Le
Rêve de fer est un livre provoquant et stimulant, et ce serait faire injure à Spinrad que d'y voir une simplette critique du nazisme.
Imaginez un monde divergent où un certain
Adolf Hitler émigre aux Etats-Unis après la première guerre mondiale. Il devient alors illustrateur, spécialisé dans les couvertures de SF des magazines pulp de l'époque (le vrai Hitler s'adonnait à la peinture). Puis il produit son premier roman de science-fiction :
Rêve de fer. Tout ça est expliqué dans la notice biographique du début du livre.
Ensuite commence le roman proprement dit. Sensé être écrit par cet
Adolf Hitler uchronique amateur de science-fiction, c'est une sorte de transposition en SF de l'imaginaire nauséabond de notre Hitler historique : une poignée d'êtres humains génétiquement purs affrontent des mutants à la fois monstrueux et manipulateurs, et essaient de sauver la race pour ensuite conquérir l'univers à l'aide de clones génétiquement parfaits.
Rêve de fer présente la particularité de ne pas être intéressant par le récit en lui-même : de bout en bout sur le mode ironique, il est court, basique, et grossit le trait.
Non. Son intérêt est d'ouvrir toute une réflexion sur les structures mentales qui sous-tendent la SF, surtout celle des années 20 à 40, en imaginant un
Adolf Hitler parallèle s'y adonnant et y trouvant un réceptacle naturel pour ses fantasmes. Une manière très habile et hautement originale de pointer du doigt des choses sans les dramatiser, et de provoquer en nous une réflexion sur un genre en particulier, pas seulement sur les schémas qui poussaient des auteurs à écrire ces oeuvres, mais aussi sur ceux qui font que le public les appréciaient.
Et je ne pense pas que cette réflexion ait perdu de son actualité aujourd'hui, même si c'est peut-être plus à la fantasy qu'il faudrait s'intéresser.