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Une empreinte. Dans l'herbe mouillée. Je sais.
Quelque chose de fragile, dans le petit matin. S'avance. Sur l'herbe embuée de rosée, dans l'ombre des bois,à travers la fissure de la lumière. S'avance. N'écoute pas le vent, qui détisse ses espoirs et les rend à l'informulé. A l'informel. A la trace impalpable. Quelque chose. Elle.
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Par petitefa le 05/02/2012
Je regardais ses mains, qui effleuraient les plantes. Il passait par-dessus sans jamais les toucher. Et quelque chose, comme une pelote de cordée tissée en mon sein, me disait : s'il les touche, elles mourront. Ceci je murmurais à ma propre oreille, voulant me rendre inflexible : il est cruel, sa main ramasse les fils tranchés, sa main flétrit les fleurs. Il est en son jardin, et son jardin est noir. Ici point de lumière, ici point de salut. Cette boule dans ma gorge, cette cage sur mon cœur, me coupaient le souffle, et mettaient des mises en garde dans mon pas, et pourtant... je le regardais, et je savais mes yeux avides.
Il est beau, mon Seigneur, ma mère. Il est beau comme l'acier.
Le Cœur de l'Hiver
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Par petitefa le 05/02/2012
Parfois il rit dans son sommeil, et elle sourit aussi. Mais la plupart du temps elle reste les yeux grands ouverts, brûlants, dans la nuit poudreuse. Ou elle dort d'un sommeil léger, sans rêves, qu'un rien peut fissurer. Elle se laisse bercer par les mouvement paradoxalement désordonnés et réguliers du train. Tant qu'il roule, ça va. Rien ne les arrête, rien de mal ne peut monter. Tant que le train roule, pour une heure ou un jour de plus.
Ils vont vers l'ouest.
Runaway Train
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Par petitefa le 05/02/2012
- Et qu'est-ce que cela nous fait ? Je ne veux pas que l'on prenne ce qui est à moi.
- A toi ? La femme et l'enfant ? A toi comme tes vaches ou ton vignoble, comme la terre sous tes pieds ?
- La femme oui. Pour l'enfant de l'autre, cela me va si vous l'emportez au Diable.
La colère flamboya dans les yeux de l'étranger.
- Voici donc comment raisonnent ceux d'argile. ils jettent aux orties ce qui est pour nous un inestimable présent, et ils possèdent les êtres à qui nous ne prenons, nous, que ce que leur bon vouloir nous donne...
Frost
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Par petitefa le 05/02/2012
En dessous, comme à portée de main, était le lit de la rivière, parfaitement visible à travers le miroir de l’eau, la valse lente des truites, le reflet de la lumière sur les cailloux, la résistance entêtée des herbes aquatiques. Et la femme. Allongée sur le lit de pierre, sous l'eau miroitante, drapée seulement de la gloire de sa chevelure. Yeux ouvertes, cœur fermé, absente. Elle fixait le ciel d'un regard qui ne cillait pas, à travers la trame fissurée des couronnes des arbres. Pas une bulle d'air n'échappait à ses lèvres, et pourtant sa poitrine semblait se soulever doucement. Sur la peau d'ivoire et de crème, la chevelure. Le fil. Une chevelure si longue qu'il n'eût pas été impossible de l'imaginer occupant tout le cours d'eau. Flottant dans le courant au rythme lent des algues, évoquant à la fois l'immobilité et la fuite sans fin.
En Tissant la Trame
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Par petitefa le 05/02/2012
Maintenant j'avance entre les arbres sentinelles vers le cœur vert des bois, sur un tapis de feuilles si épais que le bruit de mes pas n'est plus que le bruissement du vent dans le jardin de la Déesse. Autour de moi les troncs des érables, des chênes et des hêtres sont des piliers de cathédrale jetés vers l'impassibilité du ciel. Et la voûte en berceau que forme leur ramure se pare d'une gloire de teintes au-delà de toute comparaison. Dans d'infinies nuances de rouge et de jaune, de pourpre et de mordoré. Et ces couleurs tombent lentement de la charpente transfigurée du ciel avec des gestes de valseurs, soutenues par l'air seul sous l'acier de leurs nervures. Les couleurs d'automne, le cuivre, la rouille, le sang. Je ne suis plus, déjà, qu'une couleur parmi tant d'autres au sein de l'immobilité millénaire des arbres.
Couleurs d'Automne
(Le cuivre, la rouille, le sang)
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(Le lys noir)
Durant toutes ces semaines, Philippe de St Just avait rêvé de la revoir. Elle avait hanté ses rêves comme elle avait hanté cette nuit de brume où il l’avait aperçue pour la première fois, sur le ferry qui le ramenait de l’île de Man. Cette nuit où elle se tenait sur la coursive du navire, dans l’ombre du pont supérieure, noire contre le noir absolu de la nuit, silencieuse. Silencieuse, oui, telle la mort, absente, retranchée du monde comme un nombre entier d’une addition absurde. De tels êtres ne s’expriment que dans le négatif et la soustraction, ceci il ne lui avait pas fallu longtemps pour le deviner. Une fraction de seconde, celle où sa sensibilité d’artiste avait pris le dessus sur son esprit mâle, moderne et cartésien.
Il l’avait contemplée longtemps de loin, alors, le souffle coupé par sa silhouette sinueuse et la grâce inquiétante de ses mains gantées, par l’absolue altérité qui se dégageait d’elle comme un parfum envoûtant.
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