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ISBN : 2842614267
Éditeur : Le Serpent à plumes (2003)


Note moyenne : 4.09/5 (sur 11 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :

Au début du XXe siècle, le Japon est en totale effervescence, les anciennes valeurs des samouraï sont confrontées à la montée en puissance du capitalisme, et toute modernité est marquée du sceau de l'Occident. Dans ce c... > voir plus
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Critiques, analyses et avis (2)

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    • Livres 5.00/5
    Par Momiji, le 06 novembre 2014

    Momiji
    Dans le Japon en pleine mutation du début du XXe siècle, où le paysage traditionnel se mêle à l'importation culturelle et économique de l'Occident, Daisuké est un jeune trentenaire oisif, entretenu par sa riche famille tokyoïte. Celle-ci s'évertue à essayer de marier cet être retranché, qui ne trouve de satisfaction que dans l'inaction, l'esthétisme, la théorie plutôt que l'action. Une chemin de vie qui va être bouleversé quand il va tomber amoureux de la seule femme pour laquelle la société ne lui permet pas d'avoir de sentiments...
    Natsume Sôseki dresse dans chacun de ses romans le portrait de la société dans laquelle il vit et usant d'un regard affûté, prend le prétexte de la fiction pour dresser des parallèles percutant avec l'évolution de son Japon. Plein de compassion pour ses compatriotes tiraillés par tous les changements sociologiques et moraux que l'ouverture au monde occidental engendrent, cet intellectuel de l'ère Meiji met sa plume et ses connaissances au service de la rédaction d'ouvrages qui traversent le temps et dont les questionnements semblent toujours d'actualité. Avec un sens aigu et poétique de la description, Et puis nous emmène dans un récit posé mais paradoxalement haletant.
    Au travers du cheminement de Daisuké, ce roman est une interrogation sur la perspicacité - voire le cynisme -, les regrets puis la résignation que l'entrée définitive dans l'âge adulte signent. Ce jeune homme fait subventionner son train de vie par sa famille car il a décidé que travailler pour gagner sa vie est plutôt vil et que tant qu'il peut s'en passer, il en profite. Un personnage qui se veut raffiné et qui est somme toute assez peu aimable au début du récit, j'en conviens. Néanmoins, au fur et à mesure que le tissu de ses relations sociales nous est dévoilé, qu'on le suit dans ses interrogations, ses affres psychologiques, il prend une dimension plus subtile qui le rend intriguant. Car l'amour va venir par frapper son cœur et malheureusement, Cupidon n'a pas lâché ses flèches là où il aurait fallu. Figurez-vous que notre ami va réaliser qu'il est amoureux de la femme de son meilleur ami, pour qui il a joué les entremetteurs trois ans auparavant. Rien que ça ! Bon malheureusement, vous additionnez cette situation embarrassante aux codifications de l'époque et vous comprenez que ça va barder. Surtout que les sentiments sont réciproques.
    La magie de ce récit, c'est que le déroulement de l'intrigue va crescendo. Ce n'est finalement qu'assez tard que l'action prend un tournant décisif, mais pour autant, la lecture n'est marquée par aucune longueur. La fluidité des mots et le déroulé de la pensée de Daisuké nous embarquent dans une réflexion esthétique sur le monde et moi qui valorise plus les intellectuels que les "fonctionnels" dirons-nous, je me suis par moments sentie en accord avec certains traits et piques que notre héros peut exprimer auprès de ceux qui l'asticotent. Car oui, il n'a pas que des amis et même parmi eux, les finances peuvent venir modifier les relations. Quand on bénéficie d'une rente qui permet d'avoir le loisir de cultiver son cerveau plutôt que d'avoir besoin de remplir son compte en banque, ce n'est pas facile à tolérer pour beaucoup de personnes. Mais cette aisance et cette facilité de premier abord se révèlent plus complexes quand on rentre en coulisses : l'argent est un vecteur de pouvoir et le père de Daisuké sait en user pour tenter de lui faire accepter les unions arrangées qu'il concoctent en vain. Hiraoka, meilleur ami de Daisuke, revient à Tokyô endetté et au chômage, contraint de lui demander un prêt. Un prêt qui va le rendre haineux et diminué, entraîné dans une spirale infernale, cependant que Daisuké offre en douce de l'argent à son épouse, qu'il aime secrètement. Les jeux de pouvoir sont présents tout au long du livre et dressent peu à peu le piège dans lequel tous les personnages tombent chacun à leur tour. Mais ce livre est aussi l'occasion de se pencher sur l'évolution des rapports père-fils. A l'honneur et au patriotisme, au respect des ancêtres de son paternel, Daisuke préfère l'hédonisme, l'accomplissement personnel. Un vrai individualiste dans un pays marqué par la notion de l'intérêt du groupe, plus encore à l'époque qu'aujourd'hui.
    Digne d'une tragédie grecque - Natusme Sôseki étant nourri par les oeuvres occidentales, il ne faut pas s'en étonner - Et puis, nous fait passer progressivement d'une agréable brise d'été à un ouragan émotionnel détruisant tout sur son passage. Renoncements, choix et responsabilités sonnent aux oreilles de notre héros comme autant de coups de canons au fur et à mesure qu'il avance vers le destin qu'il se choisit. Un roman poignant avec une écriture poétique, calme et puissante que je vous recommande chaudement.

