> Jean-Daniel Brèque (Traducteur)

ISBN : 2221107438
Éditeur : Robert Laffont (2008)


Note moyenne : 4.24/5 (sur 74 notes) Ajouter à mes livres
1845, Vétéran de l'exploration polaire, Sir John Franklin se déclare certain de percer le mystère du passage du Nord-Ouest. Mais l'équipée, mal préparée, tourne court; le Grand Nord referme ses glaces sur Erebus et Terror, les deux navires de la Marine royale anglaise c... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par bibliomanu, le 12 novembre 2008

    bibliomanu
    Une fois de plus, j'ai été la victime de critiques dithyrambiques. Déjà lorsque l'édition originale était sortie, à en croire les tabloïds on pouvait être sûr que " Terror " était un monument, qu'il était flagrant que Dan Simmons avait pris un grand plaisir à écrire ce livre là. Alors forcément, quand on a dévoré un livre comme Hypérion, qu'on vous dit qu'il s'agit enfin d'un Grand Dan Simmons, et que ce n'est pas une seule personne qui vous le dit, vous filez chez votre libraire préféré si tant est que vous en ayez un, vous lui prenez le livre et rentrez chez vous en admirant sans cesse la couverture sur le chemin du retour, risquez de vous cogner à trois personnes et à deux poteaux en vous disant qu'après tout, rien ne vous empêche de lire à nouveau la quatrième de couverture ou les premières pages en marchant. A votre domicile, vous vérifiez que les volets sont bien fermés et enfilez enfin votre costume de super-héros qui sort tout juste du pressing, le masque rutilant, la cape ultra-souple. Paré. Les premières impressions sont excellentes. Dan Simmons part d'une histoire véridique, à savoir la disparition de deux navires partis à la découverte du Grand Nord, au milieu du XIXème siècle. A travers l'évocation de plusieurs protagonistes mis en lumière, le lecteur devient le témoin de cet emprisonnement dans la glace et de la survie des équipages dans un univers plus qu'hostile. Une survie rendue d'autant plus ardue à partir du moment où une chose – Créature ? Entité? - se régale de couper en menus morceaux ou de faire disparaître ces chers matelots.
    L'univers est parfaitement campé : les conditions extrêmes, la Bête inaccessible, quasimment invisible, l'état moral et physique de l'équipage. On en tremblerait. Vous en tremblez. Un temps. Parce qu'ensuite, l'intérêt s'érode farouchement. Vous commencez à bouger sur votre fauteuil, car vous ne pouvez faire autrement que d'imaginer la suite, vous l'anticipez et puis...vous vous rendez compte que tout ceci sent le déjà-vu, qu'à part cette sensation de claustrophobie qui vous glace le sang artificiellement et qui tend à s'estomper, l'ennui se fait sentir. Sachant qu'il vous faudra écrire un billet sur ce livre qui sent la déception à plein nez quand d'autres crient au chef-d'oeuvre, vous ne voyez qu'une seule solution, sortir une carte " les goûts et les couleurs " cousu dans votre costume, au niveau de la cuisse. Vous l'aviez mise ainsi parce que vous rechignez à l'utiliser. Trop facile, pensez-vous, vraiment trop facile. Et vraiment trop bien cousu ! Alors, naturellement, vous renoncez. Car , il ne s'agit pas uniquement de goûts et de couleurs. Ce n'est pas que cela.
    Que l'aventure soit perçue par l'alternance des points de vue de plusieurs personnages, soit. Mais que celle-ci s'opère avec des flash-back incessants, où vous vous retrouvez blackboulés un an en arrière, voire plus, où des bonshommes que l'on sait avoir péri dès le départ, ressurgissent tout à coup pour expliquer le comment du pourquoi, ça commence à sentir le joyeux bordel, si je puis me permettre. Sans compter que cela favorise une impression de longueur, de redondance dans l'action, à partir du moment où vous sentez que l'histoire est pliée d'avance. Ils vont mourir les uns après les autres dans de terribles souffrances, peu en réchapperont mais ils auront été au bout d'eux-mêmes...
    Enfin, à l'instar d'un Stephen Baxter, auteur de SF qui connaît une renommée fulgurante ces dernières années (il n'y a qu'à constater le florilège de parutions et d'articles enjôleurs !), ce qui déraille ici, ce sont les personnages, impénétrables, trop froids. Alors bien sûr, ils appartiennent pour la plupart à la Marine, se retrouvent dans une situation d'extrême tension, mais bon sang de bon sang, on a du carton pâte en guise de héros. le cadre, parfait, l'ambiance parfaite mais alors les zozos qui arrivent avec leur costume mal cousus, leur maquillage, leurs artifices, ça ne colle pas. On tient là le plus gros défaut de Terreur, et de certains autres bouquins de Dan Simmons (Nuit d'été, Les fils de l'éternité, L'Homme nu...). A vouloir reprendre une histoire, vraie, à combler les trous, on ne tombe pas dans certains travers qui consistent à déformer une réalité pour en transposer une autre qui, au final, ne fait qu'édulcorer l'ensemble. Ou alors, on le fait jusqu'au bout. Et là, ce n'est pas une histoire de goût et de couleurs, c'est une histoire de style !
    Ceci dit vous vous faites la réflexion que vous même, vous seriez bien incapable de pondre ne serait-ce que la moitié d'un truc pareil. C'est vrai. Mais est-ce pour autant une raison pour que le lecteur accepte tout ce qu'on lui donne à lire, hein ?
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    Critique de qualité ? (6 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 16 décembre 2010

