> Héloïse Esquié (Traducteur)

ISBN : 2207256006
Éditeur : Denoël (1999)


Note moyenne : 4.04/5 (sur 55 notes) Ajouter à mes livres

Immergés dans ce milieu, deux gamins font le pacte de toujours prendre soin l'un de l'autre. Romantiques, engagés dans leur pratique artistique, nourris de rêves et d'ambitions, ils se soutiennent et se donnent confiance pendant les années... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 14 février 2011

    LiliGalipette
    Lecture du mois de février sur Babelio ! Retrouvez-nous sur le forum !
    Récit autobiographique de Patti Smith.
    Préambule : "On a dit beaucoup de choses sur Robert et on en dira encore. Des jeunes hommes adopteront sa démarche. Des filles revêtiront des robes blanches pour pleurer ses boucles. Il sera condamné et adoré. Ses excès seront maudits ou parés de romantisme. À la fin, c'est dans son oeuvre, corps matériel de l'artiste, que l'on trouvera la vérité. Elle ne s'effacera pas. L'homme ne peut la juger. Car l'art chante Dieu, et lui appartient en définitive."
    Patti Smith et Robert Mapplethorpe ont à peine 20 ans quand ils se croisent dans le New York de 1967. Patti rêvait "de rencontrer un artiste pour l'aimer, le soutenir et travailler à ses côtés." (p. 24) Robert, lui, "était un artiste, et il le savait. Ce n'était pas une lubie enfantine. Il ne faisait que reconnaître ce qui lui revenait de droit." (p. 25) Les deux jeunes gens, presque des gamins, partagent une histoire d'amour qui durera plus de vingt ans, influençant sans cesse le travail de l'autre. Si la passion amoureuse fait lentement place à l'amitié et à une relation nourrie d'art et d'émulation, ils ont fait le serment de ne pas se séparer et de prendre soin l'un de l'autre, "d'être fidèles, sans cesser d'être libres" (p. 102). Just Kids est le récit que fait Patti Smith de ce lien unique. "Nous nous étions promis de ne plus jamais nous quitter tant que nous ne serions pas tous les deux certains d'être capables de voler de nos propres ailes. Et ce serment, à travers tout ce qu'il nous restait encore à traverser, nous l'avons respecté." (p. 110) Entre eux, c'est plus que de l'amitié, c'est un pacte charnel et spirituel, une interaction artistique et une relation indissoluble pour l'art et par l'art.
    La pauvreté des débuts, les années de galère ponctuées de petits boulots et de combines débrouillardes, les séjours dans des hôtels glauques ou des appartements miteux n'entament que rarement l'incroyable optimisme que nourrissent Patti et Robert. Ils vivent pour l'accomplissement de leur art et se donnent les moyens de la création, quels que soient les risques. "Tels des enfants de Maeterlinck en quête de l'oiseau bleu, nous nous étions aventurés dehors, et nous étions pris dans les ronces sinueuses de nos expériences nouvElles." (p. 100)
    Dans ce témoignage, on découvre comment Patti a poussé Robert vers la photographie, au-delà d'une simple intégration de clichés dans ses constructions, mais véritablement comme un art à part entière. Même si son art tarde à être reconnu, il semble que tout ce que touche Robert se transforme en or. "Que ce soit pour l'art ou pour la vie, Robert insufflait aux objets son élan créateur, sa puissance sexuElle sacrée." (p. 165) Et d'autre part, on assiste au cheminement artistique de Patti qui, pétrie de poésie, se lance peu à peu dans les performances scéniques et à la chanson, constamment épaulée par Robert. le lien artistique ne se distend jamais entre eux. C'est Robert qui crée les couvertures et pochettes des livres et albums que produit Patti. L'influence artistique entre eux est double : "notre relation : artiste et muse, un rôle qui était pour nous deux interchangeable." (p. 295) Les deux gamins qui se sont croisés dans un parc de New-York par une nuit d'été savaient qu'ils deviendraient célèbres et s'encourageaient mutuEllement sur la voie de la réussite. " Mon succès était pour Robert l'objet d'une fierté sans mélange. Ce qu'il voulait pour lui-même, il le voulait pour nous deux." (p. 302)
    L'homosexualité de Robert, d'abord mal assumée par lui comme par Patti, n'entrave finalement pas leur relation mais lui permet d'accéder à une nouvElle incarnation jamais dépourvue d'amour. "Il avait envers les hommes des pulsions dévorantes, mais je ne me suis jamais sentie moins aimée pour autant. Il n'était pas facile pour lui de rompre nos liens physiques, je le savais. Nous restions fidèles à notre serment, Robert et moi. Aucun de nous deux ne quitterait l'autre. Je ne l'ai jamais vu par le prisme de sa sexualité. Mon image de lui est demeurée intacte. Il était l'artiste de ma vie." (p. 189) Patti envisage Robert comme un être à part, non défini par les codes qui sont ceux du reste du monde. Cet homme-là, Elle ne peut s'en passer et Elle n'a pas besoin de lui assigner une place précise. "Robert n'a jamais quitté mes pensées ; il était l'étoile bleue dans la constellation de ma cosmologie personnElle." (p. 307)
