J'avais acheté ce livre lors de la splendide exposition « Rodin et les Ambassadeurs », au musée Rodin – sans vraiment vérifier en détail la teneur du livre. Des mois après, je décide donc de jeter un sort à ce livre. Je n'ai pas pour habitude de lire des essais d'art, mais cela m'a assez plu. C'était instructif.
En gros, cela dit qu'étant donné que l'être humain est habité par un dualisme au niveau psychique, il reproduit cela dans le monde où il vit. Ainsi, il le divise sans cesse à sa propre image (nature/corps – esprit, être – destin,…). Ainsi, ces deux pôles se reflètent dans les œuvres d'art. le pôle naturel/corporel a été à certaines époques davantage présent que le pôle individuel (sculptures grecques) ou par la suite, l'inverse (sculptures de l'époque héllénistique) où c'est la souffrance de l'être qui est mise en évidence. Ensuite, avec le christianime et l'art gothique, l'âme s'élève vers le haut, elle quitte le corps. Ce n'est qu'au moment de la Renaissance et avec Michelange en particulier, que l'être et le destin ont été représenté en harmonie dans les œuvres d'art. Michelange est celui qui anéantit le dualisme, car une harmonie se dégage enfin des œuvres d'art, une unité entre un corps qui retient vers le bas une âme qui se dirige vers le divin. Cependant, Michelange ne résout pas complètement le problème de la dualité car ses œuvres ont toutes quelque chose de tragique, étant donné qu'il ne peut y avoir que de l'insatisfaction qui résulte de ce mouvement. Il faut attendre trois siècles plus tard que Rodin arrive avec ses sculpures et son style entièrement dirigé autour du mouvement. le mouvement pour Rodin c'est l'être emporté par son devenir, dans une trajectoire éternelle est sa manière de résoudre l'insatisfaction de Michelange.
Georg Simmel fait 70 pages sur Michelange, et 20 pages sur Rodin avec beaucoup de redondances, mais quel talent tout de même. J'ai beaucoup aimé cette lecture, elle m'a appris énormément, et le passage sur Constantin Meunier m'a vraiment beaucoup touchée. Je ne verrai plus jamais une seule exposition de sculpture du même œil qu'avant, dorénavant.