    Woland
    The Terror
    Traduction : Jean-Daniel Brèque
    Extraits
    Personnages
    Soyons francs et restons lucides en ce glacialissime début de décembre : "Terreur" n'est pas un roman à lire en pareille saison. Tout d'abord parce que, d'un bout à l'autre, et en dépit de quelques longueurs, le récit vous tient si bien en haleine que vous restez scotché à votre exemplaire, n'utilisant que les muscles des doigts de votre main pour tourner les pages et, partant, exposant ainsi tout le reste de votre corps à un refroidissement progressif, sournois et très désagréable. Ensuite parce que le théâtre de l'intrigue n'est autre que la banquise, une banquise aveuglante qui refuse de dégeler ses habituels chenaux d'"eaux libres" quand arrive ce qui, sur le continent arctique, passe pour l'été, une banquise magistralement dépeinte, dans son horreur blanche et figée, par Dan Simmons.
    De celui-ci, j'avais à peine entamé "L'Echiquier du mal" que je bâillais, dégoûtée comme d'habitude par ces pseudo-nazis qui surgissent d'un passé horrifiant pour façonner un présent et un futur tout aussi épouvantables. Fuyant la prise de tête et toutes formes de clichés politiquement corrects, je laissai donc tomber - et sans regrets - ce qui, pourtant jusqu'à ce jour, est considéré comme le chef-d'oeuvre de son auteur.
    Mais "Terreur" et son contexte historique - l'expédition polaire menée par Sir John Franklin, qui quitta les rives verdoyantes de l'Angleterre le 19 mai 1845 - m'intéressaient et même me passionnaient. Allez savoir pourquoi, moi que la vue de deux centimètres de neige sur le trottoir d'en face incite à prendre ma plus belle plume pour rédiger mon testament ... j'adore tous les récits, fictionnels ou non, qui tournent autour des expéditions polaires.
    Le roman de Simmons offrait en outre l'avantage d'une pointe fantastique : la présence, en vedette américaine, sur l'horrifique banquise, d'une créature non identifiée (mais blanche, elle aussi, cela tombe sous le sens), plus grande qu'un homme, se déplaçant soit à quatre pattes, soit comme un parfait bipède, et traquant impitoyablement jusque sur les ponts des navires de l'expédition tout marin susceptible de lui fournir un bon repas.
    La sauce prendrait-elle ? Ou - le propos est de circonstance - se figerait-elle bêtement, formant des gruaux indigestes ?
    Eh ! bien, ce fut un régal. Découpage solide, personnages fermement dessinés et qui s'enrichissent au fur et à mesure que progresse le récit, ambiance étouffante et claustrophobe, réflexions suggérées sur la Mort et la survie, fin relativement heureuse pour au moins l'un des membres de l'expédition Franklin, le tout artistiquement rehaussé çà et là par quelques pointes inexpliquées de fantastique et d'horreur - mais non de gore - "Terreur" tient toutes ses promesses.
    Bref, un conseil : mettez votre exemplaire au congélateur jusqu'au printemps, réchauffez-le un peu, assaisonnez avec le confort d'un bon fauteuil et le réconfort d'un paquet de gâteaux ou d'une boîte de chocolats, et puis consommez, sans modération. Vous aurez si froid pendant toute votre lecture que, de toutes façons, vous ne prendrez pas un seul gramme.
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    Critique de qualité ? (8 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Youplala, le 21 décembre 2008

