> Judith Ertel (Traducteur)

ISBN : 2080675346
Éditeur : Flammarion (1998)


Note moyenne : 4.65/5 (sur 317 notes) Ajouter à mes livres
Meilleur album étranger - Angoulême 1988 et 1993.
Art Spiegelman retrace le destin de ses parents, juifs polonais déportés par les nazis, entre 1939 et 1945. Maus, auquel l'auteur a consacré treize ans de sa vie, est aussi le récit de retrouvailles entre un père ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 25 avril 2011

    LiliGalipette
    Bande dessinée d'Art Spiegelman. Ce volume comprend Mon père saigne l'histoire et C'est là que mes ennuis ont commencé.
    Préface de Marek Halter : "Qu'y a-t-il de commun entre une bande dessinée et la Shoah ? "Zahkor" ! souviens-toi en hébreu. Cette injonction apparaît quelques 169 fois dans le texte biblique, comme si les sages réunis à Yavné, vers la fin du premier siècle, pour compiler les textes et les chroniques qui allaient composer le Livre des livres, avaient pressentis le rôle primordial dévolu à la mémoire dans le destin d'un peuple appelé à la dispersion et à l'exil. Art Spiegelman est le fils d'un des survivants des ghettos polonais. Né à Stockholm en 1948, il vit à New York et dessine des B. D. Maus, son livre, est l'histoire d'une souris dont le chat a décidé d'avoir la peau. La souris est le juif, le chat le nazi. le destin de Maus est de fuir, de fuir sans espoir l'obsession du chat qui lui donne la chasse et lui trace le chemin de la chambre à gaz. Mais Maus est également le récit d'une autre traque, celle d'un père par son fils pour lui arracher l'histoire de sa vie de juif entre 1939 et 1945 et en nourrir sa propre mémoire, se conformant ainsi à l'obligation de se souvenir. de transmettre aussi. Et avec quelle énergie ! Car de la rencontre peu naturelle de la B. D. et de la Shoah naît un choc. le choc d'une forme réputée mineure pour un événement majeur. Tout comme Woody Allen a su, avec ses images en noir et blanc, nous désintoxiquer du cinéma pour mieux nous le faire voir, Art Spiegelman parvient à effacer de notre souvenir les récits un peu fatigués de la Shoah pour leur substituer un montage neuf, contemporain et fort. D'où la réussite de Maus, cette oeuvre de la première génération "d'après". Grâce à l'art de Spiegelman, le destin de Maus ne cessera de nous hanter."
    Mon père saigne l'histoire (du milieu des années 30 à l'hiver 1944) - Art Spiegelman demande à son père de raconter son histoire, sa rencontre avec sa mère Anja et les années noires de la seconde guerre mondiale. Art a le projet de dessiner cette histoire en collant au plus près :"Je veux raconter ton histoire, comment ça s'est vraiment passé." (p. 25). Vladek Spiegelman retrace alors sa jeunesse en Pologne, son mariage avec Anja, ses fabriques de tissus, sa capture en tant que prisonnier de guerre et toutes les combines qu'il a "organisées" pour faire vivre et sauver sa famille et celle de son épouse. du ghetto à Auschwitz, Vladek tente de survivre.
    Art fait de son père un portrait sans concession. Il montre comment le vieil homme a gardé les habitudes de la guerre, entre récupération et économies avaricieuses. "Sur certains points, il est exactement comme les caricatures racistes du vieux juif avare." (p. 133) Vladek est un vieil acariâtre bougon, remarié sans amour avec Mala après le suicide d'Anja. le père d'Art jauge le quotidien à l'aune de son expérience de la guerre et d'Auschwitz. Irrémédiablement marqué, dans sa chair et dans son âme, par la Shoah, Vladek ne peut concevoir la légèreté de la nouvelle génération.
    Et c'est là que mes ennuis ont commencé (de Mauschwitz aux Catskill et au-delà) - La seconde partie s'ouvre sur une réflexion d'Art face à son oeuvre. Il se demande sous quels traits animaux il peut représenter les Français. Il remet en question le choix de son expression :"Il y a tant de choses que je n'arriverai jamais à comprendre ou à visualiser. J'veux dire la réalité est bien trop complexe pour une B. D. ... Il faut tellement simplifier ou déformer." (p. 176) Entre le postulat historique et sa représentation artistique et graphique se creuse un fossé qu'Art doute pouvoir combler. Se dessinant homme derrière un masque de souris, il montre son appartenance à un groupe, mais également les distances qu'il prend avec celui-ci.
