> Judith Ertel (Traducteur)

ISBN : 2080675346
Éditeur : Flammarion (1998)


Note moyenne : 4.66/5 (sur 392 notes) Ajouter à mes livres
Meilleur album étranger - Angoulême 1988 et 1993.
Art Spiegelman retrace le destin de ses parents, juifs polonais déportés par les nazis, entre 1939 et 1945. Maus, auquel l'auteur a consacré treize ans de sa vie, est aussi le récit de retrouvailles entre un père ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 25 avril 2011

    LiliGalipette
    Bande dessinée d'Art Spiegelman. Ce volume comprend Mon père saigne l'histoire et C'est là que mes ennuis ont commencé.
    Préface de Marek Halter : "Qu'y a-t-il de commun entre une bande dessinée et la Shoah ? "Zahkor" ! souviens-toi en hébreu. Cette injonction apparaît quelques 169 fois dans le texte biblique, comme si les sages réunis à Yavné, vers la fin du premier siècle, pour compiler les textes et les chroniques qui allaient composer le Livre des livres, avaient pressentis le rôle primordial dévolu à la mémoire dans le destin d'un peuple appelé à la dispersion et à l'exil. Art Spiegelman est le fils d'un des survivants des ghettos polonais. Né à Stockholm en 1948, il vit à New York et dessine des B. D. Maus, son livre, est l'histoire d'une souris dont le chat a décidé d'avoir la peau. La souris est le juif, le chat le nazi. le destin de Maus est de fuir, de fuir sans espoir l'obsession du chat qui lui donne la chasse et lui trace le chemin de la chambre à gaz. Mais Maus est également le récit d'une autre traque, celle d'un père par son fils pour lui arracher l'histoire de sa vie de juif entre 1939 et 1945 et en nourrir sa propre mémoire, se conformant ainsi à l'obligation de se souvenir. de transmettre aussi. Et avec quelle énergie ! Car de la rencontre peu naturelle de la B. D. et de la Shoah naît un choc. le choc d'une forme réputée mineure pour un événement majeur. Tout comme Woody Allen a su, avec ses images en noir et blanc, nous désintoxiquer du cinéma pour mieux nous le faire voir, Art Spiegelman parvient à effacer de notre souvenir les récits un peu fatigués de la Shoah pour leur substituer un montage neuf, contemporain et fort. D'où la réussite de Maus, cette oeuvre de la première génération "d'après". Grâce à l'art de Spiegelman, le destin de Maus ne cessera de nous hanter."
    Mon père saigne l'histoire (du milieu des années 30 à l'hiver 1944) - Art Spiegelman demande à son père de raconter son histoire, sa rencontre avec sa mère Anja et les années noires de la seconde guerre mondiale. Art a le projet de dessiner cette histoire en collant au plus près :"Je veux raconter ton histoire, comment ça s'est vraiment passé." (p. 25). Vladek Spiegelman retrace alors sa jeunesse en Pologne, son mariage avec Anja, ses fabriques de tissus, sa capture en tant que prisonnier de guerre et toutes les combines qu'il a "organisées" pour faire vivre et sauver sa famille et celle de son épouse. du ghetto à Auschwitz, Vladek tente de survivre.
    Art fait de son père un portrait sans concession. Il montre comment le vieil homme a gardé les habitudes de la guerre, entre récupération et économies avaricieuses. "Sur certains points, il est exactement comme les caricatures racistes du vieux juif avare." (p. 133) Vladek est un vieil acariâtre bougon, remarié sans amour avec Mala après le suicide d'Anja. le père d'Art jauge le quotidien à l'aune de son expérience de la guerre et d'Auschwitz. Irrémédiablement marqué, dans sa chair et dans son âme, par la Shoah, Vladek ne peut concevoir la légèreté de la nouvelle génération.
    Et c'est là que mes ennuis ont commencé (de Mauschwitz aux Catskill et au-delà) - La seconde partie s'ouvre sur une réflexion d'Art face à son oeuvre. Il se demande sous quels traits animaux il peut représenter les Français. Il remet en question le choix de son expression :"Il y a tant de choses que je n'arriverai jamais à comprendre ou à visualiser. J'veux dire la réalité est bien trop complexe pour une B. D. ... Il faut tellement simplifier ou déformer." (p. 176) Entre le postulat historique et sa représentation artistique et graphique se creuse un fossé qu'Art doute pouvoir combler. Se dessinant homme derrière un masque de souris, il montre son appartenance à un groupe, mais également les distances qu'il prend avec celui-ci.
