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ISBN : 2290338885
Éditeur : J'ai Lu (2003)


Note moyenne : 3.93/5 (sur 259 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Héros à l'esprit guerrier jusque dans son discours amoureux, séducteur, maniant à la perfection le paradoxe et jouant à merveille sur l'ambiguïté des mots, Othello, Maure de Venise, se sert du langage comme d'une épée. Sa glo... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 17 juin 2013

    Nastasia-B
    Othello est une tragédie sublime, au sens premier, au sens profond, dans l'acception antique du terme, c'est-à-dire, de la création d'une œuvre artistique capable de susciter les plus vives émotions chez le spectateur, afin de gagner son empathie, de le faire vivre par procuration des émotions aussi fortes que les personnages fictifs qui évoluent devant lui.
    Ici, je ne pense pas que le spectateur moderne puisse encore aller fréquemment jusqu'aux larmes, ni à la tristesse ni à l'abattement mais à l'indignation, probablement ; une forte indignation intérieure devant cet infâme complot de cet infâme Iago. Notre sens inné de la justice, même non formulé, même fort enfoui, même inconscient, même volontairement muselé, ne peut que s'insurger face à une telle ignominie, et c'est précisément ce sentiment que recherchait William Shakespeare et qu'il arrive à faire éclore admirablement, aujourd'hui comme hier et pour des siècles encore.
    De multiples interprétations peuvent rendre compte d'Othello. On y a souvent trouvé une certaine énigme dans son titre car le protagoniste principal semble bien davantage Iago qu'Othello.
    Il est vraiment clair, d'un simple point de vue statistique, que Iago monopolise la scène et qu'Othello n'est presque qu'un personnage secondaire, comme tous les autres d'ailleurs. C'est indéniable.
    Par contre, si l'on se penche sur la signification, sur ce qu'a voulu exprimer Shakespeare, là le titre commence à prendre toute son envergure. Car c'est bien à la place d'Othello que l'auteur souhaite nous placer, et non à la place de Iago. C'est bien l'œuvre de Iago sur Othello qui indigne et non les motifs intimes du fourbe qui présentent un intérêt.
    Le message, du moins l'un des messages possibles de cette œuvre, est le noircissement. Je ne blague pas, et le fait que Shakespeare ait choisi un personnage noir comme héros d'infortune n'a sans doute rien d'hasardeux. L'apparence. Celui qui semble noir l'est-il bien réellement ?
    Tous. Tous semblent noirs à un moment ou à un autre : Cassio, Desdémone, Othello. Tous noirs et pourtant tous innocents. Et pourtant, on jurerait, selon l'angle où ils sont présentés les uns aux autres, on jurerait qu'ils sont coupables.
    C'est probablement ça, le plus fort du message que souhaite nous donner en pâture l'auteur. Honni soit qui mal y pense ! Il est si facile de nuire, si facile de noircir, si facile de truquer, si facile de faire dire autre chose aux faits pris indépendamment ou hors contexte. C'est cela que semble nous dire Shakespeare. Les apparences sont parfois contre nous et d'autres semblent blancs comme neige, et pourtant… et pourtant…, pourtant, quand on sait tout le fin mot, vraiment tout, la réalité est souvent loin des belles apparences et ce que l'on croyait simple, net, tranché, évident, ne l'est plus tant que cela.
    Othello d'emblée est noir, ce qui jette sur lui une indéfinissable suspicion aux yeux des Vénitiens. Tout prétexte sera bon s'il fait le moindre faux-pas. Cassio est un beau subordonné prometteur, donc il est douteux. Desdémone est une noble Vénitienne blanche entichée d'un noir, donc c'est nécessairement une putain. Autant de raccourcis faciles que mais nous avons tous tendance, consciemment ou inconsciemment, à commettre ici ou là. L'histoire a donné plusieurs fois raison à Shakespeare. (Rien qu'en France, au XXème siècle, des Juifs, des Maghrébins en tant que groupe ou des individualités comme Guillaume Seznec ont tous fait l'objet d'accusations plus ou moins calomnieuses ou bâties de toute pièce, basées sur des a priori ou des apparences qui leur étaient adverses. Je ne parle évidemment pas de tous les endroits du monde et à toutes les périodes depuis Shakespeare, car il y aurait de quoi remplir tout Babelio avec.)
    Si l'on cherche des fautes à quelqu'un, on en trouvera fatalement. Si l'on sait habilement les mettre en lumière, leur donner d'autres apparences, attiser le vent de la vengeance, mobiliser la justice à son avantage, n'importe qui peut être traîné dans la boue ou commettre l'irréparable.
    Quels sont les mobiles de tout cela ? L'auteur reste très discret et très flou sur les motivations de Iago. Cela semble tourner autour de la jalousie, de l'orgueil bafoué, de l'envie inassouvie, du complexe d'infériorité.
    Intéressons nous encore quelques instants à Iago. Ce qui est frappant dans le texte, dans les qualificatifs qu'on lui attribue, c'est le nombre de fois où reviennent, les adjectifs noble, honnête, fidèle, courageux, droit, fiable, vertueux, etc. Encore une fois, si l'on se place à l'époque de Shakespeare pour tâcher d'y voir plus clair, la meilleure explication, la principale justification à cette pièce est l'admirable travail de sape réalisé par les puritains à l'égard du théâtre élisabéthain.
    Iago, dans cette optique, est donc le symbole du puritanisme, Othello, le noir à qui l'on fait commettre des abjections ne saurait être autre que Shakespeare lui-même, Cassio, représenterait alors quelque autre auteur contemporain de Shakespeare comme Christopher Marlowe ou Ben Johnson. Les abjections des uns et des autres sont les écrits vils qu'ils étaient obligés de pondre, pamphlets notamment, simplement pour pouvoir gagner moindrement leur vie.
    Desdémone, celle qui est totalement innocente est qui est sacrifiée serait alors la déesse aux cent bouches, à savoir le public, qui fait les frais des fermetures de théâtres sous la houlette des Puritains.
    Voilà le type de message que je vois dans Othello, la dénonciation de la calomnie à l'égard des dramaturges honnêtes qu'on accuse de toutes les perversions, mais ce n'est là que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose. le mieux que vous ayez à faire, c'est encore d'ouvrir un Othello et de vous en faire votre propre opinion
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    • Livres 3.00/5
    Par Satine, le 15 mai 2011

