> Henri Delgove (Traducteur)
> René-Noël Raimbault (Traducteur)

ISBN : 2352360110
Éditeur : Editions Gutenberg (2008)


Note moyenne : 4/5 (sur 9 notes) Ajouter à mes livres
" Comme Emile Zola, Upton Sinclair n'a rien d'un styliste extasié : il peint large, vite, puissant, il emporte le lecteur et l'incite à s'insurger : Sinclair n'aurait pas renié l'acception utilitaire de son travail. Pourtant Pétrole ! demeure un récit d'aventure. Tel Gé... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 5.00/5
    Par Aaliz, le 11 mai 2012

    Aaliz
    Upton Sinclair m'avait déjà impressionnée avec son autre roman La jungle dans lequel il dénonce les conditions de travail effroyables des ouvriers de l'industrie agro-alimentaire américaine du début du XXème siècle. Basé sur du vécu ( Upton Sinclair était journaliste d'investigation et n'a pas hésité à endosser lui-même le rôle d'ouvrier avant d'écrire son roman), le roman a fait un tel scandale à sa sortie que les autorités n'ont pas eu d'autre choix que de légiférer afin d'améliorer le quotidien des travailleurs.
    Cette fois-ci, c'est au secteur du pétrole que Sinclair s'attaque. Et je peux vous dire qu'après ça, cet auteur entre définitivement au panthéon des auteurs que j'admire le plus.
    Pétrole ! est un roman d'apprentissage, celui de Bunny fils et héritier de Jim Arnold Ross grand magnat du pétrole. le père emmène le fiston partout avec lui pour lui transmettre son savoir et ses connaissances du métier. Bunny apprend toutes les « combines » et petit à petit développe un certain esprit critique qui l'amène à juger certaines des dites « combines » pas très honnêtes.
    La rencontre de Bunny avec Paul va accélérer sa prise de distance avec son père. Jeune garçon rebelle à l'autorité paternelle, Paul amènera Bunny à réfléchir à la condition des ouvriers et à sympathiser avec les idées communistes.
    Tiraillé entre son affection pour son père et son admiration pour Paul, Bunny se cherche entre deux mondes qui s'oppose : celui que l'on appelle « le monde » d'où est issu Bunny et qui regroupe toutes les grandes fortunes et celui des travailleurs.
    Bien qu'il ait parfois des jugements assez tranchés et désagréables vis-à-vis de « la masse », le père de Bunny se révèle finalement être un patron soucieux de ses employés et qui n'hésite pas, lorsqu'il le peut, à céder aux désirs de son fils qui tente de l'infléchir dans sa direction.
    Ce tiraillement entre les deux milieux transparaît également à travers la vie amoureuse de Bunny. Doit-il choisir celle qui partage son rang ou celle qui partage ses idées ?
    Seulement voilà, lorsqu'on dirige une entreprise pétrolière, on ne peut pas faire tout ce qu'on veut.
    Et Pétrole ! devient alors aussi un roman d'apprentissage pour le lecteur.
    Nous sommes dans les années 1920 et l'industrie pétrolière en est à ses tout débuts. le roman nous apprend dans les moindres détails comment cette industrie s'est développée. A travers la figure du père de Bunny, self-made man symbolique de la réussite à l'américaine, on voit comment un simple muletier finit par arriver à la tête d'un empire pétrolier.
    Sinclair ne laisse rien de côté, des détails techniques ( comment forer un puits) à la gestion, vous saurez tout sur le fonctionnement d'une entreprise pétrolière. Rassurez-vous, les détails techniques sont très rares, pas très faciles à comprendre sans internet mais on peut facilement sauter le passage pour ceux que ça n'intéresserait pas.
    Le plus intéressant et c'est ce que dénonce Sinclair, ce sont les fameuses petites « combines » : propriétaires de terrains escroqués, corruption de simples fonctionnaires d'abord puis carrément achat des candidats aux présidentielles, achat des médias, des banques, les grands du pétrole ne reculent devant aucun moyen pour parvenir à leurs fins.
    On assiste aussi à la guerre entre les gros exploitants et les plus petits. La rapacité des premiers est telle qu'ils font tout pour couler les petits : on les force à adhérer à un syndicat qui leur impose une certaine réglementation. Celui qui voudrait, pour éviter la grève de ses employés, modifier la dite réglementation, se verrait automatiquement fermer les vannes par les banques (à la solde des « gros »).
    Le contexte du roman, première guerre mondiale et années 1920, est important à prendre en considération. La première guerre a permis l'appropriation des ressources pétrolières par les vainqueurs, elle a surtout permis aux exploitants américains de s'implanter en dehors du territoire national.
    Cette période de l'Histoire, c'est aussi les révolutions russes et l'éveil de la doctrine communiste. Sinclair dépeint alors les exactions dont étaient victimes les sympathisants bolcheviques aux Etats-Unis : une véritable chasse aux sorcières (le maccarthysme avant l'heure) dont Bunny et surtout Paul feront les frais.
    Alors oui, Sinclair ne mâche pas ses mots parfois et le capitalisme dans tout ce qu'il comprend en prend pour son grade. On pourrait accuser et regarder d'un mauvais œil la sympathie évidente de Sinclair pour le communisme qui transparaît à travers ce roman mais il ne faut pas oublier que Pétrole ! a été écrit en 1926 et que le communisme en Russie n'avait pas encore connu les dérives du stalinisme.
    Il faut voir Pétrole ! avant tout comme le roman qui dénonce les conditions de travail difficiles qu'étaient celles des ouvriers du début du XXème siècle.
    Alors voilà, j'ai évidemment adoré ce roman coup de poing. Je n'ai pas senti les 980 pages. Les personnages sont extrêmement bien campés et très attachants, surtout Bunny et son père torturés tous deux entre devoir et conscience. J'ai parfois détesté Bunny, sans cesse en train de réclamer de l'argent à son père pour sortir ses camarades de prison. Je l'ai trouvé un peu gonflé mais bon … lui-même était gêné de cette situation. Pour les autres personnages, on a la sœur de Bunny, détestable à souhait, la petite fille de riche par excellence qui ne pense qu'à l'argent, Vernon Roscoe, associé de J. Arnold Ross, figure même du grand patron sans scrupules, Paul l'idéaliste prêt à sacrifier sa vie pour ses idées, Viola l'actrice qui charmera Bunny, Rachel la militante etc…
    Un roman riche, très vivant, au style simple et parfois ironique, qui est, par sa portée, probablement au pétrole ce que Germinal est à la mine. Romans classiques très célèbres aux Etats-Unis, Pétrole ! et La jungle restent méconnus en France et c'est vraiment dommage ! Il ne tient plus qu'à vous d'y remédier.


