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ISBN : 2253148806
Éditeur : Le Livre de Poche

Note moyenne : 3.8/5 (sur 35 notes)
Résumé :
On était le 3 décembre et il pleuvait toujours. Le chiffre 3 se détachait, énorme, très noir, avec une sorte de gros ventre, sur le blanc cru du calendrier fixé à la droite de la caisse, contre la cloison en chêne sombre séparant le magasin de l’étalage. Il y avait exactement vingt jours, puisque cela avait eu lieu le 13 novembre encore un 3 obèse sur le calendrier , que la première vieille femme avait été assassinée, près de l’église Saint-Sauveur, à quelques pas d... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Woland
05 avril 2013
  • 5/ 5
Dans les rues étroites d'une ville portuaire française d'après-guerre - La Rochelle, pour ne pas la nommer - le petit tailleur Kachoudas rase les murs et glisse sur les pavés luisants de pluie, acharné à suivre, au soir tombé, son voisin, M. Labbé, le chapelier, en route pour sa sortie vespérale au "Café des Colonnes" où il joue au bridge avec ses amis, souvent des relations d'enfance, fils de notables comme lu,i qui ont partagé les bancs des mêmes collèges et fréquenté les mêmes amphithéâtres. Frêle, inquiet, timide et dénué de toute confiance en lui parce que trop pauvre, Kachoudas a deviné que son voisin n'est autre que le meurtrier qui, depuis le 13 novembre, s'en est pris à cinq femmes, toutes d'un âge certain mais que rien, a priori, ne paraît relier entre elles. Un soir, son intuition devient certitude absolue : dans les plis impeccables du pantalon du chapelier, son oeil de tailleur vient de repérer, accrochés au tissu, des caractères découpés dans un journal local et semblables à ceux dont l'assassin se sert dans les lettres, évidemment anonymes, qu'il envoie au journaliste Jeantet et à "L'Echo des Charentes", afin d'expliquer ses crimes, lesquels, assure-t-il, ont leur logique, n'en déplaise à l'opinion publique qui le prend à tort pour un fou.
Tel est le point de départ d'un roman singulier et noir, de cette noirceur propre au grand auteur belge, que Claude Chabrol a célébré dans l'un des ses meilleurs films, avec un Michel Serrault une fois de plus époustouflant face à un Charles Aznavour qui ne s'en laisse pas compter.
Simenon, c'est d'abord un style : simple, net, qu'on pourrait presque rapprocher de la fameuse "ligne claire" créée par Hergé, sans fioritures inutiles, au service d'une intrigue et de personnages qui, pour leur part, sont loin, mais alors là très loin de la simplicité. Toutes proportions gardées, Simenon nous évoque un Flaubert qui, enfin délivré de ses angoisses d'écrivain, aurait réussi à produire ou plutôt à multi-produire, en ne reniant pas l'aspect critique sociétale de l'oeuvre mais en l'étayant solidement au moyen du genre policier. Qu'on lise à l'aveugle le début du "Chien Jaune" ou celui des "Fantômes du Chapelier", on sait, dès le premier paragraphe, qu'il s'agit de Simenon - et pour ce faire, nul besoin d'avoir lu l'intégrale de ses titres. Cette méticulosité dans l'expression, cette phrase redoutablement plate qui s'en tient à l'essentiel - ou qui en donne l'impression - ce ne peut être que Simenon - le Simenon des romans, bien sûr car celui de ses "Mémoires" est beaucoup plus prolixe et parfois, à notre avis, imbuvable.
Simenon, c'est aussi un décor, le plus souvent urbain, qui s'impose tranquillement au lecteur avec une telle justesse dans le trait, dans le détail qu'il en arrive à percevoir la pluie qui n'arrête pas de tomber, les maisons qui se recroquevillent et se ferment dès sept heures du soir, devant la crainte inspirée par l'assassin, les vapeurs trop chaudes, la buée sur les glaces au "Café des Colonnes", le petit placard bricolé par le chapelier afin de faire croire que sa femme invalide continue à le "sonner", la salle-à-manger où Louise, la bonne, lui sert son repas solitaire, les craquements du vieil immeuble, les fenêtres plus humbles, plus pauvres, qui sont celles de la famille Kachoudas, juste en face de chez les Labbé et les pavés des rues qui se déroulent comme un serpent sans fin dans la nuit hantée par un criminel sans visage ...
Simenon, c'est tout ce qui est dit - le minimum - et tout ce qui n'est pas dit - c'est-à-dire l'essentiel. On comprend vite que Labbé a tué sa femme. de même qu'on saisit la logique des cinq premiers meurtres et de la tentative ratée du sixième. le chapelier n'est pas fou : c'est simplement un homme qui en a eu assez et qui, ensuite, tue pour sauver sa peau.
