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Florence Nightingale était une femme"formidable"; née en 1820 dans une famille des plus aisées, elle est prise d'une étrange lubie : elle veut devenir infirmière. Ce qui paraît totalement honorable aujourd'hui, était scandaleux à l'époque; seules les pauvres, les anciennes prostituées et les alcooliques exerçaient cette profession. Qui d'autre accepterait de soigner des plaies purulentes, de nettoyer les draps souillés, d'assister les chirurgiens pendant les amputations ?
Florence devra lutter longtemps contre ses parents, sa sœur, les bienséances. Mais parce que c'est une femme incroyablement têtue et sourde quand les propos ne sont pas à son avantage, elle s'acharne jusqu'à ce qu'elle parvienne à partir en Turquie, pendant la guerre de Crimée, rejoignant l'hôpital militaire anglais. Elle y arrive en 1854, et la situation est particulièrement alarmante : les hommes meurent, non pas à cause de leurs blessures, mais des soins précaires offert par l'hôpital, l'odeur est insupportable, on oublie de donner à manger aux blessés, etc...
Aidée par une petite escorte d'infirmières, Florence Nightingale va œuvrer sans relâche pour améliorer la convalescence des soldats, en apportant des changements radicaux et parfois très mal vus. En effet, la jeune femme introduit des concepts inconnus : elle parle d'hygiène, de repas équilibrés, d'accompagnement lorsque la dernière heure des hommes arrive... Elle refuse qu'on utilise les mêmes instruments chirurgicaux, d'un blessé à l'autre, sans qu'ils ne soient nettoyés, elle insiste pour que les hommes soient lavés tous les jours, pour que leurs douleurs soient considérées à leur juste valeur, elle apporte en somme de l'humanité dans un lieu où l'on sciait des jambes à la vue de tous, ne réalisant pas une seule seconde que le spectacle pouvait choquer les hommes qui occupaient les lits à proximité...
Florence Nightingale se dévoue corps et âme à son métier; elle est rapidement surnommée "La dame à la lampe", parce qu'elle avait l'habitude de se promener la nuit, au milieu des blessés, pour soulager leur souffrance avec des massages et quelques mots de compassion...
Maintenant que j'ai bien parlé du personnage, il est temps d'évoquer le récit de Gilbert Sinoué; il est écrit sur la quatrième de couverture que cette biographie est construite "comme un roman digne de Sherlock Holmes".
Les quatrièmes de couv' font de ces rapprochements et de ces compliments... ça en est presque touchant. Ce livre est très curieux dans sa forme, déjà parce qu'il ressemble plus à un roman qu'à une véritable biographie à mes yeux. Tout commence le jour de l'enterrement de Florence Nightingale, en 1910. Un homme, Jonathan Brink, y est présent; il a croisé la célèbre femme il y a de nombreuses années, et souhaite écrire sa biographie. Il s'y prend comme on ferait un puzzle : par petites touches, en croisant des personnes qui ont connu l'infirmière (et ces personnes sont rares, puisque Florence Nightingale a vécu très longtemps (90 ans) et que son entourage l'a en majorité précédée dans la tombe), en consultant les documents archivés à la British library, en se fiant à des lettres, souvenirs, articles de journaux... Et finalement, on parle plus de cette "enquête" que de Nightingale elle-même. Sa vie après la guerre de Crimée (qui s'achève en 1855) est très peu évoquée, comme si ça avait finalement peu d'importance, que l'essentiel s'était passé là-bas. C'est peut-être vrai, mais enfin, Florence Nightingale n'y est restée qu'un an et demi...
Tous les différents témoins s'attachent à dresser un portrait peu glorieux de la Dame à la lampe, celle-ci ayant été visiblement très lunatique, possessive, presque misanthrope. Une femme qui, apparemment, amplifiait toujours ses souffrances, ses chagrins, et ne prenait pas garde à ceux qui étaient réellement malades auprès d'elle. Paradoxal, non ? Encore plus quand on est une femme aussi pieuse. A son retour de Crimée, elle n'a pas cessé de dire que son heure approchait, qu'elle allait mourir dans les heures suivantes... alors qu'elle a encore vécu 55 ans, sans se soucier (par exemple) de sa sœur qui mourait d'un cancer...
Le personnage paraît très curieux, et même si elle est à l'origine de grands bouleversements dans la manière de soigner et de prendre en compte certaines mesures d'hygiène, j'ai beaucoup de mal à lui accorder ma sympathie.
La biographie de Gilbert Sinoué est très curieuse dans sa forme, dans son style aussi qui est parfois maladroit, tombant dans certains poncifs ("Un père absent, même lorsqu'il lui arrivait d'être présent"... magnifique (il s'agit du père de Jonathan Brink, et non de Florence). Néanmoins, ça se lit très facilement, et le contenu est totalement abordable - peut-être trop ? Me voilà paradoxale aussi, comme la Nightingale; à croire que c'est contagieux, ces choses-là. C'est un livre totalement accessible à ceux qui n'y connaissent rien (comme moi), mais vulgariser à ce point le sujet lui fait-il honneur ? Je suis peut-être dure; j'ai aussi trop peu lu de biographies pour vraiment comparer avec des œuvres réussies.
