> François Emion (Traducteur)

ISBN : 2207250628
Éditeur : Denoël (2000)


Note moyenne : 4.67/5 (sur 3 notes) Ajouter à mes livres
Trois femmes, deux vieilles copines et une adolescente paumée, traversent l'Islande. L'auteur de "Voleur de vie" nous entraîne avec humour dans leur quête profonde. Un somptueux road movie au féminin.
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 5.00/5
    Par Melopee, le 11 juin 2011

    Melopee
    Harpa Eir est une jeune femme qui vient de passer la trentaine. Ce qui la préoccupe c'est sa fille de 15 ans, Edda Solveig, qui file du mauvais coton. Toutes deux vivent à Reykjavik, où affluent racaille et mauvaises fréquentations. Edda est agressive, violente, sort beaucoup et se met à boire, par la même occasion. le livre commence donc sur un début de voyage, celui entrepris par Harpa, sa meilleure amie Heidur et l'infortunée gamine paumée, vers l'Est de l'Islande. Là-bas, elles entendent échapper au tumulte de la vie de la capitale, aux nombreux déboires, à la perdition inéluctable. C'est comme un instinct de survie que d'emmener la jeune fille vers ces terres lointaines, où elle a grandi autrefois et qu'elle rejette désormais.
    Harpa est une femme courageuse, mère célibataire qui a eu cette fille à 15 ans, imposant cette grossesse à sa propre mère. On sent que les schémas peuvent se répéter et que 15 ans est un âge fatidique dans la vie de ces Islandaises non épargnées par l'alcool, le sexe... qui s'imposent bien avant l'âge. Pour ne pas gâcher sa jeunesse définitivement, il est temps de prendre le taureau par les cornes !
    Voilà donc nos trois compagnes, à bord d'une fourgonnette, qui filent à toute allure vers cet Est prometteur. Là-bas tout semble possible : qu'Edda retrouve le droit chemin, qu'Harpa se repose après des mois de lutte acharnée avec sa bougresse de fille. le voyage débute en automne. Mais c'est tout le temps d'un hiver, qu'elles passeront loin de chez elles, qui restera sans doute gravé dans les mémoires, pour ces femmes qui ont encore un parcours énorme à effectuer.
    Les paysages défilent et l'Islande parait merveilleuse, parfois bucolique, empreinte de nostalgie, peuplée d'arcs-en-ciel, de lacs en tous genres, d'animaux enchanteurs (mammifères et autres volatiles). La quête d'une vie meilleure passe sans conteste par la beauté de cet environnement calme et paisible. Dans les cœurs c'est le tourment : Edda est grossière, révoltée d'être contrainte à partir, Harpa est quant à elle pleine d'incertitudes sur la portée d'un tel périple. Quant à Heidur, l'amie de la première heure, chauffeur émérite et flutiste hors paire, elle subit la route mais aussi les foudres de ses compagnes qui ne la ménagent pas.
    Entre une tempête de sable qui menace d'interrompre le voyage, un pique-nique où les vaches sont les maitresses des prés, des escales hautes en couleurs (Gerti la poule, meneur de la bande d'Edda à Reykjavik, en sera l'instigateur plus d'une fois) on est loin du road trip ordinaire. Mais c'est ce voyage, organisé avec les tripes et le semblant de restant d'humanité, qui marque un tournant dans les vies.
    C'est sur l'île d'Andey que le voyage s'achève : Edda est confiée à sa tante. Quant à Harpa, elle séjournera non loin pour se ressourcer tout près d'un lac naturel.
    Que j'ai aimé ce livre ! Non seulement parce qu'on se doute, ou du moins qu'on espère, que tout rentrera dans l'ordre. On plaint la mère d'avoir laissé sa fille s'enfoncer dans une telle délinquance. On plaint aussi l'adolescente, qui semble faire les 400 coups justement pour attirer l'attention. Enfin on plaint Heidur, qui s'est engagée à accompagner cette famille désunie, car elle est seule et qu'elle n'a rien à régler dans sa petite vie faite de paillettes. C'est si tranquille d'être postée dans une vie de femme accomplie !
    J'ai aimé cette narration dense, parfois pleine de non-dits, de frustrations qui conduisent au mutisme. Car ces femmes on envie de s'en sortir, elles sont prêtes à se relever, à compter les unes sur les autres pour faire table rase du passé.
    Car derrière tout l'effroi de la situation, on sent ces femmes positives, jamais à court d'idées. Et c'est charmant de les voir s'interroger sur tout ce décor mais aussi sur cette vie qui parfois leur échappe. Il y a cette Harpa, mère avant sa génération, qui parle à sa propre mère pourtant décédée voilà dix ans. Cette apparition la bouleverse, l'horripile et l'agace car la filiation est difficile à établir. Qui est cette mère, absente de son vivant, qui morte se fait un malin plaisir à donner son point de vue sur tout ce qui se passe?
    Pourquoi Harpa est-elle brune et naine alors que tous les Islandais sont roux et élancés? Voilà le genre de questions qui sont des fils conducteurs tout au long du récit. Est-ce trop dévoiler que de dire qu'ils ont de l'importance?
    A noter la relative absence des hommes : ils ne prennent pas part à l'équipée, sont évoqués seulement pour leur faiblesse, pour leur bonté naïve ou leur maladresse légendaire. Parfois ils sont utilisés, au détour d'un chemin, et font tâche lorsqu'ils restent trop longtemps dans l'action. C'est un récit de femmes ! Un récit de quête de soi mais surtout un récit où les femmes ont la part belle !
    En somme, voilà une histoire à multiples facettes, où beaucoup de mystères doivent être dévoilés pour enfin trouver le chemin de l'apaisement. Autant vous dire qu'on chemine, nous aussi, vers le bonheur !
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    • Livres 5.00/5
    Par gscot, le 11 mai 2012