    Dans la seconde partie, Vladek poursuit le récit de son passage à Auschwitz. Il décrit comment, à force de combine et de chance, il a réussi à obtenir des places privilégiées et des avantages. Les images des camps sont connues, mais mises en bande dessinée, elles acquièrent une nouvelle épaisseur et une nouvelle vitalité. Les marches de la mort, la fin de la guerre et le retour au pays sont autant de thèmes déjà vus, mais le traitement que leur impose Art Spiegelman permet de les voir avec un oeil nouveau.
    Cette bande dessinée a l'épaisseur et la forme d'un roman. Découpée en chapitres, elle est également mémoires et confessions d'un vieil homme, testament et récit des origines pour le fils. Insérée à mi-parcours, on découvre une autre bande dessinée d'Art Spiegelman, celle où il illustre le suicide de sa mère. Mise en abîme de la mort eet du récit familial, cette production met en scène des êtres humains perdus, solitaires et effrayants. Dans Maus, le recours à l'animal permet de se sauver un peu de l'horreur de la représentation.
    Les souris sont les Juifs, les chats sont les Allemands, les cochons sont les Polonais, les chiens sont les Américains, etc. Je m'interroge sur le choix de la souris. Certes, la faiblesse de l'animal face au prédateur félin ne fait aucun doute. Mais j'y vois aussi une reprise des idéaux nazis : les juifs sont une vermine trop nombreuse qu'il faut exterminer. Quand les juifs cherchent à se déguiser, ils portent des masques de cochon pour se fondre la masse "honnête" de la population. Les juifs ne sont pas des citoyens au même titre que les Allemands ou les Polonais. Ils sont autre chose, autrement.
    Les [S] des phylactères ressemblent aux S allemands du sigle SS. Ils zèbrent sans cesse les paroles, éclatent la parole en éclair de mots et font écho aux bombardements et aux coups. La peur suinte des pages. le dessin en noir et blanc renforce cette impression de monde manichéen : sans cesse le personnage peut basculer dans le néant. Les mots parfois s'agencent en phrases laconiques dont la logique est évidente :"Beaucoup ont eu des plaies à cause du froid. Dans les plaies du pus, et dans le pus des poux." (p. 55) L'horreur physique et les conséquences dramatiques de la saleté sont ici exprimées en termes factuels, irrémédiablement logiques. La langue de Vladek est caractéristique des émigrés : il inverse certaines parties de phrase et commet des erreurs. Il abuse des pronoms : en cela j'ai vu une nécessité de toujours mettre l'humain au centre, d'insister sur la personne en faisant mention d'elle sous toutes ses formes grammaticales.
    La place du fils et, plus généralement, des générations issues des survivants, est fortement interrogée. "Je dois me sentir coupable quelque part d'avoir eu une vie plus facile qu'eux." (p. 176) Ici parle la culpabilité du survivant et ainsi s'exprime le poids intemporel et inaliénable du souvenir. Entre le père et le fils, les relations sont souvent tendues. Art en veut à son père de vivre comme si la guerre allait frapper et Vladek ne sait vivre que dans la crainte et le ressentiment. Art reste un enfant qui se sent incapable d'être à la hauteur des attentes de son père. Quand on apprend la mort de Vladek, la tension retombe. Art reprend le récit, délivré du poids de l'approbation paternelle, et il achève plus aisément la mise en images de l'existence de son père.
    Pas facile de parler de cette oeuvre qui a déjà fait couler tant d'encre... Cette bande dessinée ne peut pas être saisie en une seule et première lecture. Il faudra y revenir pour mieux saisir certaines subtilités. Si les textes de Primo Levi et de Robert Anthelme m'ont fortement marquée, l'image d'Art Spiegelman a également fait impression pour longtemps.
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  • Par lalistedemafa, le 09 avril 2012

