ISBN : 2843441064
Éditeur : Le Bélial' (2011)


Note moyenne : 4.62/5 (sur 8 notes) Ajouter à mes livres

En 1984 paraît «L'Homme qui peignit le Dragon Griaule», récit de Lucius Shepard qui introduit l'univers du Dragon Griaule, un monde préindustriel (disons, début de notre XIXe siècle) dans lequel une créature fantastique... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 5.00/5
    Par Walktapus, le 13 décembre 2011

    Walktapus
    Le dragon Griaule est un recueil de six longues nouvelles, écrites entre 1984 et 2011. C'est de la fantasy par son thème - un dragon paralysé par un magicien dans un lointain passé - mais qui ne s'adonne à aucun des codes et clichés du genre (1). Elles mettent plutôt en scène des personnages en proie au doute, à des questions existentielles et aux manipulations de Griaule, dans des situations baignées de mystère.
    Car si le dragon, gigantesque et paralysé, a fini par être envahi par la végétation et se fondre parmi les collines environnantes, un village ayant même été construit sur son dos et une ville contre son flanc, il est loin d'être mort, et exerce son influence sur son entourage, manipulant les gens de manière insidieuse, et on découvre petit à petit les plans qu'il échafaude. Dans le premier récit, un artiste convainc les notables de la validité de son projet de 40 ans pour les débarasser du monstre : le peindre intégralement afin de l'empoisonner avec les composés toxiques des pigments (2). Mais le fait qu'ils acceptent ce projet excentrique est-il une résultante de leur libre arbitre ou bien une preuve de l'influence occulte de Griaule, et cela ne s'inscrit-il pas dans un plan mystérieux du dragon ? Ce genre de doute, magnifié par la chute de la nouvelle, baigne tout le livre.
    J'ai dévoré la plupart de ces nouvelles, les unes après les autres, et c'est dû pour bonne part à leur style, recherché mais sans temps mort, avec ces phrases à rallonge mais jamais lourdes, brossant des tableaux puissamment évocateurs, soutenant du même souffle scènes d'action, récits, descriptions et passages introspectifs, et dont je me suis surpris à relire des passages pour le plaisir. L'effet puzzle joue aussi. Des nouvelles, disposées dans l'ordre de leur parution, racontant chacune une histoire indépendante et complémentaire, à peine unies parfois par des personnages récurrents, et se répondant à distance, finit par émerger une chronologie sur plusieurs siècles qui nous amène d'ailleurs à notre propre monde et à un discours politique (3).
    -----------------
    (1) Donc pas de quoi s'attirer les mêmes hordes enthousiastes que les séries au kilomètre parlant de p'tits gars promis à un grand destin, tout en s'attirant le mépris des inconditionnels de la littérature blanche.
    (2) J'ai quand même une question : et il est sensé se passer quoi quand il pleut ? C'est de la peinture indélébile ?
    (3) Mais qui l'était depuis le début.
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    Critique de qualité ? (10 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par TwiTwi, le 29 mars 2012

