Syndicalisme et communisme.... le sujet, ne m'intéressait pas plus que ça. Car souvent lié à de longues démonstrations idéologiques, trop didactiques et peu objectives.
J'oubliais qu'il s'agissait de Steinbeck.
J'oubliais ce talent hors du commun à plonger dans le coeur des hommes pour en rapporter la substance même de leur réalité, mais surtout, de leurs aspirations.
Le sujet pouvait paraître austère, voire propagandiste mais il n'en est rien.
Encore un petit bijou du maître.
Il dénonce à coups de plume acérée le militantisme outré, la manipulation des "partis", mais le fait avec le talent qu'on lui connaît de laisser parler les hommes plutôt que d'extrapoler autour d'eux.
Les deux personnages principaux, sont d'une complexité au delà de toute idéologie. Implacables en ce qui concerne leur but, prêts à tout exploiter, à manipuler, et forts de leurs certitudes quand au bien fondé de leurs actions.
Ils apparaissent comme 2 marionnettistes qui utilisent les travailleurs comme l'on utilise des objets.
La fin qui justifie les moyens est l'un des thèmes principaux du roman.
L'un des moments phares du récit, où l'on pose pour de bon la question de la légitimité de l'utilisation du malheur d'autrui pour convaincre, est l'enterrement du vieux Jon,militant qui, selon les dires de Mac, aurait aimé que sa mort serve la cause.
Car tout est bon pour ces 2 militants afin de justifier les risques qu'ils font encourir aux grévistes pour peu qu'ils les servent.
Donc, ce livre est un pamphlet contre l'aveuglement de l'idéologie communiste qui pousse à sacrifier le militant autant que l'ouvrier sans couleur. Peu importe la victime si elle sert la cause.
Mais c'est aussi, 2 ans avant "
Les raisins de la colère" une vibrante allégorie
de la vie des journaliers agricoles. La peinture hyper réaliste comme toujours chez Steinbeck d'un monde sans fard, sans fioritures. le combat quotidien pour juste arriver à subvenir à ses besoins essentiels : manger, dormir, se protéger de la pluie, combattre la maladie.
Le quotidien des pauvres dont le travail enrichit les déjà riches.
Une peinture sans concession du militantisme outré dont ont fait preuve certains "amis du peuple", sûrs pourtant du bien fondé de leurs actions.
Mais, et c'est là tout le talent de Steinbeck, encore une fois, ces 2 communistes sans coeur apparemment, finissent soit ébranlés dans leur conviction de la légitimité de leurs actions, soit morts.
Sans nul doute ce récit annonce "
Les raisins de la colère" .
Et jamais écrivain n'aura su avec autant de justesse, de réalisme et d'émotion dépeindre ce monde rude et âpre des ouvriers agricoles.
Ce qu'au départ j'appréhendais comme une lecture obligatoire, s'est révélé être une délectation de plus face au talent de Steinbeck pour nous livrer des portraits d'hommes hyper réalistes que ça soit face à leur combat, leurs faiblesses, leurs revirements, leur profonde humanité.
La profondeur de l'humanité, oui, c'est ça le thème récurrent de l'œuvre de Steinbeck. Ici comme dans "
Des souris et des hommes" ou bien encore comme dans "
Les Naufragés de l'autocar", il aime cette humanité, nous le dit et omet parfois de nous dire pourquoi, mais, en le lisant, ça coule de source.
L'homme est aussi faible que fort, autant beau que laid, le meilleur et le pire.
A l'est d'Eden, et ici, jamais jugé, jamais condamné, juste observé et livré au lecteur....
Mais, oui, c'est Steinbeck, et je ne suis pas objective....