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> Bernard Lortholary (Traducteur)

ISBN : 2253047422
Éditeur : Le Livre de Poche (1988)


Note moyenne : 3.48/5 (sur 484 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
"Lorsque lui arriva cette histoire de pigeon qui, du jour au lendemain, bouleversa son existence, Jonathan Noël avait déjà dépassé la cinquantaine, il avait derrière lui une période d'une bonne vingtaine d'années qui n'avait pas été marquée par le moindre événement, et ... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par cicou45, le 27 août 2012

    cicou45
    Jonathan Noël a perdu ses parents très jeunes, sans que le lecteur comprenne vraiment pourquoi, bien que cet épisode se déroulant durant la Seconde Guerre mondiale, on puisse facilement se faire plus ou moins une idée, puis a été envoyé avec sa soeur chez son oncle qui devait les cacher. Mais les cacher de quoi ? Là encore, le lecteur ne peut que supposer. Puis, c'est au tour de sa soeur de disparaître jusqu'à ce que Jonathan décide enfin de reprendre sa vie en main et de s'exiler pour Paris. Paris, la ville de tous les espoirs, ville dans laquelle il trouvera une chambre confortable qu'il a le projet d'acheter et un travail en tant qu'employé de banque. Bref, on pourrait dire que Jonathan a réussi et qu'il est relativement heureux jusqu'au jour fatidique où devant sa porte, il trouva un Pigeon. Quoi de plus inoffensif qu'un Pigeon me direz-vous ? Eh bien, pour Jonathan, tel n'est pas le cas : c'est comme si tout à coup, sa vie basculait, que ce Pigeon, qui le regarda intensément lui avait jeté le mauvais oeil et qu'il était annonciateur du pire. Depuis, Jonathan a peur. Mais peur de quoi au juste ?
    Un roman très vite lu, à l'écriture si particulière à Patrick Süskind qui fait que le lecteur ressent les évènements qui arrivent au narrateur, vit en empathie avec lui et en vient même à le plaindre.
    Certes, malgré cette écriture prodigieuse, je n'ai pas vraiment accroché dans cette lecture et je n'ai pas ressenti ce petit quelque chose en plus que lorsque j'avais lu "Le Parfum" du même auteur. A découvrir !
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    • Livres 4.00/5
    Par Arakasi, le 30 juillet 2013

    Arakasi
    Jonathan Noël est un petit homme solitaire, mais heureux. Calfeutré dans sa petite chambre de bonne au dernier étage d'un immeuble parisien, il vit presque en dehors du monde réel – monde ô combien terrifiant avec son bruit, sa saleté, ses gens… – ne s'y aventurant que pour gagner sa croûte journalière. Jamais de surprise, jamais d'imprévu, une petite existence réglée comme du papier à musique. Jusqu'au jour où un terrible et passablement ridicule incident vient rompre cette agréable monotonie : un Pigeon pénètre à son étage et l'empêche d'accéder aux toilettes. Un Pigeon, imaginez-vous ? Un Pigeon aux plumes sales, à l'œil vide, aux excréments puants, aux pattes rouges et crochues ! Un Pigeon ! L'arrivée du volatil inopportun va réveiller chez le pauvre Jonathan un tourbillon d'angoisses chaotiques, dont certaines si profondément enfouies qu'il n'en avait pas même conscience avant l'incident.
    Vous peinez à comprendre ce qu'est une phobie ? Cet excellent petit roman de Patrick Süskind est fait pour vous. Avec une finesse psychologique confondante, « Le Pigeon » nous plonge pour quelques dizaines de pages dans la peau d'un petit bonhomme renfermé, effrayé, mais terriblement touchant. Grâce à l'indiscutable talent de l'auteur, on partage ses terreurs, aussi absurdes soient-elles en apparence, et on plonge en sa compagnie au plus profond de ses traumatismes d'enfance. Une brillante étude sur la névrose et la peur de l'autre : à mettre entre toutes les mains !
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    • Livres 4.00/5
    Par Ansault, le 06 janvier 2009