    Youplala
    Dan Simmons a choisi pour son dernier opus de se baser sur une histoire vraie: la tragique disparition, corps et biens, de l'expédition Franklin et de ses 129 hommes, ainsi que de leurs navires, les HMS Terror et Erebus.
    Partie d'Angleterre en 1845 afin de trouver le mythique passage du Nord-Ouest (qui permettrait de passer de l'Océan Atlantique à l'Océan Pacifique sans avoir à faire le tour du globe), on n'en a jamais revu aucun membre vivant. Pourtant, de très nombreuses expéditions ont été montées dans le but de les secourir, puis ensuite de comprendre ce qui avait bien pu se passer. On n'a pu seulement retrouver un peu de matériel, quelques ossements indiquant que l'équipage avait eu recours au cannibalisme, et quelques témoignages d'inuits ayant croisé les survivants qui tentaient de quitter l'enfer blanc de l'Arctique.
    Cependant, ces quelques artéfacts ont permis d'en arriver à la conclusion que ces hommes étaient morts de différentes causes: non seulement de faim, de froid et de soif, mais également de scorbut, de pneumonie, de tuberculose, de botulisme et d'empoisonnement au plomb. Et très certainement de préjugés, ces derniers les ayant empêché de suivre le mode de vie des inuits croisés en chemin (en même temps, vu toutes les maladies qu'ils traînaient, leurs capacités intellectuelles ne devaient plus être très bonnes…).
    C'est là que Dan Simmons intervient. Dans “The Terror”, il ajoute une autre cause, encore plus terrifiante que celles déjà évoquées: une Chose dévoreuse d'homme, intelligente et invincible. Cette horreur, surnommée la “Terreur”, décime de manière absolument sadique et déterminée l'équipage, sans raison apparente.
    Pour dire simplement les choses: j'ai été absolument emballée par ce livre! Il n'y a pas à dire, après avoir lu plusieurs romans de Simmons, on ne peut que constater la capacité de cet auteur a créer des monstres absolument terrifiants, qu'ils soient humains ou… “autres”. Entre le Gritch, les vampires, les morts-vivants et la Chose, on peut dire qu'il est d'une efficacité à toute épreuve!
    Néanmoins, la force de ce roman ce n'est pas seulement cette bestiole monstrueuse, mais bel et bien l'effort réalisé par Simmons afin de décrire l'expédition Franklin telle qu'il l'a imaginée en se basant sur des faits. Par exemple, il existe réellement des tombes de membres de l'équipage sur l'Île de Beechey, et la note enfouie sous un cairn réalisé à la base par John Ross a également été retrouvée par des équipes de recherche.
    De plus, l'éventail de sentiments ressentis par des hommes dans ces conditions extrêmes est bien décrit. L'inquiétude, la peur, la folie provoquée entre autres par le scorbut, le désespoir, la colère, les regrets sur ce qu'on aurait dû faire ou ne pas faire… Tout ces sentiments contribuent à l'aspect angoissant du roman, il est facile de se mettre dans la peau de certains personnages et de ressentir cette impression d'enfermement (cela est d'autant plus vrai que chaque chapitre représente le point de vue d'un membre de l'équipage).