    Dans la seconde partie, Vladek poursuit le récit de son passage à Auschwitz. Il décrit comment, à force de combine et de chance, il a réussi à obtenir des places privilégiées et des avantages. Les images des camps sont connues, mais mises en bande dessinée, elles acquièrent une nouvelle épaisseur et une nouvelle vitalité. Les marches de la mort, la fin de la guerre et le retour au pays sont autant de thèmes déjà vus, mais le traitement que leur impose Art Spiegelman permet de les voir avec un oeil nouveau.
    Cette bande dessinée a l'épaisseur et la forme d'un roman. Découpée en chapitres, elle est également mémoires et confessions d'un vieil homme, testament et récit des origines pour le fils. Insérée à mi-parcours, on découvre une autre bande dessinée d'Art Spiegelman, celle où il illustre le suicide de sa mère. Mise en abîme de la mort eet du récit familial, cette production met en scène des êtres humains perdus, solitaires et effrayants. Dans Maus, le recours à l'animal permet de se sauver un peu de l'horreur de la représentation.
    Les souris sont les Juifs, les chats sont les Allemands, les cochons sont les Polonais, les chiens sont les Américains, etc. Je m'interroge sur le choix de la souris. Certes, la faiblesse de l'animal face au prédateur félin ne fait aucun doute. Mais j'y vois aussi une reprise des idéaux nazis : les juifs sont une vermine trop nombreuse qu'il faut exterminer. Quand les juifs cherchent à se déguiser, ils portent des masques de cochon pour se fondre la masse "honnête" de la population. Les juifs ne sont pas des citoyens au même titre que les Allemands ou les Polonais. Ils sont autre chose, autrement.
    Les [S] des phylactères ressemblent aux S allemands du sigle SS. Ils zèbrent sans cesse les paroles, éclatent la parole en éclair de mots et font écho aux bombardements et aux coups. La peur suinte des pages. le dessin en noir et blanc renforce cette impression de monde manichéen : sans cesse le personnage peut basculer dans le néant. Les mots parfois s'agencent en phrases laconiques dont la logique est évidente :"Beaucoup ont eu des plaies à cause du froid. Dans les plaies du pus, et dans le pus des poux." (p. 55) L'horreur physique et les conséquences dramatiques de la saleté sont ici exprimées en termes factuels, irrémédiablement logiques. La langue de Vladek est caractéristique des émigrés : il inverse certaines parties de phrase et commet des erreurs. Il abuse des pronoms : en cela j'ai vu une nécessité de toujours mettre l'humain au centre, d'insister sur la personne en faisant mention d'elle sous toutes ses formes grammaticales.
    La place du fils et, plus généralement, des générations issues des survivants, est fortement interrogée. "Je dois me sentir coupable quelque part d'avoir eu une vie plus facile qu'eux." (p. 176) Ici parle la culpabilité du survivant et ainsi s'exprime le poids intemporel et inaliénable du souvenir. Entre le père et le fils, les relations sont souvent tendues. Art en veut à son père de vivre comme si la guerre allait frapper et Vladek ne sait vivre que dans la crainte et le ressentiment. Art reste un enfant qui se sent incapable d'être à la hauteur des attentes de son père. Quand on apprend la mort de Vladek, la tension retombe. Art reprend le récit, délivré du poids de l'approbation paternelle, et il achève plus aisément la mise en images de l'existence de son père.
    Pas facile de parler de cette oeuvre qui a déjà fait couler tant d'encre... Cette bande dessinée ne peut pas être saisie en une seule et première lecture. Il faudra y revenir pour mieux saisir certaines subtilités. Si les textes de Primo Levi et de Robert Anthelme m'ont fortement marquée, l'image d'Art Spiegelman a également fait impression pour longtemps.
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    • Livres 5.00/5
    Par SimoneDracip , le 31 janvier 2012