    Ansault
    L'enfance de Jonathan Noël est parcourue d'événements tragiques. Ses parents ont été déportés et lui-même a dû fuir et se cacher pour échapper à son funeste destin.
    Envoyé faire la guerre en Indochine, trahi par une femme partie convoler avec un Tunisien, autant de traumatismes qui pousseront Jonathan Noël à s'exiler du monde. "De toutes ces péripéties, Jonathan Noël tira la conclusion qu'on ne pouvait se fier aux humains et qu'on ne saurait vivre en paix qu'en les tenant à l'écart."
    Ainsi il prit la décision de tout quitter et partit pour Paris où il eut la chance de trouver un travail de vigile dans une banque et loua une minuscule chambre de bonne dans les combles d'un immeuble bourgeois.
    Sa vie ainsi réglée ne laissa désormais plus de place à l'imprévu. Les jours se suivaient identiques à eux-mêmes et Jonathan Noël put enfin jouir du bonheur d'être seul, à l'abri du monde, à l'abri de l'autre.
    Jusqu'au jour où... il se retrouva nez à nez avec un Pigeon, un matin, alors qu'il sortait de sa chambre pour se rendre aux commodités. Et cet événement, ce non-événement, va être le grain de sable qui enrayera une machine huilée depuis plus d'une vingtaine d'années.
    Le Pigeon est un conte philosophique, une parabole. le texte est court, sa lecture est facile, le récit fluide. Néanmoins au travers d'événements d'une absurdité confondante il soulève des questionnements d'une grande complexité.
    En premier lieu le livre démarre sur un paradoxe, une énigme, Jonathan Noël et sa famille sont victimes de la persécution nazie, mais à aucun moment il n'est donné de détails sur ses origines ni sur les raisons de cette déportation. Il est donc naturel de penser que Jonathan Noël est juif, Jonathan est un nom hébreu signifiant "don de Dieu", mais pourtant Noël n'est en aucun cas un nom à connotation juive. Bien au contraire, Noël est indubitablement lié au Christ et au christianisme ! Ce paradoxe de départ est un mystère, en tout cas il a pour intérêt de situer le récit dans le domaine de la fable et du conte et oriente d'emblée le lecteur sur la thématique du sacré, ou tout du moins d'une certaine a-sacralité. La chambre de bonne dans laquelle il vit pourrait s'apparenter à une cellule monacale, c'est un espace sécuritaire, et c'est aussi la métaphore de son enveloppe corporelle.
    Thématique du sacré que l'on retrouve à travers l'évocation qui est faite du Pigeon. Jonathan Noël le perçoit comme un monstre. Cet animal est à ses yeux la personnification du mal, du démon qu'il faut fuir et combattre, c'est la synthèse de toutes les ignominies humaines. Le Pigeon n'est pas ce nuisible urbain, mais c'est le dragon de l'apocalypse.
    "Il était posé devant sa porte, à moins de vingt centimètres du seuil, dans la lueur blafarde du petit matin qui filtrait par la fenêtre. Il avait ses pattes rouges et crochues plantées dans le carrelage sang de boeuf du couloir, et son plumage lisse était d'un gris de plomb: Le Pigeon. Il avait penché sa tête de côté et fixait Jonathan de son oeil gauche. Cet oeil, un petit disque rond, brun avec un point noir au centre, était effrayant à voir. Il était fixé comme un bouton cousu sur le plumage de la tête, il était dépourvu de cils et de sourcils, il était tout nu et impudemment tourné vers l'extérieur, et monstrueusement ouvert; mais en même temps il y avait là, dans cet œil, une sorte de sournoiserie retenue; et, en même temps encore, il ne semblait être ni sournois, ni ouvert, mais tout simplement sans vie, comme l'objectif d'une caméra qui avale toute la lumière extérieure et ne laisse passer aucun rayon en provenance de son intérieur. Il n'y avait pas d'éclat, pas de lueur dans cet oeil, pas la moindre étincelle de vie. C'était un œil sans regard. Et il fixait Jonathan."
    La seconde thématique récurrente de ce conte est l'œil et Süskind, alors qu'il avait traité le sens de l'odorat dans "Le Parfum" s'attelle ici à celui de la vue. En effet quand vous vous êtes à ce point retiré du monde et des autres et que vous avez passé votre vie à vous soustraire à leur influence, il est difficile de se soustraire à leur image. A plusieurs endroits du conte est donc fait référence à l'œil, l'œil du Pigeon, petit (l'œil de la bête, l'œil sournois, l'œil de la perversion), l'œil de la couturière grossie par ses lunettes (l'œil sécuritaire, l'œil charitable, l'œil de la bonté), l'œil, les yeux de Jonathan Noël (mince paroi entre lui et le monde extérieur, une ouverture sur les autres, objets de sa souffrance).
    La troisième thématique notable est celle de l'excrément. Voyez la scène très imagée du clochard déféquant entre deux voitures. A plusieurs endroits du conte l'auteur montre les angoisses issues de la relation de Jonathan Noël avec ses propres déjections et les productions de son corps. Sa relation avec l'urine, la matière fécale, le vomi, ce sont ce qui le rattache avec le monde réel et ce à quoi il ne peut se soustraire. C'est ce qui est identique à l'animal, à la bête, au monstre, au mal, ce qui fait que jamais il ne pourra être cette évanescence qu'il convoite, cet individu vierge de toutes souillures.
    Ainsi ce petit recueil qui n'a l'air de rien est riche, très riche et en le lisant il m'a rappelé le travail et les écrits de George Bataille. Notamment "Histoire de l'oeil", où il est raconté les pérégrinations pornographiques de trois personnages. Dans cet ouvrage, où les perversions et les violences sexuelles s'égrainent comme on égrainerait un chapelet de ses prières, se développe les même thèmes à savoir le sacré par la voie du blasphème ; l'œil, les yeux et par extrapolation l'œuf ; les déjections corporelles, l'urine, la matière fécale, le lait, le sperme.
    D'un côté nous avons Süskind et Jonathan Noël qui considère la vie comme une aventure risquée à laquelle il faut se soustraire, qui est terrorisé par la violence et qui n'aspire qu'à la protection et à la sécurité, et de l'autre nous avons George Bataille et ses anti-héros qui face au même constat ont choisit le cheminement inverse celui de la transgression et de la perversion.
    L'un et autre sont complémentaires. L'un se nourrit de l'autre et ils ne sont pas si étrangers...