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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par EmmanuelleT, le 20 février 2012

    EmmanuelleT
    Ça alors! le phénoménal film de Paul Thomas Anderson se fonde sur un livre tout aussi phénoménal, mais qui n'a pas grand chose de semblable. Pétrole! (Oil) date de 1927, c'est un roman d'un millier de pages. Dès les premières lignes, on est frappé par la vision stylisée du monde, et par ce père appelé tout au long du texte Papa, tout en rondeur et en méthode, plus stylisé qu'incarné. Quel contraste avec le personnage stupéfiant si violemment incarné par Daniel Day Lewis! Son fils, âgé de 12 ans en 1912, le suit sur les champs de pétrole comme son ombre et apprend tout de lui avec admiration.
    L'affection respectueuse qui les lie ne tombera jamais dans la violence, malgré la différence qui singularise tout de suite son fils. Dès le début, la vie intérieure de Bunny, le fils de Papa, révèle une sensibilité qui n'occupe jamais son père. Durant sa jeunesse dorée, il révèle de plus en plus son sens de la justice. Son choix de faire des études vont définitivement, avec son exigence d'équité, l'éloigner du pétrole qui a enrichit son père, patient, déçu, puis qui se fait une raison.
    L'extraction du pétrole, de sa recherche aux aspects financiers, est passée au crible, tout y est décrit avec minutie, des méthodes techniques aux pratiques sociales, c'est un document passionnant.
    Une scène, entre d'autres, reste magistrale – elle est d'ailleurs restée dans l'esprit du fils, Bunny: c'est la réunion de petits propriétaires de terrains sous lesquels se trouve peut-être une fortune en pétrole, qui se chamaillent sur la défense de leurs intérêts. La perspective de l'enrichissement aiguise leur cupidité et la discussion dégénère en franches insultes; chaque personnage est croqué avec art. Quelle observation fine du social!
    Peu à peu, le livre devient un roman initiatique. Centré sur Bunny, qui erre un peu à la recherche de son destin, mais qui sait de mieux en mieux à quoi dire non: à toutes les injustices que génère le capitalisme, et dont l'industrie du pétrole est un pilier. Tout comme le phénomène des preachers (Sinclair nous en offre un fabuleux personnage), qui s'enrichissent de manière éhontée sur le dos des la masse en besoin de croyances, ou comme l'industrie du cinéma, écorné en passant – nous sommes en Californie du Sud, et Angel City, la Los Angeles ainsi nommée par l'auteur, est le coeur d'un cinéma déjà puissant. L'évocation de la société riche des années 1920 est navrante, un monde au centre duquel règne la course à l'argent, où l'alcool coule à flot pour ceux qui peuvent en payer le prix (c'est la période très ambiguë de la Prohibition), où l'administration du Président Harding s'en met plein les poches (de nombreux scandales ont en effet éclaté pendant la courte année de son mandat présidentiel, même si on sait aujourd'hui qu'il n'était pas personnellement en cause). La critique de l'auteur est vive et incessante au sujet de l'administration Coolidge, républicain lui aussi (les temps sont durs pour les démocrates) qui exerce 10 ans de conservatisme dans cette Amérique de l'argent… Nous sommes à quelques mois du krach boursier de 1929!
    Replacé dans son contexte, on lit avec amusement les pages sur la radio: cette nouveauté marqua les années 1920 dans tous les foyers (la fin du livre, très auditive, est surprenante), et l'auteur l'assimile à l'accès de tous rendu possible à la richesse, et instrument d'homogénéisation de masses dirigées en sous-main par les chefs du capitalisme… Aujourd'hui, la radio serait plutôt vue comme un instrument typiquement démocratique (en 1981 lorsque Mitterrand autorise les radios libres, un vent de démocratie souffle sur la France)… Même page amusante à propos du jazz, diabolisé (c'était le symbole de l'Amérique de l'argent aux yeux de la gauche), représentant la dégénérescence du capitalisme retournant aux pratiques sauvages d'un “Congo” inculte (sic! page 973).
