Note moyenne : 4/5 (sur 7 notes)
Le mur : Mon enfance derrière le rideau de fer3Ajouter à mes livres
Il est né au cur de l'Europe au milieu du XXe siècle, au début de la guerre froide. Dans ses mémoires graphiques, Peter Sis raconte la vie d'un garçon qui adorait le dessin et la musique, qui a fait parti des Jeunes Pionniers, q... > voir plus
C'est un livre que je qualifierai d'un peu déroutant au premier abord. Il marie une chronologie très sérieuse des événements de 1948 à 1989 à des souvenirs plus personnels. L'auteur y évoque également sa passion du dessin qu'il transcrit en illustrations très fouillées.
Lecture jeune, n°124 - C’est à un voyage dans le temps, derrière le rideau de fer, que nous convie le nouvel album de Peter Sís, dont la démarche, passionnante, approfondit celle des Trois Clés d’or de Prague (1994) : pour ses deux enfants, nés aux États-Unis après la chute du mur de Berlin, l’illustrateur dessine sa ville natale, l’occupation russe et le choix de l’exil. Une juxtaposition de petites cases bien délimitées, en noir et blanc, évoque une vie cernée par la milice communiste. Seule tache de couleur, le rouge des drapeaux aux fenêtres, le rouge du foulard noué autour du cou du « Jeune Pionnier », le rouge des chars qui envahissent Prague en 1968 pour réprimer les espoirs de liberté. Mais le petit Peter, quasiment né un crayon rouge à la main, ne reste pas longtemps dupe de la propagande russe. Le voilà qui s’essaie aux couleurs vives, dans le secret du grenier, à l’abri des délateurs. Des extraits de ses carnets de l’époque citent d’enivrantes découvertes venues de l’Ouest : le jazz et les jeans, le rock’n’roll et les Beatles. Les vignettes de l’album s’agrandissent alors, débordent du cadre et de la page, se parent de couleurs psychédéliques, nous entraînent dans une spirale dansante. C’est le Printemps de Prague. Le retour au noir et blanc manifeste la répression. Dans un univers de cauchemar où se développent censure, interrogatoires, arrestations et tortures, le jeune Peter traverse chaque page à vélo, poursuivi par la police. Son carton à dessins se transforme en deux ailes qui lui permettent de s’évader. Une extraordinaire double page s’inspire de la « Carte du Tendre » de Madeleine de Scudéry, pour suivre le périple du fugitif parmi les montagnes de Terreur, Suspicion et Injustice. Peter pédale déjà de l’autre côté du Mur, entre Vérité et Liberté. Un livre formidable qui sait combiner mémoire et histoire. Charlotte Plat