    Satine
    Voici quelques extraits d'une nouvelle œuvre de l'illustre Shakespeare qui mêle ruses, traîtrise, jalousie et amour. Je ne la connaissais pas du tout avant de la lire. Je ne l'ai pas vue en film bien qu'elle ait été adaptée. Je laisse volontiers place aux commentaires des amateurs pour comparer les deux versions ou tout simplement évoquer le film ou la pièce de théâtre. Bonne lecture en espérant que ces modestes mots vous plairont autant qu'à moi.
    Résumé issu de http://www.usine-c.com/favicon.ico
    Othello, noir guerrier d'Afrique devenu général de l'armée de Venise vient d'épouser en douce la belle Desdémone. Héros de grandes batailles et porteur d'un passé presque mythique, il a acquis le respect du pouvoir vénitien et est envoyé en mission à Chypre pour défendre l'île contre les Turcs.
    Iago, son fidèle porte-drapeau, n'a pas eu de la part du Maure la promotion tant désirée qui a été plutôt accordée au jeune florentin Cassio. Iago est habité depuis d'un sombre dessein de destruction. Improvisant peu à peu des jeux de projections, des manipulations et usant de sous-entendus qui engendrent chez l'autre des pensées troubles, il inocule peu à peu le poison de la jalousie et ébranle l'identité même d'Othello, si chèrement acquise et construite. le Maure accomplira alors l'impensable en tuant sa tendre épouse.
    Extrait 1 : Iago fait part à Roderigo de sa traîtrise envers Othello :
    Iago : Oh ! Monsieur, rassurez-vous. Je le sers afin de lui servir un de mes tours. Nous ne pouvons tous être des maîtres et tous les maîtres ne peuvent être servis avec loyauté. Vous en remarquerez beaucoup de ces faquins soumis, aux genoux courbés, qui, s'éprenant de leur obséquieux esclavage, usent leurs jours, tout comme l'âne de leur maître, pour leur seule pitance ; quand ils sont vieux, on les congédie. Fouettez-moi ces honnêtes coquins. Il en est d'autres qui, parés des formes et des visages du dévouement, gardent leur cœur attentif à eux-mêmes et, ne jetant à leur seigneur que des semblants de service, prospèrent sur son dos ; une fois bien doublée leur jaquette, ils se rendent hommage à eux-mêmes. Ces gaillards-là ont quelque esprit et je fais profession d'être des leurs. Car, Monsieur, aussi sûr que vous êtes Roderigo, si j'étais le More, je ne serais pas Iago, le servant, je ne sers que moi-même ; le Ciel en est mon juge, je ne le sers ni par amour, ni par devoir, mais, avec des semblants, pour ma fin particulière ; le jour où mes actes extérieurs montreront l'acte et la figure intérieure de mon cœur sur ma manche pour que les corneilles le becquettent. Je ne suis pas ce que je suis.
    Extrait 2 : Desdémone émet le souhait de partir avec son mari Othello à la guerre :
    Desdémone : Que j'ai aimé le More jusqu'à vouloir vivre avec lui, ma flagrante révolte et mon dédain de ma fortune peuvent le proclamer au monde. Mon cœur est soumis au point d'aimer même le métier de mon maître. J'ai vu le visage d'Othello dans son âme et c'est à sa gloire, c'est à ses aspects vaillants que j'ai voué mon cœur et mon sort. Aussi, chers seigneurs, si on me laisse derrière lui, comme un insecte de paix, tandis que lui part ne guerre, je serai privée des nobles raisons pour lesquelles je l'aime et subirai en une pesante attente l'absence de celui que j'aime. Laissez-moi partir avec lui.
    Othello : Qu'elle ait vos suffrages ! le Ciel m'en soit garant, je ne le demande pas pour plaire au palais de mon appétit ni pour complaire à la chaleur des passions, aux jeunes élans, pour ma singulière et personnelle satisfaction, mais pour me conformer librement à son gré. Et que le Ciel garde vos esprits bienveillants de penser que je négligerai votre grave et grande affaire parce qu'elle sera avec moi. Non, le jour où les jeux aux ailes légères de l'aérien Cupidon émousseront de lascive torpeur mes facultés de penser et d'agir, le jour où mes plaisirs corrompront et gâteront mes devoirs, que les ménagères fassent un chaudron de mon casque et que toute infamante et vile calamité se ligue contre mon renom !
    Extrait 3 : Roderigo fait part à Iago de sa tristesse suite au mariage de Desdémone avec Othello et lui avoue son désir de se noyer :
    Roderigo : C'est une niaiserie que de vivre lorsque la vie est un tourment ; puis il nous est prescrit de mourir quand la mort est notre médecin.
    Iago : O lâche ! Voici quatre fois sept ans que je regarde le monde ; et depuis que j'ai su distinguer un bienfait d'une injure, je n'ai jamais trouvé un homme qui sût s'aimer lui-même. Avant de dire que je voudrais me noyer pour l'amour d'une pintade, j'échangerais mon humanité avec un babouin.
    Roderigo : Que devrais-je faire ? Je confesse que c'est honteux pour moi d'être si amoureux, mais il n'est pas au pouvoir de ma vertu de m'en corriger.
    Iago : La vertu ! Une baliverne. C'est par nous-mêmes que nous sommes ainsi et ainsi. Nos corps sont des jardins, dont nos volontés sont des jardiniers ; si nous y plantons des orties ou y semons de la laitue, si nous y mettons de l'hysope et en arrachons l'ivraie, si nous les garnissons d'une seule espèce d'herbe ou les composons d'un choix mêlé, que ce soit pour les rendre stériles par oisiveté ou les féconder par l'industrie ! Eh bien, me pouvoir, l'autorité directrice en tout cela réside dans nos volontés. Si la balance de notre vie n'avait un plateau de raison pour faire équilibre au plateau de sensualité, le sang et la bassesse de notre nature nous conduirait aux plus absurdes conclusions. Mais nous avons la raison pour rafraîchir nos émotions furieuses, nos aiguillons charnels, nos désirs effrénés ; d'où je conclus que ce que vous appelez amour n'est qu'une bouture, un rejeton.
    Roderigo : Ce ne peut être.
    Iago : C'est seulement une chaleur du sang, un consentement de la volonté. Allons, sois un homme. Te noyer ! Noie des chatons et des chiens aveugles. Je me suis déclaré ton ami et m'avoue lié à ton service par des liens d'une solidité durable. Jamais mieux que maintenant je n'aurais pu t'assister. Mets de l'argent dans ta bourse ; suis ces guerres, déguise ton visage par une barbe d'emprunt. Je te le répète, mets de l'argent dans ta bourse. Il n'est pas possible que Desdémone conserve longtemps son amour pour le More, ni que lui lui conserve son amour pour elle. le début fut violent, tu verras une séparation à l'avenant. Ces mores sont changeants en leurs volontés – remplis ta bourse d'argent. L'aliment qui maintenant lui est aussi doux que des caroubes, en peu de temps lui sera aussi amer que de la coloquinte. Il est inévitable qu'elle changera pour quelqu'un de jeune ; quand elle sera rassasiée de son corps, elle reconnaîtra l'erreur de son choix. C'est pourquoi, mets de l'argent dans ta bourse. Si tu veux à tout prix te damner, trouve un moyen plus délicat que la noyade. Aie donc le plus d'argent que tu peux. Si la religion et un serment fragile entre un nomade de Barbarie et une Vénitienne ultra-subtile ne sont pas choses trop dures pour mon esprit et toute la tribu de l'enfer, tu jouiras de cette femme ; donc rassemble de l'argent. Au diable, l'idée d'aller te noyer ! C'est complètement à côté. Cherche à te faire pendre en obtenant celle qui est ta joie plutôt que de périr noyé sans l'avoir obtenue.
    Extrait 4 : Iago poursuit son jeu de traître et fait croire à Othello que sa femme le trompe ce qui le déstabilise totalement :
    Othello : Quel sens avais-je des heures qu'elle volait pour son plaisir ? Je ne la voyais pas, n'y pensais pas, cela ne me faisait pas de mal : je dormais bien la nuit d'après, j'étais bien, j'étais gai ; je ne trouvais pas les baisers de Cassio sur ses lèvres. Celui qui est volé, qui ne manque pas de ce qui lui est volé, qui ne le sait pas, n'est pas volé du tout.
    Iago : Je suis fâché d'entendre ceci.
    Othello : J'aurais été heureux quand le camp tout entier, sapeurs et le reste, aurait goûté son tendre corps sans que j'en pusse rien savoir. Oh, maintenant pour toujours, adieu l'esprit tranquille ! Adieu le consentement ! Adieu les troupes empanachées et les grandioses guerres qui font de l'ambition une vertu… Oh, adieu ! Adieu, coursier hennissant, stridente trompette ! Tambour enflammant le cœur, fifre perçant l'oreille, royale bannière, honneurs de toute sorte, orgueil, pompe, cérémonies de la guerre glorieuse ! Et vous, engins de mort dont les rudes gosiers contrefont les redoutables clameurs de l'immortel Jupiter, adieu ! C'en est fini des occupations d'Othello !