    lalistedemafa
    Il faut être sincère ...le graphisme n'a rien d'attirant, l'album paraît sombre, en gribouillis, les personnages des petites souris ne sont pas des plus beaux quand on y jette le 1er coup d'oeil. J'ai tenu à lire cet album d,abord pour les éloges que j'ai lu à son propos mais passé quelques pages...j'ai tout oublié et je me suis retrouvé entre New York et L'Europe de L'Est des années 30-40.
    Et là, je ne l'ai plus lâché. Il est vrai que Maus n'est pas un album qui se lit par ci, par là...par à coup! c'est une oeuvre qui nous habite. A près de 300 pages, c'est avec Vladek que nous sommes; nous écoutons son histoire. une histoire que nous connaissons mais qui nous laisse tout de même sans voix, qui nous secoue à l'intérieur, une histoire que j'ai lu en tremblotant parfois. elle fait froid dans le dos. Une histoire qui a fait travaillé ma mémoire. Une histoire pour ne pas oublier la souffrance d'un peuple, la souffrance de tous ces peuples qui ont vécu des atrocités.
    Vladek a épousé Anja, issue d'une famille riche, il auront un fils: Richieu. Vladek se décrit comme un homme assez débrouillard et Anja comme une femme douce et intellectuelle. La guerre va séparer cette famille et ils seront déportés à Auschwitz et Birkenau tandis que leur fils mourra, tué par sa tante qui refuse d'être déportée.

    Ce qui frappe dans cette lecture, de prime abord, c'est le choix d'un album comme média pour un récit aussi lourd puis le choix de personnages animaux. Au fur à mesure de ma lecture, le choix de la souris pour les juifs et le chat pour les Nazis a pris toute sa pertinence. J'ai été impressionnée par ce récit rempli de courage, d'inventivité, de persévérance.
    Le personnage de Vladek est impressionnant, il s'est "organisé" (ce mot a pris une nouvelle signification pour moi) dans les camps de concentration de manière incroyable. Il a fait preuve d'une persévérance presque à tout épreuve. Mais nous réalisons au fur et à mesure qu'il paye encore sa survie. Il porte en lui, indélébile (comme ses numéros qui les ont marqué dans les camps), les traces de la guerre et des camps. Son avarice, sa manie de conserver de ne pas gaspiller, frise l'obsession. Art, second fils de Vladek et auteur de l'album, est pris entre une personnalité qu'il abhorre et un père qu'il aime. C'est émouvant de voir leur relation et triste de percevoir la colère qui habite Art et la solitude de Vladek suite au suicide de la mère, Anja. Il y a une telle incompréhension entre Art et ce père, avare, nerveux et raciste. le récit des années de guerre semble être le seul point qui les rallie...le seul moment où ils ne se disputent pas! C'est triste.
    la structure narrative est excellente, nous nous laissons porter par ce récit lentement avec des allers-retour si fluide que nous devenons triste à voir le peu de pages qui reste. Puis tout d'un coup, j'ai réalisé que j'étais emportée par l'histoire... ces petites souris sont devenues plus expressives, le tracé de crayon plus clair et j'ai compris que Spiegelman a été ingénieux dans son choix...c'est alors que j'ai porté plus attention aux graphismes et que je l'aimé. J'ai aimé que parfois certaines images du passé étaient incluses dans le présent. Par exemple, lorsqu'Vladek évoque les Juifs pendus qui avait essayé de tuer des allemands à Auschwitz. Leurs jambes apparaissent dans les bois( à la place des branches d'arbres) alors que Vladek et Art sont dans la voiture en Floride. C'est un procédé qui fait penser à des flashback et révèlent avec finesse comment Vladek le vit. Son passé envahit son présent à chaque jour!
    Les réflexions autour de ma lecture sont infinies: la question de la mémoire collective, comment la préserver? Peut on réellement comprendre les faits qui se sont déroulés dans cette période? Comment une personne peut aller aussi loin dans la violence, le massacre et une autre aussi loin dans la survie? Mais c'est aussi un devoir de mémoire pour les souffrances de tous les peuples comme ceux de l'esclavage, par exemple. Je me suis souvenue d'une commémoration pour la fin de l'esclavage lors d'un séjour Martinique qui m'avait tant appris sur le commerce triangulaire, la vie dans les plantations. La souffrance de tout un peuple, la violence d'un autre. C'est encore ça, la puissance de Maus: cette capacité de nous interpeller au plus profond de nous même, de ne pas oublier que la vie, c'est le devoir de tous! C'est ce que j'ai ressenti, moi!

    Art Spiegelman signe une oeuvre très intime, il partage son histoire, sa mémoire et c'est poignant. C'est terrible même! Il y a tant à dire sur cet album. Je pense que le mieux, est encore de le lire!
    C'est une lecture que je recommande ABSOLUMENT!!!!!!


