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ISBN : 207045360X
Éditeur : Gallimard (2013)


Note moyenne : 4.19/5 (sur 225 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :

Immergés dans ce milieu, deux gamins font le pacte de toujours prendre soin l'un de l'autre. Romantiques, engagés dans leur pratique artistique, nourris de rêves et d'ambitions, ils se soutiennent et se donnent confiance pendant les années... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par andman, le 04 juin 2013

    andman
    A lire les critiques enthousiastes des uns et des autres j'étais impatient de découvrir « Just Kids ».
    Comme vous, j'ai été captivé par les écrits intimistes de Patti Smith et comprends maintenant un peu mieux le cheminement qui a conduit cette femme, d'apparence si frêle, au firmament de la scène rock des dernières décennies.
    Deux éléments ont été déterminants dans le destin hors du commun de cette artiste aux multiples facettes :
    - son amour précoce pour la littérature et notamment son attirance pour les auteurs romantiques français,
    - sa rencontre à 20 ans avec un jeune homme de son âge, Robert Mapplethorpe, qui allait devenir quelques années plus tard un photographe de renom international.
    « Just Kids » décrit la genèse de cette relation fusionnElle entre deux êtres en recherche d'identité artistique dans le foisonnement culturel des sixties-seventies. Voici les grandes lignes de leur parcours de vie :
    La lecture, seul véritable moyen d'évasion, tient une place de choix dans les loisirs de Patricia. Une enfance pauvre mais heureuse non loin de Philadelphie avec déjà un tempérament de leader dans les jeux et une adolescence avec un goût marqué pour la danse.
    A 16 ans Elle découvre émerveillée les écrits de Rimbaud et l'adopte « comme son compatriote, son frère et même son amant secret ».
    A 19 ans Elle met au monde un enfant qu'Elle confie quelques mois plus tard à une famille aimante et met le cap sur New-York en juillet 67.
    Elle a décidé, Elle sera artiste !
    C'est à Baudelaire qu'Elle pense quand la faim la tenaille durant cet été de vagabondage newyorkais, pour lui aussi la nourriture faisait souvent défaut.
    C'est à Jean Genet qu'Elle pense lorsqu'Elle commet de menus larcins « esthétiques », des crayons de couleur dont Elle ne peut se passer.
    Sa rencontre fortuite avec Robert Mapplethorpe la marquera à jamais. Issu également d'une famille modeste, Robert est artiste dans l'âme et convaincu, comme Elle, de voir des choses que les autres ne voient pas. Elle a trouvé l'alter ego dont Elle avait maintes fois rêvé. le serment de se protéger mutuEllement les lie à jamais.
    Leur soif insatiable de connaissances (poésie, dessin, graphisme, peinture, photographie), leur galères au quotidien (logement, nourriture), leur débrouillardise (petits boulots, récupération d'objets hétéroclites pour la confection de colliers) sont relatés sans fioriture par une Patti Smith visiblement très à l'aise aussi dans l'écriture.
    L'homosexualité de Robert, assumée quelques mois après leur rencontre, fait basculer leur relation amoureuse en amitié indéfectible.
    Enfants de la beat generation dont ils s'approprient les codes, Patti et Robert auront la chance d'habiter le fameux Chelsea Hotel avec sa faune de clients-artistes à l'année, cet univers baroque devient leur nouvElle université avec ses professeurs Gregory Corso, Allen Ginsberg et William Burroughs.
    La fréquentation assidue du célèbre club Max's Kansas City, haut lieu de la culture underground, leur permet de nouer des contacts en tout genre.
    Patti et Robert étaient aux bons endroits au bon moment et forcément le talent tôt ou tard se remarque ; ainsi débuteront-ils, chacun de son côté, une carrière de renommée internationale mais sans jamais se perdre de vue.
    Robert Mapplethorpe est mort du sida à New-York le 9 mars 1989.
    CElle qui fut son amante et finalement son amie pour la vie est venue plusieurs fois de Détroit le soutenir dans son dernier combat.
    Les dernières rencontres avec Robert sont empreintes d'une poésie bouleversante…
    « Just Kids » nous rappElle avec sobriété, que l'amour de l'Art n'est en définitive qu'une profession de foi en l'humanité, l'amour de l'Art c'est l'amour de l'Autre.
    Chapeau l'artiste !