    Le changement d'orientation sexuElle de Robert conduit le couple à se séparer sur le plan physique. Chacun connaît d'autres amants et espèrent en d'autres relations. Pour Robert, la rencontre avec Sam Wagstaff, "l'homme qui devait devenir son amant, son mécène, et son ami pour la vie." (p. 242) est déterminante. Il a enfin trouvé un compagnon à sa mesure, solide et passionné par son art. "Ils avaient besoin l'un de l'autre. le mécène pour être grandi par la création, l'artiste pour créer." (p. 275)
    Tout au long de son récit, Patti Smith révèle ses références et artistiques : Rimbaud et ses Illuminations, William Blake, Jean Genet, André Gide, Baudelaire, Diego Rivera, Maïakovski, Bob Dylan et tous les représentants de la Beat Generation. Toute sa création est imprégnée des Oeuvres des monstres sacrés mais se nourrit également de ses rencontres avec les artistes de son temps. Les années 1960-1970 semblent une époque traversée de comètes artistiques et de destins fulgurants. "Abattues, la gloire tant désirée à portée de main, des étoiles éteintes tombaient du ciel." (p. 247) : Jim Morrison, Janis Joplin, Jimi Hendrix, ou Brian Jones laissent des empreintes durables et encouragent les créations. Dans les lieux emblématiques que Patti et Robert fréquentent, le Chelsea Hotel, le Max's Kansas City club, la Factory, El Quixote, la MaMa ou les studios Electric Lady, la foule des célébrités se croise, se reconnaît et s'influence. D'Andy Warhol à The Velvet Underground, tout semble possible dans un monde ouvert à toutes les audaces.
    Patti Smith donne à voir toute la puissance de son imagination et son immense amour des livres, de la prose et des mots. "J'étais complètement éprise des livres. Je voulais les lire tous, et ceux que je lisais généraient de nouveaux désirs." (p. 16) Elle insiste particulièrement - et comment ne pas la comprendre - sur ce qu'Elle doit à Jim Morrison : "c'est lui qui m'avait mise sur la voie de la fusion de la poésie et du rock and roll." (p. 223) "Tel un saint Sébastien de la côte Ouest, il exsudait un mélange de beauté et de mépris de soi, et une douleur mystique." (p. 76)
    Just Kids, ce n'est pas seulement un hommage à Robert Mapplethorpe et encore moins un mémorial en son honneur, c'est aussi un manifeste artistique. Patti ne dissocie pas la vie de la création. Chaque acte entre dans le processus créatif parce qu' "être artiste, c'est voir ce que les autres ne peuvent voir." (p. 23) Patti est sans cesse en quête de signes. Les dates anniversaires de ses proches et des artistes qu'Elle admire sont des jalons et des vademecum quand Elle perd pied. Robert et Elle explorent une nouvElle façon de voir le monde et Robert le répète souvent, "Personne ne voit comme toi et moi." (p. 127). Quand Patti Smith s'engage, Elle le fait complètement. "Ma préférence allait à l'artiste qui transforme son temps plutôt qu'à celui qui se contente de le refléter." (p. 88) Elle ne craint pas d'imposer ses vues et de suivre des voies dangereuses. "Il est de la responsabilité de l'artiste d'équilibrer la communication mystique et le labeur de la création." (p. 297)
    À lire son témoignage voire sa confession, il apparaît que l'artiste est en souffrance constante, tiraillé entre les extrêmes qui le composent et qu'il alimente. La quête que Robert et Patti entreprennent doit les aider à "accepter [leur] nature double et [...] [les] mettre en paix avec l'idée [qu'ils renferment] des principes opposés, la lumière et l'obscurité." (p. 20) Just Kids est finalement le confiteor de l'artiste moderne.
    Le paratexte est riche et émouvant. Les photographies côtoient les reproductions d'Oeuvres, de lettres ou de textes. La photo de la première de couverture a été prise à Coney Island en 1969. Elle a immortalisé deux enfants artistes à l'aube de leur épanouissement, au plus fort de leur beauté. "Nous avons eu de la chance que cet instant soit immortalisé par un appareil photo rustique. C'était notre premier vrai portrait new-yorkais. Qui nous étions." (p. 134) Mais la pièce qui me touche le plus, c'est cElle présentée en quatrième de couverture, une lettre écrite par Robert à Patti, dans leur chambre du Chelsea Hotel en 1969. "Sitting in our room - waiting for you. Thinking of all that we have gone through - knowing we have somehow done it together. And it will always be that way - loving you. We'll have a real home soon one way or another - and it's there that we'll be famous - with or without the rest of the world - just you and me together - drawing, writing and loving each other. For you always - Blue STAR." Cette lettre pleine de promesse est à l'image du récit : fondamentalement optimiste et résolument tournée vers la création.
    Patti Smith n'évoque que peu la maladie qui terrassa Robert à l'âge de 42 ans. Son récit n'est pas une plainte mais un écho tendre aux années passées, un regard posé avec nostalgie sur les instants trop vite envolés d'une jeunesse qui semblait éternElle. On ressort de cette lecture avec des larmes dans les yeux mais également une envie incommensurable d'étoiles.