    Enfin, le roman devient un plaidoyer en faveur du socialisme, la Russie des Soviets étant décrite comme un “miracle”. Il faut alors faire un détour par l'auteur, Upton Sainclair, qui avec ses romans, notamment Jungle et Pétrole, fut l'un des promoteurs du socialisme aux États-Unis, à un moment où celui-ci était diabolisé, avec le communisme. le roman récent Un pays à l'aube de Dennis Lehanne évoque aussi, dans les années 1920 à Boston, les luttes sociales, la peur terrible des “bolcheviques”, des pratiques de grève, et les heurts que cela pouvait déclencher, évoque la même atmosphère de violence sociale.
    Après cela, que dire du film, tout autre?
    Paul Thomas Anderson, à quelque 35 ans, en a écrit le scénario, qui contient sans doute des éléments très personnels (il ressemblerait beaucoup à ce personnage autoritaire et sûr de lui) avant de le réaliser. Il en reprend certains aspects pour partir dans une toute autre direction. le film est clairement centré sur le personnage du père, Daniel Plainview, qui n'a rien de bonhomme. le personnage de preacher, qui travaille lui aussi d'arrache-pied à sa réussite avec un aplomb qui égale celui du pétrolier, est symétrique et opposé à celui de Plainview (le travail de Paul Dano est très bon et n'a été reconnu par aucun prix, alors que le film a obtenu de nombreux Oscars…). Objectif: s'enrichir, à tout prix. le film est très violent, constamment sous une tension alimentée par la prestation très physique de Daniel Day Lewis, par la musique, par un scénario extrême. Cette violence était dans le texte d'Upton Sinclair, mais elle ne concernait les rapports sociaux et non le comportement des personnages.
    La fameuse scène des petits propriétaires qui se chamaillent est reprise d'une manière significative du point de vue adopté par Anderson: si l'on entend tout de la réunion, on n'en voit que le visage de Daniel Plainview, cadré très près… Il fallait un comédien aussi exceptionnel que Daniel Day Lewis pour pouvoir se permettre cela, et rendre la scène passionnante! D'autres scènes collectives sont filmées de la même manière, sur le seul visage de Day Lewis. Ce qui intéresse le réalisateur, c'est ce personnage totalement centré sur lui-même et sur sa réussite.
    Le fils, enfant, dont l'origine est mystérieuse, suit son père avec admiration jusqu'à un accident qui le rend sourd, au cours duquel son père l'abandonne pour aller surveiller son puits de pétrole en flammes. À partir de là, l'enfant refuse de parler et s'enferme dans le silence, puis dans une autre vie, entouré par d'autres gens. Quelle belle trouvaille que cet épisode inventé par le scénariste! La faille brutalement révélée entre le père et le fils alimentera la misanthropie de Daniel Plainvew.
    C'est un immense film, reposant sur les personnalités de Paul Thomas Daniel Day Lewis. Qui comporte cependant un hiatus, celui qui sépare l'enfance du petit garçon et l'adulte face à son père – la scène d'explication entre le père et le fils devenu adulte montre une relation complexe et nouvelle, que le spectateur doit prendre comme acquise alors que ne lui en a a été montrée que l'histoire. L'atmosphère de mystère sombre et louche qui nimbe tout le film pousse cependant à accepter cette étrange coupure. Comme le titre There Will Be Blood l'annonce, il n'y aura pas de limites à la violence de cette histoire d'enrichissement nourri par la haine des hommes. Anderson retrouve Sinclair pour dire que la cupidité mène à une voie sans issue.

