ISBN : 2253005975
Éditeur : LGF (1974)


Note moyenne : 4.53/5 (sur 138 notes) Ajouter à mes livres
Dans cette grande fresque, les personnages représentent le bien et le mal avec leurs rapports complexes. Adam, épris de calme. Charles, son demi-frère, dur et violent, Cathy, la femme d'Adam, un monstre camouflé derrière sa beauté, ses enfants les jumeaux Caleb et Aaron... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Gregory_Lemarchand, le 02 avril 2011

    Gregory_Lemarchand
    "Adam eut deux fils, qu'il appela Abel et Caïn (il avait pas de calendrier).
    Abel devint éleveur, Caïn jardinier. Un jour, pour Noël, Abel offrit son plus bel agneau à Dieu.
    "Merci" dit Dieu, véritablement ému, pour une fois qu'on pensait à lui.
    Du coup, Caïn décida lui aussi de faire un présent au Créateur. Il alla dans son verger, réfléchit, essaya de faire un collier de nouilles, renonça, puis choisit son plus beau fruit.
    "-Tiens, Dieu, c'est pour toi, dit-il en lui présentant son offrande.
    -Une pomme ? S'offusqua Dieu. Sans déconner : une pomme ? Tu serais pas un petit peu con toi des fois ?
    -J'le crois pas, t'as accepté le cadeau d'Abel, et tu veux pas de ma pomme ?
    -Non mais attend, lui il m'a offert un agneau, et toi, UNE PUTAIN DE POMME !"
    Comme Caïn le prenait super mal, Dieu se calma et ajouta :
    "-Ecoute, je vais être magnanime et passer l'éponge. Après tout, peut-être que ton père ne t'a jamais expliqué... Alors voilà, si tu me ramènes un vrai beau cadeau, c'est-à-dire ni une pomme, ni un veau d'or, ni une cravate, je l'accepterais avec joie. Ca te va ?"
    Caïn rentra chez lui, et se remit au collier de nouilles. Comme il n'y arrivait pas, Abel, qui passait par là, lui demanda :
    "Hé frérot, je vois que t'es en galère, tu veux de l'aide ? Depuis que Dieu a aimé mon agneau, j'ai l'impression que je peux réussir absolument tout ce que j'entreprends !"
    Ce furent les derniers mots d'Abel, qui mourut étranglé par les nouilles.
    Le lendemain, vers quatorze heures, quatorze heures trente, Dieu appela Caïn :
    "-Caïn, n'as-tu pas vu Abel ?
    -Hé tu sais quoi, je suis pas sa baby-sitter. La dernière fois que je l'ai vu, il mangeait des pâtes."
    Dieu, qui se rappela soudain qu'il était omniscient, dit :
    "-Tu as tué ton frère !? Mais enfin, qu'est-ce qui va pas, chez toi ?
    -Tu m'as jamais aimé ! C'est toujours Abel par-ci, Abel par là, putain d'Abel !"
    Dieu soupira.
    "-Tu sors.
    -Quoi ?
    -Tu prends tes affaires et tu te casses. Y en a marre de cette famille de malades. Entre l'une qui parle aux serpents et l'autre qui bute son frère pour une connerie... C'est à vous en dégoûter de bosser le samedi."
    Ainsi, Caïn déménagea du côté de Nod, à l'est d'Eden."
    (La bible, de tête)
    Avant, quand on me disait "A l'est d'eden", je pensais surtout à James Dean qui regarde pousser des haricots en attendant que la salade décongèle. Or, si cette péripétie apparaît effectivement dans le roman de Steinbeck, elle vient après mille autres. En effet, le film d'Elia Kazan n'a adapté que la dernière partie du livre, qui narre donc la rivalité des jumeaux Aron et Caleb sur fond de première guerre mondiale et de légumes verts. L'oeuvre du romancier débute quant à elle deux générations avant, faisant ainsi d'"A l'est d'eden" une grande fresque romanesque mettant en scène plusieurs dizaines de personnages, des centaines de figurants, des indiens, une famille nombreuse, une évasion de prison, un maréchal ferrant et un chinois qui philosophent.
    Romain Gary faisait la distinction entre le "roman total", qui donne à lire un monde ouvert dans lequel se confrontent des personnages pouvant ou non défendre des thèses (Gary évoque Tolstoi), et le "roman totalitaire", dans lequel l'univers décrit se plie au point de vue de l'auteur (ici il parle de Kafka). "A l'est d'eden" me semble, non pas se situer au milieu, mais embrasser conjointement les deux définitions.
    Roman total évidemment, puisqu'en liant son récit à la vie d'un homme (qui aurait pu être "the man who wasn't there" des frères Coen) de sa naissance à sa mort, Steinbeck fait interragir des personnages aussi disparates qu'une putain psychopathe, un serviteur lettré, un agriculteur bourru, un homme d'affaire issu d'une famille de poètes ou un sherif pragmatique. Qui plus est, la grande force de l'auteur réside dans le fait qu'il ne se contente pas de dépeindre un personnage, mais qu'il parvient à faire vivre son point de vue avec une pénétration d'esprit qui dépasse l'entendement. Ainsi, certains chapitres parmi les meilleurs, tels ceux narrant la montée en puissance de Cathy, la solitude de Charles, ou la réussite usurpée de Cyrus, peuvent se lire comme des Nouvelles à part entière, puisque chaque personnage y déploie le monde selon sa propre perspective. Ainsi, à chaque fois que les destins se croisent, l'effet est d'autant plus vertigineux.
    Mais on peut aussi parler de "roman totalitaire". Non pas parce que Steinbeck conte sa propre vision du monde (à ce compte-là, Tolstoi aussi, et il serait difficile de faire autrement), ni parce qu'il truffe son récit d'aphorismes, mais parce que son livre s'articule entièrement autour d'une thèse : le mythe d'Abel et Caïn, qui évoque la jalousie fraternelle, représente un passage obligé de la vie d'un homme, et se rejoue à chaque génération. En gros, Adam et Charles l'incarnent une première fois, puis au plus fort du roman (la naissance des jumeaux) les personnages principaux lisent carrément le passage de la bible cité ci-dessus avant d'en faire l'exégèse, et pour finir, Aron et Caleb rejouent la même partition. D'ailleurs, à mon sens, et c'est le seul défaut que j'ai trouvé au livre, dans cette dernière partie ça commence un tout petit peu à être lourd. Loin de moi l'idée de remettre en cause le bien-fondé philosophique de l'oeuvre, mais disons qu'on voit arriver le dernier acte gros comme un convoi de laitues défraichies.
    Quoi qu'il en soit, et histoire de ne pas en rester sur un point faible alors que le bouquin intègre les doigts dans le nez ma liste de "Best.Book.Ever", jetons un mot sur la manière, qui soutient admirablement le fond. La plus grande vertu de Steinbeck, outre sa capacité à se fondre dans les psychologies les plus diverses, réside dans l'implacabilité de ses meurtres. En effet, après s'être échiné à créer des personnages auxquels il serait inhumain de ne pas s'identifier, après nous avoir fait partager leurs idéaux, leurs doutes et leurs contradictions pendant des centaines de pages, il les fait tourner de l'oeil, comme ça, sans crier gare. Au début ça parait bénin puis ça s'agrave, les proches de la victime se mettent à flipper autant que le lecteur, ils appellent les secours, le docteur répond au téléphone, il dit qu'il arrive tout de suite, le paragraphe s'arrête... Et celui d'après, c'est l'enterrement. Il n'y a même pas de lutte possible, seulement la décence de les laisser expirer entre les lignes.
    Résultat, à un moment, j'ai commencé à stresser à chaque fois que je voyais arriver un changement de paragraphe. Steinbeck est d'ailleurs le seul auteur qu'il m'arrive de cesser de lire, non par fatigue ou par ennui, mais en me disant : "bon, s'il leur arrive encore un seul truc ce soir, je crois que je vais craquer". Et ce n'est pas une mince qualité.
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    • Livres 5.00/5
    Par steppe, le 11 octobre 2010