    Lien : http://lililectrice.canalblog.com/archives/2011/02/14/20371075.html
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    • Livres 4.00/5
    Par Corboland78, le 06 avril 2012

    Corboland78
    Cette chronique ne sera pas classée dans la rubrique « disques » mais dans celle des « livres » car contrairement à ce que vous auriez pu penser, il ne s'agit pas d'un nouvel album de Patti Smith mais d'un bouquin. Non pas une autobiographie, mais plutôt le roman de sa vie.
    Une vie qui débute le 30 décembre 1946 à Chicago (Etats-Unis) où naît Patricia Lee Smith, d'un père ancien danseur de claquettes et employé de bureau dans une usine, alors sa mère qui a abandonné une carrière de chanteuse de jazz pour élever ses quatre enfants, est serveuse dans un restaurant. À l'adolescence elle se détache de son éducation très religieuse que sa mère, une Témoin de Jéhovah, lui a donnée même si elle en conservera toujours une marque profonde qui ressort parfois au détour de son œuvre, et très tôt se passionne pour les arts, que ce soit la poésie, l'écriture ou le dessin.
    Le livre retrace son parcours qui ne peut être dissocié de son mentor Robert Mapplethorpe, amant, meilleur ami et toujours guide artistique, l'homme de sa vie. Car c'est bien lui – Robert - le sujet principal du bouquin, puis Robert et Patti et finalement Patti après son décès tragique.
    Le bouquin peut être lu de différentes manières. Une histoire du rock dans les années soixante-dix, avec ses hauts lieux à New York comme le CBGB et le Max's Kansas City, ses rencontres avec les plus grands musiciens tels Jimi Hendrix, Janis Joplin, Johnny Winter, puis plus tard quand elle se lancera elle-même dans la musique avec la constitution de son groupe et l'enregistrement de son premier single et album. Ou bien encore, sa vie de bohême dans la ville qui ne dort jamais, de St Mark' place au mythique Chelsea Hotel, de Coney Island à Times Square, nous la suivons les yeux grands ouverts, ébahis de revivre avec un tel guide notre jeunesse enfuie.
    Mais il y a aussi les traces de son amour de la littérature et de la poésie et ses propres travaux d'écriture. Ses jobs dans des librairies, les bouquins chinés chez des revendeurs où elle déniche des éditions dédicacées qu'elle peut fourguer pour quelques dollars qui paieront le loyer du loft. le voyage pèlerinage à Charleville-Mézières pour l'amour de Rimbaud, ses rencontres avec William Burroughs, Grégory Corso, Alan Ginsberg et d'autres.
    Tout se mêle et s'emmêle, mais tout s'articule autour de sa rencontre avec Robert Mapplethorpe qui partagera sa vie de longues années et de sa trajectoire artistique à lui. Tous deux pauvres d'argent mais riches d'amour et de foi dans leur destin qui sera artistique ou ne sera pas. Lui deviendra le grand photographe de renommée internationale foudroyé par le Sida, elle l'artiste chanteuse/compositeur/écrivain et militante que tout le monde connaît. Deux biographies dans un seul livre, rien que cela est une affaire.
    Le bouquin est magnifique, bien écrit et riche en détails secondaires dépassant une mémoire normale pour atteindre le niveau enviable d'œuvre littéraire sans pour autant trahir la réalité, mais ce qui émeut profondément c'est la fidélité et l'amour qui liaient ces deux artistes, ce qui transpire de chacune des pages de cet ouvrage. Dois-je ajouter que j'en conseille chaudement la lecture avec Horses le premier CD de Patti Smith en bande son.