    Lien : http://SousLePommier.net
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    • Livres 1.00/5
    Par wakinasimba, le 26 février 2012

    wakinasimba
    Oui, c'est une grande fresque sur la conquête du pétrole aux Etats-Unis ; oui le personnage de J. Arnold Ross est un "magnat à l'ancienne". Mais que son fils Bunny est soumis à son père, s'en est désolant.
    Et puis il manque un vrai souffle épique, une vraie passion dans ce récit.
    Il est vrai que je suis de parti-pris : l'histoire du pétrole ne m'a jamais exalté...
    A la limite, l'évocation de la création de "l'Eglise des Saints des derniers jours" qui prend un autre nom dans le livre. Et encore. Cette histoire vient tellement en filigrane que s'en est décevant.
    Pas de grande histoire d'amour non plus, rien que du pétrole, des champs de patates transformés en champs de pétrole, la construction de derricks ou encore comment analyser les carottes de pétrole, et j'en passe.
    Les rêves sociaux de Junior ne m'ont pas paru bien réalisables ni réalistes dans une Amérique du profit.
    Seul le personnage de Paul sortait du lot, mais je n'ai pas eu le courage de suivre son histoire.

    Lien : http://motamots.canalblog.com/archives/2012/02/18/23332870.html
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Citations et extraits

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  • Par bibliopmo, le 10 juin 2008

    80 km/h, disait l'indicateur de vitesse. Telle était la règle de Papa en rase campagne ; il ne la modifiait jamais, sauf par mauvais temps. Les côtes ne comptaient pas ; une pression un tout petit peu plus forte du pied droit et la voiture filait en bondissant jusqu'au haut de la crête, replongeait vers le vallon suivant, toujours exactement au centre du magique ruban de ciment gris. Elle se mettait à reprendre de la vitesse en descendant le versant ; Papa diminuait un tantinet la pression de son pied et laissait à la résistance du moteur le soin de modérer l'allure. 80 km/h étaient assez, déclarait Papa : c'était un homme méthodique
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"La jungle" Livre vidéo. Non sous-titré. Non traduit.








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