    SimoneDracip
    Un chef-d'œuvre !
    Une fois encore (après SI C'EST UN HOMME de Primo Levi, Le Grand Voyage de Jorge Semprun, La liste de Schindler, La vie est belle...), il nous est montré que l'homme peut transformer l'horreur en un chef-d'œuvre à l'émotion intense.
    La bande-dessinée raconte l'histoire de Valdeck Spiegelman, un juif polonais qui a vécu la Seconde Guerre Mondiale, la déportation, l'émigration aux États-Unis.
    La narration est en deux temps : une partie au présent, nous montre ce vieil homme aigri, ses difficiles relations avec sa deuxième femme, son fils ; une partie au passé raconte ses souvenirs de la guerre à son fils, car celui-ci, dessinateur veut en faire un livre. Quelques planches sont d'ailleurs extérieures à ces deux trames narratives, l'auteur se met en scène quand il bloque sur l'écriture de sa bande-dessinée. Toute l'histoire est traversée par le fantôme de la mère qui s'est suicidée dans les années 60. Une bande-dessinée dans la bande-dessinée lui est même dédiée.
    L'auteur met en scène l'histoire en déshumanisant les personnages pour mieux souligner leurs faiblesses, leurs défauts. Il transforme les clichés en évidence : les chats sont les nazis, les cochons sont les polonais, les souris sont les juifs... Grâce à ce dessin, il sublime la narration. Par exemple, quand les juifs essayent de se cacher dans la population polonaise, il les représente en souris portant un masque de cochon.
    Le plus poignant est que l'on s'attache à Vladeck Spielgeman, malgré tout. Malgré son caractère acariâtre, malgré son honnêteté sur son égoïsme obligatoire pour survivre. L'auteur ne dépeint pas un héros, mais un homme qu'il aime malgré tout, son père. Il ne donne pas de leçon d'histoire ou de morale. Ainsi, Vladeck est raciste, alors même que lui-même a été une victime ultime de la xénophobie.
    Je crois que nous ne pourrons jamais appréhender ce qu'ils ont vécu. Ce genre d'œuvre permet juste de comprendre à quel point ce fut pire que tout ce que l'imagination peut produire.
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    • Livres 5.00/5
    Par alouett, le 02 septembre 2011