    Iago : Est-ce possible, monseigneur ?
    Othello : Misérable, sois bien sûr de me prouver que celle que j'aime est une infâme ; sois-en sûr ; donne-m'en la preuve oculaire. (Il le saisit par la gorge) Sinon, par le prix qu'à mon âme immortelle, tu aurais mieux fait d'être né chien que de répondre à ma rage éveillée !
    Iago : En est-ce venu là ?
    Othello : Fais-moi voir la chose ; ou, du moins, prouve-la de telle façon que la démonstration ne porte saillie ou faille où accrocher un doute ; sinon, malheur à ta vie !
    Iago : Mon noble seigneur…
    Othello : Si tu la calomnies et si tu me tortures, ne prie jamais plus ; abandonne tout remords ; sur la tête de l'horreur accumule les horreurs ; fais des choses à faire pleurer le ciel, à stupéfier la terre ; car tu ne peux rien ajouter à ta damnation de plus grand que cela.
    Iago : O Grâce ! O Ciel, pardonne-moi ! Etes-vous un homme ? Avez-vous une âme, une raison ? Dieu soit près de vous ; reprenez mon emploi. O misérable niais qui vis pour faire de ton honnêteté un vice ! O monde monstrueux ! Prends note, prends note, ô monde, qu'être droit et honnête n'est pas sûr. Je vous remercie de la leçon et désormais n'aimerai plus aucun ami puisque l'affection provoque pareille offense.
    Othello : Non, reste ; tu dois être honnête.
    Iago : Je devrais être sage ; car l'honnêteté est une folle et perd ce qu'elle travaille à sauver.
    Othello : Par l'univers, je crois que ma femme est honnête et je crois qu'elle ne l'est pas ; je crois que tu es juste et je crois que tu ne l'es pas ; je veux avoir quelque preuve. Son nom qui était aussi frais que le visage de Diane, le voici terni et noir comme ma propre face. S'il y a des cordes ou des couteaux, du poison, du feu, des vagues qui suffoquent, je n'endurerai pas cela. Oh, avoir une certitude !
    Iago : Je vois, seigneur, que vous êtes dévoré par la passion : je regrette de vous avoir mis ces idées en tête.
    Extrait 5 : Desdémone a égaré un mouchoir offert par Othello. Iago l'a dérobé pour le donner à Cassio et ainsi apporter une preuve à Othello :
    Othello : Oh ! Que ce coquin ait quarante mille vies ! Une seule est trop pauvre, trop chétive pour ma revanche. Maintenant, je vois que c'est vrai. Regarde, Iago, ici : tout mon fol amour je le souffle comme ceci vers le ciel… Il s'est envolé. Lève-toi, noire vengeance, hors de ton antre creux. Cède, ô mon amour, ta couronne et ton trône dans le cœur à la haine qui tyrannise ! Gonfle-toi, mon sein, avec ta charge, ta cargaison de langues d'aspic !
    Extrait 6 : Othello affronte Desdémone :
    Othello : Dis-moi qui es-tu ?
    Desdémone : Votre femme, monseigneur ; votre femme fidèle et loyale.
    Othello : Allons, jure-le et damne-toi. En te voyant pareille à ceux du ciel, les démons eux-mêmes auraient peur de te saisir. Donc, damne-toi doublement : jure que tu es fidèle.
    Desdémone : le Ciel le sait vraiment.
    Othello : le Ciel sait vraiment que tu es fausse comme l'enfer !
    Desdémone : Fausse envers qui, monseigneur ? Avec qui ? Et comment le suis-je ?
    Othello : O Desdémone arrière ! Arrière !
    Desdémone : Hélas ! le triste jour !... Pourquoi pleurez-vous ? Suis-je la cause de ces larmes, mon seigneur ? Si par hasard vous soupçonnez mon père d'avoir été l'instrument de votre rappel, na faîtes pas porter le blâme sur moi ! Si vous perdez son affection eh bien ! Moi aussi je l'ai perdue !
    Othello : Si le Ciel avait pris son plaisir à m'éprouver par des malheurs, s'il avait fait tomber une ondée de toutes sortes de maux et de hontes sur ma tête nue, s'il m'avait plongé dans la misère jusqu'au niveau des lèvres, s'il avait voué à la captivité ma personne et mes espoirs suprêmes, j'aurais trouvé quelque part en mon âme une goutte de patience ; hélas ! Faire de moi à jamais un mannequin immobile qu'à jamais le temps méprisant désignera d'un doigt lent et mobile ! O douleur, douleur ! Pourtant cela aussi, je l'eusse enduré ; bien enduré ! Mais le lieu même dont j'ai fait le grenier de mon cœur, où je dois trouver la vie, ou ne pas endurer de vivre ! La fontaine où prend naissance tout mon courant de vie ou sinon il se tarit ! En être rejeté ! Ou bien ne la garder que comme une citerne où s'accouplent et procréent de monstrueux crapauds !... Oh ! Change de couleur, patience, jeune chérubin aux lèvres roses ! Oui, prends un visage sinistre comme l'enfer !
    Desdémone : J'espère que mon noble seigneur m'estime honnête.
    Othello : Oh oui ! Comme en des abattoirs les mouches d'été qui renaissent de leurs œufs ! Oh mauvais herbe que tu es, si aimablement belle et d'odeur si suave que les sens en souffrent…plût au Ciel que tu ne fusses jamais née !
    Desdémone : Hélas ! Quel péché ai-je commis sans le savoir ?
    Othello : Ce beau papier, ce cahier si magnifique, étaient-ils faits pour qu'on y écrivît : «putain » ?... Ce que tu as commis, ce que tu as commis, …ô fille publique ! Je ferai de mes joues des brasiers de forge qui réduiraient en cendres toute pudeur su seulement je racontais ce que tu as fait !…. Ce que tu as commis !... le Ciel s'en bouche le nez, la lune ferme ses yeux ; les vents obscènes, qui baisent tout ce qu'ils rencontrent, se tiennent cois dans l'antre profond de la terre et ne veulent pas l'entendre ; ce que tu as commis ! Impudente catin !
    Extrait 7 : Desdémone discute du comportement de son mari avec Emilia sa servante qui n'est autre que l'épouse de Iago :
    Emilia : Je crois que c'est la faute des maris si les femmes succombent. Si, comme on dit, il néglige ses devoirs, s'il porte en un giron étranger les trésors qui nous sont dus, ou s'il éclate en hargneuses jalousies, nous soumettant à des contraintes, ou bien s'il nous frappe, si par dépit il réduit notre précédent train de vie… Eh bien ! Nous avons nos rancunes et, bien que nous ayons de la gentillesse, nous prenons une revanche. Que les maris apprennent que leur femme a des sens comme eux : le regard, le flair, un palais à la fois pour le doux et pour l'amer, tout comme eux. Que font-ils, eux, quand ils nous remplacent par d'autres ? Est-ce un jeu ? Je crois que oui. Et la tendresse nourrit-elle ce plaisir ? Je crois que oui. Est-ce leur faiblesse qui fait chez eux cette erreur ? Oui, encore oui. Et nous, n'avons-nous pas nos mouvements d'affection, nos désirs de jouer, notre faiblesse, tout comme eux ? Donc qu'ils nous traitent bien ; sinon qu'ils apprennent : les péchés que nous faisons, ce sont eux qui nous les enseignent.
    Extrait 8 : Othello entre dans sa chambre pour tuer Desdémone, dormant dans leur lit.
    Othello : C'est la cause, c'est la cause, mon âme. Laissez-moi ne pas vous la nommer, chastes étoiles : c'est la cause. Pourtant je ne veux pas répandre son sang, ni balafrer cette peau plus blanche que la neige et lisse comme l'albâtre des tombeaux… Pourtant il faut qu'elle meure, sinon elle trahira d'autres hommes. Soufflons la lumière, puis soufflons cette lumière ; si mon souffle t'éteint, dispensateur de flamme, je puis ressusciter la clarté première si repentir me prend, mais toi, ta lumière une fois soufflée, toi, le plus exquis modèle de la nature en son excellence, qui pourrait raviver ta lumière !... (Il pose à terre le flambeau.) Si j'arrache la rose, je ne peux plus lui rendre sa croissance vitale ; elle ne pourra plus que se faner. Je veux la respirer sur sa tige. (Il l'embrasse.) O haleine de baume, qui pourrait presque persuader à la justice de briser son épée ! Un baiser, encore un baiser ! Reste ainsi quand tu seras morte, je vais te tuer et je t'aimerai après… Un baiser encore et c'est le dernier ! Jamais chose si douce ne fut si fatale. Je ne peux pas ne pas pleurer, mais je pleure de cruelles larmes ; ce chagrin est céleste : il frappe où il aime.
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    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 20 octobre 2012