    steppe
    Ai beaucoup de mal à être objective quand on parle de Steinbeck... Je me souviens avoir lu ce livre pour la 1ére fois, il y a quelques 20 ans, en une nuit, captivée par le talent de l'auteur à nous dépeindre la complexité de l'âme humaine, la dualité présente en chacun de nous du bien et du mal, l'art avec lequel chacun des personnages est ici scruté et révélé à nous dans toute sa grandeur ou son humilité, avec ses forces et ses faiblesses.
    Difficile de parler d'une telle œuvre , tout ou presque ayant déjà été dit. Pour ceux qui ne l'auraient pas lu, un petit aperçu :
    "Sous sa carapace de lâcheté, l'homme aspire à la bonté et veut être aimé. S'il prend le chemin du vice, c'est qu'il a cru prendre un raccourci qui le mènerait à l'amour. Lorsqu'un homme arrive au moment suprême, peu importe son talent, son pouvoir ou son génie, s'il meurt haï, sa vie est une faillite et sa mort une froide horreur. Il me semble que vous et moi, au moment de choisir entre deux voies, devons toujours penser à notre fin et vivre pour que notre mort ne fasse plaisir à personne."
    "On ne peut comprendre les gens que si on les sent en soi-même."
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    • Livres 5.00/5
    Par Ladybug, le 09 août 2011

    Ladybug
    A l'est d'Eden est une grande fresque, la chronique de deux familles, les Hamilton et les Trask ainsi que d'autres personnes qui interviennent dans leurs vies. John Steinbeck retrace leur passé, nous révèle les faits quelque fois graves quelque fois anodins qui vont provoquer un drame. Il y a une profusion de détails passionnants sur leurs vies passées et actuelles, ce qui les a construit, ce qui les a détruit. Sous la surface, on devine des sentiments amers et violents qui un jour finissent par éclater...
    Une des grandes forces de ce roman, c'est que les personnages ont de l'épaisseur. Il y a une grande richesse dans leur description, on a droit à de beaux portraits des personnages principaux et secondaires. John Steinbeck a un don pour développer leurs psychologies et décrypter leurs sentiments. On se prend à aimer Sam Hamilton et Lee, à les admirer, on envie leur sérénité, leur "force tranquille" ! et on se prend à redouter la venimeuse Cathy qui n'a aucune limite.