    A vrai dire, je pense même que la Chose est presque superflue tellement le vécu de ces hommes a dû être épouvantable. Coincés dans la glace pendant plusieurs années, voyant leurs stocks de nourriture disparaître peu à peu, constatant chaque jour un peu plus le lent travail de destruction de la glace sur le navire (voyant par là-même s'envoler leurs espoirs de retour), et victimes de maladies qu'ils comprenaient bien peu… C'est certainement le plus dramatique de cette expédition, et Dan Simmons arrive à nous faire vivre au jour le jour la lente dégradation des membres du Terror et de l'Erebus. Certes, il a introduit un monstre dans cette histoire… mais il n'en a pas pour autant négligé les autres aspects de la fin de l'expédition Franklin.
    Il sait tout aussi bien ménager le mystère, et on ne cesse de se demander qui sont Lady Silence, l'homme qui l'accompagnait, et s'ils ont un lien avec l'Horreur dehors. Et alors qu'on sait dès le début la fin “officielle” de l'équipage, on se triture malgré tout les méninges en cherchant ce qui va se passer, si Simmons a “changé” la réalité, s'il l'a laissée à l'identique, et quelle explication il a bien pu trouver à tout ça. Alors on se retrouve dans l'incapacité de s'arrêter de lire, et on se retrouve à la moitié de ce pavé sans savoir comment on a fait…
    Cependant, j'ai trouvé que quelques passages étaient un peu agaçants: ceux où il “étale sa culture” concernant la période à laquelle ce drame s'est déroulé. Je n'ai pas trouvé le Carnaval et son allusion au “Masque de la Mort Rouge” de Poe particulièrement pertinent, et j'ai failli sauter le chapitre où il nous décrit par le menu la théorie de l'évolution de Darwin. Pour cette dernière, je me suis néanmoins demandée s'il ne faisait pas cet exposé à l'intention de son lectorat américain, “bouffé” depuis quelques années par des théories de l'évolution très religieuses. C'est en tout cas l'hypothèse que j'ai retenue en lisant ce chapitre. Enfin, les rêves de Crozier trouvent une explication à la fin du roman… mais si on tient vraiment à les comprendre, il faut se renseigner sur tout ce qui entoure l'expédition Franklin (elle semble très connue dans le monde anglo-saxon). Sans cela, c'est incompréhensible.
    Pour en finir, j'ai une ou deux remarques à faire sur la version originale du livre. ça n'a pas été une mince affaire à lire… entre le langage naval que je connais très peu, et tout ce qui concerne la glace, j'en ai franchement bavé. D'autant plus qu'une fois traduits, je ne connaissais presque pas non plus les termes employés en français. Par exemple, je n'ai pas été bien avancée une fois que j'ai su que “caulker” signifiait “calfat”… J'ai donc consacré un temps important à parcourir mes dictionnaires afin de m'y retrouver, ce qui ne rendait pas vraiment la lecture agréable. Je déconseille donc le roman en VO si vous avez un niveau d'anglais faible, ou si vous n'aimez pas vous arrêter pour savoir de quoi il retourne.
    Je déconseille aussi mon édition, “Bantam books”, truffée de coquilles. C'est déjà assez dur de comprendre certains passages sans en plus devoir remettre les lettres dans le bon ordre et les mots manquants à leur place…
    Mais pour terminer sur une note positive, si vous aimez les romans avec des monstres dévoreurs d'hommes, mais également les romans d'exploration, vous devriez être servis!