    Lien : http://www.michel-danzo.com
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    • Livres 5.00/5
    Par lutinielle, le 29 août 2012

    lutinielle
    Pour moi ce petit livre est le récit de la névrose, de ce que S. King appelle "la théorie de la balle élastique" c'est à dire ce point de rupture caché en chacun entre le quotidien (avec nos névroses contrôlées) et la folie... Le Pigeon symbolise l'inhabituel, le dérangeant, l'incontrôlable qui vient heurté et dévoré la conception bien rangée de la vie, le train-train quotidien d'un héros si commun et peu identifiable que je n'y ai vu qu'une sorte de fable (au sens philosophique). Certainement aussi bien (voir meilleur) à mes yeux que Le Parfum !
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    • Livres 5.00/5
    Par JacobBenayoune, le 18 novembre 2013

    JacobBenayoune
    Vraiment cet écrivain ne cessera jamais de me surprendre, déjà avec son extraordinaire et incroyabLe parfum, puis son admirable Contrebasse, c'est au tour du Pigeon de m'envoûter.
    Ce court roman nous rappelle, ne serait-ce qu'un peu, les œuvres de Kafka ; Un homme âgé voit toute sa stabilité et la beauté de sa vie solitaire et calme détruites et bouleversées par un évènement terrible et atroce : un Pigeon se tient dans le couloir du bâtiment ! Eh oui, un Pigeon, cet oiseau doux et mignon ! On est d'emblée devant ce comique de situation où le personnage agit sérieusement devant un problème si simple.
    C'est le constat épidermique ! Or cette situation anodine est élevée au rang de la méditation amère de la vie et de l'existence. Elle touche à l'universel, et voilà exactement tout son intérêt (et selon moi la grandeur de tout roman). Qu'est-ce que le bonheur après tout ? Il est relatif à l'extrême ! Pouvons-nous rire de ce qui arrive à ce vieil homme ! Pour lui, qui a connu une jeunesse tumultueuse et désagréable, son bonheur est là dans cette chambre toute petite et affable et dans sa solitude, tout simplement. On notera cette Contemplation du clochard et de sa liberté excessive.
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Citations et extraits

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  • Par Arakasi, le 29 juillet 2013

    Il avait penché la tête sur le côté et fixait Jonathan de son œil gauche. Cet œil, un petit disque rond, brun avec un point noir au centre, était effrayant à voir. Il était fixé comme un bouton cousu sur le plumage de la tête, il était dépourvu de cils et de sourcils, il était tout nu et impudemment tourné vers l'extérieur, et monstrueusement ouvert ; mais en même temps il y avait là, dans cet œil, une sorte de sournoiserie retenue ; et, en même temps encore, il ne semblait ni sournois, ni ouvert, mais tout simplement sans vie, comme l'objectif d'une caméra qui avale toute lumière extérieure et ne laisse passer aucun rayon en provenance de son intérieur. Il n'y avait pas d'éclat, pas de lueur dans cet œil, pas la moindre étincelle de vie. C'était un œil sans regard. Et il fixait Jonathan.
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  • Par mandarine43, le 08 août 2011