    P.S. : Horses, Easter, Wave, Trampin' m'ont accompagné dans la lecture de Just Kids. Jamais peut-être ne les avais-je appréciés avec autant de bonheur, une écoute toute en profondeur et en émotions.
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    • Livres 5.00/5
    Par carre, le 01 juillet 2012

    carre
    Je ferme le livre de Patti Smith,le coeur serré par l'émotion. La rencontre fusionnel de deux êtres, qui se reconnaissent dès le premier regard, partagé par une seule et unique ambition, consacrer leur vie à l'art. Cette plongée nous entraine au coeur de la création dans les années soixante, soixante-dix à New York, avec les périodes de vaches maigres, le ventre criant famine, les petits boulots, les plans démerdes, les piaules miteuses pour se poser mais loin de tout découragement l' osmose totale entre Robert Mapplethorpe et la native du New Jersey, convaincus de leur talent.Patti Smith raconte cette période avec un sens narratif magnifique, avec au hasard des rencontres un casting hallucinant : Janis Joplin, Andy Warhol, Allan Ginsberg, Jim Morisson, Jimi Hendrix, Sam Shepard, Bob Dylan ...). Son amour pour la poésie et Rimbaud, avec ce pélérinage improbable à Charleville, l'insouciance d'une époque que beaucoup paieront de leur vie dans les années quatre vingt et l'arrivée du sida. Un témoignage pour tenir une promesse faite à son double artistique. Sincère, bouleversante, pleine de pudeur la promesse est tenue et de quelle manière.
    Merci Patti si je peux me permettre.
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    • Livres 4.00/5
    Par caro64, le 24 avril 2013

    caro64
    On ne présente plus Patti Smith, chanteuse et performeuse, "poétesse électrique", incarnation de l'héroïne rock rebelle et libre. Avec Just Kids, elle revient sur ses jeunes années et avant tout sur son histoire d'amour avec Robert Mapplethorpe, grand photographe décédé en 1989. Deux enfants terribles de la scène artistique New-Yorkaise aux parcours indissociables, qui ont pour point commun d'avoir bousculé les codes pour forger leur identité et devenir des figures majeures du rock pour l'une et de la photo pour l'autre.
    Dans ce récit autobiographique, Patti Smith se souvient… Tout commence par sa rencontre avec Robert en 1967: l'amour, la vie de bohème, ses vaches maigres et ses joies dans le New-York de la fin des années 60, les coups durs où il faut s'accrocher l'un à l'autre, le travail acharné du couple pour trouver leurs voies artistiques respectives, les rencontres avec les figures de la contre-culture (Allen Ginsberg, William Burroughs, Sam Shepard, Janis Joplin, Lou Reed, Jimi Hendrix… ) aussi bien qu'avec les marginaux hauts en couleur du Chelsea Hotel non loin de la Factory de Warhol … Jusqu'au début de la reconnaissance, puis de la gloire, moment où leur identité s'affirme en même temps que leurs chemins se séparent.
    Patti Smith raconte avec pudeur et émotion ces années où tout a commencé. Admirablement bien écrit, le style limpide de la poétesse du rock, férue d'Arthur Rimbaud, nous emporte. Et si l'on referme ce livre la gorge nouée, c'est parce qu'elle parvient à nous faire ressentir la nostalgie du temps de l'innocence, ce temps où avec Robert, ils étaient "juste des gamins". Quelques photos d'époque agrémentent ce récit passionnant, accentuant la plongée dans l'ambiance des années 1970. Un magnifique témoignage sur une histoire d'amour peu ordinaire. Elle lui promit d'écrire un jour leur histoire. Just Kids est cette belle, très belle promesse tenue. Il a remporté aux États-Unis le prix national du livre non fictionnel (National Book Award for Nonfiction) en 2010 et, l'année suivante en France, le prix du livre rock : : preuve si besoin était de la qualité littéraire de ce texte.
    A lire en réécoutant bien sûr les albums de Patti Smith, surtout les trois premiers, "Horses" en tête ! Et aussi son dernier, "Banga" (2012), vraiment très réussi. Il nous prouve qu'à 65 ans elle n'a rien perdu de son incroyable talent.
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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 14 février 2011

