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> Pierre Vidal-Naquet (Préfacier, etc.)
> René Langumier (Éditeur scientifique)
> Paul Mazon (Traducteur)

ISBN : 2070363600
Éditeur : Gallimard (1973)


Note moyenne : 4.32/5 (sur 78 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
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Critiques, analyses et avis (3)

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 31 mars 2012

    Nastasia-B
    Avant que de donner un quelconque misérable avis sur du théâtre antique, peut-être vaut-il d'y glisser un petit avertissement pour les lecteurs profanes, que nous sommes en majorité (je m'inclus dedans, bien évidemment). Qu'était-ce donc que le théâtre au temps de Sophocle ? Un divertissement parmi d'autres ? sûrement pas. Un spectacle raffiné pour élite bourgeoise ou gratin mondain ? encore moins. Plus vraisemblablement un outil d'édification des foules, un peu comme aujourd'hui on regarde un spot publicitaire du gouvernement pour nous enjoindre à trier nos déchets ou à éviter les accidents domestiques, ou bien, il n'y a pas si longtemps, les programmes éducatifs de la défunte O.R.T.F. Ou bien encore, comme on s'accorde à reconnaître les bienfaits des programmes de sensibilisation aux dangers des drogues ou à la bonne hygiène sexuelle pour former les jeunes lycéens. C'était un peu ça le théâtre, une sorte d'outil de propagande doublé d'une visée moralisante et normative pour assurer autant que possible le bon fonctionnement et l'harmonie sociales.
    Pour atteindre cet objectif, afin de marquer durablement le spectateur, le théâtre va choisir d'agir directement sur le centre des émotions, et si possible les deux émotions extrêmes que peut ressentir un spectateur : soit les larmes, soit le rire. Voici de fait les deux genres majeurs, caricaturaux par nature mais parfaitement efficaces et compréhensibles en regard de l'objectif poursuivi, qu'a produit l'art théâtral grec : la tragédie et la comédie.
    Ainsi donc, si l'on replace Sophocle dans ce contexte, notre lecture et nos attentes sont quelque peu différentes. On y lira par exemple l'éloge du patriotisme, de la fidélité et de quelques autres vertus (ou considérées comme telles) à l'époque. Mais pour nous autres, lecteurs du XXIième siècle, qu'attendre du théâtre antique ? Telle est la question à répondu un autre dramaturge, et c'est celle-ci qu'il nous faut nous poser. Si c'est pour le message brut véhiculé à l'origine par ces pièces, manifestement il y a péremption et l'on se trompe de chemin. Par contre, si c'est pour la forme ou pour tout autre apanage, alors pourquoi bouder notre plaisir? J'en connais qui admirent des affiches Art Nouveau, non pas pour ce qu'elles évoquent et qui a disparu, mais parce qu'elles sont belles, tout simplement. Peu sont ceux qui peuvent encore jouir de la musique de la langue que procurait le grec ancien, il nous faut nous rabattre sur des traductions, où, après le fond, l'on perd encore un peu de ce quelque chose qu'y avait mis l'auteur pour forger une œuvre complète, complexe, équilibrée et marquante. Avec ses trente pour cent, peut-être, de ce qui nous arrive aujourd'hui à nous, les lecteurs profanes, par rapport à l'œuvre initiale, il faut chercher à y trouver tout de même son bonheur. Ce bonheur vient par éclairs, par flash, lorsque l'auteur touche du doigt un paramètre de l'humain qui n'a pas changé depuis vingt-cinq, quatre ou trois cents siècles, qui est du registre de l'Humain en tant qu'espèce, indépendamment de toute appartenance à une société donnée à un moment donné, message qui ne se flétrira pas davantage dans mille ans ou dans cinq cents siècles, pour peu que l'humain sache se trainer jusque là. Ceci est possible également à une autre échelle que l'auteur ignorait et qui n'était pas l'objectif poursuivi à l'époque mais qui a grandi avec le décalage temporel : celle de témoignage quasi ethnographique sur un mode de pensée aujourd'hui révolu et qui pourtant est le fondement, la base, l'origine, le foyer du système occidental.
    Aussi, lisez-le pour ça, ce théâtre, pour ce témoignage, pour ce qu'il peut vous apprendre d'universel et qui n'a pas tremblé d'un iota depuis lors, un peu comme vous lisez Anne Frank ou Primo Levi, et alors, vous ne serez probablement pas déçus. Si vous attendez la puissance de certains écrits plus modernes, peut-être n'y trouverez-vous pas tout votre content (quoique, ce n'est pas sûr), mais ce n'est là que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose.
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    • Livres 4.00/5
    Par frandj, le 16 février 2014