    alouett
    Vers la fin des années 70, Art Spiegelman demande à son père, Vladek, de se remémorer les événements douloureux qu'il a vécu pendant la Seconde Guerre mondiale. Il était alors installé en Pologne, son pays natal.
    Vladek revient donc sur les événements qui ont émaillé sa vie de 1939 à 1945. Ce Juif raconte ses premières expériences amoureuses, ses débuts dans la vie active, l'installation progressive des nazis et ses conséquences : des vexations quotidiennes au génocide. Plus de trente ans après les faits, l'émotion et le traumatisme de l'Holocauste sont intacts.
    « Maus est l'histoire d'une souris dont le chat a décidé d'avoir la peau. La souris est le juif, le chat le nazi. le destin de Maus est de fuir, de fuir sans espoir l'obsession du chat qui lui donne la chasse et lui trace le chemin de la chambre à gaz.
    Mais Maus est également le récit d'une autre traque, celle d'un père par son fils pour lui arracher l'histoire de sa vie de juif entre 1939 et 1945 et en nourrir sa propre mémoire, se conformant ainsi à l'obligation de se souvenir » (extrait du rabat de couverture).
    -
    « Un chef d'œuvre », « une claque », « un récit bouleversant »… vous avez certainement déjà pu lire ces termes sur l'un des nombreux avis mis en ligne sur cette œuvre. Chaque tome de ce diptyque a reçu un Fauve d'Or à Angoulême (le tome 1 en 1988 et le tome 2 en 1993).
    La première partie du récit, Mon père saigne l'histoire, revient sur les événements qui ont eu lieu de 1939 à l'hiver 1943-1944 : les prémices du conflit, l'enrôlement du héros dans les troupes polonaises (été 1939), sa détention dans les camps de prisonniers de guerre, sa première libération et le retour en famille. En trame de fond, l'auteur montre un quotidien qui se dégrade et l‘inquiétude croissante des juifs polonais à mesure que les troupes allemandes resserrent leur étau sur la population. Bien que le lecteur connaisse l'issue dramatique de cet épisode de l'Histoire, il découvre – la peur au ventre – la vie pendant le ghetto de Sosnowiec (Pologne) en 1942, les Juifs qui luttent silencieusement pour préserver leur humanité, les rafles, l'angoisse… jusqu'à ce mois d'avril 1944 où Vladek Spiegelman et sa femme sont dénoncés et transférés à Auschwitz.
    Le second tome, Et c'est là que mes ennuis ont commencé, se consacre presque totalement au camps. Dix longs mois à lutter pour survivre en magouillant pour tenter de se procurer une miche de pain de pain, une ceinture… que Vladek pourra revendre ensuite au marché noir contre un « présent » destiné à s'assurer la « sympathie » des Capos et obtenir quelques maigres passe-droits. Chaque jour, il s'étonne d'être encore en vie. En fin d'album vient la Libération et la difficulté à reprendre le cours d'une « vie normale ». Pour le lecteur, c'est aussi l'occasion d'entendre ce rescapé sur les stigmates que cette expérience lui a laissé et la manière dont il gère le traumatisme causé par l'Holocauste.
    Art Spiegelman retranscrit fidèlement – et chronologiquement – le témoignage de son père. Quelques pauses sont faites dans le récit biographique de Vladek puisqu'une partie du diptyque est consacrée à la présentation des rapports père-fils. Nous naviguons ainsi entre deux espaces-temps : celui des années 1930 où défilent les horreurs perpétrées par les nazies et celui des années 1970 où un homme (l'auteur) tente de se rapprocher de son père. Chacune de leur rencontre est prétexte (inconsciemment ?) à tisser tardivement des liens inespérés avec un père si distant et si froid. Au passage, ce dernier en profite pour lui transmettre valeurs et traditions juives, prendre son fils à parti dans ses problèmes de couple, le solliciter pour de menus services (bricolage, démarches administratives…). Ainsi, le lecteur découvre à la fois un récit intimiste et un témoignage historique d'une grande portée. Les propos de Vladek sont sincères, touchants. Ils livrent un regard personnel sur un événement majeur de l'histoire sans jamais porter de jugement de valeur sur les actes commis par les bourreaux du peuple juif (...)

    Lien : http://chezmo.wordpress.com/2011/08/19/maus-spiegelman/
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    • Livres 5.00/5
    Par BMR, le 27 septembre 2008