    LiliGalipette
    Lecture du mois de février sur Babelio ! Retrouvez-nous sur le forum !
    Récit autobiographique de Patti Smith.
    Préambule : "On a dit beaucoup de choses sur Robert et on en dira encore. Des jeunes hommes adopteront sa démarche. Des filles revêtiront des robes blanches pour pleurer ses boucles. Il sera condamné et adoré. Ses excès seront maudits ou parés de romantisme. À la fin, c'est dans son oeuvre, corps matériel de l'artiste, que l'on trouvera la vérité. Elle ne s'effacera pas. L'homme ne peut la juger. Car l'art chante Dieu, et lui appartient en définitive."
    Patti Smith et Robert Mapplethorpe ont à peine 20 ans quand ils se croisent dans le New York de 1967. Patti rêvait "de rencontrer un artiste pour l'aimer, le soutenir et travailler à ses côtés." (p. 24) Robert, lui, "était un artiste, et il le savait. Ce n'était pas une lubie enfantine. Il ne faisait que reconnaître ce qui lui revenait de droit." (p. 25) Les deux jeunes gens, presque des gamins, partagent une histoire d'amour qui durera plus de vingt ans, influençant sans cesse le travail de l'autre. Si la passion amoureuse fait lentement place à l'amitié et à une relation nourrie d'art et d'émulation, ils ont fait le serment de ne pas se séparer et de prendre soin l'un de l'autre, "d'être fidèles, sans cesser d'être libres" (p. 102). Just Kids est le récit que fait Patti Smith de ce lien unique. "Nous nous étions promis de ne plus jamais nous quitter tant que nous ne serions pas tous les deux certains d'être capables de voler de nos propres ailes. Et ce serment, à travers tout ce qu'il nous restait encore à traverser, nous l'avons respecté." (p. 110) Entre eux, c'est plus que de l'amitié, c'est un pacte charnel et spirituel, une interaction artistique et une relation indissoluble pour l'art et par l'art.
    La pauvreté des débuts, les années de galère ponctuées de petits boulots et de combines débrouillardes, les séjours dans des hôtels glauques ou des appartements miteux n'entament que rarement l'incroyable optimisme que nourrissent Patti et Robert. Ils vivent pour l'accomplissement de leur art et se donnent les moyens de la création, quels que soient les risques. "Tels des enfants de Maeterlinck en quête de l'oiseau bleu, nous nous étions aventurés dehors, et nous étions pris dans les ronces sinueuses de nos expériences nouvElles." (p. 100)
    Dans ce témoignage, on découvre comment Patti a poussé Robert vers la photographie, au-delà d'une simple intégration de clichés dans ses constructions, mais véritablement comme un art à part entière. Même si son art tarde à être reconnu, il semble que tout ce que touche Robert se transforme en or. "Que ce soit pour l'art ou pour la vie, Robert insufflait aux objets son élan créateur, sa puissance sexuElle sacrée." (p. 165) Et d'autre part, on assiste au cheminement artistique de Patti qui, pétrie de poésie, se lance peu à peu dans les performances scéniques et à la chanson, constamment épaulée par Robert. le lien artistique ne se distend jamais entre eux. C'est Robert qui crée les couvertures et pochettes des livres et albums que produit Patti. L'influence artistique entre eux est double : "notre relation : artiste et muse, un rôle qui était pour nous deux interchangeable." (p. 295) Les deux gamins qui se sont croisés dans un parc de New-York par une nuit d'été savaient qu'ils deviendraient célèbres et s'encourageaient mutuEllement sur la voie de la réussite. " Mon succès était pour Robert l'objet d'une fierté sans mélange. Ce qu'il voulait pour lui-même, il le voulait pour nous deux." (p. 302)