    frandj
    J'ai eu la chance de lire "Œdipe Roi" dans la collection du Livre de Poche, qui non seulement donne le texte de cette tragédie, mais aussi propose des commentaires, clairs et sans érudition excessive, qui m'ont semblé très intéressants. Dans la suite, je me permettrai d'utiliser des éléments qui en proviennent.
    La première chose qu'il faut admettre, c'est que le théâtre grec antique présentait des particularités qui ne correspondent absolument pas à ce que nous connaissons dans l'époque moderne. Les nombreuses différences tiennent notamment à la mise en scène de la pièce, au nombre et au jeu des acteurs, aux conventions admises par les spectateurs, ainsi qu'au rôle civique et religieux du théâtre (sur ce point, voir la critique de Nastassia.B).
    De plus, les interventions du chœur entre deux épisodes de la tragédie, essentielle dans Sophocle, n'est évidemment plus de mise aujourd'hui. Dans chaque "stasimon", le chœur dansait et en même temps chantait ou psalmodiait son texte, écrit dans une veine résolument lyrique (voir par exemple la citation que je mets simultanément en ligne). Ce type de déclamation poétique parait surprenant au lecteur ou au spectateur du XXIème siècle après J. C.: il lui est presque impossible l'apprécier comme le faisaient les Athéniens du Vème siècle avant J. C. Cette lacune illustre notre quasi impossibilité à entrer vraiment dans l'esprit antique.
    Concernant le personnage d'Œdipe dans la tragédie de Sophocle, il est absolument nécessaire d'oublier Freud si l'on veut éviter de grossiers contresens. le point de départ de la tragédie est la dénonciation de deux crimes. le héros malheureux est d'abord aveuglé par les dieux: tant qu'il reste dans l'ignorance, ces crimes n'existent pas, pour ainsi dire; et c'est seulement au fur et à mesure que sa propre enquête avance qu'il devient un criminel. Arrivé à ce point, Œdipe ne peut absolument pas ergoter sur sa responsabilité personnelle et sur sa bonne foi (liée à son ignorance de sa parenté avec Laïos et Jocaste). En effet, Sophocle développe ici une conception "matérialiste" du crime: l'acte accompli est un fait constituant souillure, qui n'a rien à voir avec la psychologie individuelle et qu'il faut impérativement "laver". le héros doit donc payer le prix pour son forfait (qui a été littéralement programmé par les dieux). Ensuite Œdipe, tout en étant maudit, devient une sorte d'intouchable "sacré".
    Une autre remarque me semble mériter d'être ajoutée. Un des nombreux commentateurs de cette tragédie, R. Girard, a avancé en 1967 une thèse très surprenante. Pour lui, les crimes sont inventés au fur et à mesure de l'avancée de l'enquête; Œdipe est en réalité innocent, mais il se "dévouerait" pour assumer la responsabilité des crimes reprochés par les dieux et, ainsi, exempter sa cité de la punition divine; ses sujets fermeraient complaisamment les yeux sur l'invraisemblance de cet aveu de pseudo-culpabilité, alors que leur roi, réduit au rôle de bouc émissaire, se crève les yeux et disparait. On se rend compte que ce scénario, apparemment invraisemblable de prime abord, peut "tenir la route" en fin de compte. Cette simple considération (évidemment discutable) rend encore plus fascinant le destin du héros maudit…
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    • Livres 5.00/5
    Par Elvira, le 13 novembre 2011

    Elvira
    Les Tragédies de Sophocle sont très riches, et il est intéressant de connaître les Tragédies dont ce sont inspirées les dramaturges suivants. J'aime beaucoup les pièces de Sophocle, par leur conception du tragique, qui est une conception antique, donc très différente de la nôtre. Il est vraiment intéressent de se plonger dans cette culture antique à travers la tragédie, qui est très codifiée à cette époque, et qui nous ouvre les portes de nos mythes fondateurs.