    brigittelascombe
    "C'est une mort contre nature que celle qui tue pour crime d'amour".
    Othello, tragédie en cinq actes de William Shakespeare( poète dramatique anglais du XVII° siècle) écrite dans une période sombre (suite à des difficultés personnelles et politiques) de son auteur, relate le crime passionnel d'Othello, (général Maure à la solde de Venise), manipulé par le démoniaque Iago (son enseigne haineux), sur la personne de son épouse la "divine" Desdémone suspectée d'adultère.
    Shakespeare, dans un style vigoureux, démontre ici sa maitrise de la construction dramatique et sa fine analyse psychologique des personnages.
    Comme dans Hamlet et dans Macbeth, Othello conte l'amour et la mort, des drames où le mal gagne la bataille contre le bien mais où la justice a toutefois le dernier mot.
    Alors qu'Othello ( à Venise à tout se passe au mieux) est arrivé, avec difficulté mais grâce à un amour réciproque, à soustraire sa bien-aimée Desdémone (qu'il a enlevée puis épousée) à son père trop possessif et à réhabiliter son honneur; le drame se jouera sur Chypre (où La Tempête sévit sur mer et dans le coeur des hommes) après la destruction de la flotte ennemie, où Othello "chargé de la guerre contre les Ottomans", à présent vainqueur grâce à La Tempête, se laissera duper par les fausses rumeurs répandues sur le compte de Desdémone. Son attitude,soumise à ses jalouses interprétations,changera du tout au tout,passant des insultes au crime.
    Shakespeare relate ici un cas de possession par manipulation, où le mal prévaudra. La manipulation du traitre Iago est fort bien rendue, car il manipule aussi bien Othello que Cassio (le lieutenant d'Othello), que Roderigo ou Emilia, son épouse.
    Shakespeare nous parle de l'image et du paraitre aussi.
    "Les hommes devraient être ce qu'ils paraissent;ou plut au ciel qu'aucun d'eux ne put paraitre ce qu'il n'est pas."
    Par exemple:le personnage d' Othello a plusieurs facettes selon son interlocuteur, ce qui enclenche un riche registre émotionnel. Il est un "More lascif" pour Rodrigo, l'amoureux transi. Il est le "vaillant Othello" pour le Doge, il a du "génie" pour Desdémone, il possède une "nature franche et honnête" pour Iago le traite et hypocrite flatteur.
    Quel dommage que Desdémone ne soit pas née au XXI° siècle,elle aurait peut-être lu Comment gérer les personnalités difficiles de Christophe André et François Lelord. Car, la victoire d'Iago sur Othello, n'a-t-elle pas été possible grâce à sa compréhension de la faille intime de son ennemi juré, à savoir son narcissisme exacerbé,sa méfiance,sa nature possessive et jalouse pouvant le mener à la paranoïa? D'où le génie de Shakespeare qui a su utiliser ce levier propre à la destruction!
    Cette pièce de théatre a inspiré le célèbre opéra Otello de Rossini et le non moins célèbre drame lyrique Otello de Verdi.
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    • Livres 3.00/5
    Par PiertyM, le 13 août 2014