    Lien : http://lalistedemafa.over-blog.com/article-maus-l-integrale-art-spie..
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    • Livres 5.00/5
    Par alouett, le 02 septembre 2011

    alouett
    Vers la fin des années 70, Art Spiegelman demande à son père, Vladek, de se remémorer les événements douloureux qu'il a vécu pendant la Seconde Guerre mondiale. Il était alors installé en Pologne, son pays natal.
    Vladek revient donc sur les événements qui ont émaillé sa vie de 1939 à 1945. Ce Juif raconte ses premières expériences amoureuses, ses débuts dans la vie active, l'installation progressive des nazis et ses conséquences : des vexations quotidiennes au génocide. Plus de trente ans après les faits, l'émotion et le traumatisme de l'Holocauste sont intacts.
    « Maus est l'histoire d'une souris dont le chat a décidé d'avoir la peau. La souris est le juif, le chat le nazi. le destin de Maus est de fuir, de fuir sans espoir l'obsession du chat qui lui donne la chasse et lui trace le chemin de la chambre à gaz.
    Mais Maus est également le récit d'une autre traque, celle d'un père par son fils pour lui arracher l'histoire de sa vie de juif entre 1939 et 1945 et en nourrir sa propre mémoire, se conformant ainsi à l'obligation de se souvenir » (extrait du rabat de couverture).
    -
    « Un chef d'œuvre », « une claque », « un récit bouleversant »… vous avez certainement déjà pu lire ces termes sur l'un des nombreux avis mis en ligne sur cette œuvre. Chaque tome de ce diptyque a reçu un Fauve d'Or à Angoulême (le tome 1 en 1988 et le tome 2 en 1993).
    La première partie du récit, Mon père saigne l'histoire, revient sur les événements qui ont eu lieu de 1939 à l'hiver 1943-1944 : les prémices du conflit, l'enrôlement du héros dans les troupes polonaises (été 1939), sa détention dans les camps de prisonniers de guerre, sa première libération et le retour en famille. En trame de fond, l'auteur montre un quotidien qui se dégrade et l‘inquiétude croissante des juifs polonais à mesure que les troupes allemandes resserrent leur étau sur la population. Bien que le lecteur connaisse l'issue dramatique de cet épisode de l'Histoire, il découvre – la peur au ventre – la vie pendant le ghetto de Sosnowiec (Pologne) en 1942, les Juifs qui luttent silencieusement pour préserver leur humanité, les rafles, l'angoisse… jusqu'à ce mois d'avril 1944 où Vladek Spiegelman et sa femme sont dénoncés et transférés à Auschwitz.
    Le second tome, Et c'est là que mes ennuis ont commencé, se consacre presque totalement au camps. Dix longs mois à lutter pour survivre en magouillant pour tenter de se procurer une miche de pain de pain, une ceinture… que Vladek pourra revendre ensuite au marché noir contre un « présent » destiné à s'assurer la « sympathie » des Capos et obtenir quelques maigres passe-droits. Chaque jour, il s'étonne d'être encore en vie. En fin d'album vient la Libération et la difficulté à reprendre le cours d'une « vie normale ». Pour le lecteur, c'est aussi l'occasion d'entendre ce rescapé sur les stigmates que cette expérience lui a laissé et la manière dont il gère le traumatisme causé par l'Holocauste.
    Art Spiegelman retranscrit fidèlement – et chronologiquement – le témoignage de son père. Quelques pauses sont faites dans le récit biographique de Vladek puisqu'une partie du diptyque est consacrée à la présentation des rapports père-fils. Nous naviguons ainsi entre deux espaces-temps : celui des années 1930 où défilent les horreurs perpétrées par les nazies et celui des années 1970 où un homme (l'auteur) tente de se rapprocher de son père. Chacune de leur rencontre est prétexte (inconsciemment ?) à tisser tardivement des liens inespérés avec un père si distant et si froid. Au passage, ce dernier en profite pour lui transmettre valeurs et traditions juives, prendre son fils à parti dans ses problèmes de couple, le solliciter pour de menus services (bricolage, démarches administratives…). Ainsi, le lecteur découvre à la fois un récit intimiste et un témoignage historique d'une grande portée. Les propos de Vladek sont sincères, touchants. Ils livrent un regard personnel sur un événement majeur de l'histoire sans jamais porter de jugement de valeur sur les actes commis par les bourreaux du peuple juif (...)