    TwiTwi
    C'est avec une certaine appréhension que j'ai commencé ma lecture du Dragon Griaule. En effet, outre le sujet des dragons qui est un thème qui m'intéresse au plus haut point comme vous pouvez vous en douter, la couverture m'avait littéralement tapé dans l'œil. Hop, achat, triple dédicace, place de choix dans la PàL. Et du coup grosse pression. Je craignais que le bouquin ne soit pas à la hauteur de mes attentes, qu'il ne me plaise pas, que le style de l'auteur me donne envie de fuir en courant dans la direction opposée ou que sais-je d'autre qui aurait pu me faire regretter mon acquisition et devoir ranger ce superbe objet dans ma bibliothèque en sanglotant " t'es beau mais t'es nul".
    Force est de constater que mes craintes étaient infondées : le Dragon Griaule est un sans faute. L'écriture / la traduction sont parfaites, la narration prenante et très construite, explorant différentes facettes du dragon et de la population qui vit alentour. Des six textes présentés, je serais bien en peine d'en choisir un préféré, tellement chacun est original.
    Mais qui est donc ce fameux Griaule ? C'est un dragon gigantesque pétrifié il y a fort longtemps par un magicien qui tenta de le tuer. Mais Griaule n'est pas mort. Son corps ancré au milieu d'une vallée sud américaine fait partie du paysage à présent. Quant à son esprit, il distille son venin à la population établie alentours.
    "En 1853, dans un lointain pays du Sud, en un monde séparé du nôtre par la plus infime marge de possibilité, la vallée de Carbonales, une région fertile entourant la cité de Teocinte et réputée pour sa production d'argent, d'acajou et d'indigo, était placée sous la domination d'un dragon nommé Griaule." [L'homme qui peignit le Dragon Griaule]
    Au travers de six récits, rassemblés dans un même recueil pour la première fois, Shepard nous conte la terrible influence de ce dragon fabuleux et effrayant qui n'a d'égal que sa taille impressionnante.
    L'homme qui peignit Griaule. Vaste entreprise de peindre les écailles du dragon millénaire qui inflige sa néfaste influence sur les habitants, dans le but de le faire mourir à petit feu, empoisonné par les toxines de la peinture.
    "Quoi que un peu là de s'émerveiller de tout, Méric ne put s'empêcher de tomber en arrêt devant l'œil. Large de soixante-dix pieds et haut de cinquante, il était protégé pas une membrane opaque et luisante, étrangement vierge d'algue et de lichens; derrière laquelle on devinait des masses de couleur. Alors que le soleil rougeoyant achevait de sombrer entre deux lointaines collines, cette membrane frémit puis s'ouvrit en son centre. Avec la lenteur cérémonieuse d'un rideau de théâtre, les deux moitiés s'écartèrent pour révéler la lumière de l'humeur aqueuse." [L'homme qui peignit le dragon Griaule]
    La fille du chasseur d'écailles. Catherine a grandi en dormant tout contre les écailles du dragon. Suites à certains concours de circonstances malheureuses, elle se retrouve littéralement à l'intérieur du dragon. L'atmosphère de cette nouvelle est aussi moite et brûlante que les organes internes de la bête.
    Le père des pierres. Un homme tue l'amant de sa fille, une espèce d'illuminé qui a créé un secte dont le culte tourne autour du dragon. L'histoire est racontée du point de vue de l'avocat du meurtrier. La ligne de défense de l'accusé est de mettre en cause le dragon qui, par son influence pernicieuse, l'a poussé à commettre ce crime.
    La Maison du Menteur est une auberge qui porte ce nom car son propriétaire dit l'avoir construite avec du bois prélevé sur le dos du dragon. Ce que personne ne croit. Hota, qui a fuit sa ville d'origine après en avoir tué un dignitaire, vit dans cette auberge. Un jour, il rencontre une étrange femme sur le dos du dragon ...
    Si vous n'avez pas lu le recueil : possibles spoilers dans les deux paragraphes suivants.
    L'écaille de Taborin. George Taborin fait l'acquisition d'un morceau d'écaille de dragon, lors d'une de ses visites à Teocinte, ville limitrophe du monstre. Il rencontre la prostituée Sylvia à qui il promet l'écaille si elle lui consacre quelques semaines de bon temps. Un jour il frotte l'écaille et se retrouve en compagnie de Sylvia projeté dans une sorte de savane, semblant venue d'un autre temps.
    " Nous l'avons toujours sous-estimé. En le débitant en pièces et en transportant celles-ci aux quatre coins du monde, nous avons fait exactement ce qu'il souhaitait. Désormais, il règne que la terre tout entière". [L'écaille de Taborin]
    Le crâne. Griaule est mort et ses restes ont été dispersés aux quatre coins du monde ... Son crâne défie le temps et les hommes au milieu d'une jungle. Une communauté d'illuminés vit à ses alentours, guidé par une jeune fille qui semble agir sous l'influence du dragon.
    " de toutes les choses que j'avais vues, le crâne était la première qui parût en mesure d'ébranler ma vision du monde. Sa taille et son apparence incroyable, les décorations barbares dont l'homme et la nature l'avaient orné au fil des siècles, ces graffiti de mousse et de lichen, ces enluminures de jade laiteux et d'onyx noir, ces crocs gainés de vert-de-gris, cette gueule recouverte d'arabesques fanées, appliquées par quelque tribu disparue depuis des lustres, tout cela éclairé par la lueur mouvante des torches ... à un instant donné, je croyais découvrir le visage grotesque d'un clown, un gigantesque masque de mardi gras en papier mâché, l'instant d'après je frémissais de terreur, persuadé qu'il allait s'animer et hurler. "[Le crâne]
    Le thème récurrent des nouvelles est l'influence qu'exerce le dragon sur les hommes. Suggérée dans la première nouvelle, elle monte crescendo au fil des cinq suivantes. La question est : ce que fait cet homme ou cette femme est-il dicté par sa propre volonté ou par celle du dragon ? Voilà une bien étrange - et passionnante -façon de métaphoriser le concept du libre examen.
    Dans sa postface, Shepard parle de métaphore politique, en pensant en particulier à administration Reagan pour la première nouvelle. Cela m'a un peu échappé à la lecture, sauf dans la dernière nouvelle où l'on n'est plus dans la métaphore mais dans la réalité. Cela dit, au final, on parle bien de la même chose.
    Parlant de la postface, elle est tout à fait éclairante sur la genèse du dragon dans l'esprit de l'auteur et de chacune des nouvelles. Shepard nous propose un travail assez personnel sur ce qu'il a mis dans ces textes, au fil des années. Et d'en venir à la conclusion :
    "Je pense à présent que je n'en aurai jamais fini avec Griaule."


