait vie
A la mort même, et ne transformait mon épreuve
En véritables délices.

[...]

Ferdinand
Miranda admirable ! La cime
De mon pouvoir d'admirer ! Miranda l'égale
De tout ce qui au monde a le plus de prix !
J'ai regardé bien des dames avec faveur,
Et bien des fois mon oreille trop prompte
S'est asservie à la musique de leur voix.
Pour diverses vertus j'ai aimé plusieurs femmes,
Jamais pourtant d'un coeur assez comblé
Pour ne pas voir que tel défaut, tel autre,
En combattraient, en désarmaient la grâce.
Mais vous, mais vous ! Parfaite, incomparable,
Vous êtes faite du meilleur de tous les êtres.

Miranda
Je n'en connais aucun autre.
D'aucun visage de femme je n'ai mémoire
Si ce n'est du mien, en miroir. Et je n'ai vu non plus
Aucun être que je puisse nommer un homme
Sauf vous, mon doux ami, et mon cher père.
A quoi ressemble-t-on ailleurs qu'ici,
Je n'en sais rien ; mais ma virginité
En soit témoin, qui est mon seul joyau,
Je ne voudrais d'autre compagnon, dans ce monde,
Que vous ; et je n'imagine aucune figure
Que je puisse aimer, sauf la vôtre... Mais j'ai parlé
Trop impulsivement, et j'en ai oublié
Les prescriptions de mon père.

Ferdinand
De mon état je suis prince, Miranda,
Et je crois même, bien à regret,
Que je suis roi maintenant ; et pas davantage
Fait pour souffrir cette corvée de bois
Que garder sur ma bouche la mouche à viande.
Mais écoute ce que mon âme te déclare.
Dès le premier instant où je t'ai vue
Mon coeur fut à tes pieds. C'est pour te servir
Qu'il m'y retient, ton esclave. Et c'est pour toi
Que je suis ce patient déplaceur de bûches.

Miranda
M'aimez-vous donc ?

Ferdinand
O ciel, ô terre, soyez témoins de ma parole
Et donnez-lui fortune aussi favorable
Que sa pensée est sincère ! Mentirais-je,
Que meurent mes plus hautes espérances !
Oui, je vous aime, je vous estime, je vous honore
Par-dessus tout ce qui existe au monde.

Miranda
Quelle folle je suis !
Pleurer à ce qui me fait tant plaisir !

Prospéro à part
Belle, heureuse rencontre
De coeurs de la qualité la plus rare !
Puisse le Ciel verser toutes ses grâces
Sur ce qui prend naissance entre ces deux êtres !

Acte IV Scène 1
Prospéro
Si j'ai châtié avec trop de rigueur,
Te voici bien dédommagé ! Car moi,
C'est un tiers de ma vie que je te donne,
Sinon sa raison d'être : bien, reçois-la
De mes mains, à nouveau. Toutes ces vexations
N'étaient que pour sonder ton amour, et tu as
Supporté l'épreuve à merveille. Devant le Ciel
Je te confirme donc mon précieux présent.
Oh, Ferdinand,
Ne souris pas que j'aie tant de fierté d'elle !
Tu le découvriras, Miranda passe toutes louanges,
Sa perfection les essouffle.

Acte V Scène 1
Prospéro
Mon entreprise en est à son point critique,
Car mes charmes ne flanchent pas ; et les esprits
M'obéissent ; et le temps porte son fardeau
Sans broncher... Où en est-il, le temps ?

[...]

Ariel
[...] Le roi de Naples
Et son frère et le vôtre continuent
Tous trois de délirer, au grand dam des autres
Qui débordent d'angoisse et de désarroi ;
Et parmi eux surtout
Celui que vous avez appelé, mon maître,
"Le bon vieux seigneur Gonzalo". Celui-là,
Ses pleurs trempent se barbe comme en hiver
L'eau de la pluie ruisselle des toits de chaume.
Vos enchantements les travaillent
Si puissamment que vous en auriez compassion
Si vous pouviez les voir en cette minute.

Prospéro
C'est vraiment là ta pensée, mon esprit ?

Ariel
Ce le serait si j'étais un être humain, monseigneur.

Prospéro
Soit, ce sera la mienne !
Car toi, qui n'es qu'une forme de l'air,
Tu es ému, leur affliction te touche ; et moi
Qui suis de leur espèce et ressens la souffrance
Aussi durement qu'eux, je n'aurais pas
Davantage de compassion ? C'est vrai qu'ils m'ont blessé
Au plus vif, de par leurs grands torts à mon égard,
Mais la part la plus noble de ma raison
Doit vaincre ma colère. Il est plus grand
D'être vertueux que de tirer vengeance.
Pour peu qu'ils se repentent je n'irai pas
Plus loin dans mon dessein, je ne froncerai pas
Le sourcil davantage. Et toi, Ariel,
Tu vas les libérer. Je désamorce mes sortilèges,
Je leur restitue la raison. A nouveau
Ils pourront être eux-mêmes.

Ariel
Je vais les chercher, mon maître.