    Lien : http://chezmo.wordpress.com/2011/08/19/maus-spiegelman/
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    • Livres 5.00/5
    Par mimipinson, le 12 février 2012

    mimipinson
    « Je veux être traité comme un être humain. »
    Celles et ceux qui me lisent, l'ont déjà remarqué : je ne lis pas de BD. Je n'y suis pour rien, chez moi, c'était un genre pas fréquentable, ce n'était pas de la lecture !!! Alors, je suis une inculte indécrottable, car même libérée depuis longtemps des injonctions en matière de lectures, il ne vient absolument pas à l'idée d'en lire, ni, pire encore, de m'intéresser à ce qui se fait dans le domaine.
    Parmi toute une liste d'ouvrage, il m'a fallu consulter, peser, réfléchir…forcément, je ne connaissais rien de son contenu. J'ai donc choisi, et bien choisi. Je n'imaginais pas que la BD pouvait être sérieuse, grave, et de qualité supérieure à bon nombre de "vrais livres".
    Art Spiegelman a choisi de mettre en image l'histoire de es parents et plus généralement, de raconter l'Holocauste. Tout part, d'un fils (l'auteur) qui rend visite à son père, Vladek à qui demande avec insistance de mettre sa mémoire à nu.
    Nous assistons donc à un chassé-croisé entre le présent, et le passé. du passé, nous apprenons, ou réapprenons l'histoire d'un génocide, mais d'une manière plus originale grâce à l'image. J'ai trouvé cela bien réussi. le graphisme, tout en noir et blanc, est très réaliste. L'originalité tient dans la manière de présenter les personnages sous formes d'animaux : les juifs sont des souris, d'où le titre Maus, les allemands, des chats (faut-il y associer le jeu macabre du chat et de la souris ?), les polonais sont des cochons…. Les dessins sont souvent à couper le souffle, dignes des meilleures photographies de l'époque qu'il m'a été donné de voir.
    Du présent, nous apprenons la relation, difficile, conflictuelle, entre un père et son fils. Un fils complexé par la mort en déportation d'un frère ainé.
    « La photo n'a jamais fait de caprices ni posé le moindre problème…c'était l'enfant modèle et moi le casse- pieds. C'était perdu d'avance. »
    Une relation difficile entretenue par le suicide inexpliqué de la mère, et très tôt remplacée par une belle- mère assez mal appréciée. Ce père est présenté comme un grand-père capricieux, facilement tenté par le chantage médical, et dont la relation particulière avec l'argent est poussée jusqu'à la caricature. Mais au fond, quand on connait l'histoire de cet homme, on comprend un peu plus.
    Présenté, ici, en intégralité, l'ouvrage était à l'origine paru en deux tomes. Chacun des tomes est également découpé en chapitre, pour une lecture facile et aérée.
    Ce fut pour moi une agréable découverte qui offert une journée de lecture bénéfique, instructive, profonde, et originale à la fois. J'en avais bigrement besoin.


    Lien : http://leblogdemimipinson.blogspot.com/2012/02/maus-lintegrale.html
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    • Livres 5.00/5
    Par camille_alivreouvert, le 27 décembre 2011

    camille_alivreouvert
    (Billet écrit en juin 2011)
    La BD culte d'Art Spiegelman a tout juste 25 ans. L'occasion pour moi de la découvrir enfin.
    L'auteur-narrateur, né au lendemain de la seconde guerre mondiale, décide de raconter dans une bande dessinée l'histoire de son père, juif polonais rescapé des ghettos polonais puis des camps de concentration d'Auschwitz et de Dachau. Jusqu'alors peu proche de son père, le voici amené à beaucoup côtoyer ce dernier afin de recueillir son récit.
    Les deux trames narratives s'entremêlent tout au long de l'ouvrage: le récit du père des années 30 jusqu'en 1945 ; et le récit du fils à la fin des années 70, centré sur ses relations avec son père puisque c'est à cette époque qu'il recueille son témoignage. Il y a même une petite incursion d'une troisième époque, à la fin des années 80, après la mort du père et la publication de la première partie de Maus, où le fils peine à exorciser le lourd passé familial et est envahi de doutes face à son œuvre.
    Dans Maus (qui signifie souris en allemand), les juifs sont représentés par des souris et les Allemands par des chats.
    Le récit de la survie du père est poignant et permet de dépoussiérer nos propres représentations de la Shoah. Mais fuyant tout manichéisme, l'auteur-narrateur n'hésite pas en parallèle à faire un portrait peu flatteur du vieil homme que son père est devenu, celui d'un homme avare, grincheux et raciste avec qui il a des relations difficiles.
    Maus, ce n'est pas seulement une bande dessinée sur l'Holocauste, c'est un roman graphique complexe qui traite du devoir de mémoire, de la réappropriation par le fils de l'histoire de ses parents, et de son rapport difficile à cette histoire qui n'est pas directement la sienne mais qui a laissé son empreinte.
    Un grand livre dont je ne saurais trop conseiller la lecture (et qui malgré son sujet difficile se lit facilement et sans déplaisir).
    Maus est la seule bande dessinée ayant reçu le prix Pulitzer à ce jour (en 1992). Par ailleurs, Art Spiegelman s'est vu décerné cette année le grand prix d'Angoulême.
    Pour célébrer les vingt-cinq ans de Maus, un livre intitulé Metamaus dans lequel Art Spiegelman revient sur la conception de l'œuvre sortira en octobre au Etats-Unis. Une traduction française chez Flammarion devrait suivre.
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  • Par LiliGalipette, le 25 avril 2011