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    • Livres 4.00/5
    Par litolff, le 31 mai 2011

    litolff
    Une grande fresque familiale partiellement autobiographique dans laquelle l'auteur évoque la vie des familles Hamilton et Trask en Californie pendant la première moitié du XXe siècle. le titre, tiré de la Bible, évoque l'endroit où Caïn fuit après le meurtre d'Abel : ici les jumeaux ne s'appellent pas Caïn et Abel mais Caleb et Aaron. A travers l'histoire de ces familles et d'Adam, le principal protagoniste, Steinbeck s'interroge sur le Bien et le Mal, la nature profonde de l'homme et explore les passions humaines : la jalousie, la colère, la vengeance mais aussi le pardon, le courage... Une oeuvre majeure à laquelle j'ai cependant préféré Les raisins de la colère.
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    • Livres 4.00/5
    Par -M-athilde, le 19 août 2010

    -M-athilde
    un style épuré et une histoire sous forme de mythe. le tout donne un livre surpuissant sur des thèmes universels (le bien, le mal, la destinée de chacun...) A LIRE ABSOLUMENT
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Citations et extraits

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  • Par isallysun, le 26 novembre 2011

    Lorsqu'un enfant, pour la première fois, voit les adultes tels qu'ils sont, lorsque pour la première fois l'idée pénètre dans sa tête que les adultes n'ont pas une intelligence divine, que leurs jugements ne sont pas toujours justes, leurs idées bonnes, leurs phrases correctes, son monde s'écroule et laisse place à un chaos terrifiant. Les idoles tombent et la sécurité n'est plus. Et, lorsqu'une idole tombe, ce n'est pas à moitié, elle s'écrase et se brise ou s'enfouit dans un lit de fumier. Il est difficile alors de la redresser et, même réinstallée sur son socle, des taches ineffables dénoncent la chute passée. Et le monde de l'enfant n'est plus intact. Il se meut alors péniblement jusqu'à l'état d'homme.
    [p.27]
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  • Par zazimuth, le 04 septembre 2010

    Voici ce que je crois: l’esprit libre et curieux de l’homme est ce qui a le plus de prix au monde. Et voici pour quoi je me battrai : la liberté pour l’esprit de prendre quelque direction qui lui plaise. Et voici contre quoi je me battrai: toute idée, religion ou gouvernement qui limite ou détruit la notion d’individualité. Tel je suis, telle est ma position. Je comprends pourquoi un système conçu dans un gabarit et pour le respect du gabarit se doit d’éliminer la liberté de l’esprit, car c’est elle seule qui, par l’analyse, peut détruire le système. Oui, je comprends cela et je le hais, et je me battrai pour préserver la seule chose qui nous mette au-dessus des bêtes qui ne créent pas. (p155)
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  • Par Patsy_Stone, le 03 décembre 2008

    Tom, le troisième fils, ressemblait à son père. Furieux en naissant, il vécut comme la foudre. Il fonçait dans la vie, tête la première, secoué d'enthousiasme et de joies démesurées. Il ne découvrait pas le monde et ses gens, il les recréait. Il fut le premier à lire les livres de son père. Son monde était frais et brillant, aussi ignorant des contraintes que le jardin d'Eden au sixième jour. Son esprit s'y roulait comme un chevreau dans un pâturage radieux. Lorsque, plus tard, il vit les clôtures, il se jeta contre elles et lorsque, enfin, il fut acculé, il brisa les clôtures et quitta notre pâturage. Son chagrin était aussi disproportionné que ses joies et, lorsque son chien mourut, le monde s'arrêta.
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  • Par isallysun, le 26 novembre 2011

    On dit que ces gens tiraient de leur foi en un Dieu juste et bon la force de vivre et que les autres problèmes se résolvaient d'eux-mêmes. Mais je crois que c'est parce qu'ils avaient confiance en eux-mêmes en tant qu'hommes, parce qu'ils se savaient, par-delà le doute, des entités morales solides, qu'ils pouvaient offrir à Dieu leur courage et leur dignité pour qu'il les leur rendit en partage. Si de tels actes n'ont plus cours, c'est peut-être parce que les hommes n'ont plus confiance en eux. [p.20]
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  • Par zazimuth, le 04 septembre 2010

    Il arrive qu’un homme prenne plaisir à être stupide si cela lui permet de faire une chose que son intelligence lui interdirait. (p334)
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