> Bernard Lortholary (Traducteur)

ISBN : 2253047422
Éditeur : LGF - Livre de Poche (1988)


Note moyenne : 3.42/5 (sur 159 notes) Ajouter à mes livres
C'est l'histoire d'un homme, Jonathan Noël, qui vit un vie pépère dans sa chambre de bonne depuis 30 ans. Ce qui lui fait le plus peur, c'est le changement : il faut que sa vie se déroule tous les jours de la même façon, puisque le quotidien, il le connaît et le maîtris... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Ansault, le 06 janvier 2009

    Ansault
    L'enfance de Jonathan Noël est parcourue d'événements tragiques. Ses parents ont été déportés et lui-même a dû fuir et se cacher pour échapper à son funeste destin.
    Envoyé faire la guerre en Indochine, trahi par une femme partie convoler avec un Tunisien, autant de traumatismes qui pousseront Jonathan Noël à s'exiler du monde. "De toutes ces péripéties, Jonathan Noël tira la conclusion qu'on ne pouvait se fier aux humains et qu'on ne saurait vivre en paix qu'en les tenant à l'écart."
    Ainsi il prit la décision de tout quitter et partit pour Paris où il eut la chance de trouver un travail de vigile dans une banque et loua une minuscule chambre de bonne dans les combles d'un immeuble bourgeois.
    Sa vie ainsi réglée ne laissa désormais plus de place à l'imprévu. Les jours se suivaient identiques à eux-mêmes et Jonathan Noël put enfin jouir du bonheur d'être seul, à l'abri du monde, à l'abri de l'autre.
    Jusqu'au jour où... il se retrouva nez à nez avec un Pigeon, un matin, alors qu'il sortait de sa chambre pour se rendre aux commodités. Et cet événement, ce non-événement, va être le grain de sable qui enrayera une machine huilée depuis plus d'une vingtaine d'années.
    Le Pigeon est un conte philosophique, une parabole. le texte est court, sa lecture est facile, le récit fluide. Néanmoins au travers d'événements d'une absurdité confondante il soulève des questionnements d'une grande complexité.
    En premier lieu le livre démarre sur un paradoxe, une énigme, Jonathan Noël et sa famille sont victimes de la persécution nazie, mais à aucun moment il n'est donné de détails sur ses origines ni sur les raisons de cette déportation. Il est donc naturel de penser que Jonathan Noël est juif, Jonathan est un nom hébreu signifiant "don de Dieu", mais pourtant Noël n'est en aucun cas un nom à connotation juive. Bien au contraire, Noël est indubitablement lié au Christ et au christianisme ! Ce paradoxe de départ est un mystère, en tout cas il a pour intérêt de situer le récit dans le domaine de la fable et du conte et oriente d'emblée le lecteur sur la thématique du sacré, ou tout du moins d'une certaine a-sacralité. La chambre de bonne dans laquelle il vit pourrait s'apparenter à une cellule monacale, c'est un espace sécuritaire, et c'est aussi la métaphore de son enveloppe corporelle.
    Thématique du sacré que l'on retrouve à travers l'évocation qui est faite du Pigeon. Jonathan Noël le perçoit comme un monstre. Cet animal est à ses yeux la personnification du mal, du démon qu'il faut fuir et combattre, c'est la synthèse de toutes les ignominies humaines. Le Pigeon n'est pas ce nuisible urbain, mais c'est le dragon de l'apocalypse.
    "Il était posé devant sa porte, à moins de vingt centimètres du seuil, dans la lueur blafarde du petit matin qui filtrait par la fenêtre. Il avait ses pattes rouges et crochues plantées dans le carrelage sang de boeuf du couloir, et son plumage lisse était d'un gris de plomb: Le Pigeon. Il avait penché sa tête de côté et fixait Jonathan de son oeil gauche. Cet oeil, un petit disque rond, brun avec un point noir au centre, était effrayant à voir. Il était fixé comme un bouton cousu sur le plumage de la tête, il était dépourvu de cils et de sourcils, il était tout nu et impudemment tourné vers l'extérieur, et monstrueusement ouvert; mais en même temps il y avait là, dans cet œil, une sorte de sournoiserie retenue; et, en même temps encore, il ne semblait être ni sournois, ni ouvert, mais tout simplement sans vie, comme l'objectif d'une caméra qui avale toute la lumière extérieure et ne laisse passer aucun rayon en provenance de son intérieur. Il n'y avait pas d'éclat, pas de lueur dans cet oeil, pas la moindre étincelle de vie. C'était un œil sans regard. Et il fixait Jonathan."
    La seconde thématique récurrente de ce conte est l'œil et Süskind, alors qu'il avait traité le sens de l'odorat dans "Le Parfum" s'attelle ici à celui de la vue. En effet quand vous vous êtes à ce point retiré du monde et des autres et que vous avez passé votre vie à vous soustraire à leur influence, il est difficile de se soustraire à leur image. A plusieurs endroits du conte est donc fait référence à l'œil, l'œil du Pigeon, petit (l'œil de la bête, l'œil sournois, l'œil de la perversion), l'œil de la couturière grossie par ses lunettes (l'œil sécuritaire, l'œil charitable, l'œil de la bonté), l'œil, les yeux de Jonathan Noël (mince paroi entre lui et le monde extérieur, une ouverture sur les autres, objets de sa souffrance).
    La troisième thématique notable est celle de l'excrément. Voyez la scène très imagée du clochard déféquant entre deux voitures. A plusieurs endroits du conte l'auteur montre les angoisses issues de la relation de Jonathan Noël avec ses propres déjections et les productions de son corps. Sa relation avec l'urine, la matière fécale, le vomi, ce sont ce qui le rattache avec le monde réel et ce à quoi il ne peut se soustraire. C'est ce qui est identique à l'animal, à la bête, au monstre, au mal, ce qui fait que jamais il ne pourra être cette évanescence qu'il convoite, cet individu vierge de toutes souillures.
    Ainsi ce petit recueil qui n'a l'air de rien est riche, très riche et en le lisant il m'a rappelé le travail et les écrits de George Bataille. Notamment "Histoire de l'oeil", où il est raconté les pérégrinations pornographiques de trois personnages. Dans cet ouvrage, où les perversions et les violences sexuelles s'égrainent comme on égrainerait un chapelet de ses prières, se développe les même thèmes à savoir le sacré par la voie du blasphème ; l'œil, les yeux et par extrapolation l'œuf ; les déjections corporelles, l'urine, la matière fécale, le lait, le sperme.
    D'un côté nous avons Süskind et Jonathan Noël qui considère la vie comme une aventure risquée à laquelle il faut se soustraire, qui est terrorisé par la violence et qui n'aspire qu'à la protection et à la sécurité, et de l'autre nous avons George Bataille et ses anti-héros qui face au même constat ont choisit le cheminement inverse celui de la transgression et de la perversion.
    L'un et autre sont complémentaires. L'un se nourrit de l'autre et ils ne sont pas si étrangers...