Prospéro
Mes témoins soyez-vous, elfes des collines,
Des ruisseaux, des étangs paisibles, des bosquets,
Et vous autres aussi qui sans marquer le sable
Pourchassez Neptune en reflux, mais vous enfuyez
Dès que la marée monte ; vous, mes gracieux pantins
Qui tracez sous la lune ces cercles d'herbes
Que les brebis estiment trop amères ; vous qui aimez
Faire croître, à minuit, les champignons
Heureux d'avoir enfin entendu sonner l'heure
Solennelle du couvre-feu ! Fort de votre aide,
Aussi faibles chacun soyez-vous, petits princes,
J'ai éteint le soleil à midi, j'ai sommé
La révolte des vents de porter la guerre
Et son fracas entre le bleu du ciel et la mer verte,
Mettant à feu les voix terribles du tonnerre,
Fendant de Jupiter le plus noueux des chênes
Avec sa propre foudre ; et secouant
Le promontoire le plus massif, et déracinant
Cèdres et pins ! Les tombes, sur mon ordre,
Ont réveillé leurs morts, se sont ouvertes,
Les ont laissé sortir : tel fut mon Art,
Mon Art si redoutable. Et pourtant, voyez-le,
Cette magie primaire, je l'abjure,
Et quand j'aurai requis la musique du ciel,
Ce que je fais, en cet instant, afin
Qu'elle plie sous le charme de ses arpèges
Leurs sens à mon vouloir, je briserai
Ma baguette de magicien, je l'enfouirai
A des coudées sous terre ; et je noierai mon livre
Plus profond que ne peut atteindre aucune sonde.

Prospéro
Qu'une solennelle musique, le grand remède
De l'esprit qui s'égare, te guérisse,
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Nastasia-BNastasia-B03 février 2013
SÉBASTIEN : S'il m'en souvient, vous supplantâtes votre frère Prospéro.
ANTONIO : En effet. Et, vous pouvez le voir, mes habits me vont à merveille : mieux qu'avant. Ceux qui servaient mon frère étaient mes compagnons en ce temps-là ; ils sont à cette heure mes gens.
SÉBASTIEN : Mais votre conscience ?
ANTONIO : Où cela niche-t-il ? Si c'était une ampoule au pied, je porterais pantoufle. Mais je ne sens point cette déesse en mon sein.
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ElGatoMaloElGatoMalo21 avril 2013
FERDINAND, à Miranda

C’est étrange. Votre père a quelque émotion
qui le travaille fortement.

MIRANDA

Jamais, jusqu’à ce jour,
je ne l’avais vu agité par une aussi violente colère.

PROSPERO

Mon fils, vous avez l’air ému,
comme si vous étiez alarmé… Rassurez-vous, seigneur.
Nos divertissements sont finis. Nos acteurs,
je vous en ai prévenu, étaient tous des esprits ; ils
se sont fondus en air, en air subtil.
Un jour, de même que l’édifice sans base de cette vision,
les tours coiffées de nuées, les magnifiques palais,
les temples solennels, ce globe immense lui-même,
et tout ce qu’il contient, se dissoudront,
sans laisser plus de vapeur à l’horizon que la fête immatérielle
qui vient de s’évanouir ! Nous sommes de l’étoffe
dont sont faits les rêves, et notre petite vie
est enveloppée dans un somme… Monsieur, je suis contrarié…
Passez-moi cette faiblesse… Mon vieux cerveau est troublé…
Ne soyez pas en peine de mon infirmité…
Retirez-vous, s’il vous plaît, dans ma grotte,
et reposez-vous là. Je vais faire un tour ou deux
pour calmer mon âme agitée.

FERDINAND ET MIRANDA

Nous vous souhaitons le repos.
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Nastasia-BNastasia-B12 février 2013
FERDINAND : Entends mon âme qui te parle : à l'instant même où je te vis, mon cœur, volant à ton service, s'y fixa, dès lors ton esclave : c'est pour toi que je suis ce patient porte-bûches.
MIRANDA : Tu m'aimes ?
FERDINAND : O terre ! O cieux ! Soyez en ceci mes témoins, Couronnez mes aveux d'une heureuse fortune si je dis vrai ; sinon, changez en sort funeste le meilleur qui me doive échoir ! Par-dessus tout au monde, par-delà tout extrême, je t'aime, je te révère, je t'honore.
(FERDINAND : Hear my soul speak... The very instant that I saw you, did my heart fly to your service, there resides to make me slave to it, and for your sake am I this patient log-man.
MIRANDA : Do you love me ?
FERDINAND : O heaven... O earth, bear witness to this sound, and crown what I profess with kind event if I speak true... if hollowly, invert what best is boded me to mischief... I, beyond all limit of what else i' th' world, do love, prize, honour you.)
+ Lire la suite
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Nastasia-BNastasia-B09 février 2013
De même que ce mirage sans assises, les tours ennuagées, les palais somptueux, les temples solennels et ce grand globe même avec tous ceux qui l'habitent, se dissoudront, s'évanouiront tel ce spectacle incorporel sans laisser derrière eux ne fût-ce qu'un brouillard.
(Like the baseless fabric of this vision, the cloud-capped towers, the gorgeous palaces, the solemn temples, the great globe itself, yea, all wich it inherit, shall dissolve, and, like this unsubstantial pageant faded, leave not a rack behind.)
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