... Mais à partir du moment où Labbé s'en prend à des innocents (et Kachoudas, miné par la maladie qu'il a contractée en filant son voisin par tous les temps et surtout sous la pluie, fait partie du lot), cette tranquillité presque bon enfant, ce bon sens dans le crime qui en faisait un personnage relativement normal - et presque notre frère, à nous, lecteurs, qui, un jour, pouvons, nous aussi, sous le coup de la fatigue ou de la colère, en avoir assez - tout cela s'écroule et le chapelier nous apparaît - et s'apparaît à lui-même - comme ce qu'il était sans doute dès le début : un tueur animé par la seule jouissance de tuer. Ou alors, ses succès l'ont grisé, il y a pris goût - il se prend pour Dieu. Mais peu importe dans le fond : qu'il ait toujours été tueur dans l'âme ou qu'il le soit devenu sous la pression des événements, le chapelier a franchi les limites, il n'est plus des nôtres, il a sombré dans cette folie dont il se défendait pourtant dans ses lettres à Jeantet et à la ville.
Bref, c'est du Simenon. du bon, du grand Simenon. Lisez, vous verrez bien.
NB : Et n'oubliez pas non plus de visionner le film de Chabrol. Il vaut le détour. ;o)
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dourvach
03 septembre 2015
  • 5/ 5
Un SIMENON asphyxiant (catégorie "roman dur") terminé en Arizona en décembre 1948 : la mémoire prodigieuse du grand Liégeois a reconstitué là-bas les nuits closes de La Rochelle, l'air océanique poisseux imprégnant toute la ville, la Café aux Arcades et ses rituels, les odeurs du bassin, la chapellerie Labbé et sa porte close du premier étage..., le médecin alcoolique, etc. ; les fantômes du titre sont ceux hantant la cervelle "tracassée" du terrible Monsieur Labbé ["The mad Hatter", le Chapelier fou de Lewis Caroll, en moins aimable...], chapelier de métier qui apris la succession de son papa ; avant la fin du chapitre I , nous apprendrons avec son voisin, le petit tailleur arménien Kachoudas, "de quoi il retourne"... Nous vivrons les dix chapitres dans les pensées, les intentions et les actes de l'assassin... C'est monstrueux, grandiose, pathétique, poétique : inimitable comme l'art littéraire authentique... Simenon fut à la fois cet artisan et cet artiste : avec le recul, un IMMENSE écrivain qui marqua tout le XXème siècle... Mais notre camarade Woland dès 2013 vous a rédigé ci-dessus une superbe critique -- passionnante et vertigineuse -- de cette oeuvre exceptionnelle, à la hauteur de "L'assassin", "Les Pitard", "Le Bourgmestre de Furnes", "Le locataire", "Il pleut Bergère", "La maison du canal", "Les gens d'en face", "La Marie du Port", "La vérité sur Bébé Donge", "La fenêtre des Rouet", "Le fond de la bouteille", "La veuve Couderc", "Le chat", "Le train", "Betty", Le déménagement", "La disparition d'Odile", (etc. etc.) ... Bref, tant de chefs d'oeuvres à découvrir ou à relire, et relire encore... Toute une vie de lecteur suffira-t-elle pour s'imprégner de TOUTE la "Magie Simenon" ?
Lien : http://www.regardsfeeriques...
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CorinneCo
22 octobre 2013
  • 3/ 5
un petit bijou de noirceur, de banalité quotidienne ou le sinistre et l'incroyable s'invite avec simplicité. le personnage du chapelier est attachant, pathétique et son "couple" avec Kachoudas est improbable. Il n'est pas étonnant que beaucoup de cinéastes aient puiser dans l'univers de Simenon pour ses histoires. Psychologie, réalisme, description, tout est là....
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hexagone
17 avril 2011
  • 5/ 5
Cela fait le troisième Simenon que je lis. " Piotr le letton " ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable. Il y a eu " Les fiançailles de M. Hire" superbe, et maintenant celui là.
Ce qui semble être une constante dans les livres de Simenon, c'est la simplicité. Simplicité de l'histoire, des mots employés, des vies. Et puis derrière cette apparence de la simplicité, il y a la psychologie qui amène ses difficultés.
Les livres de Simenon me font penser à une mare à l'eau claire,et puis il prend un bâton et commence à remuer, tout doucement, sans à-coups, et puis on commence à voir des choses remonter, qui se marient bien avec la limpidité, c'est même joli. Et puis ça prend de l'ampleur, ça salit tout.
On a envie de dire eh Monsieur arrêtez de salir la mare, pourquoi faire remonter tout ça à la surface.
Mais au fond de nous ça nous plait ce qu'il fait, c'est excitant et tellement bien fait.
Simenon m'a subjugué par ce livre.
J'adore ce genre de littérature grand public d'une extrême grande qualité.
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loreleirocks
19 novembre 2012
  • 4/ 5
Quel drôle de roman. du moins en comparaison des polars et romans noirs que je fréquente habituellement.
Mon premier Simenon et une excellente expérience. Une ambiance désuète et pesante finement rendue sous couvert de brume.
Une sombre histoire de petite ville où une vie plongée dans la tristesse d'une routine et d'usure s'arrête dans le déraillement.
Une lecture rapide contrastant avec une narration étrangement visuelle et lente.
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Citations & extraits (3) Ajouter une citation
WolandWoland05 avril 2013
[...] ... - Je laisse ma porte ouverte jusqu'à ce que vous soyez chez vous [,Melle Mollard].