    Lien : http://www.michel-danzo.com
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    • Livres 4.00/5
    Par athena1, le 09 avril 2010

    athena1
    Après avoir perdu, dès le plus jeune âge, ses parents, déportés au cours de la seconde Guerre Mondiale, et essuyé l'affront d'un mariage aussi désastreux que éclair, Jonathan Noël n'ayant plus foi en la nature humaine décide d'aller poursuivre sa vie à Paris.
    Il va occuper un emploi de vigile dans une banque et demeurer dans une chambre de bonne. Son domicile est d'ailleurs son unique source de joie, à tel point qu'il envisage même après trente ans d'en devenir l'heureux propriétaire.
    Mais voilà que ce bonheur va être entaché par une tragédie !! Un matin, Jonathan ouvre la porte de sa chambre et tombe nez à nez avec un Pigeon qui a élu domicile sur le palier. le volatile a même eu l'outrecuidance de déféquer sur ce même palier.
    Pris de frayeur face à cet oiseau à l'oeil immobile et inquisiteur, Jonathan décide de vivre momentanément à l'hôtel. Et nous voilà projeté dans une journée de ce personnage attachant, une journée dans sa quête perpétuelle de passer inaperçu.
    Süskind a réussi un tour de maître dans cette nouvelle, celui de rendre captivante une journée des plus banales agrémentée de réflexions philosophiques des plus intéressantes. Quel plaisir !!
    Nous aussi on voudrait que Le Pigeon quitte le palier pour que Jonathan Noël puisse reprendre le cours de sa vie
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    • Livres 3.00/5
    Par mcchipie, le 27 avril 2010

    mcchipie
    Quatrième de couverture :
    Lorsque lui arriva cette histoire de Pigeon qui, du jour au lendemain, bouleversa son existence, Jonathan Noël avait déjà dépassé la cinquantaine, il avait derrière lui une période d'une bonne vingtaine d'année qui n'avait pas été marquée par le moindre événement, et jamais il n'aurait escompté que pût encore lui arriver rien de notable, sauf de mourir un jour. Et cela lui convenait tout à fait. Car il n'aimait pas les événements, et il avait une véritable horreur de ceux qui ébranlaient son équilibre intérieur et chamboulaient ordonnance de sa vie.
    Mon avis :
    Drôle d'écriture que celle de Süskind! Entre longue nouvelle et très court roman, il nous amène aux frontières de la folie. En effet, Jonathan, la cinquantaine vit seul dans une chambre de bonne. Très peu de contact avec les autres si ce n'est ceux qui sont obligés par son travail de vigile dans une banque depuis 30 ans.
    Un matin, Jonathan se trouve terrorisé après être tombé, nez à bec avec un Pigeon devant sa porte. S'en suit une histoire folle où l'auteur nous emmène dans les pensées qui dévient de cet homme.
    Il insiste avec des champ lexicaux bien utilisés sur la démence qui envahie cet homme. Cet homme qui voit sa vie partir en fumée, à cause DU Pigeon.