    [ Incipit ]

    Lorsque lui arriva cette histoire de pigeon qui, du jour au lendemain, bouleversa son existence, Jonathan Noël avait déjà dépassé la cinquantaine, il avait derrière lui une période d'une bonne vingtaine d'années qui n'avait pas été marquée par le moindre événement, et jamais il n'aurait escompté que pût encore lui arriver rien de notable, sauf de mourir un jour. Et cela lui convenait tout à fait. Car il n'aimait pas les événements, et il avait une véritable horreur de ceux qui ébranlaient son équilibre intérieur et chamboulaient l'ordonnance de sa vie.
    La plupart des événements de ce genre se situaient, Dieu merci, fort loin dans les temps anciens de son enfance et de sa jeunesse, et il préférait ne plus s'en souvenir du tout, ou bien alors ce n'était qu'avec un extrême déplaisir. Ainsi, un après-midi d'été, du côté de Charenton, en juillet 1942, comme il revenait de pêcher à la ligne - il avait fait un orage, ce jour-là, et puis il avait plu, après une longue période de chaleur, et sur le chemin du retour, il avait ôté ses chaussures, avait marché pieds nus sur l'asphalte chaud et trempé, il avait pataugé dans les flaques, plaisir indescriptible... - il revenait donc de pêcher à la ligne et avait couru à la cuisine, pensant trouver sa mère en train de préparer le repas, et voilà que sa mère n'y était plus, il n'y avait plus que son tablier, jeté sur le dossier de la chaise. Son père lui avait dit que sa mère était partie, elle y avait été obligée, pour un voyage qui durerait assez longtemps.
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  • Par Nadael, le 06 juin 2010

    Il se sentait plus vieux d'au moins vingt ans, et plus petit de vingt centimètres, bombardé qu'il était depuis des heures par l'ardeur extérieure du soleil et l'ardeur intérieure de sa rage qui le liquéfiaient ou le ramollissaient , oui, c'était plutôt une impression de ramollissement qu'il avait, car il ne sentait déjà plus du tout l'humidité de la sueur ; il était ramolli et érodé, chauffé à blanc et écaillé comme un sphynx de pierre au bout de cinq mille ans ; et avant longtemps il serait totalement desséché et calciné et ratatiné et émietté, il tomberait en poussière ou en cendre, à cet endroit où il se tenait encore à grand-peine sur ses jambes, et n'y serait plus qu'un minuscule tas d'ordure, jusqu'à ce qu' enfin un coup de vent violent l'emporte, ou que la femme de ménage le balaye, ou que la pluie l'entraîne.
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  • Par Nadael, le 06 juin 2010

    La marche apaise. La marche recèle une énergie bénéfique. Cette façon de poser régulièrement un pied devant l'autre tout en ramant au même rythme avec ses bras, la fréquence accrue de la respiration, la légère stimulation du pouls, les activités oculaires et auriculaires indispensables pour déterminer sa direction et préserver son équilibre, la sensation de l'air qui vous frôle l'épiderme : autant de phénomènes qui, d'une manière tout à fait irrésistible, rameutent et rattachent le corps à l'esprit, et font que l'âme, si étiolée et estropiée qu'elle soit, prend de l'ampleur et grandit.
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  • Par Nikoz, le 25 juin 2014

    Cet œil, un petit disque rond, brun avec un point noir au centre, était effrayant à voir. Il était fixé comme un bouton cousu sur le plumage de la tête, il était dépourvu de cils et de sourcils, il était tout nu et impudemment tourné vers l'extérieur, et monstrueusement ouvert ; mais en même temps il y avait là, dans cet œil, une sorte de sournoiserie retenue ; et, en même temps encore, il ne semblait ni sournois, ni ouvert, mais tout simplement sans vie, comme l'objectif d'une caméra qui avale toute lumière extérieure et ne laisse passer aucun rayon en provenance de son intérieur.
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Bande-annonce du film Le parfum (2006) réalisé par Tom Tykwer et tiré de l’œuvre de Patrick Süskind











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