    L'homosexualité de Robert, d'abord mal assumée par lui comme par Patti, n'entrave finalement pas leur relation mais lui permet d'accéder à une nouvElle incarnation jamais dépourvue d'amour. "Il avait envers les hommes des pulsions dévorantes, mais je ne me suis jamais sentie moins aimée pour autant. Il n'était pas facile pour lui de rompre nos liens physiques, je le savais. Nous restions fidèles à notre serment, Robert et moi. Aucun de nous deux ne quitterait l'autre. Je ne l'ai jamais vu par le prisme de sa sexualité. Mon image de lui est demeurée intacte. Il était l'artiste de ma vie." (p. 189) Patti envisage Robert comme un être à part, non défini par les codes qui sont ceux du reste du monde. Cet homme-là, Elle ne peut s'en passer et Elle n'a pas besoin de lui assigner une place précise. "Robert n'a jamais quitté mes pensées ; il était l'étoile bleue dans la constellation de ma cosmologie personnElle." (p. 307)
    Le changement d'orientation sexuElle de Robert conduit le couple à se séparer sur le plan physique. Chacun connaît d'autres amants et espèrent en d'autres relations. Pour Robert, la rencontre avec Sam Wagstaff, "l'homme qui devait devenir son amant, son mécène, et son ami pour la vie." (p. 242) est déterminante. Il a enfin trouvé un compagnon à sa mesure, solide et passionné par son art. "Ils avaient besoin l'un de l'autre. le mécène pour être grandi par la création, l'artiste pour créer." (p. 275)
    Tout au long de son récit, Patti Smith révèle ses références et artistiques : Rimbaud et ses Illuminations, William Blake, Jean Genet, André Gide, Baudelaire, Diego Rivera, Maïakovski, Bob Dylan et tous les représentants de la Beat Generation. Toute sa création est imprégnée des Oeuvres des monstres sacrés mais se nourrit également de ses rencontres avec les artistes de son temps. Les années 1960-1970 semblent une époque traversée de comètes artistiques et de destins fulgurants. "Abattues, la gloire tant désirée à portée de main, des étoiles éteintes tombaient du ciel." (p. 247) : Jim Morrison, Janis Joplin, Jimi Hendrix, ou Brian Jones laissent des empreintes durables et encouragent les créations. Dans les lieux emblématiques que Patti et Robert fréquentent, le Chelsea Hotel, le Max's Kansas City club, la Factory, El Quixote, la MaMa ou les studios Electric Lady, la foule des célébrités se croise, se reconnaît et s'influence. D'Andy Warhol à The Velvet Underground, tout semble possible dans un monde ouvert à toutes les audaces.
    Patti Smith donne à voir toute la puissance de son imagination et son immense amour des livres, de la prose et des mots. "J'étais complètement éprise des livres. Je voulais les lire tous, et ceux que je lisais généraient de nouveaux désirs." (p. 16) Elle insiste particulièrement - et comment ne pas la comprendre - sur ce qu'Elle doit à Jim Morrison : "c'est lui qui m'avait mise sur la voie de la fusion de la poésie et du rock and roll." (p. 223) "Tel un saint Sébastien de la côte Ouest, il exsudait un mélange de beauté et de mépris de soi, et une douleur mystique." (p. 76)
