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Renée Vavasseur (Autre)Marcel Duhamel (Autre)
ISBN : 2070368610
Éditeur : Gallimard (1977)

Note moyenne : 3.91/5 (sur 173 notes)
Résumé :
Une panne oblige les voyageurs d'un autocar à passer la nuit dans une station-service, sur la grande autoroute de Californie. La panne réparée, un nouvel incident immobilise pendant des heures les voyageurs en pleine montagne.
De chacun des naufragés de l'autocar, Steinbeck trace un portrait étonnant, dévoilant le drame ou la comédie de son existence entière. Chacun des voyageurs perd la tête, est assailli par des tentations sexuelles, nous livre un instant ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
Nastasia-B16 août 2015
  • Livres 5.00/5
C'est toujours avec grand plaisir que je retourne à mes premières amours, que je retrouve l'un de mes écrivains fétiches, le très grand John Steinbeck. Comme à son habitude, il nous emmène faire un tour sur ses terres chéries de Californie. Un vrai bonheur. Prenez place sans crainte dans l'autocar…
Pourtant, vous n'allez probablement pas voyager beaucoup pour cette fois car c'est à un autre voyage auquel Steinbeck nous convie ; un voyage au creux des esprits et des sentiments de chacun. L'auteur psychanalyse alternativement l'un ou l'autre de ses personnages et donne comme presque toujours un certain suspense à son histoire. On ne s'ennuie jamais ; on sourit, — parfois même on rit —, grâce à cette caméra embarquée aux tréfonds des âmes et des attentes humaines.
Juste une petite indication du synopsis. Juan Chicoy, brun mexicain, la petite cinquantaine bien conservée, tient une sorte de station service/relais de bus au croisement de deux axes routiers principaux de l'état de Californie (rien de surprenant puisque l'auteur parle presque exclusivement de la Californie dans ses romans).
Le bus de Juan est tombé en panne et les passagers ont été obligés de dormir tant bien que mal à la station service, absolument pas adaptée pour recevoir tant de personnes. Au petit matin, malgré tous les efforts de Juan et de son jeune mécano, le Boutonneux, tout le monde est d'une humeur massacrante et la femme de Juan, Alice, plus encore que les autres, étant ultra jalouse et devinant des maîtresses partout, frise la crise de nerfs et s'en prend donc plus que de raison à la petite employée de la station-service, Norma.
Norma, elle, ne rêve que de Clark Gable, de cinéma et d'Hollywood et il ne faudra peut-être plus la pousser beaucoup pour qu'elle veuille ficher le camp… Parmi les voyageurs, il y a un couple bourgeois d'une cinquantaine d'années, les Pritchard propre sur eux et un brin guindés ainsi que leur grande fille Mildred qui est déjà une jeune adulte et qui, elle, bien loin d'être aussi guindée, sent au fond d'elle-même un je-ne-sais-quoi lui frétiller dans les ovaires. Il y a aussi Ernest Horton, le jeune et fringant voyageur de commerce qui continue le business même en dehors des heures de travail et qui pourrait bien faire miroiter des choses à Norma. Il y a aussi ce vieux ronchon de Van Brunt qui garde le silence pour le moment mais pour combien de temps encore.
Ajoutons à cela qu'un nouveau bus va arriver et libérer une nouvelle cargaison de passagers, eux aussi fermement résolus à attraper leur correspondance. Au sein de ce nouveau bus, il y a Camille, une véritable bombe blonde à la Marilyn Monroe autour de laquelle tous les mâles tournent comme autant de mouches autour d'une tranche de viande émouvante. Cela a le don d'agacer les représentantes de l'autre sexe qui, d'une humeur de cheval, prêtes à ruer, passent à une humeur de chien, prêtes à mordre…
Juan prend beaucoup sur lui, mais entre Alice qui lui tape sur le système, les passagers qui l'assaillent de questions dont il ne peut fournir les réponses, sans oublier la chaleur, la promiscuité, les difficultés en tous genres et même la petite Mildred qui lui fait de l'œil, il risque d'avoir bien du mal à conserver son sang froid… D'ailleurs qui pourra ne pas perdre la tête dans ce bus qui devient un calvaire ?
Je vous laisse en chemin au milieu de cette pétaudière absolument succulente où les rebondissements successifs ne vont pas arranger les affaires de quiconque. J'en terminerai en concédant qu'il manque peut-être (pas sûr) le tout petit supplément d'âme qui ferait de cet excellent livre le pur chef-d'œuvre auquel John Steinbeck nous a si souvent habitué mais que c'est, en tous les cas et d'après moi, un bien bon moment de littérature. Du moins c'est mon naufragé d'avis, égaré dans une correspondance, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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andman
andman17 avril 2016
  • Livres 5.00/5
Si un jour prochain vous quittez à regret “Les naufragés de l'autocar”, publié par John Steinbeck en 1947, attardez vous donc une minute ou deux dans l'observation de la couverture de ce roman représentant le célèbre tableau d'Edward Hopper intitulé “Gas” !