    Lien : http://ledragongalactique.blogspot.fr/2012/03/le-dragon-griaule-luci..
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    • Livres 5.00/5
    Par BlackWolf, le 29 décembre 2011

    BlackWolf
    En Résumé : J'ai passé un excellent moment avec ce livre qui nous offre six textes sur Griaule et son influence. Chaque texte est vraiment dense, bien construit et travaillé le tout porté par des personnages vraiment complexes et possédant chacun une psychologie propre. L'auteur à travers ces textes nous fait réfléchir sur notre libre arbitre et nous offre une critique intéressant d'un point de vue sociale et politique. le tout est porté par une plume vraiment intenses, soigné et jamais lourde ou ennuyeuse, un véritable régal. Seule petit hic une nouvelle que j'ai trouvé un ton en dessous des autres.
    Retrouvez ma chronique complète sur mon blog.

    Lien : http://blog-o-livre.over-blog.com/article-le-dragon-griaule-lucius-s..
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)

Critiques presse (2)


  • Elbakin.net , le 16 décembre 2011
    Chacune des nouvelles nous permet ainsi d’en apprendre un peu plus sur le Dragon et le microcosme environnant. Au point dans certains cas d’occulter tout le reste, malgré (ou à cause de ?) son pouvoir évocateur. Cependant, la plume de Lucius Shepard nous entraîne dans un monde cohérent en suivant une ligne directrice définie dès le début, sans hésiter à aborder frontalement une noirceur souvent diffuse.
    Lire la critique sur le site : Elbakin.net
  • SciFiUniverse , le 22 septembre 2011
    Au final, ces textes réunis forment une histoire cohérente, une chronologie sur deux siècles d'un monde alternatif très intéressant. Si l'on ajoute à cela la qualité stylistique de Lucius Shepard et sa capacité à évoquer des images frappantes, on ne peut qu'en recommander sa lecture. C'est un grand auteur.
    Lire la critique sur le site : SciFiUniverse

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Citations et extraits

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  • Par Walktapus, le 05 décembre 2011