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    • Livres 4.00/5
    Par brusc, le 05 février 2012

    brusc
    Une histoire d'amour, d'apprentissage, d'initiation, de vie et de mort, c'est tout cela à la fois que livre Patti Smith, avec pas mal de talent, dans ce récit autobiographique. A la fin des années 1960, sa rencontre avec Robert Mapplethorpe, dont elle devient l'amante, l'amie, la muse, dans un New-York où circulent en chair ou en ombres chinoises toutes les figures de l'art et de l'underground de l'époque, aura des conséquences décisives sur sa vie et sa recherche artistique. Cette recherche qu'ils mènent ensemble, chacun à leur manière, se veut radicale et totalement sincère. Tous les risques sont pris, tous les terrains exploités et expérimentés : leur garde-fous : l'amour et l'amitié qu'ils se portent et qu'ils jurent de toujours se porter. Veiller l'un sur l'autre, comme des frères et sœurs, comme des enfants. Just Kids.
    Ce livre, poignant, décrit une histoire exceptionnelle, singulière. Même avec ses limites, il nous bouleverse par l'engagement total de Patti Smith et de Robert Mapplethorpe, leur mépris de la facilité, leur idéal d'amour et d'accomplissement dans l'art. La fin tragique de Robert - il meurt du sida en 1987 - marque aussi la fin d'un monde, d'une manière de vivre, de penser qui s'est perdue avec les années 1960 et 1970.
    Mais la vie continue : c'est aussi ce que nous dit Patti Smith, qui aujourd'hui encore chante, écrit, dessine, construit, tout en tenant son serment. Ecrire, comme lui avait demandé Robert, l'histoire de leur vie.
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    • Livres 5.00/5
    Par patatipatata, le 28 mai 2012

    patatipatata
    J'ai acheté ce livre pour connaitre mieux l'artiste et photographe Robert Mapplethorpe et j'ai découvert l'univers poétique de Patti Smith ! Une belle surprise donc.
    Un livre très attachant qui nous entraîne dans le New York des années 70. On y croise Jimmy Hendrix, Janis Joplin, la beat generation avec Allen Ginsberg, l'incontournable Andy Warhol et tant d'autres.
    Franchement ? on aurait presque envie de remettre la tunique indiennne qu'on garde en souvenir au fond du placard !
    La vie d'artiste à cette époque là, c'était quelque chose quand même ! Il y avait toujours quelqu'un pour partager son sandwich et vous offrir un lit les jours de disette.
    Point de nostalgie dans ce livre-là, juste un superbe témoignage écrit avec tendresse.
    Allez ! cadeau !
    http://www.youtube.com/watch?v=MWqefennouo&feature=related
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    • Livres 5.00/5
    Par Tampopo, le 23 juillet 2011