Encore sous l'emprise de la lecture, il est fort possible que l'atmosphère étrange qui se dégage de cette peinture vous rende affreusement triste et peut-être même vous saisisse d'effroi si vous vous identifiez à tel ou tel personnage du roman.
La zone obscure au centre de la toile, vers laquelle convergent les lignes de fuite, n'est pas sans rappeler le reflet de l'âme tourmentée des neuf protagonistes réunis le temps d'un court voyage pluvieux sur les routes californiennes.
Neuf passagers en mal d'amour dans un vieux bus malicieusement baptisé “La Bien-Aimée” : en route les ami(e)s vers des horizons littéraires enchanteurs !
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ibon
ibon09 avril 2016
  • Livres 4.00/5
En apparence une histoire un peu plus légère que les autres du même auteur. On dirait un roman choral. Les points de vue de chacun sont souvent peu avouables mais la variété de styles est réjouissante. Cela pourrait ressembler à "Les Bronzés prennent l'autocar"... si le film existait. C'est donc un livre qui contient des scènes drôles mais avec un auteur pareil il faut aussi s'attendre à quelques traits plus sombres.
La dispute du couple gérant une station service créé un enchaînement d'événements cocasses. Si on ajoute une panne d'autocar, on se trouve dans une situation qui où tous les protagonistes sont poussés à bout, si bien qu'ils finissent par enlever le masque et révéler leur vraie personnalité.
Certains s'en arrangent très bien et osent franchir le pas. Comme le pot de colle de service, un jeune mécanicien surnommé Boutonneux, qui veut absolument conclure avec la splendide Camille, une streapteaseuse expérimentée. Il y aussi la jeune fille à papa-maman aux principes très rigides, qui a des vues sur un homme mûr.
De toutes ces personnalités ressort un portrait atypique des Etats-Unis après la seconde guerre mondiale. On est loin de l'Amérique des winners. Seulement, Steinbeck s'attarde sur les plus modestes pour lesquels on lui devine une grande estime.
Cette Amérique des sans-grades a habituellement peu de marche de manoeuvre mais se révèle opportuniste quand la situation se présente.
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fannyvincent
fannyvincent31 juillet 2014
  • Livres 5.00/5
Un vieil autocar un peu fatigué qui tombe en panne, et plusieurs personnes sont ainsi contraintes de passer la nuit dans une station-service. Une fois l'autocar réparé, ils peuvent reprendre la route, mais d'autres incidents se produisent, interrompant leur trajet…
Sur cette trame, Steinbeck dissèque avec une grande précision les états d'âmes de ses personnages, leurs pensées les plus intimes, leurs pulsions. Ces personnages sont d'horizons divers : on y trouve un chef d'entreprise partant en voyage au Mexique avec sa femme et sa fille, un représentant de commerce, un jeune apprenti mécanicien souffrant d'acné (et surnommé de fait, le boutonneux), une serveuse n'ayant guère confiance en elle et un peu mythomane quittant son job pour Los Angeles, un vieil homme plein de fiel. Tous ces personnages sont rejoints juste avant le départ par une troublante jeune femme qui préfère taire son véritable métier (lequel consiste à se dévêtir et s'asseoir dans une immense coupe de vin), et qui, en raison de sa beauté, fait tourner la tête de tous les hommes. Et conduisant l'autocar, Juan, qui tient par ailleurs avec sa femme Alice la station-service où la plupart des personnages, coincés par la panne de l'autocar, passera la nuit…
Si ces personnages ont beau être très différents les uns des autres, tous ont néanmoins en commun d'avoir des rêves, des souhaits… mais aussi des désirs. Car ces personnages, plutôt tourmentés, sont en effet assaillis par des pulsions sexuelles, qu'ils arrivent d'ailleurs plus ou moins bien à maitriser. Des rivalités naissent ainsi entre les différents passagers, générées en partie par ces pulsions, installant progressivement dans ce petit groupe d'individus un climat de tension, alourdi par les déboires successifs liés au trajet…
Steinbeck nous offre en tout cas dans ce roman de très beaux portraits d'êtres humains, évoquant avec beaucoup de subtilité les relations qui peuvent se nouer entre des individus amenés, malgré eux, à se côtoyer lors d'une courte période de leurs vies (presque une parenthèse) …
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petch
petch16 janvier 2013
  • Livres 4.00/5
D'abord il y a la couverture de ce folio : un détail de « Essence », tableau d'Edward Hopper, qui met de suite le lecteur dans l'ambiance de ce roman et à l'époque du récit. Une panne d'autocar, des voyageurs en galère pour un soir dans un restaurant station-service, et une parenthèse spatio-temporelle pour chacun des protagonistes, qui vont tour à tour se dévoiler, se libérer, tenter d'assouvir leurs pulsions… John Steinbeck décrit chacun d'eux, avec une ironie féroce et sans concessions. Quand les intempéries s'en mêlent, le redémarrage de l'autocar s'annoncera plus compliqué que prévu. En filigrane, il y a aussi l'histoire émouvante du couple tenant la station-service, Juan et Alice, amants vieillissants dont la raison semble un instant vaciller à l'arrivée des voyageurs en détresse, pour finalement mieux se retrouver.
