Et si l'Empire romain ne s'était jamais effondré, s'il avait poursuivi son expansion jusqu'à nos jours ? C'est ce qu'a imaginé Silverberg dans ce livre en prenant évidemment des libertés avec la véritable histoire. Ainsi le Christianisme ne s'est pas propagé (les Juifs n'ont jamais quitté l'Egypte), pas plus que l'Islam d'ailleurs, tué dans l'oeuf avec l'assassinat du prophète. Mais sur cette période de quinze siècles environ (de 1203 après la fondation de la ville à 2723) que de bouleversements, de vicissitudes et de grandes réussites et découvertes : celle du Nouveau Monde par exemple, mais également la conquête de Rome non pas par les Barbares germains et gaulois, mais par les byzantins, puis la réunification des deux empires d'occident et d'orient sous la bannière du premier, sans oublier la liquidation pure et simple de l'Empire (un épisode particulièrement cynique et sanglant) et la touche finale avec le nouvel exode du peuple juif, à la fois messianique et cosmique.
Une longue saga uchronique (536 pages) de très haut niveau. Pour la rédiger, Silverberg a rassemblé une documentation impressionnante sur la vie et les moeurs des Romains. Il s'est placé à une dizaine de dates-clés de cette histoire imaginaire et a mis en scène des personnages emblématiques de chaque époque, un peu comme des chapitres indépendants d'un livre d'Histoire, avec guerres, crises et coups d'état. Rien n'est vrai, mais tout aurait pu l'être. L'évolution de l'organisation politique et sociale suit une certaine logique : tribalisme, féodalité, royauté, empire avec une tendance à l'expansion jusqu'aux confins du monde (Rome peut s'étendre de l'Amérique aux confins de la Chine) ce qui induit scissions, reconquêtes et finalement décadence. Seule l'implosion, qui est pourtant la destinée obligatoire d'un tel système politique, n'est pas envisagée. Rome règne et règnera pour toujours établissant partout sa « Pax Romana », un véritable bienfait pour toute l'humanité. le lecteur ne comprend où l'auteur veut en venir et pourquoi ce roman est classé science fiction que dans les trente dernières pages d'une chute assez époustouflante.
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