ISBN : 2253040827
Éditeur : Le Livre de Poche
(1987)
Note moyenne : 3.73/5 (sur 15 notes)
Ces messieurs de Saint-Malo2Ajouter à mes livres
Seul de tous les petits commerçants de Saint-Malo, Mathieu Carbec, dont les grands-parents vendaient naguère de la chandelle, a eu l'audace d'acheter trois actions de la Compagnie des Indes orientales que vient de fonder Colbert. Ce sera le point de départ d'une grande ... > voir plus
Un roman historique qui n'est pas dénué d'intérêt. Situé à Saint-Malo au tournant du XVIIIème siècle, il retrace la montée de la bourgeoisie urbaine, grâce à l'essor de la course (cet euphémisme qui désigne les raids corsaires sur les navires marchands des nombreux pays alors en guerre contre la France de Louis XIV) et au début du commerce avec les pays d'Asie et d'ailleurs. Bernard Simiot n'est pas un conteur fantastique ; l'histoire est plutôt plate, et les personnages sans grande consistance. Ce livre ne vaut donc pour moi que par son aspect historique (même si je suis loin d'être qualifiée pour apprécier la justesse du propos). C'est avant tout le début du capitalisme, au fort goût d'aventure, où investissement et prise de risque vont de paire. C'est aussi et surtout l'histoire de la création d'une bourgeoisie au sens premier du terme, c'est-à-dire une élite de ville. Une élite d'abord économique, mais qui aspire à la reconnaissance (d'où les achats de lettres de noblesse), et qui très vite aspirera à plus, c'est-à-dire au pouvoir politique. C'est comme si ce roman montrait à l'œuvre les ferments qui donneront la Révolution française, pas celle des Droits de l'Homme, cela c'est notre historiographie nationale, mais la révolution bourgeoise qui a triomphé et a marqué les institutions de notre XIXème siècle et de notre modernité.
A lire si la période ou le sujet vous intéresse.
Un excellent roman, où s'entremêlent étroitement l'histoire d'une ville et d'une famille. Bernard Simiot sait faire vivre et comprendre une époque, sa société et ses évolutions, son esprit et ses ambiguïtés, sans jamais lasser son lecteur. le style est alerte, précis, plein de descriptions colorées, de légendes et de parfums. Les personnages, forts et attachants, chacun à sa manière. On apprend beaucoup de choses, sans avoir jamais l'impression d'apprendre, et on en redemande !
De toutes les odeurs que le père d'Emeline aimait le mieux humer, c'était celle de la Loire, l'odeur moelleuse de la vase, douceâtre de l'eau, fade des poissons blancs. A la sentir, des paysages fluides se réveillaient au fond de ses yeux morts, îles sablonneuses et peupleraies qui glissent insensiblement vers la mer, barques de pêche au milieu des osiers, canots, espars, filins, vieilles coques abandonnées, filets ramenant des aloses et des saumons, et tout ce petit monde de charpentiers, gabariers, voiliers et taverniers qui vivaient de la mer sans jamais s'aventurer au-delà du Mindin.