    Un bon moment de lecture.

    Lien : http://mcchipie.over-blog.com/article-le-pigeon-patrick-suskind-4896..
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    • Livres 1.00/5
    Par 7269, le 06 août 2010

    7269
    Nettement moins bien que Le Parfum.
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    • Livres 3.00/5
    Par Jibouille, le 21 septembre 2010

    Jibouille
    Un évènement imprévu va bouleverser la vie de Jonathan Noël, vigile, menant une vie bien réglée.
    Un face à face terrifiant entre un homme et un Pigeon qui va précéder une véritable descente aux enfers...
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Citations et extraits

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  • Par Nadael, le 06 juin 2010

    Il se sentait plus vieux d'au moins vingt ans, et plus petit de vingt centimètres, bombardé qu'il était depuis des heures par l'ardeur extérieure du soleil et l'ardeur intérieure de sa rage qui le liquéfiaient ou le ramollissaient , oui, c'était plutôt une impression de ramollissement qu'il avait, car il ne sentait déjà plus du tout l'humidité de la sueur ; il était ramolli et érodé, chauffé à blanc et écaillé comme un sphynx de pierre au bout de cinq mille ans ; et avant longtemps il serait totalement desséché et calciné et ratatiné et émietté, il tomberait en poussière ou en cendre, à cet endroit où il se tenait encore à grand-peine sur ses jambes, et n'y serait plus qu'un minuscule tas d'ordure, jusqu'à ce qu' enfin un coup de vent violent l'emporte, ou que la femme de ménage le balaye, ou que la pluie l'entraîne.
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  • Par mandarine43, le 08 août 2011

    [ Incipit ]

    Lorsque lui arriva cette histoire de pigeon qui, du jour au lendemain, bouleversa son existence, Jonathan Noël avait déjà dépassé la cinquantaine, il avait derrière lui une période d'une bonne vingtaine d'années qui n'avait pas été marquée par le moindre événement, et jamais il n'aurait escompté que pût encore lui arriver rien de notable, sauf de mourir un jour. Et cela lui convenait tout à fait. Car il n'aimait pas les événements, et il avait une véritable horreur de ceux qui ébranlaient son équilibre intérieur et chamboulaient l'ordonnance de sa vie.
    La plupart des événements de ce genre se situaient, Dieu merci, fort loin dans les temps anciens de son enfance et de sa jeunesse, et il préférait ne plus s'en souvenir du tout, ou bien alors ce n'était qu'avec un extrême déplaisir. Ainsi, un après-midi d'été, du côté de Charenton, en juillet 1942, comme il revenait de pêcher à la ligne - il avait fait un orage, ce jour-là, et puis il avait plu, après une longue période de chaleur, et sur le chemin du retour, il avait ôté ses chaussures, avait marché pieds nus sur l'asphalte chaud et trempé, il avait pataugé dans les flaques, plaisir indescriptible... - il revenait donc de pêcher à la ligne et avait couru à la cuisine, pensant trouver sa mère en train de préparer le repas, et voilà que sa mère n'y était plus, il n'y avait plus que son tablier, jeté sur le dossier de la chaise. Son père lui avait dit que sa mère était partie, elle y avait été obligée, pour un voyage qui durerait assez longtemps.
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  • Par Nadael, le 06 juin 2010

    La marche apaise. La marche recèle une énergie bénéfique. Cette façon de poser régulièrement un pied devant l'autre tout en ramant au même rythme avec ses bras, la fréquence accrue de la respiration, la légère stimulation du pouls, les activités oculaires et auriculaires indispensables pour déterminer sa direction et préserver son équilibre, la sensation de l'air qui vous frôle l'épiderme : autant de phénomènes qui, d'une manière tout à fait irrésistible, rameutent et rattachent le corps à l'esprit, et font que l'âme, si étiolée et estropiée qu'elle soit, prend de l'ampleur et grandit.
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  • Par Jibouille, le 21 septembre 2010

    Pour un peu, il avait déjà enjambé le seuil, son pied était déjà en l'air, le gauche, sa jambe était déjà lancée en avant... quand il le vit. Il était posé devant sa porte, à m oins de vingt centimètres du seuil, dans la lueur blafarde du petit matin qui filtrait par la fenêtre.
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  • Par athena1, le 08 avril 2010

    Lorsque Jonathan eut ainsi compris que l'essence de la liberté humaine consistait en la jouissance d'un w.c. à l'étage et qu'il jouissait, lui, de cette liberté essentielle, il fut envahi d'un sentiment de profonde satisfaction.
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