    gscot
    Lorsque j'ai lu ce livre en 2001, j'ai reçu un grand coup au coeur. Et je savais que je m'en souviendrais bien des années plus tard.
    Car il aborde tous les grands thèmes : rapport à l'enfance et à la nature, recherche du père et filiation, difficulté à grandir, à s'accepter dans sa féminité et en tant que mère, permanence et limites de l'amitié, relation à la solitude et à l'amour, quête initiatique. Même le surnaturel s'invite parfois, étonnant...
    Car Harpa Heir, jeune brunette islandaise, femme-enfant devenue mère beaucoup trop tôt, se débat comme un beau diable pour soustraire son adolescente de fille, bien peu aimable, à de mauvaises fréquentations à Reykjavik. S'ensuit un fabuleux voyage vers les fjords de l'est.
    Que dire d'une dangereuse poursuite au milieu des champs de lave? D'une tempête comme seule l'Islande peut en produire ? D'une route sur laquelle meurent par centaines des bébés macareux ? D'une rencontre au milieu de nulle part suivie d'une belle nuit amoureuse dans une petite maison construite sur les flancs d'un volcan ?
    Il faut se laisser porter et regarder vivre Harpa.
    A la fin de cette lecture, j'ai acheté une grande carte de l'Islande et ai reconstitué son voyage, surligné les noms, si étranges, des villages, des sommets, des volcans. Et j'ai eu l'impresion de laisser dans ce pays quelqu'un que je connaissais bien... Chapeau, Steinunn.
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  • Par Aifelle, le 11 avril 2011

    Aifelle
    Si vous aimez les récits linéaires et carrés, vous pouvez passer votre chemin. Par contre, si un road-movie rocambolesque, rempli de digressions ne vous fait pas peur, laissez-vous embarquer dans cette histoire à multiples facettes.
    Harpa Eir est une jeune femme d'une trentaine d'années. Elle arrive à un moment de sa vie où la concentration de plusieurs problèmes lui rend l'existence infernale. le plus gros est celui de sa fille Edda, qu'elle a eue a quinze ans. Edda a des fréquentations désastreuses à Reykjavik, elle se drogue, boit, éructe et frappe même sa mère qui ne sait plus quoi faire


    Lien : http://legoutdeslivres.canalblog.com/archives/2011/04/11/20856519.html
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Citations et extraits

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  • Par Aifelle, le 11 avril 2011

    "Dans une existence aussi brève que la mienne, j'ai néanmoins fait l'expérience d'être mère, d'assister à la transformation de ma douce petite fille en une nouvelle catégorie que je ne saurais définir, de voir le coin de campagne de mes rêves devenir une destination que je redoute. LE COURS DES CHOSES n'épargne rien, pourvu que l'on vive. Il concasse et réduit en poussière les pierres précieuses, terrorise les gens, oppresse leur âme, foule aux pieds leur petit jardin de bonheur".

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  • Par Melopee, le 11 juin 2011

    Je donnerais beaucoup pour pouvoir uriner debout, sans pour autant être un homme. [...]
    Uriner en plein air n'a pas été son occupation favorite, mais il règne ici des conditions particulières, et même les gens les plus assurés pourraient se sentir attirés s'ils en faisaient l'expérience : avec l'air marin. Que cela peut être bon, charmant et merveilleux. L'air islandais qui vous fouette les fesses. "A travers les fesses" serait sans doute une expression plus poétique. [...]
    Lorsque je me redresse, au terme de cette miction aussi drue qu'abondante digne d'un chameau, j'aperçois mes compagnes investies dans des occupations semblables. Edda s'accroupit derrière un roc et Heidur, derrière un agneau immobile. La scène est picturale. Toutes deux me tournent le dos et urinent en regardant l'intérieur des terres. Pour la forme, je trouve qu'il aurait été plus logique de le faire en direction de la mer.
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  • Par Melopee, le 11 juin 2011

    Comme si elle était morte, comme si elle avait disparu à douze ans, lorsqu'elle était une enfant normale, une petite fille énergique qui rangeait sa chambre et faisait ses devoirs, pouvait discuter sans aucune gêne avec n'importe qui et regardait dans les yeux ses interlocuteurs, qui répondait sans ambiguïté si on lui demandait son âge et quelles étaient ses activités.
    La fatalité. Avoir un enfant qui s'autodétruit.
    [...] Un enfant qui s'est métamorphosé en monstre ne laisse pas de beaux souvenirs. S'il meurt, son souvenir est repoussant et quelqu'un peut être incriminé pour le tour qu'ont pris les événements. Probablement la mère qui n'a pas su l'élever. La mère qui lui a injecté du sang souillé du péché.
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  • Par Melopee, le 11 juin 2011

    - Elle est où cette maison? demande Edda poliment.
    Une fois encore, elle a tourné la page. En fait, il serait préférable qu'elle soit constamment insolente. Ce sont ses volte-face de politesse qui, en fin de compte, posent problème.
    Parce qu'elles font naître un espoir stupide. Celui que les choses vont s'arranger. Un espoir aussitôt étouffé. Et cela ne se fait jamais sans douleur.
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