    Lien : http://metamorphoses-de-psyche.cowblog.fr
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Citations et extraits

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  • Par Darkcook, le 30 novembre 2013

    Les dieux sont seuls à ne connaître ni la vieillesse ni la mort. Tout le reste subit les bouleversements qu'inflige le Temps souverain. Voit-on pas dépérir la force de la terre comme dépérit la force d'un corps? La loyauté se meurt, la félonie grandit, et ce n'est pas le même esprit qui toujours règne entre amis, pas plus que de ville à ville. Aujourd'hui pour tels, et pour tels demain, la douceur se change en aigreur, et puis redevient amitié. De même pour Thèbes : aujourd'hui, à ton égard, règne la paix la plus sereine. Mais le Temps infini enfante à l'infini et des nuits et des jours, au cours desquels, sous un léger prétexte, on verra soudain la guerre disperser à tous les vents les assurances qui vous unissent aujourd'hui.

    (Oedipe à Colone)
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  • Par Nastasia-B, le 22 décembre 2012

    AJAX : Oui, le temps, dans sa longue, interminable course, le temps fait voir ce qui restait dans l'ombre, tout comme il cache ce qui brillait au jour. Il n'est donc rien à quoi l'on ne puisse s'attendre, et l'on trouve en défaut aussi bien le plus fort serment que les volontés les plus fermes.

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  • Par Nastasia-B, le 11 avril 2012

    Pourtant c'est le fait d'un traitre que de prétendre, quand on n'est qu'un sujet, ne pas obéir à ses chefs. Jamais les lois dans un État ne seraient admises ainsi qu'il le faut, si la crainte ne régnait pas ; et jamais plus une armée ne ferait montre de sage discipline, sans un rempart de crainte et de respect. Un homme doit savoir que, quand même il aurait stature de géant, il n'en peut pas moins succomber à un mal de rien. Celui qui garde dans son cœur crainte et vergogne à la fois, celui-là, sois-en sûr, porte son salut en lui.

    ANTIGONE.
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  • Par KahlanAmnell, le 09 août 2014

    AJAX

    Le vieux dicton des hommes est vrai : "Présents d'un ennemi ne sont pas des présents : n'en attends nul profit." Aussi, dans l'avenir, je saurai je saurai céder aux dieux, j'apprendrai à rendre hommage aux Atrides. Ce sont nos chefs, il faut leur céder, point de doute ! Les puissances les plus terribles cèdent aux droits reconnus. L'hiver qui marche dans la neige laisse la place à l'été porteur de moissons. Le char lugubre de la nuit s'efface devant le jour aux blancs coursiers, afin de le laisser briller de tous ses feux. Le souffle des vents redoutables endort la mer aux flots grondants. Le tout-puissant sommeil lâche les êtres qu'il avait enchaînés et ne maintient pas son emprise indéfiniment sur eux. Et nous ne saurions pas, nous, être raisonnables ? ... Pour moi, je viens d'apprendre que l'on ne doit haïr son ennemi qu'avec l'idée qu'on l'aimera plus tard ; et, pour l'ami, je n'entends de ce jour l'assister, le servir, qu'avec l'idée qu'il ne restera pas mon ami à jamais. Ils ne sont pas nombreux, les gens dont l'amitié offre un refuge sûr.
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  • Par KahlanAmnell, le 08 août 2014

    AJAX

    C'est une honte pour un homme que de souhaiter vivre longtemps, s'il ne fait que passer d'un malheur à un autre. En quoi un jour après un autre pourrait-il nous être un plaisir, quand ce jour ne fait qu'avancer ou bien retarder notre mort? Je ne donnerais pas cher d'un homme qui ne sait que se réchauffer à de vaines espérances. Ou vivre noblement ou noblement périr, voilà la règle pour qui est d'un bon sang. C'est tout. J'ai dit ce que j'avais à dire.
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Extrait théâtre "OEDIPE ROI" Texte de Sophocle adapté. Réalisé par Guy Leonardi








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