    Tampopo
    J'aime beaucoup Patti Smith et même si je ne connais pas tout son répertoire, j'en connais au moins les pièces maîtresses comme Horses ou Wave. Patti Smith est une des rares chanteuses de sa génération à avoir gardé une voix quasi-intacte après plus de trente ans de carrière. Son personnage multifacette, tantôt poète, tantôt photographe, éternelle francophile et accessoirement Commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres, a de quoi intriguer.
    Cette autobiographie était pour moi l'occasion d'en savoir plus sur la femme, et notamment sur sa relation passionnelle avec son amour de jeunesse, son alter ego, le photographe Robert Mapplethorpe. Décédé des suites du sida en 1989, Mapplethorpe est surtout connu pour ses photographies de fleurs et d'éphèbes « olé olé » comme dirait ma mamie, il est aussi l'auteur de la fameuse photographie qui orne la pochette de l'album Horses.
    Si l'autobiographie est, par essence, le genre littéraire le plus subjectif, cela ne m'a pas empêché de trouver l'auteur étonnamment lucide sur son parcours personnel. J'oserais même comparer ce texte, très bien écrit, avec les Chroniques de Bob Dylan (une lecture, au passage, que je vous conseille vivement !). Dylan est d'ailleurs présent en filigrane tout au long de cet ouvrage puisqu'il reste et demeure, tout comme Arthur Rimbaud, une des sources d'inspiration majeures de Patti Smith.
    Dans cette autobiographie, elle n'élude aucun sujet fâcheux, ni la naissance de son premier enfant qu'elle confie à une famille adoptive, ni son expérience des drogues, ni les tourments que lui causent son petit ami de l'époque, Robert Mapplethorpe, alors en pleine mutation artistique et sexuelle.
    Patti Smith grandit dans le New Jersey au sein d'une famille pieuse, très modeste mais aimante. Elle a des souvenirs étonnamment précis de son enfance, depuis ses premières lectures jusqu'au choc provoqué par une unique visite au musée des Beaux-Arts de Philadelphie où elle découvre la peinture de Picasso. L'auteur ne fait qu'évoquer son enfance car le sujet de ce livre est bien sa rencontre avec Robert Mapplethorpe. La rencontre a lieu dès son arrivée à New York en 1967, tous deux ont 21 ans, ils sont jeunes, sans le sou et plein de rêves, ils vont vivre une histoire d'amour intense et compliquée. Robert éprouve un amour sincère pour Patti, mais il est aussi irrémédiablement attiré par les garçons. Toute sa vie, il mènera un long combat contre lui-même et contre son éducation pour assumer son homosexualité. le couple mène une vie de bohême et a bien des difficultés à boucler les « fins de semaines ». Patti fait des petits boulots et assure le pain quotidien, ce qui permet à Robert de reprendre ses études d'art.
    Un lieu va cristalliser la transfiguration de Patti Smith en artiste à part entière, il s'agit du mythique Chelsea Hotel.
    Avant d'atterrir au Chelsea, Robert et Patti se sont séparés, Patti revient d'un séjour en France tandis que Robert traverse une bien mauvaise passe. Patti vole à son secours et le couple se reforme. Lui n'est pas encore photographe et elle n'est pas encore chanteuse ni même musicienne mais tous deux ont des velléités artistiques, tous deux dessinent et n'ont de cesse de s'encourager mutuellement. le Chelsea marque une étape décisive dans leurs révolutions artistiques respectives, les rencontres qu'ils vont faire dans ce lieu mythique y sont pour beaucoup, « j'ai vite compris que c'était un formidable coup de chance qui nous avait poussé là », dit-elle.
    Musiciens, écrivains, acteurs… Je mentirais si je disais que tous les noms égrenés par l'auteur me sont familiers. Ces rencontres et l'atmosphère chargée du lieu vont à la fois inspirer Patti et galvaniser l'ambition artistique de Robert qui se met bientôt à la photographie, un mode d'expression plus immédiat que ses collages et qui n'est pas étranger à sa fascination pour Warhol et sa Factory.
    Pour Patti aussi, la mutation est en marche, elle multiplie les expériences et va s'affirmer comme femme autant que comme artiste. Elle essaie le LSD, coupe ses longs cheveux (sa nouvelle coupe « à la Keith Richards » fera sensation), commence à fréquenter la scène musicale new-yorkaise et s'essaie au théâtre. Elle fait la rencontre de Bobby Neuwirth, le « singer-songwriter », il feuillette son carnet de poèmes et lui dit : « T'as jamais pensé à écrire des chansons ? », c'est le déclic, le processus qui va conduire la poétesse en herbes de la fin des sixties à la performeuse rock des années 70 est en marche.
    La bulle créée autour de Patti et Robert finit par exploser, désormais chacun poursuit sa propre route. Patti s'éloigne de New York et de Robert au gré des tournées, fonde une famille puis se retire du monde de la musique. Toutefois, les deux artistes ne se perdront jamais de vue et poursuivront un dialogue artistique ininterrompu jusqu'au décès tragique de Robert en 1989.
    On pourrait croire que ce livre est triste, il n'en est rien. C'est l'hommage touchant et sincère d'une muse à son amour de jeunesse et mentor.
    Patti Smith se livre sans fards et porte sur sa jeunesse un regard d'une grande fraîcheur, on ne décèle jamais ni amertume, ni regret, c'est ce qui fait tout le charme de ce texte. Avec cette autobiographie, elle lève un coin de voile sur un des aspects de sa personnalité que l'on connaît moins, la jeune fille un brin naïve et romantique qu'elle a pu être, une facette d'elle-même qui tranche avec l'image de la femme forte et de l'artiste engagée véhiculée par les médias.

