> Louis Martinez (Traducteur)

ISBN : 2213632669
Éditeur : Fayard (2007)


Note moyenne : 4.19/5 (sur 21 notes) Ajouter à mes livres
Le jeune diplomate Volodine a eu connaissance d'un piège tendu à un médecin de valeur, ami de sa famille, Doit-il le prévenir ? Sa conscience et son coeur disent oui, l'instinct de conservation regimbe. En 1949, sous Staline, il faut se montrer en tout d'une extrême pru... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 08 février 2012

    Woland
    В круге первом (V kruge pervom)
    Traduction : Henri-Gabriel Kybarthi

    Le titre de cet ouvrage, que d'aucuns trouveront moins prenant que "Le Pavillon des cancéreux" ou "Une journée d'ivan denissovitch", fait référence à la "Divine Comédie" et au système de "cercles" imaginé par Dante pour y caser l'intégrale de L'Enfer chrétien. Au-dessus de tous, Le premier cercle est de loin le moins terrible et, dans l'univers du goulag, cet Enfer soviéto-stalinien, il correspond au monde de la charachka (шара́шка), c'est-à-dire aux laboratoires secrets de l'URSS.
    Y travaillaient coude à coude des "employés libres" et des prisonniers, les premiers chargés d'espionner les seconds, mais tous en principe techniciens, ingénieurs et scientifiques. Tout ce petit monde recevait des repas corrects et bénéficiait d'une certaine souplesse dans les horaires, ce qui était bien loin d'être le lot des zeks comme Ivan Denissovitch. A la fin du roman, Nerjine, l'un des héros malheureux de Soljenitsyne, repartant au goulag avec quelques autres fortes têtes, affirme avec force que, si imparfaite qu'elle soit, la charachka peut se comparer à une forme de Paradis et que c'est maintenant, en retournant vers les camps de travail "normaux", que leur petite troupe va retrouver L'Enfer.
    Bien entendu, "Le premier cercle" n'est pas qu'un voyage au coeur de la charachka. Il s'ouvre sur un coup de fil donné, d'une cabine téléphonique, par le Conseiller d'Etat de seconde classe, Innokenty Volodine, à un scientifique surveillé par les services secrets - et mis sur écoutes depuis longtemps. Dès réception de l'appel, ordre est donné en haut lieu de déterminer quel est le "traître" qui a passé cet appel. Pour ce faire, quelques apparatchiks, chapeautés par le redoutable Victor Semionovitch Abakoumov - lequel sera fusillé l'année suivant la mort de Staline - ont recours à certains scientifiques de la charachka, parmi lesquels Nerjine, emprisonné quasiment depuis la fin de la guerre pour on ne sait trop quelle raison exacte, et Rubine, dont la conception très utopiste du communisme et le refus de dénoncer les membres de sa famille ont scellé le destin.
    Avec d'autres techniciens, les deux hommes travaillent depuis déjà un certain temps sur un appareil dénommé "vocodeur", censé débarrasser la ligne téléphonique du Chef Suprême de Toutes les Russies en personne des plus infimes parasites et grésillements divers qui viennent parfois perturber ses entretiens avec un tel ou un tel à l'autre bout du pays. Leur équipe est donc toute désignée pour repérer, dans une liste de cinq suspects, la voix de celui qui a osé trahir ...
    En dépit de tous leurs efforts de sabotage, Nerjine et Rubine ne parviendront qu'à sauver trois des suspects qu'on leur propose. Les deux autres - dont un innocent - seront raflés par le MGB et conduits à la sinistre Loubianka pour y être "interrogés". On apprendra très vite que Volodine a été condamné - sans aucun jugement - "à perpétuité."
    Le drame qui se noue très lentement, et même avec paresse, un peu comme si Soljenitsyne se faisait plaisir en mettant en scène des personnages historiques comme Staline lui-même ou Abakoumov, tend en fait à prouver que, dans la société stalinienne, personne ne pouvait rester innocent. Pas même dans les charachki, où des prisonniers en quelque sorte "protégés" par leur statut de scientifiques et de techniciens émérites ne parvenaient pas toujours à éviter de servir efficacement le régime qui les avait déchus de leurs droits.
    Au passage, Soljenitsyne dépeint avec vigueur la situation misérable qui était celle des épouses et des familles en général des prisonniers : stress perpétuel, pauvreté, discrimination à l'emploi et aux études, déportation éventuelle, etc, etc ... Signalons aussi certains passages sur la langue russe et son évolution - Rubine est en fait linguiste - qui passionneront ou ennuieront, selon les goûts personnels.
    Tel quel, avec sa "chute" amère et ironique - que vous retrouverez dans les "Extraits" - "Le premier cercle" n'en reste pas moins un livre qu'il faut lire si l'on veut mieux comprendre la société soviétique. ;o)
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 08 février 2012

    [...] ... Ils repartirent, franchirent les portes ; puis ils furent projetés sur la droite : le fourgon avait pris un brusque virage à gauche, vers la grande route.

    La secousse précipita l'un contre l'autre Nerjine et Guerassimovitch. Chacun regardant, essayant de reconnaître l'autre. Ce n'était pas seulement la bousculade à l'intérieur du panier à salade qui les rapprochait ainsi.