    Just Kids, ce n'est pas seulement un hommage à Robert Mapplethorpe et encore moins un mémorial en son honneur, c'est aussi un manifeste artistique. Patti ne dissocie pas la vie de la création. Chaque acte entre dans le processus créatif parce qu' "être artiste, c'est voir ce que les autres ne peuvent voir." (p. 23) Patti est sans cesse en quête de signes. Les dates anniversaires de ses proches et des artistes qu'Elle admire sont des jalons et des vademecum quand Elle perd pied. Robert et Elle explorent une nouvElle façon de voir le monde et Robert le répète souvent, "Personne ne voit comme toi et moi." (p. 127). Quand Patti Smith s'engage, Elle le fait complètement. "Ma préférence allait à l'artiste qui transforme son temps plutôt qu'à celui qui se contente de le refléter." (p. 88) Elle ne craint pas d'imposer ses vues et de suivre des voies dangereuses. "Il est de la responsabilité de l'artiste d'équilibrer la communication mystique et le labeur de la création." (p. 297)
    À lire son témoignage voire sa confession, il apparaît que l'artiste est en souffrance constante, tiraillé entre les extrêmes qui le composent et qu'il alimente. La quête que Robert et Patti entreprennent doit les aider à "accepter [leur] nature double et [...] [les] mettre en paix avec l'idée [qu'ils renferment] des principes opposés, la lumière et l'obscurité." (p. 20) Just Kids est finalement le confiteor de l'artiste moderne.
    Le paratexte est riche et émouvant. Les photographies côtoient les reproductions d'Oeuvres, de lettres ou de textes. La photo de la première de couverture a été prise à Coney Island en 1969. Elle a immortalisé deux enfants artistes à l'aube de leur épanouissement, au plus fort de leur beauté. "Nous avons eu de la chance que cet instant soit immortalisé par un appareil photo rustique. C'était notre premier vrai portrait new-yorkais. Qui nous étions." (p. 134) Mais la pièce qui me touche le plus, c'est cElle présentée en quatrième de couverture, une lettre écrite par Robert à Patti, dans leur chambre du Chelsea Hotel en 1969. "Sitting in our room - waiting for you. Thinking of all that we have gone through - knowing we have somehow done it together. And it will always be that way - loving you. We'll have a real home soon one way or another - and it's there that we'll be famous - with or without the rest of the world - just you and me together - drawing, writing and loving each other. For you always - Blue STAR." Cette lettre pleine de promesse est à l'image du récit : fondamentalement optimiste et résolument tournée vers la création.
    Patti Smith n'évoque que peu la maladie qui terrassa Robert à l'âge de 42 ans. Son récit n'est pas une plainte mais un écho tendre aux années passées, un regard posé avec nostalgie sur les instants trop vite envolés d'une jeunesse qui semblait éternElle. On ressort de cette lecture avec des larmes dans les yeux mais également une envie incommensurable d'étoiles.