    Lien : http://wp.me/p12Kl4-su
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    • Livres 4.00/5
    Par EMOTION, le 23 mars 2012

    EMOTION
    Natsume Soseki est un auteur japonais qui est venu dernièrement au salon du livre nous parler du déchirement de tout un chacun entre l'individualisme et l'appartenance à une communauté. Ce n'est pas tout à fait exact car il a vécu la fin du XIXème et le tout début du XXème siècle.Mais ses thèmes sont ô combien actuels et ses personnages vivent intensément dans nos coeurs d'occidentaux du XXIème siècle. Ce n'est pas un livre d'action mais une plongée dans les profondeurs psychologiques de personnages qui nous interpellent .Daisuke, le personnage principal, est un jeune homme vivant aux crochets de son père dans ce japon de l'ère Meiji, et cela avec un réel raffinement. Il semble superficiel se laissant porter par les évènements et le soutien familial.C'est un oisif angoissé et indécis qui va voir sa vie bouleversée par le retour imprévu d'un ancien ami et de son épouse, Michiyo, dont la présence est digne des héroines célèbres de l'amour condamné. Tout cela se vit sur un fond historique où émerge le souvenir des guerres sino-japonaises et russo-japonaises.Le père pense société et nation, le fils pense ego et bientôt Amour. Un père peut il arranger le mariage de son fils, surtout sur des motifs d'honneur et d'argent, lorsque le fils s'appelle Daisuké et lorsqu'il préfère les liens personnels aux liens tissés par les ancêtres? Tous les personnages éveillent en nous intérêt, compassion et attachement. C'est un livre que je conseille fortement à tous ceux qui aiment se plonger dans les méandres de l'âme humaine et qui ne vivent pas uniquement de l'adrénaline de l'action .
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Citations et extraits

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  • Par EMOTION, le 18 mars 2012

    Ainsi, Hiraoka s'était finalement éloigné de lui. Chaque fois que Daisuke le rencontrait, il avait le sentiment que c'était comme si l'entretien se déroulait à distance. À vrai dire, cette impression ne concernait pas seulement Hiraoka . Il ressentait la même chose avec n'importe lequel de ses interlocuteurs. La société moderne n'était rien d'autre qu'un agrégat d'êtres humains isolés. La terre avait beau ne pas connaître de limites naturelles, dès que l'on y bâtissait des maisons, s'installait la fragmentation. Les hommes qui habitaient l'intérieur de ces maisons devenaient à leur tour totalement fragmentés. La civilisation avait fait d'un « nous » une série d'êtres isolés. Telle était l'interprétation de Daisuke.
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  • Par MarinetteB, le 30 décembre 2013

    Si manger est le but, et travailler le moyen d'y parvenir, il est évident que l'on adaptera son travail afin que manger en soit facilité. Et par conséquent, peu importe ce à quoi l'on travaille ou bien de quelle manière l'on travaille : du moment que l'on obtient du pain, c'est bien ! Pour autant que le contenu de la tâche ou son orientation ou encore le processus selon lequel elle s'effectue soient entièrement sous le contrôle de contraintes externes, cette tâche sera forcément placée sous le signe de la décadence.
    [...Donc, ]
    A moins d'être déchargé du souci de sa nourriture et de ses vêtements et de pouvoir agir selon son bon plaisir, il est tout à fait impossible d'accomplir un travail sérieux.
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  • Par MarinetteB, le 30 décembre 2013

    Le Daisuké qui avait été intime de Hiraoka était un homme qui aimait pleurer sur les autres. Puis, progressivement, il n'avait plus été capable de pleurer. Non pas qu'il prétendît que ce serait plus moderne de ne pas pleurer. En fait, c'était plutôt le contraire : il préférait affirmer que c'était parce qu'il ne pleurait pas qu'il était moderne. Quant à l'individu qui serait capable de verser des larmes sincères sur autrui, alors que, bravant le théâtre violent de la lutte pour la survie, il gémissait sous la charge oppressante que la civilisation occidentale faisait peser sur lui, cet individu-là, Daisuké ne l'avait pas encore rencontré.
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  • Par MarinetteB, le 30 décembre 2013

    Daisuké ne savait pas comment choisir : devait-il devenir enfant de la nature ou homme de la volonté ? Comme principe, il haïssait l'idée absurde de se contraindre lui-même à une ligne de conduite rigide, sans aucune flexibilité, comme s'il était une machine, alors que son être intime était immédiatement sensible aux plus infimes sensations, le chaud comme le froid. En même temps, il avait une conscience aiguë que sa vie avait atteint un seuil critique qui réclamait de lui qu'il prît une décision cruciale.
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