    Ilya Khorobrov, retrouvant un peu de courage, lança dans l'obscurité :

    - "Ne vous en faites pas, les gars, ne regrettez pas de partir. Est-ce qu'on peut appeler ça une vie, l'existence à la charachka ? On prend le couloir et on tombe sur Siromakha. Un type sur cinq est un indicateur. On n'a même pas le temps de lâcher un pet aux cabinets que le "protecteur" est déjà au courant. Voilà deux ans qu'ils ne nous laissent pas de dimanche, les salauds. La journée de travail a douze heures ! On leur donne toute notre cervelle pour vingt grammes de beurre. Ils nous ont interdit de correspondre avec nos familles, eh ! bien, qu'ils aillent se faire voir ! Et le travail, c'est un véritable enfer, dans son genre !"

    Khorobrov se tut, indigné.

    Dans le silence qui suivit, dominant le ronronnement régulier du fourgon qui roulait sans heurts sur l'asphalte de la route, on entendit la réponse de Nerjine :

    - "Non, Ilya Terentitch, ça n'est pas l'enfer. Ca n'est pas l'enfer ! L'enfer, c'est là où nous allons. Nous retournons en enfer. Et la charachka est ce qu'il y a de mieux, de plus élevé dans l'enfer, c'en est le premier cercle. C'était presque le paradis."

    Il n'ajouta rien de plus car il sentait que ce n'était pas nécessaire. Ils savaient tous que ce qui les attendait était incomparablement plus dur que la charachka. Ils savaient tous qu'ils se souviendraient de la charachka comme d'un rêve doré. Mais en ce moment, pour soutenir leur courage et le sentiment qu'ils avaient que leur cause était juste, il leur fallait maudire la charachka pour qu'aucun d'eux n'eût de regret, pour qu'aucun ne se reprochât un pas trop précipité.

    Et Khorobrov insista :

    - "Non, les gars, mieux vaut du pain et de l'eau que du gâteau et des ennuis."

    Toute leur attention concentrée sur les tournants que prenait le fourgon, les zeks restaient silencieux.

    Oui, ce qui les attendait, c'étaient la taïga et la toundra, les records de froid d'Oimyakon, les mines de cuivre du Djezkazgan. Ce qui les attendait, c'étaient le pic et la brouette, les rations de famine de pain spongieux, l'hôpital, la mort. Rien que le pire.

    Mais la paix régnait dans leur coeur.

    Ils étaient habités par l'intrépidité de ceux qui ont tout perdu, une intrépidité qu'on n'acquiert pas facilement mais qui dure.

    Trimballant sa cargaison de corps entassés, le camion gaiement peint d'orange et de bleu traversa les rues de la ville, passa devant une gare et s'arrêta à un carrefour. Une voiture marron aux chromes étincelants attendait elle aussi que le feu passât au vert. A l'intérieur se trouvait le correspondant du quotidien progressiste français "Libération" qui se rendait au stade Dynamo pour assister à un match de hockey. Le correspondant lut sur le camion :

    Myaso
    Viande
    Fleisch
    Meat

    Il se souvint d'avoir déjà vu plus d'un camion semblable à celui-ci dans divers quartiers de Moscou. Il prit son carnet et nota avec un stylo marron, comme sa voiture :

    "Dans les rues de Moscou, on voit souvent des camions bien astiqués et répondant à toutes les exigences de l'hygiène, qui vont livrer des produits alimentaires. Il faut bien reconnaître que l'approvisionnement de la capitale est excellent." ... [...]
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  • Par Woland, le 08 février 2012

    [...] "... Et comment se fait-il aujourd'hui que les gens ne repoussent pas les privilèges mais qu'ils les recherchent ? Que dire de moi ? Vous croyez vraiment que ça dépend de moi ? J'ai regardé mes aînés, je les ai bien regardés. J'habitais une petite ville du Kazakhstan et qu'est-ce que je voyais ? Les femmes des autorités locales, est-ce qu'elles allaient dans les magasins ? Jamais de la vie ! On m'a envoyé, moi, chez le premier secrétaire du comité régional du parti communiste pour apporter une caisse de macaronis, une pleine caisse. Pas ouverte. Alors il faut bien se dire que ça n'a pas été uniquement cette caisse-là et uniquement ce jour-là.

    - Oui, c'est affreux ! Ca m'a toujours rendue malade ... Vous me croyez ?

    - Bien sûr, que je vous crois. Pourquoi voulez-vous que je ne croie pas une personne vivante plutôt qu'un livre publié à des millions d'exemplaires ? Et puis, ces privilèges ... ils entourent les gens comme la peste : si quelqu'un peut acheter ailleurs qu'au magasin qui est réservé à tout le monde, il n'achètera jamais qu'ailleurs. Si une personne peut être soignée dans une clinique spéciale, elle ne se fera jamais traiter que là. Si quelqu'un peut circuler dans une voiture qui lui est personnellement affectée, il ne lui viendra jamais à l'idée de circuler autrement. Et s'il y a quelque part un endroit privilégié où on n'admet les gens qu'avec des laissez-passer, eh ! bien, les gens feront tout pour obtenir ce laissez-passer.

    - C'est vrai et c'est épouvantable.

    - Si quelqu'un peut bâtir une barrière autour de lui, soyez sûr qu'il le fait. Quand le salopard était gosse, il escaladait la clôture d'un marchand pour voler des pommes ... et il avait raison ! Maintenant il fait bâtir une grande et solide palissade à travers laquelle personne ne peut voir, parce que tel est son bon plaisir ... et il estime qu'il a encore raison. ... "[...]
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Pierre DAIX à propos de "Le chêne et le veau"
Invité de Bernard PIVOT, Pierre DAIX, auteur du livre "Ce que je sais de Soljenitsyne", retrace la carrière de SOLJENITSYNE, raconte la confidentialité dans laquelle a été écrit "Le chêne et le veau", résume l'ouvrage, puis évoque l'univers concentrationnaire soviétique.








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