    Lien : http://lililectrice.canalblog.com/archives/2011/02/14/20371075.html
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    • Livres 4.00/5
    Par trust_me, le 23 août 2013

    trust_me
    A quoi ça tient un destin parfois ? Celui de Patti Smith s'est joué dans une cabine téléphonique. L'été 1967, à 21 ans, elle décide de quitter son New Jersey natal et de rejoindre New York avec pour seule possession une valise et le montant exact du trajet en petite monnaie. Arrivée à la gare routière, elle découvre que le prix du billet a presque doublé depuis la seule et unique fois où elle s'est rendue dans la Big Apple. Honteuse à l'idée de devoir rentrer chez elle, elle s'isole dans une cabine téléphonique pour réfléchir à la situation et découvre un sac à main posé sur un annuaire. A l'intérieur, 32 dollars, largement de quoi se payer le voyage : « J'ai pris l'argent et déposé le sac au guichet. […] Je ne peux que remercier, comme je l'ai bien souvent fait intérieurement toutes ces années durant, cette bienfaitrice inconnue. C'est elle qui m'a donné l'ultime encouragement, le porte-bonheur de la voleuse. J'ai accepté le don du petit sac à main blanc comme si c'était le doigt du destin qui me poussait en avant. »
    Passionnée de dessin, de peinture, de littérature et de poésie, Patti quitte les siens sans véritable but. Arrivé sur place, elle pense pouvoir se loger chez des amis mais ceux-ci ont déménagé sans laisser d'adresse. Se retrouvant à la rue, elle dépose des CV dans des librairies et des magasins de mode. En attendant des réponses qui tardent à venir, elle dort dans des cimetières, des cages d'escalier ou des wagons de métro. Elle trouve enfin un boulot de caissière dans une échoppe vendant des bijoux fantaisies et son destin bascule à nouveau le jour où elle sert un jeune homme qui deviendra son inséparable compagnon de route. Il s'appelle Robert Mapplethorpe et avec lui elle veut refaire le monde. Fascinés par l'art, ils vont se lancer dans de nombreuses expérimentations allant du collage à la photographie en passant bien sûr par le dessin et la poésie. Pendant des semaines, des mois et même des années, le couple va subir quelques tempêtes et bouffer de la vache enragée. D'abord amants puis liés par un indéfectible lien d'amitié, Patti et Robert vont traverser la fin des années 60 et le début des années 70 portés par le souffle d'intense créativité qui balaie New York. Dans leur sillage, on croise Andy Wharol, Allen Ginsberg, Janis Joplin, Jimi Hendrix et tant d'autres.
    La carrière de chanteuse de Patti commence par le biais de la poésie. Fascinée par Rimbaud (le chapitre où elle relate son périple à Charleville en 1973 est tout en émotion), elle parvient à placer quelques textes dans des revues avant de faire des lectures dans les bars. Elle y affronte un public difficile, chahuteur, indifférent ou vindicatif. C'est grâce à ces prestations souvent chaotiques qu'elle va se forger une identité scénique des plus solides. En posant des notes de musique sur ses mots, c'est la révélation. Entourée de musiciens, Patti déploie ses ailes et créé une parfaite fusion entre la poésie et le rockn'roll. Une recherche de simplicité dépouillée de tout artifice, une forme de sauvagerie et de pureté : « Nous avions peur que la musique qui était notre nourriture ne se trouve en danger de famine spirituelle. Nous avions peur qu'elle perde sa raison d'être. Nous avions peur qu'elle s'enlise dans un bourbier de spectacle, de finances et d'insipides complexités techniques. »
    Cette autobiographie m'a passionné. Quelle femme, quelle vie, quelle époque ! Patti et Robert, c'est un couple indestructible à la curiosité intellectuelle permanente guidé sur la voie de l'art par la fréquentation de figures mythiques et qui n'aura cessé d'élargir le champ des possibles. Just Kids, des gamins inséparables qui seront parvenus à réaliser leurs rêves. Une histoire belle et tragique.
    Les dernières pages sont bouleversantes. A la fin des années 80, Patti s'est mariée et a eu deux enfants. Robert est devenu un célèbre photographe. Malade du sida, il se meurt et sa compagne de toujours lui rend visite le plus souvent possible. Entre eux la magie est toujours présente. de leur ultime rencontre elle dira : « La lumière ruisselait à travers les vitres sur ses photos et ce poème silencieux que nous formions, assis ensemble une dernière fois. Robert mourant : il créait le silence. Moi, destinée à vivre, j'écoutais attentivement un silence qu'il faudrait toute une vie pour exprimer. » Juste avant sa mort, elle lui écrit quelques mots : « l'idée m'est venue, en regardant tout tes objets, tes œuvres et en passant en revue mentalement des années de travail, que de toutes tes œuvres tu es encore la plus belle. La plus belle de toutes les œuvres. »
    Robert s'est éteint le 9 mars 1989. Lorsqu'elle a appris sa mort, Patti écoutait La Tosca entamer la sublime aria « Vissi d'arte » : J'ai vécu pour l'amour, j'ai vécu pour l'art. « J'ai fermé les yeux et joint les mains. La providence décidait des termes de mon adieu. »