Excellent roman, des péripéties qui tiennent en haleine, une bonne dose d'humour et une peinture acerbe et fine de la société américaine (côte Ouest) de l'après-guerre. On passe un excellent moment à la lecture de ce roman. A conseiller !
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Citations & extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B17 décembre 2012
- Tiens-toi un peu, dit-il. C'était un vrai bordel toute la matinée. Essaye de mettre un peu d'ordre avant que je revienne.
Le visage d'Alice s'enflamma une seconde et allait répondre quand Juan lui coupa la parole :
- Sinon un de ces jours, je suis capable de ne pas revenir.
Elle eut le souffle coupé.
- C'est que je ne me sens pas bien, gémit-elle.
- Eh ben, tâche de te sentir mieux, ou en tout cas n'en fais pas un plat. Personne ne supporte les malades bien longtemps. Personne. Mets-toi bien ça dans la tête. (...)
Alice s'accouda sur la barre médiane de la porte grillagée. De grosses larmes lourdes emplirent ses yeux.
- Je suis grosse, souffla-t-elle lentement, et je suis vieille. Oh ! Seigneur ! je suis vieille !
Les larmes coulèrent dans son nez. Elle souffla pour les chasser.
- Tu peux trouver des jeunesses, fit-elle, mais moi, qu'est-ce que je peux trouver ? Rien du tout. Une vieille pouffiasse.
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fredhofredho03 décembre 2015
Le regard de Juan était distant et amusé. Ce qui ne manquait pas de terrifier Alice. Elle savait qu’il la voyait, non pas comme une femme en rage dont la colère assombrissait pour lui le monde, mais comme l’une des milliers de femmes en rage, bonnes à être observées, disséquées et même, pourquoi pas, savourées. Et cela produisait sur elle une affreuse sensation de solitude et d’épouvante. Juan bouchait son univers et elle sentait bien que pour lui, elle ne bouchait rien du tout. Non seulement il la voyait telle qu’elle paraissait, et telle qu’elle était vraiment, mais encore son regard la traversait pour voir au-delà d’elle.
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petchpetch16 janvier 2013
La vieille dame grimpa la marche avec effort et vint s'asseoir dans le fauteuil juste derrière Louie.
- 'Mande pardon, m'dame, mais cette place est déjà occupée.
- Comment, occupée ? répliqua-t-elle d'une voix belliqueuse. On ne réserve pas de places, dans les cars.
- La place est prise, m'dame, répéta-t-il. Vous ne voyez donc pas la valise qui est à côté ?
Il détestait les vieilles femmes. Elles lui faisaient peur. Elles traînaient derrière elles une odeur qui lui donnait la chair de poule. Elles étaient féroces et sans vergogne et se fichaient éperdument de faire du scandale. Et elles obtenaient toujours ce qu'elles voulaient.
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najnajenajnaje30 mai 2014
Mr Pritchard usait d'une stratégie bien établie dans ses rapports avec les gens. Il n'oubliait jamais le nom d'un homme riche ou plus puissant que lui, mais il oubliait régulièrement le nom d'un inférieur. Il avait découvert que d'amener un homme à décliner son nom suffisait pour le placer dans une position légèrement désavantageuse. Le fait de prononcer son propre nom dénudait un homme et lui enlevait une partie de ses moyens.
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fredhofredho30 novembre 2015
Boutonneux, qui regardait ses ongles, leva les yeux. Il remarqua les petites rides de l’age qui grimpaient le long du cou, la lourdeur des paupières d’Alice. Il vit que ses mains avaient perdu le lisse de la jeunesse. Il se sentit envahi de pitié pour elle. Peu favorisé lui-même par la beauté, il estimait que la jeunesse était la seule chose valable sur terre et que celui qui l’avait perdue était déjà comme mort.
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Extrait (en VOST) : Les raisins de la colère de John Ford (1947) tiré de l’œuvre de John Steinbeck
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