    PiertyM
    Tous les vices convergent vers le mensonge, alors celui de Iago est le plus fin, le plus délicat qu'il est bon à boire comme le monde, comme l'histoire... un serpent aussi venimeux à mille têtes mobiles comme des antenne qui ne laissent rien échapper comme opportunité pour nuire à tort et à travers.
    Qui dit que seuls les justes triomphent toujours dans les combats de la vie? Qui dit que le cœur juste ne périt jamais tant que la justice ne lui est pas faite? Hé bien faux, nous dit cette tragédie de Shakespeare...
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    • Livres 3.00/5
    Par Lenora, le 08 septembre 2013

    Lenora
    Encore une fois, Shakespeare prouve la richesse de son esprit et de son talent.
    Mélangeant une pièce exotique et violente, on y trouve aussi un sujet intemporel qui donne à l'intrigue un goût d'actualité (la situation de l'étranger et des clichés qu'il porte avec lui en l'occurrence). Ainsi, l'histoire ne se déroule pas en un seul lieu, mais se voit mouvoir à travers différentes terres. On se trouve un instant en Italie pour se retrouver finalement à Chypre, lieu fort divergeant de l'ambiance anglaise. Sans oublier la caractéristique du héros éponyme, qui tout More qu'il est, ainsi que l'invasion des Turcs, nous rappelle que le monde ne se concentre pas uniquement autour de l'Europe. Ce petit dépaysement dont le dramaturge a toujours le secret, entraîne rapidement le lecteur dans cette pièce où moult actions se déroulent.
    Notamment avec une violence et un suspense fort. le premier thème s'exprime en grande majorité par la parole, en partie par les propos d'Othello lorsque celui-ci se voit ronger par la jalousie. Mais également par les mots d'Iago vis-à-vis des femmes, où sa langue est loin d'être tendre pour le beau sexe. L'atmosphère de bataille et des anciennes péripéties du More n'échappent pas non plus à cette connotation de violence qui vient presque à se mélanger à la folle passion des personnages de la pièce. Car si la parole et les actes sont noirs par leur thème, il y a aussi cette force des sentiments qui saisit le lecteur par la gorge, comme témoin d'une belle chose qui vous prend à revers par son mauvais côté. Oui, Shakespeare fait comprendre à travers cette pièce que, tout bonne émotion qu'elle est, une fois dans l'excès, elle en devient nocif vous menant parfois à votre perte. Et cela, hier comme aujourd'hui.
    Othello m'a aussi beaucoup captivé par ses personnages très forts en caractères. J'aimerais juste un instant mettre sous la lumière quelques-uns d'entre eux, car à mon avis, ils sont en grande partie la réussite de cette pièce.
    En premier, le héros éponyme, qui dans un premier temps est difficile à cerner. Particulièrement dans le fait que le lecteur ne construit pas son avis sur ce qu'il voit mais sur ce qu'en disent les autres personnages. Ainsi, Montano le décrit comme un digne gouverneur et un parfait soldat. Desdemona continue l'éloge en le qualifiant de courageux, de fort et d'aventureux. A côté, brille la haine d'Iago et de Branbatio qui le peignent avec haine comme un voleur et un homme sans mérite. Si au début de la pièce on a tendance à rejoindre l'avis des deux premiers, la fin nous amène à nous poser des questions.
    Autre personnage fort, est sans nul doute Iago. Il incarne le parfait misogyne en décrivant même la femme parfaite comme une aberration. Les seules paroles qu'il profère ne sont que des critiques et des mensonges. Pourtant, c'est lui qui mène l'intrigue et c'est sur lui qu'on pose toute notre attention. Il est celui qu'on cherche dans l'ombre afin de voir ce qu'il prépare et jusqu'où ira son vice, malgré son statut secondaire. Iago attire également par sa méchanceté ; il n'agit que par cette dernière. La seule justification à ses actes pourrait être sa jalousie pour les deux personnages les plus purs, si l'on peut dire, de Cassio et de Desdémona. le premier étant la qualification de la beauté et de l'honnêteté et la deuxième, étant méritante par ses vertus et son amour sincère. Sans doute est-ce cette perfection qui excite à vouloir tant les détruire. Ou bien est-il tout simplement scélérat.
    Cependant, mon véritable coup de cœur se dirige vers l'épouse de cet homme mesquin : Emilia. Femme courageuse, elle inspire la confiance et la fidélité. Elle est le personnage qui aura le plus su garder ses convictions et son sang-froid dans toute cette intrigue manipulatrice. Loin d'être le modèle de la vertu de par son caractère ordinaire, elle n'en reste pas moins la plus méritante, la plus honnête et la plus combattante.
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Citations et extraits