    BMR
    On avait bien lu de nombreux éloges sur cette BD mais le dessin nous avait jusqu'ici rebuté.
    Il aura fallu que Frédéric nous prête son Maus pour qu'on regrette nos hésitations et qu'on achète sans plus tarder cette incontournable BD.
    Non seulement on s'habitue très vite au dessin, pourtant bien loin de la ligne claire à laquelle on est habitué, mais on tient là un excellent album.
    C'est autobiographique et Art Spiegelman nous raconte son histoire, ou plus exactement celle de son père, juif en Pologne au pire moment et rescapé d'Auschwitz.
    Enfin, Art Spiegelman nous raconte aussi son histoire à lui aussi : et c'est même là tout l'intérêt du bouquin, pardon de la BD (ça se lit comme un roman).
    Art, le fils, part à la recherche de la mémoire de Vladek, le père.
    Le plus vieux et le plus jeune se chamaillent sans cesse et les deux histoires s'entremêlent habilement : les dialogues entre père et fils où le jeune essaie de soutirer la mémoire du vieux et bien sûr les terribles souvenirs du père, broyé par la Grande Histoire.
    Un peu comme dans le récent dessin animé de Ari Folman, le dessin semble être là pour à la fois mettre un peu de distance entre nous et d'effroyables événements mais aussi pour nous y attirer avec encore plus de force et conviction.
    Tout le monde connait ces terribles événements dont on nous a rebattu les oreilles, les yeux et la conscience.
    Mais il n'est jamais inutile de rouvrir les yeux de temps à autre et de renouveler la conscience justement.
    La vie du père Spiegelman, marchand juif plus vrai qu'une caricature, est décrite sans complaisance. Ses petits trafics pour échapper aux rafles, puis pour survivre dans les camps, ... il n'en est que plus humain dans ce monde qui ne l'était plus. Et au passage, Spiegelman épingle l'anti-sémitisme polonais.
    Comme dans le Pianiste, on approche encore une foisle mystère incompréhensible de ces gens qui n'ont pas fui et attendu presque patiemment la solution finale, encadrés par leur propre milice.
    Bien sûr l'allégorie est évidente lorsque les chats nazis traquent les souris juives (reprise dans Fievel).
    Mais si Spiegelman a choisi une souris (Maus en allemand) c'est aussi en hommage à une célèbre Mouse américaine puisque le petit Mickey avait été mis à l'index des nazis.
    Et Spiegelman de citer un journal des années 30 : «[...] le plus grand porteur de bactéries du règne animal ne peut être le type animal idéal. Finissons-en avec la tyrannie que les Juifs exercent sur le peuple ! À bas Mickey Mouse ! Portez la croix gammée !».
    Maus sera récompensée plusieurs fois à Angoulême et Spiegelman recevra le prix Pulitzer en 1992.
    Il est grand temps de (re)découvrir cette BD (idéale pour les ados).
    Pour celles et ceux qui aiment savoir.
    Flammarion édite ces 296 pages (l'intégrale des 2 volumes) traduites de l'anglais par Judith Ertel.
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    • Livres 5.00/5
    Par camille_alivreouvert, le 27 décembre 2011

    camille_alivreouvert
    (Billet écrit en juin 2011)
    La BD culte d'Art Spiegelman a tout juste 25 ans. L'occasion pour moi de la découvrir enfin.
    L'auteur-narrateur, né au lendemain de la seconde guerre mondiale, décide de raconter dans une bande dessinée l'histoire de son père, juif polonais rescapé des ghettos polonais puis des camps de concentration d'Auschwitz et de Dachau. Jusqu'alors peu proche de son père, le voici amené à beaucoup côtoyer ce dernier afin de recueillir son récit.
    Les deux trames narratives s'entremêlent tout au long de l'ouvrage: le récit du père des années 30 jusqu'en 1945 ; et le récit du fils à la fin des années 70, centré sur ses relations avec son père puisque c'est à cette époque qu'il recueille son témoignage. Il y a même une petite incursion d'une troisième époque, à la fin des années 80, après la mort du père et la publication de la première partie de Maus, où le fils peine à exorciser le lourd passé familial et est envahi de doutes face à son œuvre.
    Dans Maus (qui signifie souris en allemand), les juifs sont représentés par des souris et les Allemands par des chats.
    Le récit de la survie du père est poignant et permet de dépoussiérer nos propres représentations de la Shoah. Mais fuyant tout manichéisme, l'auteur-narrateur n'hésite pas en parallèle à faire un portrait peu flatteur du vieil homme que son père est devenu, celui d'un homme avare, grincheux et raciste avec qui il a des relations difficiles.
    Maus, ce n'est pas seulement une bande dessinée sur l'Holocauste, c'est un roman graphique complexe qui traite du devoir de mémoire, de la réappropriation par le fils de l'histoire de ses parents, et de son rapport difficile à cette histoire qui n'est pas directement la sienne mais qui a laissé son empreinte.
    Un grand livre dont je ne saurais trop conseiller la lecture (et qui malgré son sujet difficile se lit facilement et sans déplaisir).
    Maus est la seule bande dessinée ayant reçu le prix Pulitzer à ce jour (en 1992). Par ailleurs, Art Spiegelman s'est vu décerné cette année le grand prix d'Angoulême.
    Pour célébrer les vingt-cinq ans de Maus, un livre intitulé Metamaus dans lequel Art Spiegelman revient sur la conception de l'œuvre sortira en octobre au Etats-Unis. Une traduction française chez Flammarion devrait suivre.
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Citations et extraits