    Lien : http://litterature-a-blog.blogspot.fr/2013/08/just-kids-patti-smith...
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Citations et extraits

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  • Par andman, le 01 juin 2013

    On dit que les enfants ne font pas la distinction entre les objets vivants et inanimés ; je crois au contraire que si. Un enfant fait dont à sa poupée ou à son soldat de plomb d'un souffle de vie magique. L'artiste anime ses œuvres de la même façon que l'enfant anime ses jouets. Que ce soit pour l'art ou pour la vie, Robert insufflait aux objets son élan créateur, sa puissance sexuelle sacrée. Il transformait un porte-clefs, un couteau de cuisine ou un simple cadre de bois en œuvre d'art. Il aimait son travail et il aimait ses objets.
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  • Par andman, le 30 mai 2013

    En regardant Jim Morrison, j'ai eu une réaction étrange. Tout le monde autour de moi semblait cloué, mais moi, j'observais le moindre de ses mouvements dans un état d'hyperconscience froide. Je me souviens de cette impression bien plus nettement que du concert. J'ai senti en voyant Jim Morrison, que j'étais capable d'en faire autant. Je ne saurais dire ce qui m'a fait penser ça. Rien dans mon expérience, ne me permettait de me dire que ce serait jamais possible, pourtant j'ai nourri cette prétention. J'ai ressenti à son égard à la fois de l'attrait et un certain mépris. Je sentais sa gêne profonde aussi bien que sa suprême assurance.
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  • Par caro64, le 24 avril 2013

    J’ai jeté la veste sur mon épaule, façon Frank Sinatra. J’étais habitée par les références. Il était habité par l’ombre et la lumière.

    "C’est revenu", a-t-il dit.

    Il a de nouveau pris quelques clichés.

    "Je la tiens".

    - Comment tu le sais?
-
    - Je le sais, c’est tout.’

    Il a pris douze photos ce jour-là.

    Quelques jours plus tard, il m’a montré la planche-contact.

    - "Dans celle-ci, il y a la magie", a-t-il affirmé.

    Lorsque je la regarde aujourd’hui, ce n’est pas moi que je vois. C’est nous.

    (passage du livre qui décrit le shooting au cours duquel fut prise la photo de l'album "Horses" par Robert :
    http://www.civilianglobal.com/wp-content/uploads/2012/12/Patti-Smith-Horses.jpg )


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  • Par andman, le 29 mai 2013

    J'avais vécu dans un monde de livres, écrits pour la plupart au XIXe siècle. Même si je m'étais préparée à dormir sur des bancs, dans le métro ou dans des cimetières jusqu'à que je trouve du boulot, la faim qui me tenaillait constamment me prenait au dépourvu. J'avais beau n'avoir que la peau et les os, j'avais un métabolisme élevé et un solide appétit. Le romantisme ne suffisait pas tout à fait à apaiser mes besoins de nourriture. Même Baudelaire devait manger. Ses lettres contenaient de nombreux cris de désespoir dus à son manque de viande et de bière brune.
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  • Par alicejo, le 09 février 2011

    C'était l'été de la mort de Coltrane. L'été de "Crystal ship". Les enfants fleurs levaient leurs bras vides et la Chine faisait exploser la bombe H. A Monterey, Jimi Hendrix mettait le feu à sa guitare. "Ode to Billie Joe" passait en boucle sur les grandes ondes. Des émeutes éclataient à Newark, Milwaukee et Detroit. C'était l'été d'Elvira Madigan, l'été de l'amour. Et dans cette atmosphère instable, inhospitalière, le hasard d'une rencontre a changé le cours de ma vie.
    C'est l'été où j'ai rencontré Robert Mapplethorpe.
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