    Lien : http://lameraboire.over-blog.com/article-just-kids-patti-smith-80055..
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Citations et extraits

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  • Par alicejo, le 09 février 2011

    C'était l'été de la mort de Coltrane. L'été de "Crystal ship". Les enfants fleurs levaient leurs bras vides et la Chine faisait exploser la bombe H. A Monterey, Jimi Hendrix mettait le feu à sa guitare. "Ode to Billie Joe" passait en boucle sur les grandes ondes. Des émeutes éclataient à Newark, Milwaukee et Detroit. C'était l'été d'Elvira Madigan, l'été de l'amour. Et dans cette atmosphère instable, inhospitalière, le hasard d'une rencontre a changé le cours de ma vie.
    C'est l'été où j'ai rencontré Robert Mapplethorpe.
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  • Par alicejo, le 08 février 2011

    Mais c'est une salle consacrée à Picasso, de ses Arlequins au cubisme, qui m'a le plus bouleversée.
    [...]
    Je suis certaine que lorsque nous avons descendu l'escalier, l'un derrière l'autre, j'étais en apparence la même qu'à l'accoutumée : une gamine de douze ans tout en bras et en jambes qui se traînait derrière les autres. Mais, secrètement, je savais que j'avais été transformée, bouleversée par la révélation que les êtres humains créent de l'art et qu'être artiste, c'est voir que ce que les autres ne peuvent voir.
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  • Par LiliGalipette, le 14 février 2011

    "Il avait envers les hommes des pulsions dévorantes, mais je ne me suis jamais sentie moins aimée pour autant. Il n'était pas facile pour lui de rompre nos liens physiques, je le savais. Nous restions fidèles à notre serment, Robert et moi. Aucun de nous deux ne quitterait l'autre. Je ne l'ai jamais vu par le prisme de sa sexualité. Mon image de lui est demeurée intacte. Il était l'artiste de ma vie." (p. 189)
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  • Par Kanelbulle, le 31 décembre 2011

    Mes livres m'apportaient du réconfort. Assez curieusement, c'est Louisa May Alcott qui me procura une vision positive de mon destin de femme. Jo, le garçon manqué des Quatre filles du Dr March, écrit pour aider sa famille, qui peine à se maintenir à flot pendant la guerre de Sécession. Elle noircit des pages et des pages de ses griffonnages rebelles, publiés ensuite dans la section littéraire du journal local. Elle me donna le courage de cultiver un nouveau but et, bien vite, je me mis à concocter de petites historiettes et de grandes sagas pour mon frère et ma sœur. Dès lors, je me mis à nourrir l'idée d'écrire un jour un livre.
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  • Par LiliGalipette, le 14 février 2011

    "Nous nous étions promis de ne plus jamais nous quitter tant que nous ne serions pas tous les deux certains d'être capables de voler de nos propres ailes. Et ce serment, à travers tout ce qu'il nous restait encore à traverser, nous l'avons respecté." (p. 110)
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Icône rock adulée par plusieurs générations, musicienne, chanteuse, photographe, peintre, poète et écrivain, Patti Smith revient à 64 ans sur ses années de bohème dans le New York des années 70 avec sa première autobiographie : Just Kids (éditions Denoël). A l’occasion de la sortie de cet ouvrage, la Ville de Strasbourg s’associe à la Librairie Kléber pour des rencontres exceptionnelles autour de Just Kids.








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