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  • Par letilleul, le 04 août 2010

    Et là, dans le camp de concentration Auschwitz, on est arrivés. Et on savait que de là, on sortirait plus jamais...
    On savait ce qui se passait - qu'ils allaient nous gazer et nous jeter dans les fours - c'était en 1944...Tout on savait. Et on était là.
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  • Par yv1, le 18 juillet 2011

    La vie est toujours du côté de la vie, et d'une certaine manière, on en veut aux victimes. Mais ce ne sont pas les MEILLEURS qui ont survécu, ni qui sont morts? C'était le HASARD ! [...] Je ne parle pas du VOTRE, mais combien de livres ont déjà été écrits sur l'Holocauste. A quoi bon ? Les gens n'ont pas changé... Peut-être leur faut-il un nouvel holocauste, plus important. (p.205)
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  • Par LiliGalipette, le 25 avril 2011

    Préface de Marek Halter : "Qu'y a-t-il de commun entre une bande dessinée et la Shoah ? "Zahkor" ! souviens-toi en hébreu. cette injonction apparaît quelques 169 fois dans le texte biblique, comme si les sages réunis à Yavné, vers la fin du premier siècle, pour compiler les textes et les chroniques qui allaient composer le Livre des livres, avaient pressentis le rôle primordial dévolu à la mémoire dans le destin d'un peuple appelé à la dispersion et à l'exil. Art Spiegelman est le fils d'un des survivants des ghettos polonais. Né à Stockholm en 1948, il vit à New York et dessine des B. D. Maus, son livre, est l'histoire d'une souris dont le chat a décidé d'avoir la peau. La souris est le juif, le chat le nazi. Le destin de Maus est de fuir, de fuir sans espoir l'obsession du chat qui lui donne la chasse et lui trace le chemin de la chambre à gaz. Mais Maus est également le récit d'une autre traque, celle d'un père par son fils pour lui arracher l'histoire de sa vie de juif entre 1939 et 1945 et en nourrir sa propre mémoire, se conformant ainsi à l'obligation de se souvenir. De transmettre aussi. Et avec quelle énergie ! Car de la rencontre peu naturelle de la B. D. et de la Shoah naît un choc. Le choc d'une forme réputée mineure pour un événement majeur. Tout comme Woody Allen a su, avec ses images en noir et blanc, nous désintoxiquer du cinéma pour mieux nous le faire voir, Art Spiegelman parvient à effacer de notre souvenir les récits un peu fatigués de la Shoah pour leur substituer un montage neuf, contemporain et fort. D'où la réussite de Maus, cette oeuvre de la première génération "d'après". Grâce à l'art de Spiegelman, le destin de Maus ne cessera de nous hanter."
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  • Par ccha, le 13 avril 2011

    - Je ne parle pas du vôtre, mais combien de livres ont déjà été écrits sur l'Holocauste. A quoi bon? Les gens n'ont pas changé... Peut-être leur faut-il un nouvel Holocauste, plus important. [...]
    - Mmm. Samuel Beckett a dit : "Chaque mot est comme une tache inutile sur le silence et le néant."
    - Oui.
    - D'un autre côté, il l'a DIT.
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  • Par mandarine43, le 09 décembre 2011

    - Bon... Alors la voilà, notre Hongrie...
    - Et pour nous tous il n'y a qu'un seul moyen de sortir... par ces cheminées...
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Angoulême 2012 - Interview Art Spiegelman (2/3)
Interview d'Art Spiegelman par Jean-Luc Hees (2e partie) - Conférence de Presse du 39e Festival international de la bande dessinée d'Angoulême - 6 décembre 2011, Paris.








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