    Préface de Marek Halter : "Qu'y a-t-il de commun entre une bande dessinée et la Shoah ? "Zahkor" ! souviens-toi en hébreu. cette injonction apparaît quelques 169 fois dans le texte biblique, comme si les sages réunis à Yavné, vers la fin du premier siècle, pour compiler les textes et les chroniques qui allaient composer le Livre des livres, avaient pressentis le rôle primordial dévolu à la mémoire dans le destin d'un peuple appelé à la dispersion et à l'exil. Art Spiegelman est le fils d'un des survivants des ghettos polonais. Né à Stockholm en 1948, il vit à New York et dessine des B. D. Maus, son livre, est l'histoire d'une souris dont le chat a décidé d'avoir la peau. La souris est le juif, le chat le nazi. Le destin de Maus est de fuir, de fuir sans espoir l'obsession du chat qui lui donne la chasse et lui trace le chemin de la chambre à gaz. Mais Maus est également le récit d'une autre traque, celle d'un père par son fils pour lui arracher l'histoire de sa vie de juif entre 1939 et 1945 et en nourrir sa propre mémoire, se conformant ainsi à l'obligation de se souvenir. De transmettre aussi. Et avec quelle énergie ! Car de la rencontre peu naturelle de la B. D. et de la Shoah naît un choc. Le choc d'une forme réputée mineure pour un événement majeur. Tout comme Woody Allen a su, avec ses images en noir et blanc, nous désintoxiquer du cinéma pour mieux nous le faire voir, Art Spiegelman parvient à effacer de notre souvenir les récits un peu fatigués de la Shoah pour leur substituer un montage neuf, contemporain et fort. D'où la réussite de Maus, cette oeuvre de la première génération "d'après". Grâce à l'art de Spiegelman, le destin de Maus ne cessera de nous hanter."
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  • Par letilleul, le 04 août 2010

    Et là, dans le camp de concentration Auschwitz, on est arrivés. Et on savait que de là, on sortirait plus jamais...
    On savait ce qui se passait - qu'ils allaient nous gazer et nous jeter dans les fours - c'était en 1944...Tout on savait. Et on était là.
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  • Par yv1, le 18 juillet 2011

    La vie est toujours du côté de la vie, et d'une certaine manière, on en veut aux victimes. Mais ce ne sont pas les MEILLEURS qui ont survécu, ni qui sont morts? C'était le HASARD ! [...] Je ne parle pas du VOTRE, mais combien de livres ont déjà été écrits sur l'Holocauste. A quoi bon ? Les gens n'ont pas changé... Peut-être leur faut-il un nouvel holocauste, plus important. (p.205)
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  • Par ccha, le 13 avril 2011

    - Je ne parle pas du vôtre, mais combien de livres ont déjà été écrits sur l'Holocauste. A quoi bon? Les gens n'ont pas changé... Peut-être leur faut-il un nouvel Holocauste, plus important. [...]
    - Mmm. Samuel Beckett a dit : "Chaque mot est comme une tache inutile sur le silence et le néant."
    - Oui.
    - D'un autre côté, il l'a DIT.
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  • Par mandarine43, le 09 décembre 2011

    - Bon... Alors la voilà, notre Hongrie...
    - Et pour nous tous il n'y a qu'un seul moyen de sortir... par ces cheminées...
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