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Critiques sur Le Pigeon (11)


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    • Livres 4.00/5
    Par Ansault le 06/01/2009


    L'enfance de Jonathan Noël est parcourue d'événements tragiques. Ses parents ont été déportés et lui-même a dû fuir et se cacher pour échapper à son funeste destin.
    Envoyé faire la guerre en Indochine, trahi par une femme partie convoler avec un Tunisien, autant de traumatismes qui pousseront Jonathan Noël à s'exiler du monde. "De toutes ces péripéties, Jonathan Noël tira la conclusion qu'on ne pouvait se fier aux humains et qu'on ne saurait vivre en paix qu'en les tenant à l'écart."
    Ainsi il prit la décision de tout quitter et partit pour Paris où il eut la chance de trouver un travail de vigile dans une banque et loua une minuscule chambre de bonne dans les combles d'un immeuble bourgeois.
    Sa vie ainsi réglée ne laissa désormais plus de place à l'imprévu. Les jours se suivaient identiques à eux-mêmes et Jonathan Noël put enfin jouir du bonheur d'être seul, à l'abri du monde, à l'abri de l'autre.
    Jusqu'au jour où... il se retrouva nez à nez avec un Pigeon, un matin, alors qu'il sortait de sa chambre pour se rendre aux commodités. Et cet événement, ce non-événement, va être le grain de sable qui enrayera une machine huilée depuis plus d'une vingtaine d'années.

    Le Pigeon est un conte philosophique, une parabole. le texte est court, sa lecture est facile, le récit fluide. Néanmoins au travers d'événements d'une absurdité confondante il soulève des questionnements d'une grande complexité.

    En premier lieu le livre démarre sur un paradoxe, une énigme, Jonathan Noël et sa famille sont victimes de la persécution nazie, mais à aucun moment il n'est donné de détails sur ses origines ni sur les raisons de cette déportation. Il est donc naturel de penser que Jonathan Noël est juif, Jonathan est un nom hébreu signifiant "don de Dieu", mais pourtant Noël n'est en aucun cas un nom à connotation juive. Bien au contraire, Noël est indubitablement lié au Christ et au christianisme ! Ce paradoxe de départ est un mystère, en tout cas il a pour intérêt de situer le récit dans le domaine de la fable et du conte et oriente d'emblée le lecteur sur la thématique du sacré, ou tout du moins d'une certaine a-sacralité. La chambre de bonne dans laquelle il vit pourrait s'apparenter à une cellule monacale, c'est un espace sécuritaire, et c'est aussi la métaphore de son enveloppe corporelle.
    Thématique du sacré que l'on retrouve à travers l'évocation qui est faite du Pigeon. Jonathan Noël le perçoit comme un monstre. Cet animal est à ses yeux la personnification du mal, du démon qu'il faut fuir et combattre, c'est la synthèse de toutes les ignominies humaines. Le Pigeon n'est pas ce nuisible urbain, mais c'est le dragon de l'apocalypse.
    "Il était posé devant sa porte, à moins de vingt centimètres du seuil, dans la lueur blafarde du petit matin qui filtrait par la fenêtre. Il avait ses pattes rouges et crochues plantées dans le carrelage sang de boeuf du couloir, et son plumage lisse était d'un gris de plomb: Le Pigeon. Il avait penché sa tête de côté et fixait Jonathan de son oeil gauche. Cet oeil, un petit disque rond, brun avec un point noir au centre, était effrayant à voir. Il était fixé comme un bouton cousu sur le plumage de la tête, il était dépourvu de cils et de sourcils, il était tout nu et impudemment tourné vers l'extérieur, et monstrueusement ouvert; mais en même temps il y avait là, dans cet œil, une sorte de sournoiserie retenue; et, en même temps encore, il ne semblait être ni sournois, ni ouvert, mais tout simplement sans vie, comme l'objectif d'une caméra qui avale toute la lumière extérieure et ne laisse passer aucun rayon en provenance de son intérieur. Il n'y avait pas d'éclat, pas de lueur dans cet oeil, pas la moindre étincelle de vie. C'était un œil sans regard. Et il fixait Jonathan."
    La seconde thématique récurrente de ce conte est l'œil et Süskind, alors qu'il avait traité le sens de l'odorat dans "Le Parfum" s'attelle ici à celui de la vue. En effet quand vous vous êtes à ce point retiré du monde et des autres et que vous avez passé votre vie à vous soustraire à leur influence, il est difficile de se soustraire à leur image. A plusieurs endroits du conte est donc fait référence à l'œil, l'œil du Pigeon, petit (l'œil de la bête, l'œil sournois, l'œil de la perversion), l'œil de la couturière grossie par ses lunettes (l'œil sécuritaire, l'œil charitable, l'œil de la bonté), l'œil, les yeux de Jonathan Noël (mince paroi entre lui et le monde extérieur, une ouverture sur les autres, objets de sa souffrance).
    La troisième thématique notable est celle de l'excrément. Voyez la scène très imagée du clochard déféquant entre deux voitures. A plusieurs endroits du conte l'auteur montre les angoisses issues de la relation de Jonathan Noël avec ses propres déjections et les productions de son corps. Sa relation avec l'urine, la matière fécale, le vomi, ce sont ce qui le rattache avec le monde réel et ce à quoi il ne peut se soustraire. C'est ce qui est identique à l'animal, à la bête, au monstre, au mal, ce qui fait que jamais il ne pourra être cette évanescence qu'il convoite, cet individu vierge de toutes souillures.

