Comme d'habitude, le consul était complètement bourré.
"Le grinch ?" Demanda-t-il en essayant de rester en station debout face à l'hologramme taille réelle 96000 couleurs de H. Meina Gladstone, la présidente du Retz.
"-Mais non, imbécile, soupira cette dernière, le gritche.
-Aaaaaaaah, le gritche !" S'exclama le Consul en essayant de remplir un verre qui était déjà plein. Après une minute de réflexion qui lui permit de reconstituer la suite des évènements et ainsi de comprendre comment il était parvenu à bousiller la moquette de son vaisseau, il décida de boire au goulot.
Après avoir bruyamment déglutit, son regard croisa celui de H. Meina Gladstone, et il sursauta.
"-Mais vous êtes encore là, vous ?
-Consul, je vous le répète, l'heure est grave : les Tombeaux du Temps sont en train de s'ouvrir...
-J'y suis pour rien !
-... libérant le gritche de sa prison...
-Free Jim Carrey !
-... et vous devez rejoindre les six autres pélerins, qui, comme vous, ont été sélectionnés par l'église gritchèque...
-Attendez, j'ai participé à aucun casting moi. Qui a envoyé ma candidature ?
-... sur l'Yggdrasil, le vaisseau-arbre des Templiers...
-Si vous voulez mon avis, ça ressemble plutôt à une marque de dentifrice.
-... pour empêcher le gritche de mettre le Retz à feu et à sang...
-Dites ça fait cinq cent ans qu'on le connaît le coup de la menace terroriste.
-...et si vous ne faites pas partie des six qui seront écorchés vifs et pour qui s'ensuivra une éternité d'atroces souffrances, faire exaucer votre voeu le plus cher, qui, selon la légende, sera accordé par le gritche au pèlerin épargné.
-Ca change tout : j'ai jamais pu résister à une tombola."
Lecteur, attention : si tu te lances dans la lecture de ce livre, sache que tu seras obligé de t'enquiller sa suite, son tome deux et la suite d'icelui avant d'arriver ENFIN à la fin de l'histoire. En effet, pas plus "
Hypérion 1", qu'"
Hypérion 2", ou "
La Chute d'Hypérion 1" ne disposent de quoi que ce soit susceptible de faire office de conclusion. D'ailleurs, pour tout t'avouer (je te tutoie depuis quatre lignes, ne fais pas ton effarouché maintenant), pour tout t'avouer disais-je, s'il y avait eu ne serait-ce qu'un semblant de fin à ce livre, je me serais vraisemblablement arrêté là. Mais il n'en fut rien.
En fait , "
Hypérion 1" commence par le dialogue cité (de tête) en exergue : les sept pèlerins doivent se rendre sur la planète
Hypérion, où dort le terrible gritche qui s'apprête à mettre le waï sur la galaxie. Ils ne se connaissent pas, mais chacun d'eux a déjà vécu une histoire plus ou moins en lien avec les tombeaux du temps. Par conséquent, et parce que les moyens de transports hypériens sont encore plus mal organisés que ceux de la SNCF un jour de grève et de neige, les pèlerins décident de se raconter leur histoire en chemin. Et ce premier tome de conter... trois des sept récits. Tu as bien lu, lecteur :
Hypérion 1 raconte l'histoire de trois pèlerins sur un bateau. Littéralement. Si tu veux c'est un peu la version S-F d'"En attendant Godot".
Une fois cela établit, une question demeure en suspens tel le roi Billy le Triste sur l'arbre de douleur du gritche : que valent ces trois nouvelles ? A vrai dire, c'est plutôt inégal.
La première, sous ses allures de "conte de la crypte", passe plutôt très bien . le personnage principal, prêtre missionnaire défroqué d'un culte moribond , éveille l'intérêt, Simmons prend visiblement beaucoup de plaisir à le faire souffrir, et la bande d'aborigènes mongoliens chez qui il atterrit parvient sans problème à créer le malaise puis la crainte.
Avec le second flashback, et son guerrier priapique, ça se dégrade sérieusement. La métaphore de l'excitation sexuello-guerrière est tellement lourde qu'elle écrase tout le reste sur son passage, et la répétitivité du délire frise le ridicule : à chaque fois que Kassad se retrouve sur un champ de bataille, sa copine apparaît, et ils baisent comme des castors. D'ailleurs à y réfléchir une fois les quatre bouquins torchés, cette péripétie ne trouve guère plus de sens par la suite.
Enfin, le troisième texte narre les tribulations du poète Martin Silenus. Cette fois, il est vraiment plaisant de suivre le parcours du personnage à travers les siècles, de succès littéraires en décadences alcoolisées, d'autant qu'à mon sens c'est avec ce pèlerin-là qu'on commence réellement à saisir le fonctionnement de l'univers complexe développé par Simmons.
Malheureusement, ces bons éléments sont plombés par le style de l'auteur : le gimmick de Silenus, à savoir jurer comme un charretier malgré son statut de poète, revient à peu de choses près à chaque putain de ligne, et ce qui aurait dû amener de la légèreté dans l'oeuvre la rend au bout du compte indigeste.
D'ailleurs, si l'intégrité et l'originalité de l'univers sous-jacent à l'aventure constituent la grande force de ces romans, le style de Simmons les affaiblit considérablement. En clair : ce type est lourd.
D'une part il s'évertue à enchaîner des descriptions pompeuses qui finissent par flinguer les ambiances qu'il essaie de poser, et il lance ses personnages les plus pittoresques dans des récits à la première personne qui le conduisent à se perdre dans des effets de style grossiers ; alors que dans les deux cas, la simplicité lui siérait beaucoup mieux. D'autre part, sa volonté d'intégrer des références classiques au sein d'un cadre S-F, censées j'imagine lui conférer ses lettres de noblesse, n'a pour effet que de rendre pataud ce qui par ailleurs s'avérait subtil, et d'ajouter des maladresses à un édifice qui avait l'air de tenir debout.
Bref, Simmons développe un imaginaire saisissant, des personnages attachants, et un univers solide, mais en rajoute des tonnes dans tous les sens du terme. Enfin, déjà que lui-même a séparé son histoire en deux romans ("
Hypérion" et "
La Chute d'Hypérion") on se demande pourquoi l'éditeur est aller recouper ça en quatre unités, si bien que pris isolément, cet "
Hypérion 1" n'a aucun sens.