- Je vous le défends bien ! Pour refroidir toute la maison ! Puisque je vous dis que je n'ai pas peur.

A sa voix, Kachoudas l'imaginait petite et maigre, un peu cassée, un peu précieuse. Il l'entendit descendre les marches, s'engager sur le trottoir. La porte, restée un moment ouverte, se referma enfin. Il faillit crier. Il voulut crier. Mais il était déjà trop tard. D'ailleurs, il en aurait été physiquement incapable.

Cela ne fit pas plus de bruit que, par exemple, un faisan qui s'envole d'une futaie. C'était probablement le froissement des vêtements. Tout le monde, en ville, savait comment cela se passait et Kachoudas porta malgré lui la main à sa gorge, imagina la corde de violoncelle qui serrait le cou, fit un effort sincère pour s'arracher à son immobilité.

Il était sûr que c'était fini et il lui fallait s'éloigner en toute hâte, courir au poste de police. Il y en avait un rue Saint-Yvon, tout de suite après le marché.

Il crut qu'il avait parlé tout seul alors que ses lèvres remuaient à vide. Il marchait. C'était une victoire. Il ne parvenait pas encore à courir. Peut-être d'ailleurs valait-il mieux ne pas courir, ici, dans les rues vides où l'autre pourrait courir aussi, le rattraper, en finir avec lui comme il venait d'en finir avec la vieille demoiselle ?