    Ainsi ce petit recueil qui n'a l'air de rien est riche, très riche et en le lisant il m'a rappelé le travail et les écrits de George Bataille. Notamment "Histoire de l'oeil", où il est raconté les pérégrinations pornographiques de trois personnages. Dans cet ouvrage, où les perversions et les violences sexuelles s'égrainent comme on égrainerait un chapelet de ses prières, se développe les même thèmes à savoir le sacré par la voie du blasphème ; l'œil, les yeux et par extrapolation l'œuf ; les déjections corporelles, l'urine, la matière fécale, le lait, le sperme.
    D'un côté nous avons Süskind et Jonathan Noël qui considère la vie comme une aventure risquée à laquelle il faut se soustraire, qui est terrorisé par la violence et qui n'aspire qu'à la protection et à la sécurité, et de l'autre nous avons George Bataille et ses anti-héros qui face au même constat ont choisit le cheminement inverse celui de la transgression et de la perversion.
    L'un et autre sont complémentaires. L'un se nourrit de l'autre et ils ne sont pas si étrangers...


    Lien : http://www.michel-danzo.com

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    • Livres 4.00/5
    Par Celkana le 24/04/2012


    Alors là, une découverte! Un tout petit livre de 80 pages qui décrit à la perfection le grain de sable qui dérègle toute une vie bien huillée, en l'occurence, un Pigeon qui déstabilise, voire même rend complètement dingue, un homme pour qui la vie est seulement le désir de stabilité, de banalité, d'habitudes... Ce Pigeon, cet être plein de miasmes, envahit son espace vital et c'est le début d'une journée incroyable, de questionnement intérieur. Franchement, super!!!

    critique de qualité ? (10 votes positifs)



    • Livres 1.00/5
    Par 7269 le 06/08/2010


    Nettement moins bien que Le Parfum.

    critique de qualité ? (8 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par athena1 le 09/04/2010


    Après avoir perdu, dès le plus jeune âge, ses parents, déportés au cours de la seconde Guerre Mondiale, et essuyé l'affront d'un mariage aussi désastreux que éclair, Jonathan Noël n'ayant plus foi en la nature humaine décide d'aller poursuivre sa vie à Paris.
    Il va occuper un emploi de vigile dans une banque et demeurer dans une chambre de bonne. Son domicile est d'ailleurs son unique source de joie, à tel point qu'il envisage même après trente ans d'en devenir l'heureux propriétaire.
    Mais voilà que ce bonheur va être entaché par une tragédie !! Un matin, Jonathan ouvre la porte de sa chambre et tombe nez à nez avec un Pigeon qui a élu domicile sur le palier. le volatile a même eu l'outrecuidance de déféquer sur ce même palier.
    Pris de frayeur face à cet oiseau à l'oeil immobile et inquisiteur, Jonathan décide de vivre momentanément à l'hôtel. Et nous voilà projeté dans une journée de ce personnage attachant, une journée dans sa quête perpétuelle de passer inaperçu.
    Süskind a réussi un tour de maître dans cette nouvelle, celui de rendre captivante une journée des plus banales agrémentée de réflexions philosophiques des plus intéressantes. Quel plaisir !!
    Nous aussi on voudrait que Le Pigeon quitte le palier pour que Jonathan Noël puisse reprendre le cours de sa vie

    critique de qualité ? (7 votes positifs)



    • Livres 3.00/5
    Par Jibouille le 21/09/2010


    Un évènement imprévu va bouleverser la vie de Jonathan Noël, vigile, menant une vie bien réglée.

    Un face à face terrifiant entre un homme et un Pigeon qui va précéder une véritable descente aux enfers...

    critique de qualité ? (5 votes positifs)



    • Livres 1.00/5
    Par 7269 le 06/08/2010


    Nettement moins bien que Le Parfum.

    critique de qualité ? (5 votes positifs)



    • Livres 3.00/5
    Par mcchipie le 27/04/2010


    Quatrième de couverture :
    Lorsque lui arriva cette histoire de Pigeon qui, du jour au lendemain, bouleversa son existence, Jonathan Noël avait déjà dépassé la cinquantaine, il avait derrière lui une période d'une bonne vingtaine d'année qui n'avait pas été marquée par le moindre événement, et jamais il n'aurait escompté que pût encore lui arriver rien de notable, sauf de mourir un jour. Et cela lui convenait tout à fait. Car il n'aimait pas les événements, et il avait une véritable horreur de ceux qui ébranlaient son équilibre intérieur et chamboulaient ordonnance de sa vie.