    Lien : http://youplala.wordpress.com/2008/12/21/the-terror-de-dan-simmons/
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    • Livres 4.00/5
    Par Delaetitia, le 04 décembre 2008

    Delaetitia
    Familier des récits de science-fiction et d'horreur, Dan Simmons s'essaye cette fois-ci au roman historique. Terreur est un savant mélange d'aventure et de fantastique très efficace. Tiré d'un fait réel - la disparition de l'expédition du commandant John Franklin dans les eaux de l'Arctique, l'auteur relate sa version toute personnelle de ce drame qui ne cesse encore aujourd'hui de fasciner. le lecteur se verra diriger, à la fin du livre, vers une longue bibliographie consacrée à cette tragédie. Redoutable huit-clos, Terreur nous précipite dans un long cauchemar qui ne semble avoir aucune fin, quand lors de l'hiver 1845, le HMS Terror et le HMS Erebus sont prisonniers des glaces. Les 129 hommes et officiers devront dès lors, affronter nombre de dangers dont le froid, la faim, la maladie mais plus que tout, un prédateur polaire au regard de démon. Cette créature qui semble issue de la mythologie inuit rôde autour de leur prison de glace et traque les survivants avec une patience démoniaque. Et ce n'est pas cette jeune inuit, surnommée Lady Silence - secourue par les marins du Terror -, qui les éclairera sur LA chose.

    Mais le fait est, que, dans cet enfer blanc, l'homme reste pour lui-même son pire ennemi. Les conditions de vie se détériorant peu à peu, la discipline est mise à mal, les mutineries menacent, la folie gangrène inexorablement les hommes et les conséquences en seront dramatiques. La personnalité de ces nombreux personnages est parfaitement cernée par l'auteur qui ne manque pas de leur laisser la parole. Chaque chapitre alterne les points de vue ou les souvenirs des protagonistes. Tour à tour, Sir John Franklin, le capitaine Fitzjames et son confrère du HMS Terror, le capitaine Crozier, le Dr Goodsir et bien d'autres retracent avec souffle ce drame historique. La peur qui les gagne un peu plus chaque jour est bien réelle et devient même contagieuse pour le lecteur. le climat qui règne dans ces pages prend peu à peu de l'ampleur à l'instar du suspense qui tient en haleine le lecteur jusqu'à la dernière page malgré un contexte historique et une fin connus. Grâce à un travail de documentation pointu, Dan Simmons nous fait partager le quotidien de ses hommes isolés du monde.

    Terreur se révèle être un pavé fascinant, qui ne laisse pas de glace et dont le rythme lent s'ajuste habilement avec ces longues années perdues à jamais dans les glaces de l'Arctique ! Lecteurs, je vous dis bon vent à bord du Terror
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    • Livres 5.00/5
    Par kedrik, le 07 septembre 2011

    kedrik
    Pour tout dire, je ne suis pas un fanatique de Dan Simmons à la base. J'ai passé du bon temps avec L'Échiquier du mal mais Hypérion/Endymion n'avait à mes yeux rien de transcendant (mais bon, je fais une allergie à tout ce qui passe dans l'espaaace, je ne suis pas un vrai geek). Et je n'avais rien lu d'autre de l'auteur.
    Sauf que... la couverture de The Terror (tiré du tableau de François Biard intitulé "Magdalena Bay") m'a accroché l'oeil et la lecture du 4ème de couverture m'a convaincu de tenter l'aventure. En 1846 le Terror et l'Erebus, deux navires anglais, se retrouvent pris dans la glace alors qu'ils cherchent un passage maritime. Heureusement, l'équipage est très bien préparé : il y a des vivres pour trois ans dans les cales et les bateaux sont équipés de moteur à vapeur. Il ne reste donc plus qu'à être patient et attendre que la glace relâche son emprise. Mais les mois passent et tout va de mal en pis pour les deux équipages, surtout quand une créature indicible commence à roder autour des deux navires et à dévorer les fiers marins engoncés dans leur prison arctique.
    Le récit alterne les points de vue en suivant tantôt les capitaines, tantôt un jeune chirurgien, tantôt un officier naïf... Au début, l'auteur use de flashbacks pour expliquer les raisons de l'échec de l'expédition, mais une fois la situation bien en place, la narration prend une tournure bien plus linéaire, oscillant entre le quotidien très terre-à-terre des équipages occupés à tuer le temps en attendant la fonte et les attaques effrayantes du monstre qui vient marauder sauvagement. Il se dégage du livre une réelle Terreur (que résume bien le titre) tant la catastrophe semble inévitable. On se doute dès la première page que l'on va assister à la lente élimination implacable des marins du Terror et de l'Erebus. Bien qu'ils disposent d'une technologie de pointe (les officiers disposent d'un robinet d'eau chaude dans leur cabine), les réalités arctiques s'imposent à eux : un Anglais n'est pas fait pour vivre sur la banquise.
    Dan Simmons se plait à prendre son temps pour massacrer son petit monde. Les hivers sont longs. Très long. Les looongues périodes de nuit aussi. Et les 770 pages du livre rendent parfaitement cette lente agonie ponctuée de tragédies humaines. Les personnages sont délicieux et leur quotidien est superbement rendu. Je ne pensais pas accrocher à un roman maritime, mais le microcosme de l'équipage est très tangible sous la plume de Dan Simmons. Bien évidemment, la présence du fantastique rend l'histoire encore plus saisissante. Sans devenir du H.P. Lovecraft du Grand Nord, The Terror est totalement angoissant car il allie le surnaturel à la catastrophe. de plus, il met en avant une infime partie de la culture inuit et c'est réellement intéressant, d'autant qu'il y a une allégorie très écologique derrière tout ça.
    Bref, c'est un livre qui m'a glacé le sang par son ambiance arctique. Alors que les premiers flocons de neige tombaient sur Montréal et que le vent faisait plonger la température en dessous du zéro, mon corps frissonnait rien qu'aux images évoquées par l'auteur. Je regrette presque de ne pas l'avoir lu en février en plein milieu d'une tempête de neige...