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  • Par Satine, le 24 décembre 2010

    Extrait 1 : Iago fait part à Roderigo de sa traîtrise envers Othello :
    Iago : Oh ! Monsieur, rassurez-vous. Je le sers afin de lui servir un de mes tours. Nous ne pouvons tous être des maîtres et tous les maîtres ne peuvent être servis avec loyauté. Vous en remarquerez beaucoup de ces faquins soumis, aux genoux courbés, qui, s’éprenant de leur obséquieux esclavage, usent leurs jours, tout comme l’âne de leur maître, pour leur seule pitance ; quand ils sont vieux, on les congédie. Fouettez-moi ces honnêtes coquins. Il en est d’autres qui, parés des formes et des visages du dévouement, gardent leur cœur attentif à eux-mêmes et, ne jetant à leur seigneur que des semblants de service, prospèrent sur son dos ; une fois bien doublée leur jaquette, ils se rendent hommage à eux-mêmes. Ces gaillards-là ont quelque esprit et je fais profession d’être des leurs. Car, Monsieur, aussi sûr que vous êtes Roderigo, si j’étais le More, je ne serais pas Iago, le servant, je ne sers que moi-même ; le Ciel en est mon juge, je ne le sers ni par amour, ni par devoir, mais, avec des semblants, pour ma fin particulière ; le jour où mes actes extérieurs montreront l’acte et la figure intérieure de mon cœur sur ma manche pour que les corneilles le becquettent. Je ne suis pas ce que je suis.

    Extrait 2 : Desdémone émet le souhait de partir avec son mari Othello à la guerre :
    Desdémone : Que j’ai aimé le More jusqu’à vouloir vivre avec lui, ma flagrante révolte et mon dédain de ma fortune peuvent le proclamer au monde. Mon cœur est soumis au point d’aimer même le métier de mon maître. J’ai vu le visage d’Othello dans son âme et c’est à sa gloire, c’est à ses aspects vaillants que j’ai voué mon cœur et mon sort. Aussi, chers seigneurs, si on me laisse derrière lui, comme un insecte de paix, tandis que lui part ne guerre, je serai privée des nobles raisons pour lesquelles je l’aime et subirai en une pesante attente l’absence de celui que j’aime. Laissez-moi partir avec lui.

    Othello : Qu’elle ait vos suffrages ! Le Ciel m’en soit garant, je ne le demande pas pour plaire au palais de mon appétit ni pour complaire à la chaleur des passions, aux jeunes élans, pour ma singulière et personnelle satisfaction, mais pour me conformer librement à son gré. Et que le Ciel garde vos esprits bienveillants de penser que je négligerai votre grave et grande affaire parce qu’elle sera avec moi. Non, le jour où les jeux aux ailes légères de l’aérien Cupidon émousseront de lascive torpeur mes facultés de penser et d’agir, le jour où mes plaisirs corrompront et gâteront mes devoirs, que les ménagères fassent un chaudron de mon casque et que toute infamante et vile calamité se ligue contre mon renom !

    Extrait 3 : Roderigo fait part à Iago de sa tristesse suite au mariage de Desdémone avec Othello et lui avoue son désir de se noyer :
    Roderigo : C’est une niaiserie que de vivre lorsque la vie est un tourment ; puis il nous est prescrit de mourir quand la mort est notre médecin.
    Iago : O lâche ! Voici quatre fois sept ans que je regarde le monde ; et depuis que j’ai su distinguer un bienfait d’une injure, je n’ai jamais trouvé un homme qui sût s’aimer lui-même. Avant de dire que je voudrais me noyer pour l’amour d’une pintade, j’échangerais mon humanité avec un babouin.
    Roderigo : Que devrais-je faire ? Je confesse que c’est honteux pour moi d’être si amoureux, mais il n’est pas au pouvoir de ma vertu de m’en corriger.
    Iago : La vertu ! Une baliverne. C’est par nous-mêmes que nous sommes ainsi et ainsi. Nos corps sont des jardins, dont nos volontés sont des jardiniers ; si nous y plantons des orties ou y semons de la laitue, si nous y mettons de l’hysope et en arrachons l’ivraie, si nous les garnissons d’une seule espèce d’herbe ou les composons d’un choix mêlé, que ce soit pour les rendre stériles par oisiveté ou les féconder par l’industrie ! Eh bien, me pouvoir, l’autorité directrice en tout cela réside dans nos volontés. Si la balance de notre vie n’avait un plateau de raison pour faire équilibre au plateau de sensualité, le sang et la bassesse de notre nature nous conduirait aux plus absurdes conclusions. Mais nous avons la raison pour rafraîchir nos émotions furieuses, nos aiguillons charnels, nos désirs effrénés ; d’où je conclus que ce que vous appelez amour n’est qu’une bouture, un rejeton.
    Roderigo : Ce ne peut être.
    Iago : C’est seulement une chaleur du sang, un consentement de la volonté. Allons, sois un homme. Te noyer ! Noie des chatons et des chiens aveugles. Je me suis déclaré ton ami et m’avoue lié à ton service par des liens d’une solidité durable. Jamais mieux que maintenant je n’aurais pu t’assister. Mets de l’argent dans ta bourse ; suis ces guerres, déguise ton visage par une barbe d’emprunt. Je te le répète, mets de l’argent dans ta bourse. Il n’est pas possible que Desdémone conserve longtemps son amour pour le More, ni que lui lui conserve son amour pour elle. Le début fut violent, tu verras une séparation à l’avenant. Ces mores sont changeants en leurs volontés – remplis ta bourse d’argent. L’aliment qui maintenant lui est aussi doux que des caroubes, en peu de temps lui sera aussi amer que de la coloquinte. Il est inévitable qu’elle changera pour quelqu’un de jeune ; quand elle sera rassasiée de son corps, elle reconnaîtra l’erreur de son choix. C’est pourquoi, mets de l’argent dans ta bourse. Si tu veux à tout prix te damner, trouve un moyen plus délicat que la noyade. Aie donc le plus d’argent que tu peux. Si la religion et un serment fragile entre un nomade de Barbarie et une Vénitienne ultra-subtile ne sont pas choses trop dures pour mon esprit et toute la tribu de l’enfer, tu jouiras de cette femme ; donc rassemble de l’argent. Au diable, l’idée d’aller te noyer ! C’est complètement à côté. Cherche à te faire pendre en obtenant celle qui est ta joie plutôt que de périr noyé sans l’avoir obtenue.

