"Une journée de passée.Sans seulement un nuage.Presque du bonheur."
Voilà la philosophie d'Ivan Denissovitch qui a perdu jusqu'à son nom dans l'enfer clos et absurde du camp de travail forcé de la steppe kazakhe.
Il est Choukov pour ses compagnons d'infortune, il est Matricule CH-854 pour le Tartare qui lui colle trois jours de mitard pour non réveil en cadence, il est vermine,ordure ou cochon pour le corps de garde dont il lave le plancher à grande eau.
"Merci chef !"
Il sourit de toute sa bouche édentée par le scorbut lorsque le cachot lui est épargné.
Faut ouvrir l'oeil! Faut pas se faire remarquer par les salauds!
Celui qui était un simple paysan de la Russie centrale, deuxième classe condamné pour un espionnage imaginaire à dix ans de bagne, de peur,de froid et de famine, a appris à ses dépens que la survie dans le camp est plus dure que sa vie d'avant, cette douce vie où il travaillait pourtant dur pour élever sa famille.
Faut trimer pour garder sa dignité malgré l'onglée,les douleurs,la fièvre! Faut marauder un peu de sucre,un bout de pain, un mégot et le planquer dans un trou de sa paillasse pour en ressortir une once de bonheur!
Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne, qui a vécu onze ans de captivité(de 1945 à 1953) a transmis là un témoignage de la vie des camps sans toutefois parler de sa propre vie,il a su créer un chef d'oeuvre mondialement connu (bien que censuré au départ) avec l'ordinaire d'un bagnard.C'est cet ordinaire où le fouet et le nom de Staline sont juste évoqués qui fait ressortir l'horreur de la situation et l'injustice de la condamnation.
Nommer l'indicible,dévoiler le caché,décrier l'abject, ce livre, appartenant au mouvement littéraire des années 1960, a sonné comme une délivrance pour ceux qui ont vécu et survécu dans ces camps de travail forcé.
Les phrases de
Soljenitsyne, courtes, émaillées d'argot et de patois russe parlent vrai et accordent encore plus de crédit au récit.Pas de chapitre,pas de souffle,pas de repos ! On les vit ces 17 heures longues et courtes à la fois!
Ses mots nous touchent.
C'est tout un pan d'histoire du XX° siècle et une philosophie que transmet ici l'auteur.
On ne peut qu'admirer le stoïcisme de Choukov, qui prend son petit bonheur du jour dans un quignon de pain rassis,et s'incliner devant sa bonté d'âme alors qu'il ne croit pas en Dieu mais offre sa galette au baptiste Aliocha en prière.
"Donnez nous notre pain quotidien!"
Serait il un chrétien charitable ce sans foi dont la loi du coeur est plus forte que la raison?
Un livre superbe et une belle leçon de courage et de vie!
Ont suivi
Le pavillon des cancéreux,L'archipel des goulags,
Le premier cercle. Les chroniques et romans de
Soljenitsyne,écrivain soviétique réhabilité en 1957 dénoncent le stalinisme et les atteintes aux droits de l'homme en URSS.
Déchu de la citoyenneté soviétique et expulsé de son pays en il s'exila aux Etats Unis de 1974 à 1994.Il a obtenu le prix Nobel en 1970.