    Lien : http://hu-mu.blogspot.com/2008/11/terror.html
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 16 décembre 2010

    [...] ... Dehors, il fait noir comme dans le ventre d'une anguille - pas de lune, ni d'étoiles, ni d'aurore boréale - et, surtout, il fait froid ; la température atteignait - 53° C six heures plus tôt, lorsque le jeune Irving est monté la mesurer, et un vent violent sur les moignons de mâts [les mâts ont été démontés en partie afin de donner une meilleure assise au bateau] et sur le pont gîtant et couvert de glace, chassant la neige devant lui. Comme il émerge de la bâche gelée tendue au-dessus de la grande écoutille, Crozier plaque sa main gantée sur son visage pour se protéger les yeux et aperçoit la lueur d'une lanterne à tribord.

    Reuben Male est agenouillé près du soldat Heather, qui gît sur le dos, débarrassé de sa casquette et de sa perruque galloise, mais aussi d'une partie de sa boîte crânienne, ainsi que le constate Crozier. Aucune goutte de sang ne semble avoir coulé, mais il distingue des bribes de cervelle luisant à la lueur de la lanterne : une couche de cristaux de glace recouvre déjà cette matière grise.

    - "Il est encore vivant, commandant", dit le chef du gaillard d'avant.

    - Foutredieu !" s'exclame l'un des hommes qui se pressent derrière Crozier.

    - "Suffit !" s'écrie le premier maître. "Cessez de blasphémer ! Et attendez, pour l'ouvrir, qu'on vous adresse la parole, Crispe."

    Sa voix est à mi chemin du grondement de dogue et du reniflement de taureau.

    - "Monsieur Hornby", dit Crozier. "Demandez à Mr Crispe de redescendre et de nous rapporter son hamac pour transporter le soldat Heather.

    - A vos ordres, commandant," répondent à l'unisson le premier maître et le matelot.

    On sent vibrer le pont sous les bottes de ce dernier, mais le vent assourdit le bruit de sa course.

    Crozier se redresse et éclaire les alentours.

    La lourde rambarde devant laquelle s'était posté le soldat Heather, sous les enfléchures prises dans la glace, est réduite en pièces. La brèche ainsi ouverte donne sur un toboggan de glace et de neige d'une dizaine de mètres de long, que la tempête de neige dissimule en partie. On n'aperçoit aucune empreinte dans le petit disque de neige éclairé par la lanterne du capitaine. ... [...]
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  • Par Woland, le 16 décembre 2010

    [...] ... Crozier voulait savoir s'il était possible de voyager sur la banquise à marche forcée, en tractant un bateau et un traîneau en pleine charge. Les onze hommes étaient partis le 23 mars, à sept heures du matin, par une température de - 39° C, salués par les hourras de tous leurs camarades en état de se lever.