    Extrait 4 : Iago poursuit son jeu de traître et fait croire à Othello que sa femme le trompe ce qui le déstabilise totalement :
    Othello : Quel sens avais-je des heures qu’elle volait pour son plaisir ? Je ne la voyais pas, n’y pensais pas, cela ne me faisait pas de mal : je dormais bien la nuit d’après, j’étais bien, j’étais gai ; je ne trouvais pas les baisers de Cassio sur ses lèvres. Celui qui est volé, qui ne manque pas de ce qui lui est volé, qui ne le sait pas, n’est pas volé du tout.
    Iago : Je suis fâché d’entendre ceci.
    Othello : J’aurais été heureux quand le camp tout entier, sapeurs et le reste, aurait goûté son tendre corps sans que j’en pusse rien savoir. Oh, maintenant pour toujours, adieu l’esprit tranquille ! Adieu le consentement ! Adieu les troupes empanachées et les grandioses guerres qui font de l’ambition une vertu… Oh, adieu ! Adieu, coursier hennissant, stridente trompette ! Tambour enflammant le cœur, fifre perçant l’oreille, royale bannière, honneurs de toute sorte, orgueil, pompe, cérémonies de la guerre glorieuse ! Et vous, engins de mort dont les rudes gosiers contrefont les redoutables clameurs de l’immortel Jupiter, adieu ! C’en est fini des occupations d’Othello !
    Iago : Est-ce possible, monseigneur ?
    Othello : Misérable, sois bien sûr de me prouver que celle que j’aime est une infâme ; sois-en sûr ; donne-m’en la preuve oculaire. (Il le saisit par la gorge) Sinon, par le prix qu’à mon âme immortelle, tu aurais mieux fait d’être né chien que de répondre à ma rage éveillée !
    Iago : En est-ce venu là ?
    Othello : Fais-moi voir la chose ; ou, du moins, prouve-la de telle façon que la démonstration ne porte saillie ou faille où accrocher un doute ; sinon, malheur à ta vie !
    Iago : Mon noble seigneur…
    Othello : Si tu la calomnies et si tu me tortures, ne prie jamais plus ; abandonne tout remords ; sur la tête de l’horreur accumule les horreurs ; fais des choses à faire pleurer le ciel, à stupéfier la terre ; car tu ne peux rien ajouter à ta damnation de plus grand que cela.
    Iago : O Grâce ! O Ciel, pardonne-moi ! Etes-vous un homme ? Avez-vous une âme, une raison ? Dieu soit près de vous ; reprenez mon emploi. O misérable niais qui vis pour faire de ton honnêteté un vice ! O monde monstrueux ! Prends note, prends note, ô monde, qu’être droit et honnête n’est pas sûr. Je vous remercie de la leçon et désormais n’aimerai plus aucun ami puisque l’affection provoque pareille offense.
    Othello : Non, reste ; tu dois être honnête.
    Iago : Je devrais être sage ; car l’honnêteté est une folle et perd ce qu’elle travaille à sauver.
    Othello : Par l’univers, je crois que ma femme est honnête et je crois qu’elle ne l’est pas ; je crois que tu es juste et je crois que tu ne l’es pas ; je veux avoir quelque preuve. Son nom qui était aussi frais que le visage de Diane, le voici terni et noir comme ma propre face. S’il y a des cordes ou des couteaux, du poison, du feu, des vagues qui suffoquent, je n’endurerai pas cela. Oh, avoir une certitude !
    Iago : Je vois, seigneur, que vous êtes dévoré par la passion : je regrette de vous avoir mis ces idées en tête.

    Extrait 5 : Desdémone a égaré un mouchoir offert par Othello. Iago l’a dérobé pour le donner à Cassio et ainsi apporter une preuve à Othello :
    Othello : Oh ! Que ce coquin ait quarante mille vies ! Une seule est trop pauvre, trop chétive pour ma revanche. Maintenant, je vois que c’est vrai. Regarde, Iago, ici : tout mon fol amour je le souffle comme ceci vers le ciel… Il s’est envolé. Lève-toi, noire vengeance, hors de ton antre creux. Cède, ô mon amour, ta couronne et ton trône dans le cœur à la haine qui tyrannise ! Gonfle-toi, mon sein, avec ta charge, ta cargaison de langues d’aspic !