"La Dame à la lampe" est sans doute une bonne introduction pour celui qui s'intéresse à ce sujet, mais qui n'ose pas attaquer trop grand de suite. Je ne remets absolument pas en cause les apports de Florence Nightingale (c'est d'ailleurs grâce à elle que le métier d'infirmière a obtenu ses lettres de noblesse), mais l'ensemble m'a paru un peu léger.
Ce livre est celui que j'ai reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique organisé par Babélio. Je suis bien chanceuse, car je n'ai pas encore été déçue par les livres découverts en ces occasions. Ce coup-ci il s'agit d'une biographie à peine déguisée en roman. Le récit début en 1910, lors de l'enterrement de celle que l'on surnommait La Dame à la lampe. Jonathan Brink décide d'en savoir plus sur cette personnalité hors du commun, et va partir à la rencontre des proches de Miss Nightingale. Je ne savais pas beaucoup sur cette pionnière, à part les grandes lignes. Gilbert Sinoué n'en fait pas une hagiographie, loin de là. Il a choisi de nous montrer la complexité d'un personnage hors norme, une jeune fille de bonne famille décidée à vivre autre chose qu'un destin tout tracé. Refusant le mariage et la soumission, elle mettra des années à atteindre son but, soigner, donner, être auprès des miséreux. On découvre donc une femme en avance sur son temps sur de nombreux points, aux idées révolutionnaires, pour ne pas dire subversives (protection sociale, égalité face aux soins...). Féministe, socialiste, humaine, mais aussi profondément exaltée voire mystique, sans pour autant être bigote, elle dira avoir été "appelée", pour expliquer sa vocation. Sa notoriété établie lors de la guerre de Crimée, où elle reformera le milieu hospitalier (hygiène, alimentation, soins aux blessés, elle se consacrera à son retour en Angleterre à une réforme plus vaste, et communiquera ses observations, ses connaissances et ses conclusions en matière de santé, d'hygiène, de soins, d'écoute et d'accompagnement des malades. Derrière cette femme dévouée, que rien ne prédestinait à ce genre de vie ou de préoccupation, on découvre une personnalité pleine de contradictions, une femme dure et changeante, plutôt misanthrope, mais habitée d'une volonté inébranlable à aider les plus démunis. Son comportement, ses humeurs, ses lubies et déprimes feraient penser aujourd'hui à une maniacodépressive. Le portrait que nous dresse l'auteur nous place dans une époque relativement proche de la nôtre, et nous dévoile une héroïne contradictoire, passionnante, inquiétante, et admirable. Car on sort de cette lecture admiratif, ébahi par une telle volonté de changer les choses, dans un environnement et une époque hostiles, dominés par les hommes, les préjugés, et l'ignorance.
Roman de Gilbert Sinoué.
Au 18° siècle, de l'Angleterre à la Crimée et son mortel conflit, Florence Nightingale a révolutionné le métier d'infirmière. De cette profession traditionnellement réservée à la lie de la société féminie, elle a fait un métier d'honneur et de dévouement, avec des règles de conduite et une formation. Connue pour ses crises de mysticisme, son exigeance et son intransigeance, celle qu'on a surnommé la Dame à la lampe s'attire les foudres de certains dirigeants, mais aussi le soutien de la reine Victoria. Les malades l'attendent, l'espèrent. Les autres infirmières craignent son humeur changeante. Entière dans son engagement auprès des malades, infatigable dans son combat pour l'hygiène, elle obtient ce qu'elle veut à force de ténacité. A sa mort, Jonathan Brink, journaliste américain, entreprend d'écrire la vie de cette femme exceptionnelle, d'après les témoignages de ceux qui l'ont le mieux connue.
Si le sujet est intéressant, le traitement qui en est fait est loin d'être abouti. Et c'est bien dommage. Le personnage historique qu'est Florence Nightingale méritait une meilleure reconnaissance. Le texte se compose d'extraits des notes du "rossignol", de témoignages de ses proches, d'articles de journaux, le tout lié dans une narration anonyme. Il y a un manque certain de fluidité d'un chapitre à l'autre. On nous renvoie dès les premières pages aux notes en fin de livre. Mais certaines notes de bas de page m'ont laissé à penser que même le traitement chez l'imprimeur laissait à désirer. Dommage, car ce sujet a tout pour me plaire. Ce personnage féminin exemplaire n'est pas sans me rappeler celui que Pauline Gill a mis en avant dans son roman Docteure Irma, la première femme médecin canadienne (voir mes billets du 14 juin et du 2 juillet 2008).