    Des Voeux et son équipe étaient revenus au bout de trois semaines. Si on ne déplorait aucune perte dans leurs rangs, ils étaient tous harassés et quatre d'entre eux souffraient d'engelures. Magnus Manson était le seule membre de cet équipage d'élite à ne pas sembler sur le point de mourir d'épuisement.

    En trois semaines, ils n'avaient pu parcourir que quarante-cinq kilomètres en ligne droite. Par la suite, Des Voeux estima que la distance réelle qu'ils avaient couverte s'élevait en fait à deux-cent-quarante kilomètres, car il était impossible d'éviter les détours sur une banquise aussi accidentée. En mettant le cap au nord-est, ils avaient affronté des conditions climatiques encore plus dures que celles du Neuvième Cercle de l'Enfer, où ils étaient bloqués depuis deux ans. Les crêtes de pression étaient légion. Certaines s'élevaient à plus de vingt-cinq mètres. Il était malaisé de garder le cap lorsque les nuages occultaient le soleil et les étoiles elles-mêmes disparaissaient durant les nuits de dix-huit heures. Quant à la boussole, elle ne servait à rien si près du pôle Nord magnétique.

    Ils avaient pris la précaution d'emporter cinq tentes, bien qu'ils n'aient compter en utiliser que deux. Mais les températures nocturnes étaient si basses qu'ils avaient passé les neuf dernières nuits entassés dans une seule tente, y dormant d'un sommeil au mieux agité. En fait, ils n'avaient guère eu le choix, les quatre autres ayant été emportées ou détruites par le vent.

    Des Voeux avait réussi à maintenir le cap au nord-est mais, à mesure que le temps s'aggravait et que les crêtes se faisaient plus denses, les détours auxquels ils étaient contraints étaient de plus en plus fréquents, de plus en plus pénibles, et le traîneau avait souffert à force d'être hissé encore et encore sur des hauteurs de plus en plus escarpées. Ils avaient perdu deux jours à le réparer, bloqués dans un maelström de neige et de bise. ... [...]
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  • Par lamantalo, le 01 janvier 2011

    - "La vie humaine est solitaire, misérable, dangereuse, animale et brève", avait-il déclaré. Plus brève encore, semble-t-il, pour ceux qui volent leurs camarades.
    Ce semblant d'éloge funèbre avait rencontré un franc succès. Bien que les dix embarcations que les hommes tractaient depuis plus de deux mois fussent déjà dotées de noms, datant de l'époque où l'Erebus et le Terror naviguaient encore, les marins s'empressèrent de rebaptiser les trois cotres et les deux chaloupes auxquels ils consacraient la seconde partie de leurs journées - la plus pénible à leurs yeux, puisqu'elle les voyait fouler un terrain qu'ils avaient déjà couvert une fois. Ils s'appelaient désormais Solitaire, Misérable, Dangereuse, Animale et Brève.
    Crozier avait souri à cette nouvelle. Elle signifiait que les hommes n'étaient pas gagnés par la faim et le désespoir au point de renoncer à l'humour noir typique des marins de Sa Majesté.
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  • Par Spilett, le 03 janvier 2010

    Il a ensuite posé devant lui une cassette de cuir et en a ouvert les ferrures ouvragées. Aussi incongru que cela paraisse, l'intérieur était doublé de velours rouge. Au cœur de cet écrin écarlate reposait le chat à neuf queues, au manche de cuir assombri par l'usage.
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  • Par syannelle, le 21 août 2011

    Comment une expedition se retrouve coincé dans les glaces de par la bêtise d'un équipage, et comment cet equipage se retrouve menacé par un être malfaisant, puissant et maléfique. Très bon suspense, on ne peut pas lâcher ce livre une fois ouvert...
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