Une vitrine. C'était, comme par ironie, celle d'un armurier. Il est vrai que le chapelier ne se servait jamais d'armes. Kachoudas ne se sentait plus aussi seul. Il pouvait reprendre haleine. Il aurait voulu se retourner. Encore vingt mètres, dix mètres, et il apercevrait la lumière rouge du poste de police.

Il avait pataugé dans les flaques d'eau et ses pieds étaient mouillés, ses traits durcis par le froid. Il marchait à nouveau comme une personne normale, dépassait la rue du Minage, sa rue.

Il touchait presque au but. Il n'entendait aucun bruit de pas, mais il savait néanmoins qu'on marchait derrière lui, qu'on le rejoignait, il n'osait toujours pas courir, ni s'arrêter, et une silhouette plus grande et plus large que lui se profilait à sa gauche, un pas s'accordait au sien, une voix étrangement calme prononçait :

- Vous auriez tort, Kachoudas.

Il ne regarda pas du côté de son compagnon. Il ne répondit rien. Il ne fit pas tout de suite demi-tour.

Il était seul, il voyait la lanterne rouge, un agent cycliste qui sortait du poste et qui montait sur sa machine.

Il se retourna. Sans plus se préoccuper de lui, M. Labbé qui avait fait volte-face, se dirigeait, les mains dans les poches, le col de son pardessus relevé, vers la rue du Minage, vers leur rue à tous les deux. ... [...]
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WolandWoland05 avril 2013
[...] ... On était le 3 décembre et il pleuvait toujours. Le chiffre 3 se détachait, énorme, très noir, avec une sorte de gros ventre, sur le blanc cru du calendrier fixé à la droite de la caisse, contre la cloison de chêne séparant le magasin de l'étalage. Il y avait exactement vingt jours, puisque cela avait eu lieu le 13 novembre - encore un 3 obèse sur le calendrier - que la première vieille femme avait été assassinée, près de l'église Saint-Sauveur, à quelques pas du canal.

Or, il pleuvait depuis le 13 novembre. On pouvait dire que, depuis vingt jours, il pleuvait sans interruption.

C'était le plus souvent une longue pluie crépitante et, quand on courait la ville en rasant les maisons, on entendait l'eau couler dans les gouttières ; on choisissait les rues à arcades, pour être un moment à l'abri ; on changeait de souliers en rentrant chez soi ; dans tous les foyers, des pardessus, des chapeaux séchaient près du poêle et ceux qui manquaient de vêtements de rechange vivaient dans une perpétuelle humidité froide.

Il faisait noir bien avant quatre heures et certaines fenêtres étaient éclairées du matin au soir.

Il était quatre heures quand, comme chaque après-midi, M. Labbé avait quitté l'arrière-magasin où des têtes de bois de toutes tailles étaient rangées sur les étagères. Il avait gravi l'escalier en colimaçon, dans le fond de la chapellerie. Sur le palier, il avait marqué un temps d'arrêt, tiré une clef de sa poche, ouvert la porte de la chambre pour faire de la lumière.

Est-ce qu'avant de tourner le commutateur il avait marché jusqu'à la fenêtre, dont les rideaux en guipure, très épais, poussiéreux, étaient toujours clos ? Probablement, car il baissait habituellement le store avant d'allumer.

A ce moment, il avait pu voir en face, à quelques mètres de lui à peine, Kachoudas, le tailleur, dans son atelier. C'était tellement près, la tranchée de la rue était si étroite qu'on avait l'impression de vivre dans la même maison. ... [...]
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deriblekderiblek04 avril 2012
On était le 3 décembre et il pleuvait toujours. Le chiffe 3 se détachait, énorme, très noir, avec une sorte de gros ventre, sur le blanc écru du calendrier fixé à la droite de la caisse, contre la cloison en chêne sombre séparant le magasin de l'étalage.
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Videos de Georges Simenon (105) Voir plusAjouter une vidéo
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