    Extrait 6 : Othello affronte Desdémone :
    Othello : Dis-moi qui es-tu ?
    Desdémone : Votre femme, monseigneur ; votre femme fidèle et loyale.
    Othello : Allons, jure-le et damne-toi. En te voyant pareille à ceux du ciel, les démons eux-mêmes auraient peur de te saisir. Donc, damne-toi doublement : jure que tu es fidèle.
    Desdémone : Le Ciel le sait vraime
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  • Par Nastasia-B, le 06 juin 2013

    OTHELLO : Très augustes, puissants, vénérables seigneurs,
    Mes nobles maîtres dont j'ai éprouvé la bonté,
    C'est vrai, j'ai bien ravi sa fille à ce vieil homme,
    C'est vrai, je l'ai épousée. Mais mon offense
    À cette tête et à ce front, ce n'est rien de plus.
    Mon parler est très rude, j'ai peu de don
    Pour les paroles fleuries du temps de paix ;
    Car ces bras que voici, depuis qu'à sept ans
    Ils eurent quelque force jusqu'aux neuf lunes
    Qui viennent de s'écouler, c'est à combattre
    Qu'ils ont voué le meilleur de leurs actes.
    De ce vaste univers je sais bien peu
    Quand il ne s'agit pas de luttes, de batailles,
    Et je ne pourrai donc embellir ma cause
    En parlant pour moi-même. Toutefois,
    Et si, gracieusement, vous y consentez,
    Je veux faire un récit tout simple, direct,
    De mes amours ; et dire par quels philtres,
    Charmes, incantations, magies puissantes,
    Et autres procédés dont on m'accuse,
    J'ai fait mienne sa fille.
    BRABANTIO : Une vierge si réservée
    Dont l'âme était si chaste, si paisible,
    Que simplement bouger la faisait rougir !
    Et voici qu'en dépit de sa nature,
    De son âge, de son pays, de son honneur,
    Elle aurait été amoureuse
    De ce qu'elle avait peur de simplement regarder !
    Il faut un jugement bancal, un esprit débile,
    Pour croire que la perfection puisse tant dévier
    Des lois de la nature. On en est réduit
    À chercher dans les sciences de l'enfer
    Le pourquoi qui nous manque... Oui, à nouveau, j'affirme
    Que c'est avec des drogues qui affaiblissent le sang,
    Ou même quelque potion spécialement préparée
    Qu'il a agi sur elle.
    LE DOGE : Affirmer, ce n'est pas prouver
    S'il n'est de témoignage plus solide,
    Plus résistant ! C'est un tissu bien mince,
    Ce sont de bien légères apparences,
    Ces présomptions dont vous l'accablez, si convenues.

    (OTHELLO : Most potent, grave, and reverend signiors,
    My very noble and approved good masters,
    That I have ta'en away this old man’s daughter,
    It is most true. True, I have married her.
    The very head and front of my offending
    Hath this extent, no more. Rude am I in my speech,
    And little blessed with the soft phrase of peace,
    For since these arms of mine had seven years' pith
    Till now some nine moons wasted, they have used
    Their dearest action in the tented field,
    And little of this great world can I speak,
    More than pertains to feats of broils and battle,
    And therefore little shall I grace my cause
    In speaking for myself. Yet, by your gracious patience,
    I will a round unvarnished tale deliver
    Of my whole course of love. What drugs, what charms,
    What conjuration and what mighty magic—
    For such proceeding I am charged withal—
    I won his daughter.
    BRABANTIO : A maiden never bold,
    Of spirit so still and quiet that her motion
    Blushed at herself. And she, in spite of nature,
    Of years, of country, credit, everything,
    To fall in love with what she feared to look on?
    It is a judgment maimed and most imperfect
    That will confess perfection so could err.
    Against all rules of nature, and must be driven
    To find out practices of cunning hell
    Why this should be. I therefore vouch again
    That with some mixtures powerful o'er the blood
    Or with some dram, conjured to this effect,
    He wrought upon her.
    DUKE : To vouch this is no proof,
    Without more wider and more overt test
    Than these thin habits and poor likelihoods
    Of modern seeming do prefer against him.)

    Acte I, Scène 3.
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  • Par Nastasia-B, le 03 juin 2013

    LE DOGE : Quand il n'est plus de remède, plus de souffrances non plus,
    Car on a su le pire, au lieu d'espérer encore.
    Déplorer un malheur quand il est passé
    Est le plus sûr moyen d'en connaître d'autres.
    Ce qu'on ne peut défendre contre le sort,
    Que le stoïque se rie de cette perte.
    Volé, si tu souris, tu voles ton voleur.
    Mais il se vole lui-même,
    Celui qui se dépense en de vaines larmes.

    BRABANTIO : Alors laissez le Turc nous prendre Chypre !
    Nous ne la perdons pas si nous en rions.
    Facile à accepter vos belles maximes
    Quand on peut n'y chercher que le réconfort
    De mots irresponsables. Mais c'est subir
    À la fois les maximes et le chagrin
    Que lutter contre l'un avec le peu des autres.
    C'est l'ambiguïté même, ces sentences
    Qui penchent des deux côtés, mi-sucre mi-fiel.

    (DUKE : When remedies are past, the griefs are ended
    By seeing the worst, which late on hopes depended.
    To mourn a mischief that is past and gone
    Is the next way to draw new mischief on.
    What cannot be preserved when fortune takes,
    Patience her injury a mock'ry makes.
    The robbed that smiles steals something from the thief,
    He robs himself that spends a bootless grief.

    BRABANTIO : So let the Turk of Cyprus us beguile,
    We lose it not, so long as we can smile.
    He bears the sentence well that nothing bears
    But the free comfort which from thence he hears.
    But he bears both the sentence and the sorrow
    That, to pay grief, must of poor patience borrow.
    These sentences to sugar or to gall,
    Being strong on both sides, are equivocal.)

    Acte I, Scène 3.
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  • Par Nastasia-B, le 18 juin 2013

    ÉMILIA : Ce n'est pas la réponse à faire aux jaloux.
    Ils ne sont pas jaloux pour une raison
    Mais parce qu'ils sont jaloux. La jalousie ? Un monstre
    Qui s'engendre lui-même et se nourrit de soi.
    (But jealous souls will not be answer'd so ;
    They are not ever jealous for the cause,
    But jealous for they 're jealous : 'tis a monster,
    Begot upon itself, born on itself.)

    Acte III, Scène 4.
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  • Par Nastasia-B, le 20 juin 2013

    IAGO : Être pauvre mais sans besoin, c'est être riche
    Et bien à suffisance. Mais la richesse,
    Même infinie, est pauvre comme l'hiver
    Pour qui ne cesse pas de craindre d'être pauvre.
    (Poor and content is rich, and rich enough,
    But riches, fineless, is as poor as winter
    To him that ever fears he shall be poor.)

    Acte III, Scène 3.
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