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Brancaccio : Chronique d'une mafia ordinaire2Ajouter à mes livres
Brancaccio : un quartier de Palerme, l'un des plus dangereux de Sicile. C'est ici qu'habite Nino, un gosse plein d'espoir, qui veut s'en sortir, apprendre un travail et vivre honnêtement. Mais personne ne sort indemne de Brancaccio, car ici, c'est la Mafia qui commande.... > voir plus
Bienvenue à Brancaccio, quartier pauvre de Palerme qui tente de garder la tête hors de l'eau malgré les difficultés et les aléas du quotidien. Ou plutôt devrais-je vous dire de fuir ce lieu malfamé et sans perspective. Brancaccio est un des endroits les plus dangereux de Palerme et de la Sicile. Tous ceux qui vivent dans ce périmètre n'ont plus aucun espoir – ou si peu – de s'en sortir indemne et par leurs propres moyens. Parce qu'à Brancaccio la Mafia régit l'ordinaire et l'existence de ses habitants plus soumis que rebelles. A Brancaccio vivent Nino et ses parents. Nino, un gamin qui ne rêve que d'une seule et unique chose : prendre le train qui le sortira de ce quartier puant la misère, suintant l'indigence, exhibant le dénuement de chacun, étalant la cruauté et sur lequel plane l'ombre tutélaire de la Mafia. Nino est un garçon poli, respectueux des règles et de son prochain, calme, sans problème. Il n'aspire qu'à vivre en paix, sereinement et à travailler honnêtement. Malheureusement pour lui, à Brancaccio la règle est autre. Il en est des individus comme des combats clandestins de chiens : la même haine, la même cruauté, la même sauvagerie. Tuer ou être tués. Vivre ou mourir. Dominer ou être écrasés. Pas d'autre alternative.
Lecture jeune, n°127 - Le titre de l’album vient du nom d’un quartier de Palerme, où la population défavorisée vit sous la coupe de la mafia. C’est par le biais de la fiction que les auteurs ont choisi d’aborder le sujet. Construite en triptyque, la chronique est centrée tour à tour sur trois personnages d’une même famille. Elle commence avec l’histoire de Nino, jeune garçon d’une douzaine d’années, qui veut réussir ses études pour pouvoir sortir de l’emprise du milieu. Le récit se poursuit avec son père, victime de pressions dans son travail. Enfin, l’histoire s’achève avec le personnage de la mère, qui subit au quotidien les règles édictées par l’organisation du crime, les médecins véreux et les pénuries d’eau. En parallèle, les témoignages des habitants viennent corroborer le sentiment que personne à Palerme ne peut échapper à cette gangrène.
L’émotion est bien rendue par des illustrations en noir et blanc au le crayon à l’aquarelle et des plans rapprochés sur les visages – qui évoquent parfois le trait de Baru ou de Gipi. L’édition française centre la narration sur l’enfant en lui offrant la couverture, alors que celle de l’édition italienne représente un motard de dos. Ce choix éditorial, sans doute destiné à attirer un jeune lectorat, ne traduit donc pas la volonté des auteurs. L’ouvrage, fortement engagé, dénonce dès la préface l’assassinat, en 1993, du Père Pugliesi qui avait consacré sa vie à la lutte contre la mafia et à la protection des plus jeunes. La bande dessinée est complétée par un appel à résister contre la pègre, en indiquant ce que peut faire chaque citoyen à son échelle. En cela, l’ouvrage dépasse le statut de simple reportage et devient un message universel contre le racket. Le lecteur, qui était au départ spectateur d’un drame, se voit interpellé : « À ceux qui continuent de se condamner eux-mêmes et le lieu où ils vivent par le rituel quotidien des petites injustices et des génuflexions imperceptibles… ». Une vérité qui pourrait bien être énoncée aux adolescents… même s’ils vivent loin de Palerme.
Lorsque sur un territoire, le seul sentiment admis, c'est la peur, alors il y a quelque chose de tordu, de malade. Des bêtes avec des masques humains créent d'autres bêtes et les soumettent en les enserrant dans un filet absurde fait de promesses alléchantes jamais tenues ou de « faveurs » payées au prix de ta vie ou de celle de ceux qui te sont chers. Un filet dans lequel on tombe souvent par désespoir, par solitude, à cause de l'absence de l’État ou de l’Église, par ignorance, par fatalisme. Et pourtant, il y a toujours la possibilité d'échapper à ce filet et de se libérer pour ensuite libérer les autres.
Je m'en souviens comme si c'était hier. L'angoisse de cette Intifada de quartier. On voyait bien alors que dans ces rues, parmi ces jeunes gens, ces hommes, ces femmes, ces familles, il y avait deux réalités profondément différentes. Il y avait ceux qui voulaient le changement, libérer le quartier de la domination mafieuse et qui commençaient à se rebeller, et ceux qui voulaient en maintenir la domination, défendre la culture. Surtout face à un cortège pacifique comme le nôtre.