    Mon avis :

    Drôle d'écriture que celle de Süskind! Entre longue nouvelle et très court roman, il nous amène aux frontières de la folie. En effet, Jonathan, la cinquantaine vit seul dans une chambre de bonne. Très peu de contact avec les autres si ce n'est ceux qui sont obligés par son travail de vigile dans une banque depuis 30 ans.

    Un matin, Jonathan se trouve terrorisé après être tombé, nez à bec avec un Pigeon devant sa porte. S'en suit une histoire folle où l'auteur nous emmène dans les pensées qui dévient de cet homme.

    Il insiste avec des champ lexicaux bien utilisés sur la démence qui envahie cet homme. Cet homme qui voit sa vie partir en fumée, à cause DU Pigeon.



    Un bon moment de lecture.


    Lien : http://mcchipie.over-blog.com/article-le-pigeon-patrick-suskind-4896..

    critique de qualité ? (5 votes positifs)



    • Livres 3.00/5
    Par Marcelline le 27/04/2012


    A la bibliothèque, j'étais partie pour emprunter, du même auteur, Le parfum dont j'entends parler depuis un moment... mais le livre n'était pas disponible et, à la place, j'ai vu ce Pigeon qui me faisait de l'oeil sur la couverture: faute de grives... j'ai lu Le Pigeon!

    Dès la première page, l'auteur nous fait pénétrer les méandres de l'esprit de Jonathan Noël, dont la vie a été bouleversée dès l'enfance par la déportation de ses parents.
    De façon magistrale, il nous fait comprendre la psychologie du personnage dont le seul rêve est de voir s'écouler toute sa vie sans que rien ne perturbe son quotidien, pour ne pas dire son train-train.

    Jusqu'au jour où ce "héros"(voire cet "anti-héros"), découvre un Pigeon mort sur son palier. Et là, à ce stade de la lecture, j'étais prête à comprendre la descente aux enfers que vit Jonathan Noël, à le suivre dans son cauchemar éveillé...

    Et pour moi, c'est ça le tour de force de Patrick Süskind: grâce à son écriture imagée et précise, j'ai plaint cet homme qui voyait sa vie complètement bouleversée par un problème somme toute assez insignifiant, et, en tous cas, facile à résoudre!

    Un petit livre que j'ai lu d'une traite et qui, en me faisant compatir au désespoir (a priori inexplicable) du personnage, m'a bluffée!

    critique de qualité ? (4 votes positifs)



    • Livres 1.00/5
    Par 7269 le 06/08/2010


    Nettement moins bien que Le Parfum.

    critique de qualité ? (3 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par rkhettaoui le 21/04/2012


    Jonathan , vieux garçon déglingué , étriqué dont le morale n'est guère au beau fixe suite à ses antécédents et à son malheureux et minable train- train de vie quotidienne et les foisonnements de contraintes auxquelles il fait face impuisamment et les subissait inexorablement;sciemment en son for intérieur il ignorait comment s'y prendre pour pallier à ces inconvenances et s'en acclimater adéquatement avec les evenements. Contrairement à ce qu'il aspirait: il aimerait parvenir à supprimer et vaincre les prémisses de la souffrance relevant de la phobie héritée de la période de l'enfance ( venir à bout du Pigeon et le chasser) et chercher par tous les moyens de se prendre en main et accéder au firmament du plaisir ( le sens de la vie) , il se jette corps et âme dans le désarroi des meandres du pessimisme ( hostilité de l'environnement , accroc du pantalon...)
    De prime abord , il aurait souhaité camper la situation du clochard , apparu sous un signe positivé , s'apparentant à une certaine liberté mais suite à une contrariété et position déshonorante de ce misérable , l'idée de draper ce rôle tant envié fut décriée et volatilisée
    L'auteur , a usé d'un style percutant , aisément compréhensible dont la magnificence de la narration et de la description de l'état pathologique de ce patient est ostensiblement détaillée point par point ,de telle sorte à parvenir à monter l'angoisse et mettre à nu les pensées bizarroides et délirantes de ce maniaque pour que le lecteur puisse arriver à en détecter les premiers signes de la démense
    Tout compte fait : le livre regorge de prouesses süskediennes ,à lire , ne serait ce que pour le côté stylistique

    critique de qualité ? (2 votes positifs)






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