Un couple parti faire de la randonnée dans les régions les plus sauvages de Nouvelle- Zélande est confronté à un environnement de plus en plus hostile. Détranges événements laissent présager quils ne so... > voir plus
Roman très original qui emprunte les codes du récit de voyage pour les distordre avec talent.
L'ouvrage s'ouvre sur une carte partielle de la Tasmanie avec un itinéraire tracé. L'auteure donne alternativement la parole à chacun des 2 personnages qui forment le couple randonneurs-explorateurs; le quotidien nous est donc relaté au travers du ressenti de chacun.
Très vite, on sent les frustrations accumulées par les personnages et la tyrannie qui peut accompagner un certain intégrisme du territoire inviolé.
Les chapitres sont entrecoupés de nombreuses citations extraites d'"Au coeur des ténèbres" de Joseph Conrad et de parties en italiques qui explorent la face sombre et maligne qui peut habiter l'individu. Tout ceci concourt à créer une certaine tension dramatique et nous fait entrevoir que ce périple dans une nature grandiose et sauvage risque de fort mal finir, comme le titre nous le laissait présager.
Accrochez vous, dépaysement garanti, angoisse, rire, réflexion, c'est une histoire à grande vitesse. Calez-vous confortablement dans votre canapé ou votre lit sans oublier la petite collation, la douche qui n'est pas loin, car ici on a faim, on est sale et l'instinct primitif de survie apparaît très vite. Un peu comme quand je regarde l'émission kho lanta en ricanant, pendant que de pauvres bougres se disputent un grain de riz, alors que je suis confortablement installée de l'autre côté du téléviseur…. Sauf que….là, l'auteur a réussi son argumentation, on peut se poser des questions sur ce retour à la nature extrême et sans tourner le dos à la société de consommation on ne regarde plus de la même façon le voisin qui trie ses déchets, mais qui va s'acheter le dernier 4x4 bien polluant….où le voisin qui mange bio mais qui fume…..sans parler de nos petites protections féminines bien indispensables pour notre vie actuelle mais non biodégradables…. Je me suis sentie proche d'Heidi et j'aurais eu les mêmes réactions qu'elle. Je ne partirai plus en randonnée sans regarder la nature d'un autre œil, pourquoi ne pas penser à son bien être avant le nôtre puisque nous ne pouvons pas vivre séparés ? La touche de fantastique doit être très légère car tout me paraissait crédible..... Bravo l'auteur !
Ce livre est intéressant et original dans sa construction et ses choix narratifs. Nous avons peu de descriptions des magnifiques paysages de Tasmanie car les sites sont décrits du point de vue de ceux qui les parcourent. D'où l'insistance sur le sol, la boue, les racines, la brume, les rivières… et nos randonneurs sont cernés par un oiseau mystérieux (au sujet duquel on peut faire bien des spéculations), le Kéa. de même le poids des anecdotes pittoresques est plutôt faible, les péripéties étant celles du quotidien : une rivière à traverser, les déchets à récupérer et trimballer, un lacet qui disparaît, la cuisson de la nourriture. Ce n'est pas non plus l'exploit physique qui est mis en avant mais les efforts constants et routiniers des marcheurs.
Tout le monde ne possède qu'une quantité minutieusement calculée de vivres. Si quelqu'un entrait par cette porte après avoir raté son vol à cause de la tempête d'hier et me demandait un seul gâteau de riz, je ne pourrais le lui donner. S'il m'en offrait cent dollars, je ne le lui vendrais pas.
Ici, les billets de banque pourraient me servir de papier-toilette en lieu et place des tracts chiffonnés.
Il y a quelque chose de grandiose, là.
Comme si nous autres humains étions de la vermine qui grouille sur la peau de dame nature. Nous la chatouillons, nous l’irritons, nous la griffons, nous l’agaçons, jusqu’à ce qu’elle n’ait plus d’autres choix que se purifier. Elle élève sa température intérieure, ce qui doit la brûler comme si elle s’immergeait dans un bain d’acide, mais elle y est contrainte. Elle n’a pas vraiment le choix
S’en débarrasser, voilà le maître mot. Que ferions-nous, tout bien réfléchi, s’il n’y avait pas sans cesse quelqu’un pour s’occuper de nos ordures ? Comme nous sommes choqués lorsqu’on nous demande de les prendre en charge nous même.
Étendue là, sans pouvoir trouver le sommeil, à l’écoute du bruit de la mer, je me rends compte que j’ai aussi oublié à quel point la toile de tente qui me sépare de la nuit est mince.
Ceux qui ont fait trempette dans la mer au cours d’un voyage dans le sud et se sont rhabillés sans passer par la douche savent ce que le mot visqueux veut dire.