    Lorsqu'il arriva à destination, les rues étaient désertes et la brume isolait les maisons décrépites de la plage, du ciel et du reste du monde, réduisant l'éclat des réverbères à un halo vaporeux ; le ressac semblait mollasson, telle une succession de gifles de géant, et l'humidité de l'air obligea Korrogly à relever le col de son manteau et à presser le pas ; le sable apporté par le vent crissait sous ses pieds. Il aperçut son reflet dans une vitrine : un homme pâle et anxieux, maintenant son manteau fermé d'une main, le front soucieux, filant au sein d'une purée de noirceur… le milieu naturel de Griaule, imaginait-il, celui de l'innocence et de la culpabilité, de toutes les questions humaines. Il accéléra encore l'allure, impatient de subsumer ses doutes dans la chaleur de Mirielle. Il distingua devant lui une silhouette floue drapée dans la brume. Elle se tenait banalement debout, mais il en émanait quelque chose d'inquiétant. Imbécile, se dit-il, et il continua sa route. Mais à mesure que la silhouette se définissait un peu mieux, son inquiétude ne fit que croître
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  • Par Walktapus, le 03 décembre 2011

    Peu après que se fut estompée la lumière christique du premier matin du monde, quand les oiseaux volaient encore entre la terre et le ciel et que les plus perverses des créatures elles-mêmes brillaient comme des saints, si pure était la parcelle de mal qu'elles recelaient, il était un village nommé Hangtown accroché au dos du dragon Griaule, une gigantesque bête d'un mille de long qu'un charme magique avait paralysée sans toutefois la tuer et qui régnait sur la vallée de Carbonales, contrôlant dans ses moindres détails la vie de tous les habitants, auxquels elle manifestait sa volonté grâce aux ineffables radiations émanant de la soute froide de son esprit.
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  • Par TwiTwi, le 25 mars 2012

    De toutes les choses que j'avais vues, le crâne était la première qui parût en mesure d'ébranler ma vision du monde. Sa taille et son apparence incroyable, les décorations barbares dont l'homme et la nature l'avaient orné au fil des siècles, ces graffiti de mousse et de lichen, ces enluminures de jade laiteux et d'onyx noir, ces crocs gainés de vert-de-gris, cette gueule recouverte d'arabesques fanées, appliquées par quelque tribu disparue depuis des lustres, tout cela éclairé par la lueur mouvante des torches ... à un instant donné, je croyais découvrir le visage grotesque d'un clown, un gigantesque masque de mardi gras en papier mâché, l'instant d'après je frémissais de terreur, persuadé qu'il allait s'animer et hurler. [Le crâne]
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  • Par TwiTwi, le 17 mars 2012

    Quoi que un peu là de s'émerveiller de tout, Méric ne put s'empêcher de tomber en arrêt devant l’œil. Large de soixante-dix pieds et haut de cinquante, il était protégé pas une membrane opaque et luisante, étrangement vierge d'algue et de lichens; derrière laquelle on devinait des masses de couleur. Alors que le soleil rougeoyant achevait de sombrer entre deux lointaines collines, cette membrane frémit puis s'ouvrit en son centre. Avec la lenteur cérémonieuse d'un rideau de théâtre, les deux moitiés s’écartèrent pour révéler la lumière de l'humeur aqueuse.
    [l'homme qui peignit le dragon Griaule]
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  • Par TwiTwi, le 17 mars 2012

    Les écailles étaient des hexagones irréguliers de trente pieds de large, qur quinze de haut, leur couleur était un or pâle nuancé de vert, mais il y en avait aussi des blanches, drapées dans des lambeaux de peau morte, et d'autres recouvertes d'une mousse viride, et l'immense majorité d'entre elles étaient marbrées d'algues et de lichens qui semblaient dessiner les caractères d'un alphabet ophidien.Les oiseaux avaient nichés dans les fêlures, les fougères avaient poussés dans les interstices, tels des milliers de panaches verts frémissant sous la brise. Méric eut le souffle coupé en contemplant l'immensité de ce jardin suspendu - on eut dit une lune fossile à la courbure prononcée.
    [l'homme qui peignit le dragon Griaule]
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